mercredi 11 février 2015

QUESTION DE CORPUS: En quoi ces poèmes et ces tableaux sont-ils humanistes? (DU BELLAY, RONSARD, RAPHAËL, Anaëlle CAVERT, 1L1 2014-2015)

Joachim DU BELLAY (1522-1560), Les Regrets, « Heureux qui comme Ulysse »

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Pierre de Rossard, Sonnets pour Hélène, 1587

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

Raphaël, L'Ecole d'Athènes:


Raphaël, La Transfiguration:



QUESTION DE CORPUS: En quoi ces poèmes et ces tableaux sont-ils humanistes?

            Nous allons étudier deux tableaux ainsi que deux poèmes appartenant au mouvement humaniste. Le premier poème s’intitule "Heureux qui comme Ulysse" de Joachim de Bellay, et est extrait du recueil de poèmes Les regrets. Le second est une œuvre du poète Pierre de Ronsard, nommée "Sonnet pour Hélène". Nous étudierons également L’Ecole d’Athènes du peintre italien Raphaël, puis La Transfiguration de Raphaël.
            En quoi ces poèmes et ces tableaux sont-ils humanistes ?

            Dans un premier temps, la place centrale de l’Homme et la connaissance sont très largement évoquées dans le tableau L’Ecole d’Athènes où la scène qui a été peinte se passe dans une école, lieu où les Hommes viennent assouvir leur soif de connaissance. Ce tableau met en scène les philosophes de l’Antiquité, entourés de leurs disciples. Aussi, on peut noter que ce tableau se décompose en deux plans : au premier plan, on peut voir des hommes assis sur des marches en train d’écrire et de lire des textes. Ensuite, au second plan, nous pouvons voir que les lignes de fuite se croisent au milieu du tableau, c’est-à-dire sur les deux personnages centraux, Platon et Aristote, grands noms de l’Antiquité. Enfin, derrière ces deux personnages, nous pouvons distinguer le ciel, que l’on pourrait assimiler à un rappel aux divinités. Dans "Heureux qui comme Ulysse", il n’est pas question de philosophes mais ce poème est, lui aussi, très marqué par l’instruction de l’Homme. D’abord, ce poème est empreint par la lamentation et la mélancolie notamment lorsque l’auteur dit « hélas » ; Cette interjection placée à la fin du premier hémistiche, donne une  impression de silence et montre une certaine douleur. Ensuite, le poème est une longue interrogation sur son futur, on peut percevoir un certain mal-être de la part de l’auteur aussi quand il dit « Reverrai-je le clos de ma pauvre maison », ici, l’adjectif qualificatif « pauvre » n’est pas péjoratif mais montre l’attachement de l’auteur à son village natal, sa modestie du bonheur. Plus généralement, ce sonnet se focalise sur deux vers qui présentent deux grands voyageurs de la mythologie grec : Ulysse et Jason. Ces deux personnages évoquent alors le voyage et la simplicité de vie, au moyen du champ lexical de la modestie et de l’humilité comme dans « petit », « pauvre »,    « maison » ou « clos ». Enfin, nous comprenons alors, quand il dit  « retourné, plein d’usage et de raison » Ulysse revient d’un long voyage spirituel et douloureux, et qu’il en revient plus sage, car le voyage enrichit l’âme et l’esprit. Nous pouvons en conclure que dans ces deux tableaux, la connaissance prend une place très importante. C’est un des fondements du mouvement humaniste car pour être bon un Homme se doit d’être instruit.

            Dans un second temps, nous allons démontrer que la foi en Dieu est très marquée dans La Transfiguration ainsi que dans Sonnet pour Hélène. D’abord, La Transfiguration est une peinture que l’on peut séparer en deux parties très distinctes. La partie supérieure montre la Transfiguration du Christ sur le mont Thabor. Il est représenté flottant dans un nuage illuminé entre les prophètes Moïse et Élie, au-dessus de Pierre, Jacques et Jean. La partie inférieure montre les apôtres et les croyants qui assistent, impuissants, à la possession démoniaque du Christ. Ensuite, le point de fuite est clairement l’illumination du Christ, du fait des couleurs utilisées : elles sont claires et froides contrairement au reste du tableau, qui est peint avec des couleurs chaudes et foncées. On obtient alors un effet de contraste très prononcé qui isole le Christ du reste du tableau, et le met en valeur. Enfin, à l’aide de ce procédé, Raphaël a voulu montrer que la foi en Dieu est une des valeurs que l’Humanisme souhaite inculquer aux Hommes. Sonnet pour Hélène est, quant à lui, un poème nostalgique et réaliste du temps qui passe. D’abord, Ronsard se projette dans le temps et insiste sur l’âge, notamment quand il dit « bien vieille »,  sur la monotonie en décrivant  les occupations calmes de cette femme, et par l’utilisation de participes présents tels que  « dévidant » et        « filant », qui évoquent un rythme lent. Aussi l’évocation de la fin de journée, « au soir », fait penser à la fin de vie. Ensuite le poète insiste sur le fait que la mort est proche, quand il écrit « à demi sommeillant », « sous la terre, et fantôme sans os » ou bien encore « vieille accroupie », ces termes péjoratifs et pathétiques ont une manière particulière, pour Ronsard, de déclarer son amour à sa bien-aimée, Hélène. Il lui dit de l’aimer tant qu’il en est encore temps car la vie est fragile. Il fait également le lien avec la religion « bénissant votre nom », afin de lui enseigner la foi en Dieu. Enfin, ce poème peut faire penser à une fable, par la présence d’une morale, qui a alors une visée didactique. Ronsard veut ainsi faire comprendre à Hélène qu’il faut profiter du jour présent et vivre simplement avec ce que l’on a. Il illustre cette morale lorsqu’il dit  « cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ». Ainsi, dans son poème, Ronsard démontre l’importance de vivre en toute simplicité, autre valeur humaniste, et de se contenter de ce que l’on possède car la seule issue d’une vie est la mort.

            Pour conclure, ces deux tableaux et poèmes, mettent en lumière et prônent trois des valeurs du mouvement Humaniste qui sont l’éducation, la foi en Dieu et la simplicité de vie. Ainsi, ces peintres et poètes qui ont appartenu au XVIème siècle, ont voulu, en leur temps, montrer à tous l’aspect primordial de la place de l’Homme dans la société et permettre à ces valeurs de perdurer dans le temps.

Anaëlle CAVERT (1L1, BOURDAN, 2014-2015)

QUESTION DE CORPUS : Quelles sont les fonctions théâtrales de ces trois scènes ? (SOPHOCLE, MENANDRE, PLAUTE)


Sophocle, Antigone, Les belles Lettres, 1962, trad. De Paul Mazon, coll. Le Livre de Poche, p. 102-104. (Dramaturge grec, 495 av. J. C. à 406 av. J. C.)

CRÉON. — Et toi, toi qui restes là, tête basse, avoues-tu ou nies-tu le fait ?
ANTIGONE. — Je l’avoue et n’ai garde, certes, de le nier.
CRÉON (au Garde). — Va donc où tu voudras, libéré d’une lourde charge. (Le Garde sort. A Antigone.) Et toi, maintenant, réponds-moi, sans phrases, d’un mot. Connaissais-tu la défense que j’avais fait proclamer ?