samedi 14 décembre 2013

LA FONTAINE, FABLES, "LA GRENOUILLE QUI VEUT SE FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BOEUF", COMMENTAIRE


TEXTE

Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant : "Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
- Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point.". La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

Plan pour un commentaire, La Fontaine, « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf »

Problématique : Comment La Fontaine livre-t-il un apologue piquant et ironique sur la vanité humaine ?




I) Un récit théâtralisé
A) Un récit
- Caractéristiques du récit = Passé simple, imparfait, présent de narration, séquentialités narratives, dialoguées et descriptives = un récit très animé, très visuel, aussi, qui confine à la saynète.
- Situation initiale peu développée, succession de péripéties rapides et situation finale : Forte dramatisation = voir tous les verbes d’action = La Fontaine livre un récit dynamique et vif.
- La construction du  récit favorise le dynamisme de l'action = il y a une véritable progression dans le récit qui mime celle de la Grenouille = « Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille » = groupe ternaire + gradation (se travaille = se torture) + ce vers appartient à une phrase qui se déroule sur plusieurs vers = la syntaxe mime le « travail » de la Grenouille, ses efforts répétés pour parvenir à ses fins. La syntaxe « gonfle » en même temps que la Grenouille = d’où le dynamisme de la scène et l’efficacité de la chute.
- Le dialogue au discours direct, bâti sur une série de questions et de réponses, met en valeur également la progression de la Grenouille, les différentes étapes de son gonflement et la surenchère du bœuf.

B) Des actants
- Les animaux sont personnifiés : Majuscules + Sentiment humain (Adjectif « envieuse ») + substantif humanisant « ma sœur » + Ils parlent = les animaux ont une portée allégorique = ils sont la représentation concrète de défauts humains.
- La Fontaine met en scène des descriptions tout en contrastes pour mettre en valeur les « forces » en présence et le déséquilibre = «Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf » = jeu rimique qui oppose « œuf », « bœuf » aux vers 2 et 3 et efficacité de la négation et de la comparaison avec un œuf qui a une valeur proleptique = le lecteur sait que la Grenouille va échouer = intensité dramatique, comique et tragique. La fable met donc en scène une Grenouille qui veut inverser les rôles avec un Bœuf qui joue celui d’arbitre pervers.

C) Une tragi-comédie
- Discours direct v 6 à 9 : Guillemets, tirets + proposition incise comme « Disant » v 6 + Questions de la Grenouille et réponses négatives du Bœuf +  présent de narration qui actualise la scène (comme si nous y étions, comme si le lecteur participait à cette scène) + hétérométrie = effets de rythme (octosyllabes qui accélèrent le rythme/ alexandrins) = ce dialogue participe du registre comique en ce qu’il propose une comédie en acte, deux portraits caricaturaux en action.
- « Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille » : L'alexandrin mime les efforts de la Grenouille tandis que l'octosyllabe « S'enfla si bien qu'elle creva » mime la rapidité du châtiment = Tout ces procédés dramatisent fortement le récit et lui assignent un grand dynamisme.
- Le dialogue au discours direct, bâti sur une série de questions et de réponses, mime également la progression expansive de l'action qui traduit l'expansion physique de la Grenouille.
- La soudaineté de la chute:
            - Antithèse « s'enfla/creva» = Brusque renversement.
            - « elle creva » : 4 syllabes brutales et brèves + Verbe au passé simple, expressif et violent, polysémique (verbe utilisé en syllepse = crever = être percé + Mourir). La soudaineté de l'événement est mise en relief par l'amplification qui a précédé. Dramatisation ironique, comique et tragique à la fois (Elle s’enfle tellement qu’elle en meurt !). L’enchaînement des actions met en valeur l’inéluctabilité de la chute = registre tragique. Mais les actants sont ridicules= comique.

