lundi 20 mars 2017

QUESTION DE CORPUS, DIRE L'AMOUR : VERLAINE, "WALCOURT", "EXTASE LANGOUREUSE", "GREEN", MUNCH, ROMEO ET JULIETTE, GADOMSKI-LEPRAT Laurie et LEROUX Mayleen (1L 2016-17)

CORPUS

Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)

« Walcourt »
Briques et tuiles,
Ô les charmants
Petits asiles
Pour les amants !

Houblons et vignes,
Feuilles et fleurs,
Tentes insignes
Des francs buveurs !

Guinguettes claires,
Bières, clameurs,
Servantes chères
À tous fumeurs !

Gares prochaines,
Gais chemins grands…
Quelles aubaines,
Bons juifs-errants !

Juillet 1872

« Green »
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

« C'est l'extase langoureuse »

C'est l'extase langoureuse,
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises,
C'est, vers les ramures grises,
Le chœur des petites voix.

O le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l'herbe agitée expire...
Tu dirais, sous l'eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante,
C'est la nôtre, n'est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s'exhale l'humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?

Franck Dicksee, Roméo et Juliette, 1884.



            Paul Verlaine est un  écrivain et poète français du XIXème siècle. « Walcourt », « Green », et « L'extase langoureuse » font partie de son recueil intitulé Romances sans parole, publié en 1874. Franck Dicksee, peintre et illustrateur anglais, est l'auteur du tableau Roméo et Juliette, qui date de 1884.
            Comment le poète et le peintre disent-ils l'amour dans leurs oeuvres ?

            Dans un premier temps, les artistes disent l'amour en conférant un rôle symbolique à la nature. Dans « Green », l’énumération des termes « fruits, fleurs, feuilles, branches » décrivent le bouquet que Verlaine offre à l’être aimé pour lui prouver son amour. Dans « L'extase langoureuse », Verlaine personnifie les bois grâce à l’hyppallage « frissons des bois » pour mettre en valeur que la nature entre en communion avec ses propres sentiments. La personnification « étreinte des bois » mime celle du poète et de la dame aimée dans un rapport osmotique et fusionnel. Dans « Walcourt », les substantifs « houblons, vignes, feuilles, fleurs et chemin » forment l'isotopie apaisante de la nature et offrent un cadre propice à l’amour. Sur le tableau, on observe des houblons grimpants à la colonne, les personnages sont à l'extérieur. La végétation est en harmonie avec la scène. En effet, le houblon met en scène un décor romantique et sensuel et rappelle les deux amants enlacés. Les auteurs disent donc l’amour en faisant appel au pouvoir osmotique de la nature qui entre en communion avec les amoureux qu’elle protège et encourage.
            Dans un second temps, l'auteur et le peintre disent l'amour en le mettant explicitement en scène. Dans « Green », Verlaine écrit « mon coeur qui ne bat que pour vous », le déterminant possessif « mon » renvoie au « je » du poète et le substantif métonymique « coeur » est le symbole traditionnel de l'amour. De plus, la négation galante « ne bat que pour vous » et le complément d’objet indirect « pour vous » indiquent que le poète fait une déclaration à la personne aimée et tente de la séduire. Dans « L'extase langoureuse », le poète utilise des pronoms possessifs, « la nôtre, la mienne, la tienne », qui mettent en scène sa relation avec l’être aimé. Le vocabulaire amoureux présent dans « l'extase langoureuse », « la fatigue amoureuse » miment la sensualité physique par des substantifs explicites et des adjectifs mélioratifs hyperboliques fortement connotés sensuellement. Dans « Walcourt », le substantif « gares » et l'adjectif « prochaines » décrivent l'arrivée de Verlaine à sa destination. En effet, ce poème retrace le voyage en train de Verlaine accompagné de Rimbaud, son compagnon. Ainsi, Verlaine nous fait part d'un souvenir heureux et lui donne vie à travers l’écriture. Le peintre, quant à lui, a représenté le baiser fougueux d’un couple qu’il a placé au centre du tableau afin de le mettre en valeur. Roméo et Juliette expriment leur passion amoureuse à travers ce baiser. Par ailleurs, leur position montre l'harmonie présente entre les deus amoureux ainsi que leur proximité. Les deux auteurs ont donc choisi de dire l’amour en le montrant, en lui donnant vie par une mise en scène expressive et explicite.
            Dans un dernier temps, Verlaine et Dicksee disent l'amour grâce au pouvoir suggestif des images. Dans « Green », Verlaine utilise la métaphore « ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches » pour mettre en valeur la souffrance du sentiment amoureux et le pouvoir omnipotent de l’être aimé. La symbolique de la couleur blanche, qui peut renvoyer à la virginité ou à l'innoncence, témoigne de la finesse des mots qu'utilise Verlaine. En effet, il emploie des termes simples pour parler de l'amour. Ainsi, il fait du beau avec des mots simples et courants. Dans « L'extase langoureuse », les métaphores hyperboliques « cette âme qui se lamente / En cette plainte dormante » donnent une voix à l’amour, dans un chant mélodieux et lyrique qui confine à l’élégie. Dans « Walcourt », les rimes croisées « tuiles/charmants/asiles/amants » décrivent, de façon implicite, un petit coin où les amoureux peuvent se retrouver. Le peintre présente les deux amants en train de s'embrasser, symbole de l'amour. De plus, Juliette a les bras autour du cou de Roméo, ils s'enlacent. Ainsi, la passion amoureuse est littéralement representée, à l’aide d’une mise en scène picturale suggestive. Les deux auteurs font donc appel au pouvoir évocateur des images pour dire l’amour et le donner littéralement à voir en suscitant l’imagination des lecteurs/spectateurs.

