samedi 31 août 2013

RABELAIS, GARGANTUA, CH. 21 et 23, COMMENTAIRE COMPARÉ


TEXTES:


L’estude de Gargantua selon la discipline de ses précepteurs sophistes, Chapitre 21, orthographe modernisée :



[...]
Il employait donc son temps de telle façon qu’ordinairement il s’éveillait entre huit et neuf heures, qu’il fût jour ou non ; ainsi l’avaient ordonné ses anciens régents (3), alléguant ce que dit David : Vanum est vobis ante lucem surgere (4).
Puis il gambadait, sautait et se vautrait dans le lit quelque temps pour mieux réveiller ses esprits animaux (5) ; 


il s’habillait selon la saison, mais portait volontiers une grande et longue robe de grosse étoffe frisée fourrée de renards ; après, il se peignait du peigne d’Almain (6), c’est-à-dire des quatre doigts et du pouce, car ses précepteurs disaient que se peigner autrement, se laver et se nettoyer était perdre du temps en ce monde. 
Puis il fientait, pissait, se raclait la gorge, rotait, pétait, bâillait, crachait, toussait, sanglotait, éternuait et morvait comme un archidiacre (7) et, pour abattre la rosée et le mauvais air, déjeunait de belles tripes frites, de belles grillades, de beaux jambons, de belles côtelettes de chevreau et force soupes de prime (8).
Ponocrates (9) lui faisait observer qu’il ne devait pas tant se repaître (10) au sortir du lit sans avoir premièrement fait quelque exercice. Gargantua répondit :
« Quoi ! n’ai-je pas fait suffisamment d’exercice ? Je me suis vautré six ou sept fois dans le lit avant de me lever. N’est-ce pas assez ? Le pape Alexandre faisait ainsi, sur le conseil de son médecin juif, et il vécut jusqu’à la mort en dépit des envieux. Mes premiers maîtres m’y ont accoutumé, en disant que le déjeuner donnait bonne mémoire : c’est pourquoi ils buvaient les premiers. Je m’en trouve fort bien et n’en dîne (11) que mieux. Et Maître Tubal (12) (qui fut le premier de sa licence (13) à Paris) me disait que ce n’est pas tout de courir bien vite, mais qu’il faut partir de bonne heure. Aussi la pleine santé de notre humanité n’est pas de boire des tas, des tas, des tas, comme des canes, mais bien de boire le matin, d’où la formule : Lever matin n’est point bonheur ;
Boire matin est le meilleur. » Après avoir bien déjeuné comme il faut, il allait à l’église, et on lui portait dans un grand panier un gros bréviaire (14) emmitouflé, pesant, tant en graisse qu’en fermoirs et parchemins, onze quintaux et six livres à peu près. Là, il entendait vingt-six ou trente messes. Dans le même temps venait son diseur d’heures (15), encapuchonné comme une huppe (16), et qui avait très bien dissimulé son haleine avec force sirop de vigne (17). Avec celui-ci, Gargantua marmonnait toutes ces kyrielles (18), et il les épluchait si soigneusement qu’il n’en tombait pas un seul grain en terre.
Au sortir de l’église, on lui amenait sur un char à bœufs un tas de chapelets de Saint-Claude (19), dont chaque grain était aussi gros qu’est la coiffe d’un bonnet ; et, se promenant par les cloîtres, galeries ou jardin, il en disait plus que seize ermites (20).
Puis il étudiait quelque méchante demi-heure, les yeux posés sur son livre mais, comme dit le poète comique (21), son âme était dans la cuisine.
Pissant donc un plein urinoir, il s’asseyait à table, et, parce qu’il était naturellement flegmatique, il commençait son repas par quelques douzaines de jambons, de langues de bœuf fumées, de boutargues (22), d’andouilles, et d’autres avant-coureurs de vin (23).
Pendant ce temps, quatre de ses gens lui jetaient en la bouche, l’un après l’autre, continûment, de la moutarde à pleines pelletées. Puis il buvait un horrifique trait de vin blanc pour se soulager les reins. Après, il mangeait selon la saison, des viandes (24) selon son appétit, et cessait quand le ventre lui tirait.
Pour boire, il n’avait ni fin ni règle, car il disait que les bornes et les limites étaient quand, la personne buvant, le liège des pantoufles enflait en hauteur d’un demi-pied.

