samedi 4 octobre 2014

ESCHYLE, LES PERSES, CITATIONS CLEFS (Traduction d’Edgar Poe), PARTIE 2 (et fin)


LE SPECTRE DE DARIOS.
Puisque je suis venu du Hadès, appelé par tes lamentations, ne parle point longuement, mais brièvement. Dis, et oublie ton respect pour moi.


LA REINE
Ô toi qui as surpassé par ton heureuse fortune la félicité de tous les hommes ! Tandis que tu voyais la lumière de Hèlios, envié des Perses, tu as vécu prospère et semblable à un dieu ! Et maintenant, tu es heureux d’être mort avant d’avoir vu ce gouffre de maux ! Tu apprendras tout en peu de mots, ô Daréios ! La puissance des Perses est détruite. J’ai dit.

LE SPECTRE DE DARIOS
De quelle façon ? Est-ce la peste ou la guerre intestine qui s’est abattue sur le royaume ?

LA REINE
Non. Toute l’armée a été détruite auprès d’Athènes.

LE SPECTRE DE DARIOS
Lequel de mes fils conduisait l’armée ? Parle.

LA REINE
Le violent Xerxès. Il a dépeuplé tout le vaste continent de l’Asie.

Il a réuni par un pont les deux bords du détroit de Hellè, afin de passer.

L’armée navale vaincue, l’armée de terre a péri.

Toute la race des Baktriens a péri, et pas un n’était vieux !

LE SPECTRE DE DARIOS
Ô malheureux, qui as perdu une telle jeunesse !

LA REINE
On dit que le seul Xerxès, abandonné des siens et presque sans compagnons…

LE SPECTRE DE DARIOS
Comment ? Où a-t-il péri ? Est-il sauvé ?

LA REINE
À pu atteindre le pont jeté entre les deux continents.



LE SPECTRE DE DARIOS
Hélas ! L’événement a promptement suivi les oracles, et Zeus, sur mon fils, vient d’accomplir les divinations ! Certes, j’espérais que les dieux en retarderaient encore longtemps l’accomplissement ; mais un dieu pousse celui qui aide aux oracles ! Maintenant la source des maux jaillit pour ceux que j’aime. C’est mon fils qui a tout fait par sa jeunesse audacieuse, lui qui, chargeant de chaînes le sacré Hellespontos, comme un esclave, espérait arrêter le divin fleuve Bosphoros, changer la face du détroit, et, à l’aide de liens forgés par le marteau, ouvrir une voie immense à une immense armée ! lui qui, étant mortel, espérait l’emporter sur tous les dieux, et sur Poseidôn ! Comment mon fils a-t-il pu être saisi d’une telle démence ? Je tremble que les grandes et abondantes richesses que j’ai amassées ne soient la proie du premier qui voudra s’en emparer.

LA REINE
Le violent Xerxès a fait cela, conseillé par de mauvais hommes. Ils lui ont dit que tu avais conquis par l’épée de grandes richesses à tes enfants, tandis que lui, par lâcheté, ne combattait que dans ses demeures, sans rien ajouter à la puissance paternelle. Ayant souvent reçu de tels reproches de ces mauvais hommes, il partit pour cette expédition contre Hellas.

LE SPECTRE DE DARIOS
Car, ayant envahi Hellas, ils n’ont pas craint de dépouiller le sanctuaire des dieux et de brûler les temples. Les sanctuaires et les autels ont été saccagés et les images des dieux arrachées de leur base et brisées. À cause de ces actions impies ils ont déjà souffert de grands maux, mais d’autres les menacent et vont jaillir, et la source des calamités n’est point encore tarie.

Zeus vengeur n’oublie point de châtier tout orgueil démesuré, car c’est un justicier inexorable. C’est pourquoi, instruisez Xerxès par vos sages conseils, afin qu’il apprenne à ne plus offenser les dieux par son insolence audacieuse. Et toi, ô vieille et chère mère de Xerxès, étant retournée dans ta demeure, choisis pour lui de beaux vêtements, et va au-devant de ton fils. En effet, il n’a plus autour de son corps que des lambeaux des vêtements aux couleurs variées qu’il a déchirés dans la douleur de ses maux. Console-le par de douces paroles. Je le sais, il n’écoutera que toi seule. Moi, je rentrerai dans les ténèbres souterraines. Et vous, vieillards, salut ! Même dans le malheur, donnez, chaque jour, votre âme à la joie, car les richesses sont inutiles aux morts.



LE CHŒUR
Strophe I : Certes, ô dieux ! nous menions une vie grande et heureuse et sagement gouvernée, quand le roi égal aux dieux, Daréios, vénérable, doux, invincible, suffisant à tout, commandait au royaume !

Antistrophe I : Avant tout, nous étions illustres par notre glorieuse armée, et de fermes lois réglaient toutes choses. Puis, nos troupes, sans avoir subi de défaites, toujours victorieuses, revenaient heureusement dans nos demeures.

Strophe II : Que de villes il a prises, sans même avoir traversé le fleuve Halys, sans avoir quitté sa demeure ! Telles les villes de la mer Strymonnienne, aux frontières Thrakiennes ;

XERXÈS.
Hélas, malheureux ! comment ai-je été accablé de cette calamité lamentable et inattendue ! oh ! que la fortune afflige amèrement la race des Perses ! Ah ! malheureux ! que faire ? La vigueur de mes genoux fléchit devant ces vieillards ! Ô Zeus, que ne suis-je mort avec mes guerriers morts !

Strophe III : Hélas, hélas ! En face de l’antique et odieuse Athèna, tous, les malheureux ! ont été jetés palpitants contre terre.


LE CHŒUR
Nous avons été frappés, cela est certain ! Calamité inattendue, inouïe ! Nous nous sommes heurtés pour notre malheur à la flotte des Iaônes ! Cette guerre a été funeste à la race des Perses !

XERXÈS.
Strophe V : Certes ! Et j’ai été vaincu avec une telle armée !

LE CHŒUR
Hélas ! hélas ! Ô malheureuse terre Persique !

XERXÈS
Hélas ! hélas ! hélas ! mes nefs à trois rangs d’avirons ! hélas ! hélas ! hélas ! mes nefs sont perdues !

LE CHŒUR
Je te suis en poussant des gémissements lugubres !

Citations recueillies par LECLERCQ Nathalie




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