            En conclusion, nous pouvons dire que Paul Verlaine et Franck Dicksee disent l'amour dans leurs oeuvres grâce au rôle symbolique de la nature, à une mise en scène qui lui donne vie et au pouvoir suggestif des images.

Laurie GADOMSKI-LEPRAT et Mayleen LEROUX Mayleen (1L 2016-17), corrigée par Nathalie LECLERCQ

mercredi 15 mars 2017

QUESTION DE CORPUS, VERLAINE, MUNCH (Léa Roux et Noémie Sulpin)

     CORPUS:
Verlaine, Romances sans paroles:

V

Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu'un très léger bruit d'aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
Que voudrais-tu de moi, doux Chant badin ?
Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin ?
IX
Le rossignol qui du haut d’une branche se regarde dedans, croit être tombé dans la rivière. Il est au sommet d’un chêne et toute-fois il a peur de se noyer.
(Cyrano de Bergerac).

L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée,
Tandis qu’en l’air, parmi les ramures réelles,
Se plaignent les tourterelles.

Combien, ô voyageur, ce paysage blême
Te mira blême toi-même,
Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées
Tes espérances noyées !

Mai, juin 1872.

"Charleroi"


Dans l’herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire.

Quoi donc se sent ?
L’avoine siffle.
Un buisson gifle
L’œil au passant.

Plutôt des bouges
Que des maisons.
Quels horizons
De forges rouges !

On sent donc quoi ?
Des gares tonnent,
Les yeux s’étonnent,
Où Charleroi ?


Parfums sinistres !
Qu’est-ce que c’est ?
Quoi bruissait
Comme des sistres ?

Sites brutaux !
Oh ! votre haleine,
Sueur humaine,
Cris des métaux !

Dans l’herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire.

Munch, Mélancolie, 1894.


     Le poète Paul Verlaine et le peintre Edvard Munch, poète, tous deux du XIXème siècle, ont évoqué l'amour, la tristesse et parfois la mélancolie. La mélancolie est un état de dépression, de tristesse et de dégoût de la vie qui s'expriment principalement par l'évocation d'évènements passés. 
     Comment Verlaine dit-il la mélancolie dans trois de ses poèmes de Romances sans parole (Poème V, IX et "Charleroi") et comment Munch peint-il cette émotion dans son tableau Mélancolie

