samedi 5 octobre 2013

RABELAIS, GARGANTUA, ANALYSES DE CITATIONS, avec l'aimable autorisation de ROGER LEO (1L de 2013)



1)    « (…) Mieux est de rire que de larmes écrire. Pour ce que rire est le propre de l’homme. » - Aux lecteurs : Rabelais a relevé très tôt l’évidence selon laquelle seul l'homme est capable de rire, ce que ne font pas les animaux. Par conséquent quand il dit mieux est de ris que de larmes écrire pour ce que rire est le propre de l'homme, cela signifie qu'il vaut mieux écrire des choses drôles que des choses tristes, parce que le rire est le propre de l'homme. L’aphorisme « propre de l'homme » est une expression qui désigne les spécificités de l'espèce humaine par rapport aux autres espèces animales. Rabelais définit donc des valeurs humanistes dès les premières phrases de son œuvre, en rappelant une capacité que seul l’Homme a : le rire. Cette citation (avec « L’habit ne fait pas le moine ») fait partie des citations des plus connues de Rabelais, qui s’utilisent encore aujourd’hui[NL1] .
2)     « Puis par curieuse leçon, et médiation fréquente rompre l’os, et sucer la substantifique moelle. (…) Car en icelle bien autre goût trouverez, et doctrine plus absconse (…) tant en ce qui concerne notre religion, qu’aussi l’état politique et vie économique. » - Prologue de l’auteur : Par cette métaphore faite avec la nourriture, Rabelais décrit d’emblée le sens caché donné dans les lignes de son œuvre. Car Gargantua peut en effet être lu de deux façon : Littérale, en lisant le roman dans sa dimension comique et chevaleresque ; ou symbolique, en prenant compte de toutes les allusions faites par l’auteur. Dans ce roman, Rabelais dénonce bon nombre de choses, selon son statut d’humaniste, comme la religion (moines..), la politique (roi et guerres) ou l’économie.    [NL2] 
3)      « Le grand Dieu fit les planètes, et nous faisons les plats nets. » - Chapitre 5 : Cette citation, est un calembour (une utilisation humoristique d’une homophonie ou paronymie). Cette phrase, bien tournée et de façon très comique par Rabelais, n’a aucune mauvaise intention. L’auteur cherche juste ici à ironiser sur la religion, qui dans sa Bible décrit Dieu comme créateur de l’univers (et donc des planètes), en la liant à un sujet qui n’a rien à voir, mais qui pourtant occupe, tout comme le vin, une importance primordiale dans le livre : la nourriture.    [NL3] 