Notes :
1 - Précepteurs : maîtres.
2 - Sophistes : dans l’antiquité, le sophiste est une sorte d’enseignant. Ici, le terme est péjoratif et désigne un maître capable de soutenir tout et son contraire par des arguments subtils.
3 - Régents : maîtres.
4 - Citation d’un psaume de l’Ancien Testament : Il est vain de se lever avant la lumière.
5 - Ses esprits animaux : selon la médecine de l’époque, liquide qui se propageait dans tout l’organisme pour y maintenir l’énergie vitale.
6 - Jacques Almain était un théologien du début du XVIe siècle. Il y a là un jeu de mot (se peigner à la main).
7 - Archidiacre : supérieur du curé.
8 - Soupes de prime : tranches de pain trempées dans un bouillon, qu’on mangeait au couvent à prime.
9 - Ponocrates est le nouveau maître de Gargantua. En grec, son nom signifie «bourreau de travail».
10 - Se repaître : se nourrir abondamment, engloutir.
11 - Le dîner est le déjeuner de l’époque.
12 - Maître Tubal est l’ancien maître de Gargantua.
13 - Le premier de sa licence : le premier dans le diplôme obtenu à l’université.
14 - Bréviaire : livre de prière.
15 - Heures : prières.
16 - Le diseur d’heures est emmitouflé dans le capuchon de son manteau comme une huppe l’est dans ses plumes.
17 - Sirop de vigne : la périphrase désigne le vin.
18 - Ces kyrielles : ces suites ininterrompues, interminables de prières.
19 - Saint-Claude est une ville du Jura célèbre pour ses objets en buis.
20 - Ermites : hommes vivant seuls dans la forêt.
21 - Le poète comique : Térence l’auteur d’Eunuque.
22 - Boutargues : genre de caviar.
23 - Avant-coureurs de vin : des apéritifs.
24 - Des viandes : les aliments en général (viande vient de «vivanda», ce qui sert à la vie).

L’Education de Ponocrates, chapitre 23 (Orthographe modernisée):

  Puis il le soumit à un rythme de travail tel qu’il ne perdait pas une heure de la journée, mais consacrait au contraire tout son temps aux lettres et au noble savoir. Gargantua s’éveillait donc vers quatre heures du matin1. Tandis qu’on le frictionnait, on lui lisait quelques pages des Saintes Ecritures, à voix haute et claire, avec la prononciation convenable. Cet office était confié à un jeune page, originaire de Basché2, nommé Anagnostes3. (…)
                Puis il allait aux lieux secrets excréter le produit des digestions naturelles. Là son précepteur répétait ce qu’on avait lu et lui expliquait les points les plus obscurs et les plus difficiles. Quand ils revenaient, ils considéraient l’état du ciel, notant s’il était tel qu’ils l’avaient remarqué le soir précédent, et en quels signes entrait le soleil, et aussi la lune ce jour-là.
                Cela fait, on l’habillait, on le peignait, on le coiffait, on l’apprêtait, on le parfumait et pendant ce temps, on lui répétait les leçons du jour précédent. Lui-même les récitait par cœur et les confrontait avec quelques exemples pratiques concernant la vie humaine, ce qui leur prenait parfois deux ou trois heures, mais, d’ordinaire on s’arrêtait quand il était complètement habillé. Ensuite, pendant trois bonnes heures, on lui faisait la lecture.
                Alors ils sortaient, en discutant toujours du sujet de la lecture et ils allaient se divertir au Grand Bracque, ou dans les prés et jouaient à la balle, à la paume, à la pile en triangle, s’exerçant élégamment le corps comme ils s’étaient auparavant exercés l’esprit. Tous leurs jeux se faisaient en liberté, car ils abandonnaient la partie quand il leur plaisait, et ils s’arrêtaient d’ordinaire quand la sueur leur coulait sur le corps, ou qu’ils étaient autrement fatigués. Alors, ils étaient très bien essuyés et frictionnés, ils changeaient de chemise, et allaient voir si le dîner était prêt en se promenant doucement. Là, en attendant, ils récitaient à voix claire et avec éloquence quelques maximes retenues de la leçon.
                Cependant, Monsieur l’Appétit venait ; c’est au bon moment qu’ils s’asseyaient à table. Au commencement du repas, on lisait quelque histoire plaisante des anciennes prouesses[1] jusqu’à ce qu’il prît son vin. Alors, si on le jugeait bon, on continuait la lecture, ou ils commençaient à deviser joyeusement tous ensemble. Pendant les premiers mois, ils parlaient de la vertu, de la propriété, des effets et de la nature de tout ce qui leur était servi à table : du pain, du vin, de l’eau, du sel, des viandes, des poissons, des fruits, des herbes, des racines et de leur préparation. Ce faisant, Gargantua apprit en peu de temps tous les passages relatifs à ce sujet dans Pline, Athénée, Dioscoride, Julius Pollux, Gallien, Porphyre, Oppien, Polybe, Héliodore, Aristote, Elien et d’autres. Après s’être entretenus là-dessus, ils faisaient souvent, pour plus de sûreté, apporter à tables les livres en question. Gargantua retint si bien, si parfaitement ce qui se disait là-dessus qu’il n’y avait pas alors de médecin qui sût la moitié de ce qu’il savait. Après, ils parlaient des lectures du matin, et terminant leur repas par quelque confiture de coings, il se curait les dents avec un bout de lentisque, se lavait les mains et les yeux de belle eau fraîche et tous rendaient grâce à Dieu par quelques beaux cantiques à la louange de la munificence et bonté divines.
                Là-dessus, on apportait des cartes, non pas pour jouer, mais pour y apprendre mille petits jeux et inventions nouvelles qui tous découlaient de l’arithmétique. De cette façon, il prît goût à la science des nombres et tous les jours, après le dîner et le souper, il y passait son temps avec autant de plaisir qu’il en prenait d’habitude aux dés ou aux cartes.


1 A l’heure solaire, soit cinq heures du matin aujourd’hui. C’était l’heure normale du lever pour les gens du XVIe siècle qui se levaient et se couchaient avec le soleil.
2 Localité près de Chinon.
3 Mot grec qui signifie lecteur.
[1] Allusion aux romans de chevalerie, encore très lus au XVIe siècle.





COMMENTAIRE COMPARÉ DES DEUX CHAPITRES:

Problématique : Comment, dans ces deux textes, Rabelais donne-t-il les clefs d’une bonne éducation humaniste?
           
I) Jeu de symétries et d’oppositions
            A) La narration par étapes
Tout d’abord, Rabelais joue des symétries et des oppositions dans la construction des deux récits. En effet, la narration de l’éducation des théologiens se fait par étapes : Le lever, le déjeuner, la messe à l’église, le souper. Cette succession est présentée sans aucune transition, comme si Gargantua effectuait ces différentes occupations sans réfléchir, automatiquement. Le lecteur comprend que l’occupation première de Gargantua est de manger et d’aller à l’église. A contrario, les étapes du récit de l’éducation de Ponocrates sont bien différentes. Si les deux journées semblent bien remplies, l’une se résume à écouter trente messes, alors que l’autre favorise la simultanéité des actions à travers l’utilisation de gérondif: « Ce pendant qu’on le frottait », « là», « ils sortaient toujours conférant», « en attendant »: Aucun moment de la journée n’est inactif et est consacré soit à « exercer le corps ou l’esprit ».
            B) L’ironie rabelaisienne
En outre, le 1er texte est marqué par l’ironie de Rabelais. La dernière ligne du chapitre 21, qui marque la conclusion de cette éducation hors du commun, souligne: « Puis il étudiait une méchante heure ». L’adjectif qualificatif épithète « méchante » en dit long sur l’état d’esprit de Gargantua face à cette véritable corvée, et tout le résultat de cette éducation tend à étudier une heure par jour! Les métaphores « les yeux posés sur le livre » et « l’esprit à la cuisine » mettent en évidence, de façon ironique, que Gargantua ne retire rien de ses études, dans le premier texte. Donc Rabelais se sert de l’argumentation indirecte pour porter un jugement négatif implicite sur cette éducation.
            C) Des divergences fondamentales
Enfin, ce qui frappe le plus, c’est la symétrie des deux textes qui ne sert qu’à mettre en évidence leurs divergences fondamentales: L’heure du lever, la prière, le passage aux toilettes, la toilette, l’étude, le sport, et le repas. Le premier texte décrit ces actions de façon caricaturale et fortement dépréciative, alors que le second, en insistant sur ce que l’autre passait sous silence, exploite le registre sérieux et docte, et met en évidence le bien fondé d’une telle méthode.