     Tout d'abord, Paul Verlaine et Edvard Munch disent la mélancolie à travers le paysage qui est le reflet de leur âme. Paul Verlaine évoque un paysage assez triste. Dans le poème numéro V, il décrit un « soir rose et gris vaguement » (Vers 2). L'antithèse des deux couleurs laisse entendre que le ciel se trouve être à la fois agréable et desagréable à regarder et par conséquent les souvenirs qui habitent Verlaine lors de l'écriture sont à la fois de bons souvenirs, mais également des douloureux et empreints de mélancolie. Ensuite, dans le poème IX, Verlaine demande «Combien, ô voyageur, ce paysage blême / Te mira blême toi-même. » La répétition du mot « blème » souligne la parenté entre le paysage extérieur et le malaise du poète. Ce vers souligne parfaitement le fait que le décor se trouve être le reflet de ses états d'âmes, tristes et mélancoliques lors de l'écriture de ce poème. Egalement, alors qu'il se trouve à bord d'un train en compagnie de Rimbaud, Verlaine nous peint le paysage qui défile devant ses yeux dans le poème Charleroi. Les paysages se succèdent rapidement grâce au rythme métrique des vers saccadé: « Quoi donc se sent ? / L'avoine siffle. / Un buisson gifle / L'oeil au passant. » Le poème se présente ainsi comme une succession rapide et discontinue d'impressions jetées à la face du voyageur. Dans ce chaos de sensations brusques et d'impressions soudaines le voyageur éprouve une sorte de vertige enivrant. Mais les intervalles du fracas et le vocabulaire dysphorique comme « noire », « profond », « brutaux» laissent toutefois le temps au lecteur de comprendre la métaphore fantastique qui lui permet d'unir l'âme de poète au paysage. Enfin, Edvard Munch peint la mélancolie dans son tableau qui porte le même nom. Les couleurs froides telles que le vert sapin de la forêt à l'arrière plan, le marron du sable, le bleu de l'étendue d'eau et le noir des vêtements que portent l'homme assis sur un rocher au coin à droite de la toile, donnent au tableau une atmosphère triste et pesante. L'homme représenté semble perdu dans ses pensées alors qu'il fixe la nature qui l'entoure. Son regard triste nous laisse supposer que l'endroit dans lequelle il se trouve reflète ses pensées et donc sa mélancolie. Par des paysages tristes et représentatifs de leur état d'esprit, Paul Verlaine et Edvard Munch disent la mélancolie. 
     En outre, les deux artistes font appel au registre pathétique pour dire la mélancolie. Dans le poème V, Verlaine écrit deux squintils qui composent une seule et même phrase. La longueur des vers évoque la lassitude dépressive du poète et fait ressentir sa mélancolie. Dans le poème IX, le champ lexical de la dépression,   « ombre, meurt, plaignent, blême, pleuraient, noyées », met en valeur la tristesse et l'ambiance  mortifère du poème.  La personnification du vent dans « le vent profond pleur » laisse imaginer une saison triste telle que l'automne où tout est gris et morose. Edvard Munch peint quant à lui un personnage au  regard triste, perdu dans l'horizon. Il porte des vêtements noirs, qui est une couleur froide qui représente le deuil. Munch faisait partie du courant symboliste et représentait dans ses tableaux la vie, la mort, le deuil et la mélancolie. Nous pouvons supposer que le personnage est plongé dans une mélancolie suite à la perte d'un être cher et le specateur ressent une certaine peine pour lui. Ainsi, pour exprimer la mélancolie nos deux artistes font ressentir aux lecteurs et spectateurs des émotions dysphoriques et pathétiques.
     Enfin, les deux artistes disent la mélancolie en peignant la solitude humaine. Tout d'abord, la tristesse pousse l'homme à se replier sur lui même et on retrouve cet aspect dans ces œuvres. Munch peint un homme excentré, la tête posée sur son genou complétement seul face à l'immensité de la nature qui l'entoure. Toute cette nature met en valeur la solitude de l'homme présent et parce qu'il est seul le spectateur ressent une certaine mélancolie. Verlaine aussi met en scène des hommes seuls face à leurs pensées, en effet dans le poème V, le poète fait une introspection puisqu'il se pose de nombreuse questions réthoriques comme «Qu'est- ce-que ce berceau soudain / qui dorlote mon pauvre être ? ; Que voudrais-tu de moi, doux chant badin ? » auxquelles il n'obtient aucune réponse. Verlaine, dans le poème IX, instaure un dialogue avec une personne absente en utlisant les pronoms personnels « toi » et « te». Cet échange met d'autant plus en valeur sa solitude puisque personne ne semble lui répondre. De plus, l'apostrophe « ô voyageur » désigne le poète vagabond qui découvre le monde par lui même. Le poète dans ces deux poèmes se retrouve donc seul face à sa mélancolie. 

     Pour dire la mélancolie Edvard Munch et Paul Verlaine donnent pour décors à leurs œuvres un paysage qui reflète leur état d'âme. Ils utilisent un registre pathétique pour faire ressentir leur tristesse et leur mélancolie et mettent en scène un homme seul face à ses pensées souvent maussades.

Léa Roux et Noémie Sulpin, 1re L2 2016-2017, Corrigée par Nathalie Leclercq