4)      « Je connais que son entendement participe de quelque divinité : tant que je le vois aigu, subtil, profond et serein. Et parviendra à degré souverain de sapience, s’il est bien institué. » - Chapitre 14 : Ici, Rabelais soulève un autre fait particulièrement spécifique aux attentes humanistes de l’époque : l’éducation. En effet, Grandgousier, après avoir découvert une certaine preuve d’intelligence de Gargantua (par l’invention de son torchecul), exprime sa volonté que son fils, en étant éduqué, arrive à un certain degré de sagesse et de savoir. Car en tant que futur roi, Gargantua doit s’instruire selon un enseignement rigoureux. C’est d’ailleurs, selon les humanistes, par le savoir que l’on atteint Dieu, d’où une participation « de quelque divinité ».       [NL4] 
5)     « A tant son père aperçut que vraiment il étudiait très bien et y mettait tout son temps, toutefois qu’en rien n’en profitait. Et qui pis est, en devenait fou, niais, tout rêveux et rassoté. » - Chapitre 15 : Rabelais critique dans cette phrase la nature sophiste qu’est celle de l’enseignement traditionnel. Grandgousier, aperçoit que son fils en effet donne beaucoup de son temps au travail que lui demande son précepteur, maître Thubal Holoferne. Cependant, il constate que cette éducation ne donne aucun résultat chez Gargantua, et que celle-ci est en train de l’abrutir. Rabelais prône donc une éducation pédagogique plutôt qu’une éducation archaïque.    [NL5] 
6)     « Voyez-vous ce jeune enfant ? Il n’a encore douze ans, voyons si bon vous semble quelle différence y a entre le savoir de vos rêveurs mathéologiens du temps jadis et les jeunes gens de maintenant. » - Chapitre 15 : Un jour survient le jeune page Eudémon, instruit selon une toute autre méthode que celle donnée par le précepteur de Gargantua. Don-Philippe des Marais le présenta à Grandgousier, et dans cette phrase dénonce l’éducation sophiste, en mettant en avant le fait que désormais les vieilles méthodes sont inutiles, et qu’il faut faire confiance aux enfants, qui incarnent le futur de l’humanité.   [NL6] 
7)     « Les pauvres diables de moines ne savaient auquel de leurs saints se vouer, à toutes aventures firent sonner au chapitre les capitulants : là fut décrétée qu’ils feraient une belle procession, renforcée de beaux préchans et litanies contre les embuscades des ennemis, et beaux répons pour la paix. » - Chapitre 27 : C’est donc le genre de citations typiques dans lesquelles Rabelais se moque de la religion, et caricature les moines. Il commence même en les taxantde « pauvres diables », comparaison un peu de mauvais goût, quand on connaît la réputation du Diable dans la religion chrétienne. Ici, Rabelais les décrit comme des êtres stupides et ignorants, complètement dépassés par les évènements. Ils sont naïfs et bêtes, et veulent placer la religion et leurs psaumes avant toute chose, même dans les situations les plus graves.    [NL7] 


8)     « Lequel combien que semblât pour le commencement difficile, en la continuant tant doux fût léger, et délectable que mieux ressemblait un passe-temps de roi, que l’étude d’un écolier. » - Chapitre 24 : Cette citation exprime les bienfaits donnés par une éducation moderne et pédagogique,  ici représentée par l’enseignement du précepteur Ponocrates. Malgré le fait que cette éducation soit difficile dans son apprentissage pour Gargantua, celle-ci est telle qu’avec le temps elle se fait plus facile, légère et on y prend plaisir. Ainsi, Gargantua obtient une éducation digne de son nom, étant prince. L’auteur utilise le parallélisme entre « roi » et « écolier », et « passe-temps » et « étude », faisant deviner l’aisance que Gargantua commence à ressentir dans son apprentissage, et l’affirmation de facultés intellectuelles et physiques grâce à la pédagogie.      [NL8] 
9)     « Ce nonobstant, je n’entreprendrai guerre, que je n’aie essayé tous les arts et moyens de paix, là je me suis résolu. » - Chapitre 28 : Cette citation montre l’espoir et la détresse de Grandgousier, qu’on découvre comme un roi pacifiste et juste. Cette phrase montre la volonté de ce dernier de préserver la paix dans son royaume. Ainsi il exprime ses principes, qui sont tels qu’il ne prendrait part dans aucune guerre sans avoir essayé tous les moyens pour empêcher celle-ci. En opposé, Picrochole a donc le rôle du roi injuste, guerrier et militariste. C’est donc aux systèmes dictatoriaux et autres royautés arbitraires que Rabelais fait ici référence.     [NL9] 
10)   « Ma délibération n’est de provoquer mais d’apaiser, d’assaillir mais défendre, de conquêter mais de garder mes féaux sujets et terres héréditaires. Auxquelles est entré hostilement Picrochole, sans cause ni occasion, et de jour en jour poursuit sa furieuse entreprise, avec excès non tolérables à personnes libres. » - Chapitre 29 : Grandgousier fait ici discours sur l’injustice et l’hostilité des actes de Picrochole quant à son intrusion à l’intérieur de son royaume, pour déclarer la guerre. Il exprime sa volonté de préserver ses terres et ses fidèles sujets, étant un roi bon, à travers beaucoup d’antithèses. Selon Grandgousier, Picrochole entretient un comportement intolérable et inadapté à la situation (cette guerre est partie d’un pain). En effet, Picrochole et ses hommes ne cessent de détruire le royaume et de tuer des familles entières. Rabelais donne une autre dimension à ce que Grandgousier dit : les Hommes sont libres et égaux, il est donc normal qu’ils aient une liberté d’expression et le droit de se défendre. Cependant Picrochole est un roi impitoyable qui ne leur donne pas le choix du libre arbitre.    [NL10] 


