samedi 5 octobre 2013

RABELAIS, GARGANTUA, ANALYSES DE CITATIONS, avec l'aimable autorisation de LE TRON JEANNE (1L de 2013)


 « Petite pluie abat grand vent. »
Chapitre 5 – Page 40

Cette citation est extraite d'un chapitre où Rabelais fais converser ses personnages, des géants saouls. Dans les incohérences de leur ivresse apparaît parfois des phrases plus sages. Celle-ci en fait partie, elle signifie en fait qu'un élément insignifiant comme une « petite pluie » peut parfois apaiser un sentiment terrible, un comportement colérique, ici un « grand vent ».    [NL1] 

« Le grand Dieu fit les planètes : et nous faisons les plats nets. »
Chapitre 5 – Page 41

Rabelais fait un jeux de mots et tourne en dérision le pouvoir de Dieu qui est celui de créer en le comparant avec le pouvoir des hommes, qui mangent. L'auteur marque ainsi la séparation entre  le monde divin et celui terrestre. C'est une vision humaniste qui ne met non plus Dieu au centre de l'univers mais les hommes qui eux aussi font les « plats nets ».    [NL2] 

« Laquelle un chacun peut soudain par soit comprendre sans autrement être instruit de personne, laquelle nous appelons droit naturel. »
Chapitre 10 – Page 61

Rabelais parle ici du savoir naturel. C'est une idée très humaniste à l'époque, selon laquelle l'homme possède deux sortes de savoir : celui avec lequel il naît et qui fait de lui un être et celui qu'il acquiert au fur et à mesure de son éducation et qui le rend humain[NL3] 


« Les pauvres diables de moines ne savaient auquel de leurs saint se vouer, à toutes aventures dirent sonner ad capitulum capitulantes : là fut décrété qu'ils feraient une belle procession, renforcée de beaux préchans et litanie contra hostium insidias. »
Chapitre 27 – Page 138.

Rabelais critique l'impuissance des moines et leur inutilité dans le conflit. En effet, ceux-ci ne savent plus « auquel de leur saint se vouer », ils sont démunis face aux ennemis. Ainsi, il les ridiculise en les associant à ce qui devrait être leur opposé, le diable. Rabelais montre leur incohérence pendant la guerre : ils font une procession au lieu de se défendre. L'auteur critique les actes des moines à travers cette exemple.        [NL4] 

« Jamais homme noble ne hait le bon vin : c'est un apophtegme monacal. »
Chapitre 27 – Page 139

Dans cette citation, Rabelais met en avant les travers des moines. Le proverbe est monacal alors que ces hommes ne sont pas autorisé  à boire. Il fait une critique satirique des moines hypocrites qui défendent la parole de Dieu mais ne la respectent pas eux-mêmes.        [NL5] 

« Ce nonobstant, je n'entreprendrais guerre, que je n'ai essayé tous les arts et moyen de paix, là je me suis résolu. »
Chapitre 28 – Page 147.

Rabelais exprime son point de vue sur la guerre à travers le conflit entre Grandgousier et Picrochole. Il illustre l'idée pacifiste et humaniste selon laquelle la guerre ne doit être entreprise que si tous les moyens pour faire la paix ont échoué. Selon Rabelais, un bon roi ne résout pas un conflit par la violence, il n'essaie pas d’asseoir son pouvoir dans le royaume voisin.. Ici, c'est Grangousier qui parle avec sagesse en privilégiant la paix sur la guerre.        [NL6] 



« L'exploit sera fait à moindre effusion de sang que possible. »
Chapitre 29 – Page 149.

 Rabelais fait de Grandgousier le portrait d'un roi idéal qui souhaite régler un conflit avec le moindre de perte humaine possible. Cette idée rejoint celle de la citation au dessus, un bon roi doit veiller sur son peuple et ne pas sacrifier ses  âmes , les habitants du royaume. Le sang ne doit pas être versé par la faute de roi et ses abus de pouvoir. Grandgousier doit user de ses connaissances et de ses ruses, il doit « philosopher » et non pas foncer tête baissé dans ce conflit. Ainsi, il informe Gargantua de sa volonté de limiter ces « effusion de sang » autant qu'il lui est possible.      [NL7] 

« Dont j'ai connu Dieu éternel l'a laissé au gouvernail de son franc arbitre et propre sens , qui ne peut être que méchant si par grâce divine n'est continuellement guidé. »
Chapitre 29 – Page 149

Grandgousier explique ici à son fils, Gargantua, pourquoi son ennemi est réduit à la guerre et pourquoi il ne lui reste plus d'autre solution que celle-ci à lui non plus. Selon Rabelais, Dieu a laissé  Picrochole seul, au commande de son libre arbitre. Mais il ne peut prendre les bonnes décisions seul et ainsi délaissé, il court à sa perte.  L'humanisme de l'auteur ressort ici par l'importance qu'il accorde à la religion quand elle guide les hommes. En effet, ils atteignent Dieu par la connaissance et le savoir et c'est de cette façon qu'il les « guident ».      [NL8] 



« Envahir hostilement ces terres, sans en rien n'avoir été par lui ni les siens endommagés, provoqués ni irrités ! Où est foi ? Où est loi ? Où est raison ? Où est humanité ? Où est crainte de Dieu ? »
Chapitre 31 – Page 153

Rabelais fait parler Grandgousier sur le conflit qui l'oppose à Picrochole. Il est un auteur de la Renaissance et dans cette citation, il exerce une forte critique du Moyen-âge. En effet, à cette époque, la barbarisme était pratiqué entre les différents seigneurs et les guerres étaient omniprésentes . Il montre l'incohérence de la guerre, qui n'a ni loi, ni foi, ni humanité. Qui est faite par abus de pouvoir et non pour des valeurs jugées plus nobles chez les humanistes. C'est un réquisitoire contre les conflits irraisonnés et la violence qui n'a pas lieu d'être.      [NL9] 

« La chose est tant hors les metes de raison, tant abhorrente de sens commun, qu'à peine peut-elle être par humain entendement conçue. »
Chapitre 31 – Page 154

Rabelais parle toujours de la guerre. Il dénonce avec humanisme son incohérence en prenant le cas d'un abus de pouvoir, celui de Picrochole. Il montre que ce conflit est éloigné du bon sens et qu'il dépasse les limites du raisonnable au point qu'il ne peut même plus être conçu comme un acte humain. C'est une vision humaniste de la morale, de ce qu'un être humain peut faire ou ne pas faire.    [NL10] 


« C'est la fin de ceux qui leurs fortunes et prospérité ne peuvent par raison et tempérance modérer. »
Chapitre 31 – Page 155

L'auteur reproche  à certains de ne pas savoir ce contenter de qu'ils ont. Rabelais parle donc de modération, en particulier concernant la fortune et la prospérité. C'est une vision qui permet d'accéder au bonheur, ne jamais se contenter de ce que l'on a amène frustration et malheur et selon Rabelais, nous conduit à notre « fin », notre propre perte. Il parle ici du combat entre Grandgousier et Pichrochole qui ne se contente plus de son royaume mais souhaite aussi envahir celui de Grangousier. Il abuse de son pouvoir royal et perd cette guerre. Plus généralement, c'est une vision humaniste que Rabelais illustre ici.       [NL11] 

«  J'ai grand peur que toute cette entreprise sera semblable à la farce du pot de lait, duquel un cordonnier se faisait riche par rêverie : puis le pot cassé n'eut de quoi dîner. »
Chapitre 34 – Page 166

Rabelais donne une morale à travers les paroles d'un des conseillers de Picrochole, Echephron, le prudent en grec. Il les prévient du danger de trop rêver et de peu agir. Il faut d'abord accomplir un acte avant de prévoir ce qu'il nous apportera. Ici, le roi prévoit les conquêtes de nombreux pays avant même d'avoir envahi le pays voisin.     [NL12] 

« La raison péremptoire est : parce qu'ils mangent la merde du monde, c'est à dire les péchés, et comme mâchemerdes l'ont les rejette en leur retrait. »
Chapitre 40 – Page 191

Dans ce chapitre, Rabelais fait débattre ses personnages sur la vraie raison qui poussent les moines à vivre reclus dans des couvents. Gargantua, qui est maintenant un homme sage et éduqué, fait une hypothèse : selon lui, si les moines sont retirés du monde, c'est parce que se sont eux qui connaissent les péchés des hommes, leur vrai travers et ne servent à rien d'autres qu'à cet effet. Se sont eux qui les avalent et vivent avec, se sont des « mâchemerdes ». Ainsi, Gargantua pense que la société préfère les éloigner des autres et de  la conversation politique.     [NL13] 



« Ô qu'heureux est le pays qui a pour seigneur un tel homme. »
Chapitre 45 – Page 214

Cette idée rejoint celle énoncée par Gargantua. Les pèlerins reconnaissant la grandeur du roi Grandgousier à travers sa philosophie. C'est un roi érudit, qui pense et réfléchit sur sa façon de gouverner. Il instruit son peuple par ses propos sans les soumettre à son pouvoir royale. Rabelais montre l'importance de cette forme d'humaniste à travers la reconnaissance ébahie des pèlerins.        [NL14] 

«  C'est ce que dit Platon lib. V de rep. que lors les républiques seraient heureuses, quand les rois philosopheraient ou les philosophes régneraient. »
Chapitre 46 – Page 214

Cette citation fait référence au philosophe Platon. Rabelais s'en inspire car il est une figure  importante de l'antiquité et donc du l'humanisme. Elle illustre l'idée commune aux deux auteurs selon laquelle l'éducation a une place primordiale dans la vie de l'homme. Ils encouragent en fait à la réflexion et à l'étude. Ainsi, il serait bon pour un pays que son roi soit philosophe car cela signifierait qu'il a eu un enseignement digne de ce nom et qu'on lui a inculqué des valeurs humanistes et philosophiques qui s'avèrent bénéfique pour le bon fonctionnement d'un pays. L'idée de république est aussi reprise car c'est autre forme de pouvoir qui laisse plus de liberté au peuple, un libre arbitre, très important chez les humanistes.       [NL15] 


« C'est trop entrepris, qui trop embrasse peu étreint. »
Chapitre 46 – Page 215

Grandgousier traite dans cette citation du cas de Touquedillon, second de Picrochole et prisonnier du roi. Rabelais explique, à travers la parole de Grandgousier, que les conquêtes nombreuses qu'ils avaient entreprises avec arrogance ne pouvait les conduire à la victoire. En effet, l'auteur rappelle que « qui trop embrasse peu étreint. » Ainsi, il insiste sur le fait qu'il vaut mieux entreprendre une chose et la réussir plutôt que se disperser et ne rien mener à terme.    [NL16] 

« Car comment pourrais-je gouverner autrui , qui moi-même gouverner ne saurais ? »
Chapitre 52 – Page 237

Rabelais parle à travers le moine, il questionne Gargantua sur sa légitimité de gouverner une abbaye alors qu'il ne sait pas se gouverner lui-même. Il ne veut pas être celui qui impose et fait respecter les règles de vie. C'est pourquoi le héros lui confie la tâche de construire une nouvelle abbaye. Celle-ci est ainsi basée sur cette citation : personne ne gouverne vraiment, chacun est libre de faire ce que bon lui semble car personne n'est à même de gouverner les autres et de leur imposer ses lois si il ne les respecte pas et si il n'est pas capable de se résonner lui-même. C'est un concept profondément humaniste, basé sur la liberté individuelle, le libre arbitre et l'importance de l'homme en tant qu'être responsable de ses actes.     [NL18] 

«  Et parce qu'aux religions de ce monde tout est compassé, limité, et réglé par heures, fut décrété que là ne serait ni horloge ni cadran aucun. »
Chapitre 52 – Page 238

L'utopie de l'abbaye de Thélème se veut contraire aux mœurs habituelles de ces lieux sacrés. Ainsi, Rabelais énonce l'idée selon laquelle nous pourrions vivre dans une société non plus rythmée par les horloges et les cadrans mais par nos propres choix de vie. Dans cette abbaye, les moines peuvent idéalement tout faire quand ils le  veulent, selon les occasions. Rabelais souligne ensuite cette idée en concluant que « la plus vraie perte de temps qu'il sût, était de compter les heures. »       [NL19] 

«  Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. »
Chapitre 57 – Page 255   

Cette citation concerne toujours l'abbaye de Thélème. Rabelais met en avant la liberté des Thélémites, il expose un monde régit par le libre arbitre et non plus par la loi. Ainsi, il exprime son humanisme à travers une vision nouvelle de la liberté et de l'autorité. Elle s'oppose ouvertement au régime de l'époque où le « bon vouloir » d'un être dépendait de son statut. L'auteur illustre l'idée d'un monde où tous les droit sont détenus par tous les hommes et non plus par un seul, comme c'était le cas pendant la Renaissance.         [NL20] 

« Parce que gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes ont par nature un instinct, et aiguillon, qui toujours les pousse à faits vertueux. »
Chapitre 57 – Pages 255-256           

Rabelais consacre ce chapitre à la conception de l'existence de l'abbaye de Thélème. Cette citation montre l'utopie que l'auteur fait des Thélémites. Rabelais fait donc l'énumération de ce qui rend un homme vertueux. L'humanisme apparaît clairement dans ces propos : il place la liberté et l'instruction au dessus de toute chose dans la vie d'un être car, selon lui, elles permettent toutes deux de développer une certaine intelligence, au delà de celle que l'homme possède par nature. Il peut ainsi se consacrer à la vertu et éviter les vices propres à sa condition humaine.       [NL21] 
La Renaissance marque fortement l'humanisme de Rabelais qui passe principalement par les libertés, individuelles et collectives, mais aussi par la paix, le pacifisme et le besoin de renouveau politique.   [NL22] 

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