II) Une satire de l’orgueil et de la vanité humaine
A) Le Bœuf
 - « Qui lui sembla de belle taille. » Focalisation interne (lui sembla) qui nous permet de voir le bœuf du point de vue de la grenouille, ce qui amplifie la grosseur de l’animal, par contrastes. L’euphémisme « de belle taille » qui amplifie l’énormité du ruminant fait du Bœuf l’allégorie de l'opulence, de la toute puissance de l'argent, la métaphore du Veau d'Or  (Voir plus loin).
- « Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ? - Vous n'en approchez point. » = Le Bœuf s’exprime par monosyllabes, par adverbes négatifs répétés inlassablement et sans pitié. Le Bœuf participe, voire cause, l’éclatement de la Grenouille en la poussant à faire toujours mieux, par des petits encouragements cyniques et supérieurs. Le Bœuf est ici l’allégorie de l’orgueil humain qui ne désire pas que le « pauvre » s’enrichisse et devienne son égal. Aucune empathie, aucune générosité, mais une surenchère implacable qui mène la grenouille à une mort certaine.
- Satire du veau d’or = symbolique du bœuf dans la Bible : Épisode de l’Exode (Ex. 32) du peuple hébreu de l’Égypte vers la « terre promise ». Pendant l’ascension du mont Sinaï par Moïse pour recevoir les Tables de la Loi, les Hébreux, nouvellement libérés du joug de Pharaon, pressèrent Aaron de leur montrer un dieu qui puisse les guider. Aaron commande alors au peuple hébreu de briser « les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles » afin qu'il puisse fondre un veau qu'ils désigneront comme dieu. Aaron construisit ainsi un veau d’or qu’ils adorèrent à l’imitation du taureau Apis qui était adoré en Égypte. Lorsque Moïse descendit du mont Sinaï et qu’il vit les Hébreux adorer une idole, ce qui est interdit par le Troisième Commandement, il fut pris d’une colère si grande qu’il fracassa les Tables de la Loi sur un rocher. Dieu ordonna alors à Moïse de tuer tous ces hérétiques, et Moïse transmit cet ordre à ceux qui, parmi son peuple, lui étaient restés fidèles. En outre, lorsque le Bœuf déclare à la grenouille prétentieuse « Vous n'en approchez point. », la tournure négative nie le pouvoir de l’homme d’égaler les dieux et l’indifférence de ceux-ci face à la souffrance humaine. Cette absence complète d’empathie rappelle le chapitre XXX de Candide de Voltaire, lors duquel nous pouvons lire ce dialogue significatif : «  «  - De quoi te mêles-tu ? dit le derviche, est-ce là ton affaire ? - Mais, mon Révérend Père, dit Candide, il y a horriblement de mal sur la terre. - Qu'importe, dit le derviche, qu'il y ait du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse envoie un vaisseau en Égypte, s'embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont à leur aise ou non ? - Que faut-il donc faire ? dit Pangloss. - Te taire, dit le derviche. - Je me flattais, dit Pangloss, de raisonner un peu avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l'origine du mal, de la nature de l'âme et de l'harmonie préétablie. » Le derviche, à ces mots, leur ferma la porte au nez. » = La parabole marine met en valeur la condition humaine face à un Dieu indifférent qui ne se soucie pas des hommes. Philosophie acerbe mais réaliste qui remet l’Homme à sa place = il n’est pas le centre de l’univers et il n’existe pas de réponse à ses questions métaphysiques.