11)   « Quelle furie donc t’émeut maintenant, toute alliance brisée, toute amitié conculquée, tout droit trépassé, envahir hostilement ses terres, sans en rien avoir été par lui ni les siens endommagés, irrité, ni provoqué ? Où est foi ? Où est loi ? Où est raison ? Où est humanité ? Où est crainte de Dieu ? » - Chapitre 31 : Grandgousier exprime sa déception de la présente situation. Celui-ci est pour la paix, la liberté et l’alliance, c’est pourquoi il se désespère de la fin d’une telle amitié (quelque peu hyperbolisée cela dit, on pourrait croire que Grandgousier est un peu naïf). Il finit par se demander en quoi Picrochole pouvait-il se permettre de dévaster les terres de Grandgousier alors que ni ce dernier ni son peuple ne l’a fait auparavant. Ainsi Rabelais utilise l’anaphore pour en faire une gradation.   [NL11] 
12)   « Comment (dit Ponocrates) vous jurez frère Jean ? – Ce n’est (dit le moine) que pour orner mon langage. Ce sont couleurs de rhétorique Cicéronienne. » - Chapitre 40 : Frère Jean, dans Gargantua, est un personnage peu commun. Portrait satirique d’un religieux, Frère Jean est l’archétype du mauvais moine ne respectant pas les règles essentielles. (C’est pourtant lui qui sauve les bons moines de l’abbaye de Seuilly). En effet, Rabelais donne encore ici une image décalée et caricaturale de l’homme religieux. Au 16e siècle, les moines se tiennent à des règles strictes imposées par leurs croyances aveuglantes, mais l’auteur donne une dimension comique à ce fait. Sous les effets de l’alcool (qui est un pêché), Frère Jean paraît montrer un visage peu conforme à l’habit de moine.     [NL12] 
13)   « Ne voulant donc aucunement dégénérer de la débonnaireté héréditaire de mes parents, maintenant je vous absous et délivre, et vous rends francs et libres comme par avant. » - Chapitre 50 : Gargantua, tout comme son père, est un homme bon et juste. Malgré les faits inacceptables commis par les hommes de Picrochole, il leur pardonne, et leur rend leur liberté. Le héros éponyme qu’est Gargantua évolue positivement au fil des évènements. Au premier abord maladroit et flegmatique, il met à profit ses qualités pour devenir un souverain rigoureux et très pieux[NL13] 
14)   « (…) Plus, leur fit compter de ses coffres à chacun douze cent mille écus comptant. Et d’abondant à chacun d’iceux donna à perpétuité ses châteaux, et terres voisines selon que plus leur étaient commodes. » - Chapitre 51 : En parallèle de sa justesse, et de son indulgence envers ses ennemis vils et malhonnêtes, Gargantua se montre également comme quelqu’un de généreux. En effet, la guerre terminée et ses ennemis libérés, Gargantua comble ses hommes de cadeaux et de richesses en récompense de leur courage et de leur fidélité. C’est donc avec des valeurs et des principes certains que le personnage rabelaisien a évolué au cours des pages.    [NL14] 


