lundi 10 mars 2014

ZOLA NANA RESUME CHAPITRES XII et XIII



Chapitre XII :

Chez les Muffat, Sabine donne une fête dans son hôtel entièrement restauré : elle est aussi dépensière que Nana, ruinant ainsi doublement le comte. Cette fête est l’occasion pour les hôtes de voir « la débâcle de cette maison ». Puis, c’est le mariage entre Estelle Muffat et Daguenet, manigancé par Nana. Le chapitre se clôt sur un accord entre les époux : se pardonner tout en gardant leur liberté. De son côté, le soir même du mariage, Nana reçoit chez elle sa récompense financière des mains mêmes du marié.

- Nana et le comte sont au lit, il est une heure du matin, ils ne dorment pas : Nana est assaillie par des peurs violentes, peur de la mort, et peur de ne pas aller au paradis.
Deux jours plus tard, N fait une fausse couche. Lorsqu’elle revoit Muffat le lendemain, elle sous-entend qu’il en était le père.
- De son côté, Muffat a reçu une lettre envoyée par Rose (honte, chagrin). Nana lui montre la honte que pourrait lui procurer un procès. Elle le conseille, il doit se « remettre avec sa femme ».
- Le comte a de plus en plus d’ennuis financiers, dus non seulement aux exigences Nana, mais aussi aux « caprices ruineux » de la comtesse : « au retour des Fondettes, la comtesse avait brusquement montré un goût de luxe, un appétit de jouissances mondaines, qui dévorait leur fortune ». Sabine a fait restaurer leur hôtel particulier : il doit être inauguré pour le mariage Estelle Daguenet dans cinq jours.

- Juin. Les Muffat organisent une grande fête dans leur luxueux hôtel pour le mariage de Daguenet et Estelle, ce passage se caractérise par une alternance entre les descriptions, les scènes de groupe (effet de masse) et, les conversations personnelles. Les Muffat ont invité 500 personnes (« des cohues », « la rue entrant librement »), « société où se coudoyaient de grands noms et de grandes hontes »
- Les présents connus du lecteur  : Comtesse, comte (air calme et digne), les vieux amis de la mère du comte : Mme du Joncquoy, Mme Chantereau ; Mme de Chezelles + un bande jeunes messieurs ; Estelle, Daguenet, Mme Hugon ; Steiner, Fourcamont, La Faloise, le Fils Hugon.

- Ce passage chez les Muffat s’ouvre sur la description du nouvel hôtel qui opère un contraste avec l’hôtel glacial et humide d’autrefois : « éblouissement », or, marbre cristal,  « on eût dit que la chaise longue de Sabine… s’était multipliée, élargie, jusqu’à emplir l’hôtel entier d’une voluptueuse paresse », similitudes avec l’hôtel de Nana.
- Le bal a commencé avec pour musique la valse canaille de la Blonde Vénus « il semblait que ce fût quelque vent de la chair, venu de la rue, balayant tout un âge mort dans la hautaine demeure, emportant le passé des Muffat ».
- Discussions : « réflexions amères des habitués » (les + âgés) : « sabine est folle », « tout cet or, et ce vacarme… c’est scandaleux » auxquelles s’oppose l’approbation de Mme de Chezelles.
- La conduite de Muffat est désormais connue de tous : « cette fille a ensorcelé ce malheureux ». (Personnage le plus critique très sévère : Chouard dehors « scandalisé par conduite du comte »). Encore une fois, Nana est présente dans les dialogues : sont évoqués son influence sur Muffat, son rôle dans mariage, La Faloise s’amuse même à faire croire par deux fois que Nana est présente au bal.



- Un peu plus tard dans la soirée, Fauchery arrive et  va saluer la comtesse et le comte. Comte : 
« attitude majestueuse », mais Muffat ne doutait plus, c’était un dernier coin de dignité qui croulait ». Fauchery est d’abord angoissé, puis, face à la réaction de Muffat, il trouve finalement la situation comique.

- On assiste à l’effondrement des valeurs de la famille Muffat :
Les danses font bouger le plancher « comme si la vieille demeure eût fléchi sous le branle de la fête ». Cet effondrement se mesure d’autant plus que Zola laisse la parole à la « vieille garde » (opposition « jadis /aujourd’hui ») « on introduisait chez soi l’écume de Paris, rien d’étonnant si des promiscuités pareilles pourrissaient ensuite le foyer ».
- Image finale du feu, de l’incendie  « et ce tressaillement des murs, cette nuée rouge, étaient comme la flambée dernière, où craquait l’antique honneur brûlant aux quatre coins du logis », « la valse sonnait le glas d’une vieille race ; pendant que Nana, invisible, épandue au-dessus du bal avec ses membres souples, décomposait ce monde, le pénétrait du ferment de son odeur flottant dans l’air chaud, sur le rythme canaille de la musique ».
- Le soir du mariage à l’église, Muffat retourne dans la chambre sa femme. Tous les deux sont gênés mais ils se mettent finalement d’accord par besoin financier, ce qui met en valeur le pouvoir du masque de la religion, « c’était la religion qui voulait ce pardon mutuel ».
- Daguenet va trouver Nana et rappelle sa promesse à la jeune fille. 



