mercredi 27 novembre 2013

ECRITURE D'INVENTION SUR LA BELLE AU BOIS RÊVANT DE MENDES, PROPOSEE PAR LEO ROGER (1ères L 2013)

TEXTE ET SUJET :


Catulle Mendès, « La Belle au bois rêvant », Les Oiseaux bleus, 1888.

- Un autre délice, le plus grand de tous vous attend.
- Eh ! lequel ?

- Vous serez aimée ! 

- Par qui ?

- Par moi ! Si vous ne me jugez pas indigne de prétendre à votre tendresse...
- Vous êtes un prince de bonne mine, et votre habit vous va fort bien.

- Si vous daignez ne pas repousser mes vœux, je vous donnerai tout mon cœur, comme un autre royaume dont vous serez la souveraine, et je ne cesserai jamais d'être l'esclave reconnaissant de vos cruels caprices.

- Ah ! quel bonheur vous me promettez !

- Levez-vous donc, chère âme, et suivez-moi.




- Vous suivre ? déjà ? Attendez un peu. Il y a sans doute plus d'une chose tentante parmi tout ce que vous m'offrez, mais savez-vous si, pour l'obtenir, il ne me faudrait pas quitter mieux ?

- Que voulez-vous dire, princesse ?



- Je dors depuis un siècle, c'est vrai, mais, depuis un siècle, je rêve. Je suis reine aussi, dans mes songes, et de quel divin royaume ! Mon palais a des murs de lumière; j'ai pour courtisans des anges qui me célèbrent en des musiques d'une douceur infinie, je marche sur des jonchées d'étoiles. Si vous saviez de quelles belles robes je m'habille, et les fruits sans pareils que l'on met sur ma table, et les vins de miel où je trempe mes lèvres ! Pour ce qui est de l'amour, croyez bien qu'il ne me fait pas défaut; car je suis adorée par un époux plus beau que tous les princes du monde et fidèle depuis cent ans. Tout bien considéré, monseigneur, je crois que je ne gagnerais rien à sortir de mon enchantement; je vous prie de me laisser dormir.
            Là-dessus, elle se tourna vers la ruelle, ramenant ses cheveux sur ses yeux, et reprit son long somme, tandis que Pouffe, la petite chienne, cessait de japper, contente, le museau sur les pattes. Le prince s'éloigna fort penaud. Et, depuis ce temps, grâce à la protection des bonnes fées, personne n'est venu troubler dans son sommeil la « Belle au bois rêvant ».

Sujet d’écriture d’invention:

Le Prince de « La Belle au bois rêvant» (texte B), déçu, s'efforce de détourner la Belle de son projet de rester endormie. Rédigez la suite de leur dialogue en continuant sur la même veine parodique.

Ecriture d’invention proposée par Roger Léo (1ères L 2013)

La Princesse ronflait déjà à moitié pendant que le Prince restait dans l’embarras, affligé par une telle situation. L’égo surdimensionné du jeune héritier ne pouvant supporter un tel affront, il revint donc sur ses pas :
 - Hem, hem, engagea-t-il.
La Princesse, faisant mine d’être ennuyée, ouvrit un œil puis dit :
-  Ne vous ai-je pas dit vouloir dormir ?
Soit, mais j’ai peur que vous ne réalisiez point les efforts et les obstacles qu’il m’a fallu surmonter afin de venir vous réveiller. Aussi suis-je fort surpris par votre attitude.
Ne soyez pas offensé par ce que je suis sur le point de vous dire, mon Prince, mais votre superficialité est telle que vous auriez mieux fait de ne pas vous déranger. Ceci étant dit, permettez que je retourne dans les bras d’Orphée.
Ne soyez pas offensée par ce que je suis sur le point de vous dire, Princesse, mais si en venant ici j’avais su que les effluves de votre délicate bouche seraient telles que j’en aurais pu m’évanouir, soyez sûre que je ne me serais, en effet, pas dérangé.
Permettez donc, mon bel-aimé, que je vous embrasse une seconde fois ? La paix m’en serait offerte !
Décontenancé mais restant dans sa lancée, le Prince rétorqua :
Pensez bien, ma douce, qu’une telle proposition m’enchanterait, malheureusement, j’ai peur qu’une seconde fois ne me vaille le sommeil éternel.


Vous m’en voyez navrée, répondit ironiquement la jeune femme, n’avez-vous pas d’autres princesses en détresse à sauver, ou déranger ?

   Hélas ! J’ai ouï entendre d’une certaine Blanche-Neige, touchée par une indigestion alimentaire. La pauvre avait semble-t-il croqué dans une pomme d’un bel âge. Mais on m’a dit qu’un homme de petite taille l’avait sauvée. Quant à Cendrillon, on m’a rapporté qu’elle était hypocondriaque. Il est dit que cette maladie lui vient d’un traumatisme familial…
   Qu’en est-t-il de Raiponce ?
   Elle s’est cassé une jambe en se mêlant les pieds dans ses cheveux.
   -  La Petite Sirène ?
 Elle chante mal. Et l’odeur du poisson m’incommode profondément.
   -  Bien, je vois… Et la Belle ?
   -  On dit que la Bête l’a mangée…
   -  Quelle horrible histoire ! cria-t-elle.
Le silence envahit la chambre de la Princesse. Celle-ci semblait pensive et perplexe, la tête baissée. Voulant profiter de ce petit instant de faiblesse, le Prince s’approcha doucement d’elle… La Princesse releva la tête, et comme consentante à la tentative du jeune homme, le laissa s’avancer. Leurs lèvres étaient presque réunies, mais…
-  Bien tenté, bellâtre. Mais c’est toujours non, lâcha-t-elle.
La surprise et l’effarement du prince étaient semblables à la tête d’un hibou la nuit tombée. La Princesse ne put s’empêcher de rire aux éclats. Le prince faisait peine à voir.
Allons, mon Prince charmant, ne vous méprenez pas ! L’idée de partir dans vos bras, jusqu’à votre royaume, que l’on se marie, et qu’on danse une valse sur une mélodie de violon, m’enchanterait plus que tout.
J’entends bien, mais dans ce cas pourquoi daignez-vous ne pas vouloir sortir de vos draps de soie ?
Parce que je préfère dormir, voilà tout, dit-elle condescendante.


Le Prince, lassé d’écouter toujours le même refrain, sentit la colère l’envahir. Il observa la salle quelques secondes, et remarqua une corde accrochée autour des rideaux. « Elle ne devrait pas être bien difficile à dénouer », pensa-t-il. Il prit la corde dans sa main, et dans un grand élan de volonté, se hâta en direction du lit de la Princesse.
Mais enfin, pauvre fou, auriez-vous l’intention de me ôter la vie ? Ah, mais qu’ai-je fait pour mériter une telle fin !
Rassurez-vous, chère âme, la tentation d’un tel acte face à votre ingratitude serait exquise, mais malheureusement je ne pourrais m’y résoudre.
Il commença à dérouler la fine corde, et poursuivit en l’attachant autour des poignets de la jeune femme, qui tournait la tête à droit, puis à gauche, et ainsi de suite sans comprendre ce que le Prince faisait. Celui-ci noua bientôt la corde (ainsi que les poignets) au baldaquin du lit. Il se posa devant elle, la défiant du regard :
Ah, vous vouliez dormir ? Eh bien, dormez maintenant !
Et il partit, triomphant, se délectant des vociférations de la Princesse qu’il laissait derrière lui.

Léo ROGER

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