15)   « Car (disait Gargantua), la plus vraie perte de temps qu’il sût, était de compter les heures. Quel bien en vient-il ? Et la plus grande rêverie du monde était soi gouverner au son d’une cloche, et non au dicté de bon sens et d’entendement. » - Chapitre 52 : Gargantua exprime son incompréhension sur l’encadrement de l’Eglise fait sur les moines. L’idée qu’il soulève est tout à fait rationnelle : quelle utilité est de compter les heures ? C’est en effet une perte de temps, sans aucun profit dans la vie. Rabelais dénonce les règles des religieux, et énonce une critique profondément humaniste : ce n’est pas au son d’une cloche que l’homme doit vivre, mais par sa propre et libre pensée. Le symbole de cette aliénation, de cette « castration » de la personnalité, c’est la cloche, qui dans les couvents, règle l’emploi du temps et fixe, de jour et de nuit, le découpage horaire de la vie monastique. Ceci renvoie à un principe primordial qui se fera à Thélème : il n’y aura pas d’horloge. A quoi bon se soucier de l’heure, quand on n’est tributaire du temps, quand on décide soi-même du moment où l’on va se lever, manger, travailler ou se consacrer au plaisir de converser ?    [NL15] 
16)    « Car comment (disait-il) pourrais-je gouverner autrui, qui moi-même gouverner ne saurais ? Si vous semble que je vous aie fait, et que puisse à l’avenir faire service agréable, octroyez-moi de fonder une abbaye à mon devis. » - Chapitre 52 : A travers cette citation, Frère Jean exprime par lui-même que ce serait être contradictoire dans ses actes que de se permettre de gouverner une quelconque abbaye, puisque la foi religieuse de ne le lui permet pas. Les moines sont en effet encadrés quotidiennement par leurs règles, et ne sont pas maîtres de leurs choix et de leurs initiatives individuelles. Seul Dieu est pleinement sage mais Frère Jean en fait une certaine acquisition [NL16] en retenant les leçons de ses erreurs passées. C’est à son image que Frère Jean demande à Gargantua de fonder l’abbaye de Thélème, en mêlant le courage et la sagesse d’un moine généreux, une personne idéale selon Rabelais[NL17] 
17)    « Fut ordonné que là ne seraient reçues sinon les belles, bien formées et bien naturées : et les beaux, bien formés et bien naturés. » - Chapitre 52 : Ici apparaît pour la première fois depuis l’antiquité la notion d’  « eugénisme ». Les pensionnaires de Thélème seront sélectionnés. Selon un idéal bien défini, les portes de cette abbaye utopique ne seront ouvertes qu’à une catégorie de personnes bien spéciales. Des femmes belles et bien formées tous comme des hommes aux mêmes dons physiques. L’Homme est parfait, et c’est par cette perfection qu’il se rapproche de Dieu. Le message humaniste est clair dans cette citation : Si dans cette abbaye tu veux être pensionnaire, à l’image de Dieu tu devras être. La mixité de cette abbaye se base aussi donc sur un commerce amoureux, qui prendra naturellement sa place dans un ensemble où figurera l’étude et le commerce de l’esprit. Avant de rendre visite aux dames dans leurs appartements privés, les hommes passeront chez le coiffeur, le barbier et le masseur pour être au mieux de leur forme[NL18] .


18)    « Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. (…) Ainsi l’avait établi Gargantua. En leur règle n’était que cette clause : Fais ce que tu voudras. » - Chapitre 57 : Rabelais, en même temps qu’il formule explicitement une condamnation de la vie monastique traditionnelle, veut aussi démontrer que la morale d’une élite peut être celle de tous les hommes, à condition que l’acquisition de tout le savoir de leur temps fasse d’eux des adultes. En opposant le libre arbitre à la règle imposée, il fait confiance à l’homme. Thélème veut montrer la valeur d’une expérience qui peut être généralisée à tous les hommes qui se seront montrés dignes de se gouverner eux-mêmes. La morale de Rabelais se résume toute entière dans le principe de Thélème. Il vient du grec « thélo » (« je veux »), et cette affirmation de la volonté personnelle contre l’obéissance et la docilité. A Thélème, il n’y a pas de mur d’enceinte. On y entre, on y sort librement, et si l’on y reste, c’est que l’on a de bonnes raisons d’y rester.   [NL19] 
19)   « Car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié. » - Chapitre 57 : Ici, la contrainte de la règle est présentée paradoxalement comme une incitation à la transgression et à la faute par le présent de vérité générale (une régle > une transgression). La société idéale réclamerait une totale liberté, l’absence de lois. Cette extravagance est cependant levée car Thélème n’abrite qu’une élite entraînée aux principes humanistesIl ne faut enfin pas oublier que Thélème parce qu’elle est l’exacte contre-pied de l’institution monastique de l’époque présente une critique de cette dernière, critique qui vise à réformer la société pour le progrès de la civilisation.   [NL20] 