Chapitres XIII:
- L’œuvre de destruction de Nana va de paire avec un redoublement de splendeur qui s’accompagne de folie destructrice. Elle est  couverte de cadeaux et d’argent, mais la jeune femme est endettée plus que jamais.
- Le tournant tragique du roman s’annonce clairement. Dès le début du chapitre, Nana est présentée sous un jour presque exclusivement choquant et destructeur, et le niveau de langue est de plus en plus familier voire vulgaire.

- Fin septembre, Muffat surprend Nana et Georges : « toute illusion était morte, il ne croyait plus à la fidélité jurée ».
- A cette époque, rage de dépense chez Nana. Les domestiques volent tant qu’ils peuvent et Nana dépense des sommes folles.        « L’hôtel semblait bâti sur un gouffre, les hommes avec leur biens, leur corps, jusqu’à leurs noms, s’y engloutissaient », « les hommes entassés les uns par dessus les autres, l’or vidé à pleine brouette, ne parvenaient pas à combler le trou qui toujours se creusait sous le pavé de son hôtel dans les craquement de son luxe. » La jeune fille veut une nouvelle fois refaire la chambre en particulier le lit : « un trône, un autel » tout en or sculpté.
- Nana doit emprunter à ses amants qu’elle ruine (emprunte même à Philippe et casse le cadeau qu’il est venu lui apporter). Devant sa tristesse, suit une scène où elle détruit tous les cadeaux de ses amants, « elle ne se rappelait pas d’être tant amusée depuis longtemps ».
- Philippe lui demande de l’épouser. Elle refuse. Le soir même, Philippe se retrouve en prison pour avoir volé en trois mois 12 000 f à son régiment. Mme Hugon désespérée (et atteinte d’un début de paralysie) décide de se rendre chez Nana.
- Nana est de plus en plus féroce avec Muffat, elle l’appelle le petit « Muffe ».



- Nana destructrice détruit ses amants, financièrement, moralement, elle détruit les familles (les Hugon, Muffat). Cependant, en parallèle la déchéance de Nana semble s’amorcer. L’on assiste ainsi au dérèglement de la maison, Nana est méprisée par ses domestiques « mépris de l’office qui la guettait et l’éclaboussait d’un blague ordurière ». Ils ne jouent plus leur rôle de « filtre » (laissent entrer tout le monde sans prévenir Nana : hommes, créanciers), ils attisent la colère des créanciers et en rient, « des commérages de trois et quatre heures, Mme déshabillée, épluchée, racontée, avec l’acharnement d’une domesticité oisive qui crevait de bien-être ».

- Nana est tellement endettée qu’elle doit retourner chez la Tricon. A ce moment-là, Georges arrive, il a assisté à la scène avec son frère et il veut des explications. Finalement, il propose également à Nana de l’épouser. Elle refuse à nouveau. Il s’empare d’une paire de ciseaux et se les enfonce dans la poitrine sous le regard de Mme Hugon qui vient d’arriver. Elle emmène Georges : « madame, ce n’est pas moi, je vous jure… Il voulait m’épouser, j’ai dit non, et il s’est tué », « […] Nana répétait d’un ton imbécile : « il voulait m’épouser, j’ai dit non, et il s’est tué. » « Sans un cri Mme Hugon se baissa. Oui, c’était l’autre, c’était Georges. L’un déshonoré, l’autre assassiné ». 
- Un quart d’heure plus tard, Muffat arrive et Nana l’envoie chercher des nouvelles de Georges. La présence d’une tâche rouge sur le tapis, impossible à enlever (« ça s’en ira sous les pieds », Nana) annonce la fin.