B) La Grenouille
- Tout un réseau lexical dépréciatif et axiologique caractérise négativement le batracien :
            - L'adjectif « envieuse » est à prononcer avec une diérèse (en/vi/eu/se) ce qui accentue d’autant plus le terme = La grenouille est l’allégorie de la vanité humaine qui se croit plus qu’elle n’est, et de la jalousie qui caractérise les rapports humains. Elle est aussi l’allégorie de l’ambitieux qui rêve de gloire et de fortune.
            - Cette « chétive pécore » : Le terme est mis en contre-rejet, ce qui souligne son importance. Une pécore désigne un animal d'une sottise affligeante. Un âne, par exemple.  Et par extension, une pimbêche, une péronnelle, en un mot une gourgandine. Par cet adjectif dépréciatif, La Fontaine entend faire de son personnage l’archétype de ces femmes sottes et prétentieuses qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes. Narcissiques et égocentriques, elles courent à leur propre perte.
- Symbolique religieuse : La Grenouille, en voulant égaler le bœuf est sacrilège (Elle adore ce « veau d’or ») et renvoie également à la figure de Prométhée, qui est aussi évocateur de l'hybris (la force démesurée), la folle tentation de l'Homme de se mesurer aux dieux et ainsi de s'élever au-dessus de sa condition.
- La grenouille est burlesque =
            - L'expression « lui sembla » dénote un point de vue subjectif qui laisse place à l'erreur. La subjectivité erronée de la grenouille est également perceptible dans l’expression « de belle taille ». L'expression méliorative traduit à la fois l’admiration et l'envie du batracien, que le verbe « égaler », qui suggère une rivalité, amplifie. Par ailleurs la comparaison « comme un œuf » est dépréciative. Ce manque de jugement caricature la grenouille et la ridiculise.
            - Ses efforts sont également ridiculisés : « Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille » = Le rejet de l’adjectif « envieuse » dénote le mobile condamnable de ce « travail » (Du latin tripalium qui signifie un instrument de torture). Le rythme saccadé mime l’effort amplifié par la répétition de la conjonction de coordination « et ». La gradation des termes et l’allongement progressif du nombre de syllabes (2/3/4) met bien en valeur le fait que la grenouille se torture et s’adonne à une occupation contre nature. Les allitérations en [S] et en [T] donnent à entendre ces efforts et la souffrance qu'elle s’impose.
            - La répétition de ses questions met en valeur sa bêtise. Ce portrait en action revêt donc une fonction cathartique = purger les hommes de leurs passions négatives en leur donnant à voir et à entendre le spectacle de telles passions dévastatrices et mortifères. Mais cette Grenouille burlesque rappelle aussi la devise de Santeul (En 1630) : Castigat ridendo mores. Le rire est purgatif, il aide les hommes à rire d’eux-mêmes et à les corriger en douceur.

C) Un idéal philosophique et éthique
- La morale est explicite : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages. » La voix du fabuliste se laisse entendre à travers le présent de vérité générale qui confère un caractère sentencieux à l’aphorisme. La répétition du déterminant indéfini et la symétrie syntaxique scandent le propos et semblent surenchérir sa portée universelle. La fontaine prône ici un idéal de tempérance et d’humilité. C'est ainsi que la fable est un miroir tendu à l’humanité pour mieux apprendre à se connaître et à comprendre ses limites. Elle se caractérise par le recours à la comparaison « ne sont pas plus sages » qui élargit le propos à toute l'humanité, le substantif «sagesse» conférant à la morale une dimension éthique ou philosophique.
- Selon Pascal « Le moi est haïssable » et la Grenouille représente justement cette humanité amoureuse d’elle-même, égoïste et égocentrique, prête à tout pour parvenir à ses fins. La chute châtie son orgueil et sa démesure.


III) La fable propose donc, à partir de son modèle, une leçon profondément humaine
A) Une réécriture
Pour mémoire, la fable d’Esope, « De la grenouille et du bœuf » :
La Grenouille ayant un jour aperçu un Bœuf qui paissait dans une prairie, se flatta de pouvoir devenir aussi grosse que cet animal. Elle fit donc de grands efforts pour enfler les rides de son corps, et demanda à ses compagnes si sa taille commençait à approcher de celle du Bœuf. Elles lui répondirent que non. Elle fit donc de nouveaux efforts pour s’enfler toujours de plus en plus, et demanda encore une autre fois aux Grenouilles si elle égalait à peu près la grosseur du Bœuf. Elles lui firent la même réponse que la première fois. La Grenouille ne changea pas pour cela de dessein ; mais la violence qu’elle se fit pour s’enfler fut si grande, qu’elle en creva sur-le-champ.

Et celle de Phèdre « La grenouille éclatée et le bœuf » :
Une grenouille vit un Bœuf dans une prairie. Jalouse d'une taille si belle, elle gonfle sa peau ridée ; puis demande à ses petits si elle n'est pas plus grosse que le Bœuf. Ils lui disent que non. De nouveau elle s'enfle, fait plus d'efforts, et demande encore qui est le plus gros. Ils répondent : « C'est le Bœuf. » Enfin, de dépit, elle veut se gonfler encore, mais son corps crève, et elle périt.

- La Fontaine reprend le canevas d’Esope et la fable de Phèdre. Il met en scène comme Phèdre un dialogue, mais il passe du dialogue narrativisé au discours direct. Il conserve la même structure (le corps = le récit + l’âme = la morale, voir la préface de La Fontaine où il explique ce système), mais il amplifie la morale, passant de deux vers chez Phèdre à quatre = La Fontaine se réapproprie la fable et la modernise en la dynamisant par le discours direct et en développant une morale plus actuelle.
- Il transpose le genre et fait des deux récits un poème que le rythme hétérométrique dynamise et théâtralise. Les jeux sur les sonorités confèrent vivacité et musicalité au récit, notamment : «Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille » : allitération en [f] et [v] appelées fricatives qui mime les efforts de la grenouille.

B) Le regard de La Fontaine
- Narrateur omniscient + Ironie :
            - Reprendre la description de la Grenouille et voir la façon dont l’ironie du narrateur fonctionne à travers l’utilisation des termes péjoratifs qui la caractérisent (chétive, pécore) = La grenouille est décrite comme une imbécile sans cervelle et sa fin est préparée par son comportement déraisonnable. La prise de distance vis-à-vis du personnage permet de rendre d’autant plus efficace l’éclatement du personnage, considéré comme un juste châtiment de la bêtise humaine.
            - L’indifférence du Bœuf est également vue comme une dénonciation ironique de la nature humaine et de sa vanité. Les puissants veulent conserver leurs privilèges et sont prêts à tout pour les protéger.
            - La chute est cinglante et sans appel. La conjonction de subordonnée « si bien que » qui introduit une conséquence semble marquer la légitimité de ce dénouement, comme si la mort de la Grenouille était inéluctable. La bêtise humaine mène inexorablement l’Homme à sa perte.

C) L’Homme
- La morale finale est toute entière bâtie sur une comparaison (« ne sont pas plus sages») qui confère au propos une portée universelle. Ce mouvement du particulier au général (argumentation inductive : on passe de la grenouille, au monde et aux gens) permet d’inscrire la fable dans un processus apologétique qui tire une leçon d’un fait particulier.
- Le parallélisme de la construction syntaxique des derniers vers, avec l’anaphore du déterminant indéfini « tout » et la symétrie des vers met l’humain au centre de la fable en vilipendant la folie des grandeurs et son ambition démesurée. Les passions dévorantes annihilent la raison de l’Homme et nous poussent à rêver éveillés (Voir la répétition du verbe « vouloir » qui met l’accent sur les désirs humains incompatibles avec la réalité). Rappelons que le verbe « grenouiller » est un terme familier qui signifie conspirer et se livrer à des magouilles pour parvenir à ses fins. Cette Grenouille symbolise donc l’esprit humain et sa propension au complot et à la conspiration. Le fabuliste stigmatise plus particulièrement la cour de Louis XIV. Les nobles et les bourgeois veulent paraître d'un rang social supérieur, même les petits princes (« Tout petit prince a des ambassadeurs ») et les marquis  («Tout marquis veut avoir des pages ») sont concernés.  A cette époque, seuls les rois ou les princes du sang avaient des pages. Ceux-ci étaient de jeunes gens d'origine noble que l'on plaçait auprès des plus puissants seigneurs. Ces pages  devaient servir ces grands aristocrates, et s'instruire en leur compagnie. A travers l’énumération générique des titres nobiliaire (mais non royaux) La Fontaine entend donc dénoncer l’insatisfaction humaine et son désir insatiable de paraître toujours plus que ce qu’on est. Il montre également du doigt la volonté humaine d’asseoir son autorité sur autrui, d’assouvir son besoin de supériorité en « domestiquant » ses semblables pour avoir toujours plus de pouvoir. Plus pragmatiquement, La Fontaine stigmatise les « bourgeois gentihommes » parvenus, comme Fouquet, qui se sont enrichis et veulent égaler les nobles. Lorsque l’on sait que l’intendant finit ses jours en prison, l’on perçoit bien toute la portée de cette fable aux accents politiques.
- Cette morale renvoie également à l'idéal classique de l'honnête homme qui doit faire preuve d'humilité, de raison et de modération. Il doit bannir tout excès, tout orgueil et le terme dépréciatif «petit» met bien en valeur le jugement de La Fontaine qui déplore leur manque de tempérance. Les nombreuses occurrences des verbes « être » et « avoir » rappellent qu’il ne faut pas confondre l'être et l'avoir, la qualité et la quantité.

Nathalie Leclercq






6 commentaires:

  1. Bonjour,
    Tout votre argumentaire repose sur le fait que la Grenouille s'adresse au Bœuf. Sur quoi vous basez vous pour l'affirmer ? Dans les deux fables originelles, elle s'adressait à ses sœurs grenouilles (Ésope) ou à ses enfants (Phèdre). La construction du récit étant identique, on peux logiquement affirmer qu'il en est de même dans la fable de Lafontaine. La plupart des illustrations de cette fable adoptent ce parti prit qui est également le mien.
    Cordialement,
    C.

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  2. (suite)
    Rien d’ailleurs dans cette fable n'indique que le Bœuf a conscience de la présence de la Grenouille.
    "Elle VIT un Bœuf" : pas l'inverse. Je pense que la Grenouille est dans sa mare avec ses congénères et voit le Bœuf dans le champs voisin.
    Par ailleurs je ne suis pas sûr que le mot "pécore" était péjoratif à cette époque...
    Enfin, il me semble me rappeler que mon professeur de collège nous avait parlé d'une critique "cachée" envers le roi lui même quand il parle des bâtisseurs, puisque Louis XIV était à ce moment la en train de faire édifier Versailles.
    C.

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    1. Le problème est qu'il n'y pas de mention explicite spécifiant la présence d'autres grenouilles, dans la réécriture de La Fontaine. Il n'a mis en scène que deux personnages, donc, à partir de cette hypothèse, le dialogue se joue bien entre les deux compères. Et je trouve qu'en partant du fait que la grenouille s'adresserait à d'éventuelles autres grenouilles, la fable perd beaucoup de son efficacité et de sa causticité.
      Cordialement,
      Nathalie Leclercq

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    2. Du Trésor de Langue Française: Pécore:
      2. 1541 masc. et au fig. «bête» (L. JAMET, Epistre du coq à l'asne ds Cl. MAROT, OEuvres, éd. G. Guiffrey, t.3, p.742: ces gros pecores D'advocats ou de lieutenantz); 1542 fém. (RABELAIS, Pantagruel ds OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.1, p.305, chap.17: Hé, grosse pecore); 3. 1808 «jeune fille ou jeune femme sottement prétentieuse» (HAUTEL). Empr. à l'ital. pecora «brebis» (dep.1313-19, DANTE; aussi «sot, stupide» fin XVIes., CECCHI ds TOMM.-BELL.),

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Oui "pécore" a pris le sens de "jeune fille ou femme sotte ou prétentieuse" au XIXème siècle (donc après LaFontaine) mais vous avez tout de même raison, car d'après Alain Rey, si avant le XVIème le mot désignait simplement un animal domestique, dès 1541 il est attesté dans le sens "homme ou femme stupide".

    Pour conclure, je dois dire que je n'approuve pas cette morale, LaFontaine justifiant et défendant la reproduction sociale :Chacun devant rester à la place que sa naissance lui attribue...
    Pourtant un siècle auparavant Montaigne rappelait à chacun que "sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul" !
    C.

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