20)   « Ce n’est de maintenant que les gens réduits à la créance évangélique sont persécutés. Mais bien heureux est celui qui ne sera scandalisé et qui toujours tendra au but, au blanc, que Dieu par son cher fils nous a préfix, sans par ses affections charnelles être distrait ni diverti. » - Chapitre 58 : Gargantua évoque derrière le rire apparent la crise religieuse française avant eu lieu entre 1533 et 1535. La Réforme a profondément affecté la religion du royaume de France en 1516 par le concordat de Bologne. En 1534, l’affaire des placards a entraîné une répression des protestants particulièrement sévère. Certains d’entre eux ont placardé jusque sur la porte de la chambre du roi des textes insultants contre la messe. La réaction royale est alors immédiate, violente, et se concrétise notamment par la multiplication des bûchers. Si Gargantua a été rédigé au cœur de cette période, la remarque du héros dans ce dernier chapitre pourrait faire écho aux persécutions qui ont suivi l’affaire. Mais dans ce cas, la critique des théologiens ou de certains rituels catholiques peut aujourd’hui paraître bien audacieuse au regard d’une autorité devenue alors très suspicieuse et menaçante à l’égard des écrivains.   [NL21] 

NOTE: 28/40 = 14/20

Léo ROGER

RABELAIS, GARGANTUA, ANALYSES DE CITATIONS, avec l'aimable autorisation de LE TRON JEANNE (1L de 2013)


 « Petite pluie abat grand vent. »
Chapitre 5 – Page 40

Cette citation est extraite d'un chapitre où Rabelais fais converser ses personnages, des géants saouls. Dans les incohérences de leur ivresse apparaît parfois des phrases plus sages. Celle-ci en fait partie, elle signifie en fait qu'un élément insignifiant comme une « petite pluie » peut parfois apaiser un sentiment terrible, un comportement colérique, ici un « grand vent ».    [NL1] 

« Le grand Dieu fit les planètes : et nous faisons les plats nets. »
Chapitre 5 – Page 41

Rabelais fait un jeux de mots et tourne en dérision le pouvoir de Dieu qui est celui de créer en le comparant avec le pouvoir des hommes, qui mangent. L'auteur marque ainsi la séparation entre  le monde divin et celui terrestre. C'est une vision humaniste qui ne met non plus Dieu au centre de l'univers mais les hommes qui eux aussi font les « plats nets ».    [NL2] 

« Laquelle un chacun peut soudain par soit comprendre sans autrement être instruit de personne, laquelle nous appelons droit naturel. »
Chapitre 10 – Page 61

Rabelais parle ici du savoir naturel. C'est une idée très humaniste à l'époque, selon laquelle l'homme possède deux sortes de savoir : celui avec lequel il naît et qui fait de lui un être et celui qu'il acquiert au fur et à mesure de son éducation et qui le rend humain[NL3] 


« Les pauvres diables de moines ne savaient auquel de leurs saint se vouer, à toutes aventures dirent sonner ad capitulum capitulantes : là fut décrété qu'ils feraient une belle procession, renforcée de beaux préchans et litanie contra hostium insidias. »
Chapitre 27 – Page 138.