- La passion de Muffat est à son paroxysme et sa déchéance de plus en plus nette. Il a pourtant conscience qu’il court à sa perte: « Le ciel lui donnait un avertissement, il regardait le malheur de Philippe et de Georges comme l’annonce de sa propre perte, mais, il s’avère incapable de quitter Nana », « jouissance sourde d’être débarrassé d’un rival ». Sa femme, quittée par Fauchery, cumule les amants. Sa fille ne veut plus le voir (femme d’une volonté de fer),               « misérable chez lui, chassé par l’ennui et le honte, préférait encore vivre avenue de Villiers, au milieu des injures ».
- Nana de plus en plus brutale et cruelle n’a qu’une seule question qui l’intéresse : l’argent. Elle lui fait de nombreuses scènes car il ne peut plus la payer régulièrement et elle s’amuse à l’humilier.           « Quand on a une gueule comme la tienne, on paie les femmes qui veulent bien vous tolérer ». Nana triomphe socialement et reprend    « sa liberté » : « aller à la rigolade », « passades continuelles ». Elle cumule les infidélités que Muffat feint d’ignorer.

- Muffat accepte tout, c’est un être déchiré, il ne trouve pas dans la religion un recours, au contraire, et un parallèle s’établit entre ses sentiments pour Nana et ses sentiments religieux. Il éprouve une certaine jouissance dans sa souffrance, « lui, dévot habitué aux extases des chapelles riches, il retrouvait exactement ses sensations de croyant, lorsque, agenouillé sous un vitrail, il succombait à l’ivresse des orgues et des encensoirs. La femme le possédait avec le despotisme jaloux d’un dieu de colère, le terrifiant, lui donnant des secondes de joie aigues comme des spasmes, pour des heures d’affreux tourments, des visions d’enfer et d’éternels supplices. C’étaient les mêmes balbutiements, les mêmes prières et les mêmes désespoirs, surtout les mêmes humilités d’une créature maudite, écrasée sous la boue de son origine. »
- C’est aussi un être déchiré par les luttes de sa raison : « malgré les luttes de sa raison, cette chambre de Nana le frappait de folie ».

- Nana de plus en plus destructrice, devient tyrannique, avilissante. Muffat se prête à des jeux avilissants, « ce fut comme un vent de démence qui passa et grandit peu à peu dans la chambre    close »,   « et lui imbécile se prêtait à sa jeu, avec le vague souvenir des saints dévorés de poux et qui mangeaient leurs excréments ». « Elle le traita en animal, le fouailla, le poursuivit à coups de pied », il fait le chien, il doit rapporter un mouchoir, elle l’avilit en costume de chambellan. Aux rires de Nana s’oppose le consentement de Muffat qui « aimait sa bassesse, goûtait la jouissance d’être une brute ».

Mignon, le soir de la rupture, vient chez Nana pour débaucher Zoé.
- Zoé quitte Nana pour reprendre l’établissement de la Tricon,        « une férocité lui retroussait les lèvres, elle serait enfin                    « madame »».



L’accumulation de nouvelles catastrophiques continue pour Nana qui est sincèrement affectée :
- maladie de Satin
- démission de Zoé
- Labordette vient annoncer la mort de Georges
- « Tristesse infinie, quelque chose de profond et d’immense dont elle se sentait accablée ».

Mais elle reprend vite ses esprits et va à l’hôpital voir Satin une dernière fois. Elle provoque l’admiration de Labordette et de Mignon.

Fin du chapitre : « Et tous deux l’admiraient, dans un silence recueilli, tandis qu’elle achevait de boutonner ses gants. Elle demeurait seule debout, au milieu des richesses entassées de son hôtel, avec un peuple d’hommes abattus à ses pieds. Comme ces monstres antiques dont le domaine redouté était couvert d’ossements, elle posait les pieds sur des crânes; et des catastrophes l’entouraient, la flambée furieuse de Vandeuvres, la mélancolie de Foucarmont perdu dans les mers de la Chine, le désastre de Steiner réduit à vivre en honnête homme, l’imbécillité satisfaite de la Faloise, et le tragique effondrement des Muffat, et le blanc cadavre de Georges, veillé par Philippe, sorti la veille de prison. Son œuvre de ruine et de mort était faite, la mouche envolée de l’ordure des faubourgs, apportant le ferment des pourritures sociales, avait empoisonné ces hommes, rien qu’à se poser sur eux. C’était bien, c’était juste, elle avait vengé son monde, les gueux et les abandonnés. Et tandis que, dans une gloire, son sexe montait et rayonnait sur ses victimes étendues, pareil à un soleil levant qui éclaire un champ de carnage, elle gardait son inconscience de bête superbe, ignorante de sa besogne, bonne fille toujours. Elle restait grosse, elle restait grasse, d’une belle santé, d’une belle gaieté. Tout ça ne comptait plus, son hôtel lui semblait idiot, trop petit, plein de meubles qui la gênaient. Une misère, simplement histoire de commencer. Aussi rêvait-elle quelque chose de mieux; et elle partit en grande toilette pour embrasser Satin une dernière fois, propre, solide, l’air tout neuf, comme si elle n’avait pas servi. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire