mercredi 29 janvier 2014

SAINT AMANT, LE MELON, COMMENTAIRE



Le melon (extrait)

Quelle odeur sens-je en cette chambre ? 

Quel doux parfum de musc et d'ambre 
 Me vient le cerveau réjouir 
 Et tout le cœur épanouir ? 
Ha ! bon Dieu ! j'en tombe en extase :
Ces belles fleurs qui, dans ce vase, 
Parent le haut de ce buffet, 
Feraient-elles bien cet effet ? 
A-t-on brûlé de la pastille ? 
N'est-ce point ce vin qui pétille 
Dans le cristal, que l'art humain
A fait pour couronner la main 
Et d'où sort, quand on en veut boire, 
Un air de framboise à la gloire
Du bon terroir qui l'a porté 
Pour notre éternelle santé ?

Non, ce n'est rien d'entre ces choses, 
Mon penser, que tu me proposes. 
Qu'est-ce donc ? je l'ai découvert 
Dans ce panier rempli de vert : 
C'est un MELON, où la nature, 
Par une admirable structure, 
A voulu graver à l'entour 
Mille plaisants chiffres d'amour, 
Pour claire marque à tout le monde
Que, d'une amitié sans seconde, 
Elle chérit ce doux manger 
Et que, d'un souci ménager, 
Travaillant aux biens de la terre, 
Dans ce beau fruit seul elle enserre 
Toutes les aimables vertus 
Dont les autres sont revêtus.

Le melon (1634) :

Problématique : Comment Saint-Amant crée-t-il un hymne burlesque ?





I) Un hymne au melon
            A) Art du suspense
- Questions oratoires de la première strophe
- Suppositions et hypothèse de la première strophe
- Exclamations hyperboliques + jeu des nasales (vers 1 et 3)
= implicitement, dès le dé&but, elles connotent méliorativement le melon
            B) Description méliorative et hyperbolique
- Synesthésie de la première strophe
- Vocabulaire mélioratif et hyperbolique de la deuxième strophe


            C) Un trésor
- « Je l’ai découvert dans ce panier rempli de vert » : métonymie + art de la « trouvaille » (Vers 19) = Le verbe « découvrir » connote méliorativement le « vert » et fait du contenu du panier un véritable trésor, d’autant que la couleur verte rappelle le vert paradis édénique, connotation paradisiaque.
- Personnification de la nature créatrice de ce fruit merveilleux
- Métaphore du vers 30 et suivants : Dans ce beau fruit seul elle enserre/Toutes les aimables vertus/Dont les autres sont revêtus. » Valeur hyperbolique et champ lexical de la perfection = Ces procédés reconstruisent le melon et en font un fruit d’exception, symbole de perfection.



II) Burlesque
            A) Lyrisme exacerbé pour un melon
- Vers 3 et 4 : Interrogations et interjections
- « Cerveau réjoui, cœur épanoui » : métaphore + diérèses
- 1ère personne et avatars
- Vers 5 : « Ah ! Bon Dieu ! J’en tombe en extase ! » = exagération et connotation burlesque de l’interjection, de l’apostrophe à Dieu et du vocabulaire hyperbolique.
            B) Dichotomie du moi
- Vers 17, 18 et 19 : Le poète s’adresse à lui-même = dialogue burlesque à propos d’un melon
- « non », adverbe de négation + « qu’est-ce donc » = Oralité et registre familier.


            C) Ouvrage de la nature
- Personnification qui détourne un motif noble (la nature) pour rendre hommage à un… melon !
- Vers 13 et 16 « Comme on » + « notre éternel » : hiatus burlesques
- Description finale du melon = vision paradisiaque et métaphorique = vertus, registre religieux détourné pour la gourmandise = un défaut = éloge paradoxal (Un éloge paradoxal consiste à louer ce que l’on blâme habituellement), ici, la gourmandise.


III) Pour créer une véritable œuvre d’art
            A) Art pictural
- Vers 11 : art humain : Personnification qui annonce l’œuvre d’art que sera le melon.
- Eléments décrits de la première strophe « fleurs, vin… » = Tous les composants d’une nature morte.
- Art pictural des couleurs : « panier rempli de vert » : métonymie signifiante, symbolique du vert paradis, connotation méliorative et divine, or Dieu est l’ultime créateur.


            B) Art musical
- Vers 1 : Jeu des rimes chambre/ambre (rime inclusive) + idem découvert/vert (Vers 28)
- Réjouir/épanouir (vers 3) + pastille/pétille (10 et 11)
- Assonance en [oi] vers 13, 14, 15

- Allitération en [r] vers  à 11 à 16 qui se prolonge dans la 2e strophe

= Tous ces jeux sonores confèrent au poème une harmonie musicale, comme un concert de sons, un hymne musical qui redouble l’hymne poétique au melon.


            C) Architectural et poétique
- Homonyme « rempli de vert » avec « vers » : Outre le fait que la couleur verte renvoie au paradis, le jeu homonymique avec « vers » fait de l’expression « panier rempli de vert » une métaphore du poème lui-même, qui est bel et bien « rempli de vers »… Petite note humoristique et mise en abyme du poème lui-même, puisque la métaphore renvoie à l’art de faire des vers, le panier étant la page, et les vers, ce fruit précieux, tel le melon…

- Majuscule MELON = œuvre d’art, création poétique et sculpturale + « graver » = rôle de la nature comme double du poète, décrit comme un sculpteur (fait penser à une épigramme (Inscription en vers ou en prose gravée sur un monument.)


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