Rabelais critique l'impuissance des moines et leur inutilité dans le conflit. En effet, ceux-ci ne savent plus « auquel de leur saint se vouer », ils sont démunis face aux ennemis. Ainsi, il les ridiculise en les associant à ce qui devrait être leur opposé, le diable. Rabelais montre leur incohérence pendant la guerre : ils font une procession au lieu de se défendre. L'auteur critique les actes des moines à travers cette exemple.        [NL4] 

« Jamais homme noble ne hait le bon vin : c'est un apophtegme monacal. »
Chapitre 27 – Page 139

Dans cette citation, Rabelais met en avant les travers des moines. Le proverbe est monacal alors que ces hommes ne sont pas autorisé  à boire. Il fait une critique satirique des moines hypocrites qui défendent la parole de Dieu mais ne la respectent pas eux-mêmes.        [NL5] 

« Ce nonobstant, je n'entreprendrais guerre, que je n'ai essayé tous les arts et moyen de paix, là je me suis résolu. »
Chapitre 28 – Page 147.

Rabelais exprime son point de vue sur la guerre à travers le conflit entre Grandgousier et Picrochole. Il illustre l'idée pacifiste et humaniste selon laquelle la guerre ne doit être entreprise que si tous les moyens pour faire la paix ont échoué. Selon Rabelais, un bon roi ne résout pas un conflit par la violence, il n'essaie pas d’asseoir son pouvoir dans le royaume voisin.. Ici, c'est Grangousier qui parle avec sagesse en privilégiant la paix sur la guerre.        [NL6] 



« L'exploit sera fait à moindre effusion de sang que possible. »
Chapitre 29 – Page 149.

 Rabelais fait de Grandgousier le portrait d'un roi idéal qui souhaite régler un conflit avec le moindre de perte humaine possible. Cette idée rejoint celle de la citation au dessus, un bon roi doit veiller sur son peuple et ne pas sacrifier ses  âmes , les habitants du royaume. Le sang ne doit pas être versé par la faute de roi et ses abus de pouvoir. Grandgousier doit user de ses connaissances et de ses ruses, il doit « philosopher » et non pas foncer tête baissé dans ce conflit. Ainsi, il informe Gargantua de sa volonté de limiter ces « effusion de sang » autant qu'il lui est possible.      [NL7] 

« Dont j'ai connu Dieu éternel l'a laissé au gouvernail de son franc arbitre et propre sens , qui ne peut être que méchant si par grâce divine n'est continuellement guidé. »
Chapitre 29 – Page 149

Grandgousier explique ici à son fils, Gargantua, pourquoi son ennemi est réduit à la guerre et pourquoi il ne lui reste plus d'autre solution que celle-ci à lui non plus. Selon Rabelais, Dieu a laissé  Picrochole seul, au commande de son libre arbitre. Mais il ne peut prendre les bonnes décisions seul et ainsi délaissé, il court à sa perte.  L'humanisme de l'auteur ressort ici par l'importance qu'il accorde à la religion quand elle guide les hommes. En effet, ils atteignent Dieu par la connaissance et le savoir et c'est de cette façon qu'il les « guident ».      [NL8] 



« Envahir hostilement ces terres, sans en rien n'avoir été par lui ni les siens endommagés, provoqués ni irrités ! Où est foi ? Où est loi ? Où est raison ? Où est humanité ? Où est crainte de Dieu ? »
Chapitre 31 – Page 153

Rabelais fait parler Grandgousier sur le conflit qui l'oppose à Picrochole. Il est un auteur de la Renaissance et dans cette citation, il exerce une forte critique du Moyen-âge. En effet, à cette époque, la barbarisme était pratiqué entre les différents seigneurs et les guerres étaient omniprésentes . Il montre l'incohérence de la guerre, qui n'a ni loi, ni foi, ni humanité. Qui est faite par abus de pouvoir et non pour des valeurs jugées plus nobles chez les humanistes. C'est un réquisitoire contre les conflits irraisonnés et la violence qui n'a pas lieu d'être.      [NL9] 

« La chose est tant hors les metes de raison, tant abhorrente de sens commun, qu'à peine peut-elle être par humain entendement conçue. »
Chapitre 31 – Page 154

Rabelais parle toujours de la guerre. Il dénonce avec humanisme son incohérence en prenant le cas d'un abus de pouvoir, celui de Picrochole. Il montre que ce conflit est éloigné du bon sens et qu'il dépasse les limites du raisonnable au point qu'il ne peut même plus être conçu comme un acte humain. C'est une vision humaniste de la morale, de ce qu'un être humain peut faire ou ne pas faire.    [NL10] 


« C'est la fin de ceux qui leurs fortunes et prospérité ne peuvent par raison et tempérance modérer. »
Chapitre 31 – Page 155

L'auteur reproche  à certains de ne pas savoir ce contenter de qu'ils ont. Rabelais parle donc de modération, en particulier concernant la fortune et la prospérité. C'est une vision qui permet d'accéder au bonheur, ne jamais se contenter de ce que l'on a amène frustration et malheur et selon Rabelais, nous conduit à notre « fin », notre propre perte. Il parle ici du combat entre Grandgousier et Pichrochole qui ne se contente plus de son royaume mais souhaite aussi envahir celui de Grangousier. Il abuse de son pouvoir royal et perd cette guerre. Plus généralement, c'est une vision humaniste que Rabelais illustre ici.       [NL11] 

«  J'ai grand peur que toute cette entreprise sera semblable à la farce du pot de lait, duquel un cordonnier se faisait riche par rêverie : puis le pot cassé n'eut de quoi dîner. »
Chapitre 34 – Page 166

Rabelais donne une morale à travers les paroles d'un des conseillers de Picrochole, Echephron, le prudent en grec. Il les prévient du danger de trop rêver et de peu agir. Il faut d'abord accomplir un acte avant de prévoir ce qu'il nous apportera. Ici, le roi prévoit les conquêtes de nombreux pays avant même d'avoir envahi le pays voisin.     [NL12] 

« La raison péremptoire est : parce qu'ils mangent la merde du monde, c'est à dire les péchés, et comme mâchemerdes l'ont les rejette en leur retrait. »
Chapitre 40 – Page 191

Dans ce chapitre, Rabelais fait débattre ses personnages sur la vraie raison qui poussent les moines à vivre reclus dans des couvents. Gargantua, qui est maintenant un homme sage et éduqué, fait une hypothèse : selon lui, si les moines sont retirés du monde, c'est parce que se sont eux qui connaissent les péchés des hommes, leur vrai travers et ne servent à rien d'autres qu'à cet effet. Se sont eux qui les avalent et vivent avec, se sont des « mâchemerdes ». Ainsi, Gargantua pense que la société préfère les éloigner des autres et de  la conversation politique.     [NL13] 



« Ô qu'heureux est le pays qui a pour seigneur un tel homme. »
Chapitre 45 – Page 214

Cette idée rejoint celle énoncée par Gargantua. Les pèlerins reconnaissant la grandeur du roi Grandgousier à travers sa philosophie. C'est un roi érudit, qui pense et réfléchit sur sa façon de gouverner. Il instruit son peuple par ses propos sans les soumettre à son pouvoir royale. Rabelais montre l'importance de cette forme d'humaniste à travers la reconnaissance ébahie des pèlerins.        [NL14] 

«  C'est ce que dit Platon lib. V de rep. que lors les républiques seraient heureuses, quand les rois philosopheraient ou les philosophes régneraient. »
Chapitre 46 – Page 214

Cette citation fait référence au philosophe Platon. Rabelais s'en inspire car il est une figure  importante de l'antiquité et donc du l'humanisme. Elle illustre l'idée commune aux deux auteurs selon laquelle l'éducation a une place primordiale dans la vie de l'homme. Ils encouragent en fait à la réflexion et à l'étude. Ainsi, il serait bon pour un pays que son roi soit philosophe car cela signifierait qu'il a eu un enseignement digne de ce nom et qu'on lui a inculqué des valeurs humanistes et philosophiques qui s'avèrent bénéfique pour le bon fonctionnement d'un pays. L'idée de république est aussi reprise car c'est autre forme de pouvoir qui laisse plus de liberté au peuple, un libre arbitre, très important chez les humanistes.       [NL15] 


« C'est trop entrepris, qui trop embrasse peu étreint. »
Chapitre 46 – Page 215

Grandgousier traite dans cette citation du cas de Touquedillon, second de Picrochole et prisonnier du roi. Rabelais explique, à travers la parole de Grandgousier, que les conquêtes nombreuses qu'ils avaient entreprises avec arrogance ne pouvait les conduire à la victoire. En effet, l'auteur rappelle que « qui trop embrasse peu étreint. » Ainsi, il insiste sur le fait qu'il vaut mieux entreprendre une chose et la réussir plutôt que se disperser et ne rien mener à terme.    [NL16] 

« Car comment pourrais-je gouverner autrui , qui moi-même gouverner ne saurais ? »
Chapitre 52 – Page 237

Rabelais parle à travers le moine, il questionne Gargantua sur sa légitimité de gouverner une abbaye alors qu'il ne sait pas se gouverner lui-même. Il ne veut pas être celui qui impose et fait respecter les règles de vie. C'est pourquoi le héros lui confie la tâche de construire une nouvelle abbaye. Celle-ci est ainsi basée sur cette citation : personne ne gouverne vraiment, chacun est libre de faire ce que bon lui semble car personne n'est à même de gouverner les autres et de leur imposer ses lois si il ne les respecte pas et si il n'est pas capable de se résonner lui-même. C'est un concept profondément humaniste, basé sur la liberté individuelle, le libre arbitre et l'importance de l'homme en tant qu'être responsable de ses actes.     [NL18] 

«  Et parce qu'aux religions de ce monde tout est compassé, limité, et réglé par heures, fut décrété que là ne serait ni horloge ni cadran aucun. »
Chapitre 52 – Page 238

L'utopie de l'abbaye de Thélème se veut contraire aux mœurs habituelles de ces lieux sacrés. Ainsi, Rabelais énonce l'idée selon laquelle nous pourrions vivre dans une société non plus rythmée par les horloges et les cadrans mais par nos propres choix de vie. Dans cette abbaye, les moines peuvent idéalement tout faire quand ils le  veulent, selon les occasions. Rabelais souligne ensuite cette idée en concluant que « la plus vraie perte de temps qu'il sût, était de compter les heures. »       [NL19] 

«  Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. »
Chapitre 57 – Page 255   

Cette citation concerne toujours l'abbaye de Thélème. Rabelais met en avant la liberté des Thélémites, il expose un monde régit par le libre arbitre et non plus par la loi. Ainsi, il exprime son humanisme à travers une vision nouvelle de la liberté et de l'autorité. Elle s'oppose ouvertement au régime de l'époque où le « bon vouloir » d'un être dépendait de son statut. L'auteur illustre l'idée d'un monde où tous les droit sont détenus par tous les hommes et non plus par un seul, comme c'était le cas pendant la Renaissance.         [NL20] 

« Parce que gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes ont par nature un instinct, et aiguillon, qui toujours les pousse à faits vertueux. »
Chapitre 57 – Pages 255-256           

Rabelais consacre ce chapitre à la conception de l'existence de l'abbaye de Thélème. Cette citation montre l'utopie que l'auteur fait des Thélémites. Rabelais fait donc l'énumération de ce qui rend un homme vertueux. L'humanisme apparaît clairement dans ces propos : il place la liberté et l'instruction au dessus de toute chose dans la vie d'un être car, selon lui, elles permettent toutes deux de développer une certaine intelligence, au delà de celle que l'homme possède par nature. Il peut ainsi se consacrer à la vertu et éviter les vices propres à sa condition humaine.       [NL21] 
La Renaissance marque fortement l'humanisme de Rabelais qui passe principalement par les libertés, individuelles et collectives, mais aussi par la paix, le pacifisme et le besoin de renouveau politique.   [NL22]