II) Une dévalorisation par l’humour
            A) La fantaisie verbale
En outre, Rabelais donne les clefs d’une bonne éducation en jouant sur les oppositions de registres. Le récit de l’éducation des théologiens joue de la fantaisie verbale. Les néologismes ironiques (« Sorbonagres », « Almain ») provoquent le rire. L’humour contenu dans les énumérations  « Puis il gambadait, sautillait, se vautrait un moment sur la paillasse pour mieux ragaillardir ses esprits animaux » (Esprits animaux: Éléments d'une matière très subtile, légère, chaude, mobile et invisible, considérés comme les agents de la vie et du sentiment qu'ils portent dans les différentes parties du corps qu'ils animent.), et l’accumulation de verbes qui riment ont pour effet de créer une hyperbole (exagération) paradoxale, car en fait Gargantua s’agite sur son lit (paillasse)! L’effet est comique et montre, de façon implicite, la sottise de cette éducation.
            B) La force des hyperboles caricaturales
Le même procédé est présent dans les lignes 10 et 11, mais l’hyperbole, mêlée au sens péjoratifs (négatifs) des verbes, conduit le lecteur à l’écœurement, ce qui le pousse à dédaigner et à critiquer cette étrange éducation. Le récit de l’éducation des théologiens caricature et déshumanise Gargantua. Le champ lexical de l’animal (des verbes surtout): « Sautillait, gambadait, fientait » et l’accumulation de termes dépréciatifs aux L 10 et 11 (« Pissait, rotait ») connote de façon très dépréciative le géant. Celui-ci a un comportement grossier, un langage familier, et un appétit vorace (répétition hyperbolique de l’adjectif « belle »: « de beaux jambons »).
            C) Une mise en action dépréciative
Enfin, Rabelais utilise un vocabulaire fortement dépréciatif dans le premier texte (« s’empiffrer » « entendait vingt-six ou trente messes » « marmonnait, épluchait ») Rabelais dénonce une éducation inappropriée en la rendant ridicule et en la dépréciant. Donc, Gargantua est ridiculisé, et par un procédé métonymique (glissement entre deux réalités proches), ses précepteurs le sont également, et leur méthode éducative aussi.


III) Une valorisation par un ton docte et sérieux de l’éducation humaniste
            A) Des procédés axiologiques
            Par opposition, l'utilisation de procédés axiologiques (qui livrent un jugement) dans le second récit « merveilleux jugements », « libres », « juste au bon moment » mettent en évidence l’approbation de l’auteur. Les adjectifs qualificatifs épithètes connotent de façon appréciative cette éducation. Rabelais défend, à l’aide d’un vocabulaire mélioratif, celle qui s’appuie sur la modération, l’échange et l’étude approfondie. C’est ainsi que les registres comique, ironique et humoristique du premier texte disparaissent pour faire place à un ton docte et sérieux. De même, des énumérations sans aucune connotation péjorative, par exemple (révérer, adorer, prier et supplier) prennent le pas sur la fantaisie verbale. En outre, la caricature de Gargantua dans le premier récit laisse place à un vocabulaire mélioratif dans le second. Les termes péjoratifs et hyperboliques laissent place à des euphémismes (atténuation d’une idée choquante) tel que « lieux secrets » (pour W.C.) et « le produit des digestions naturelles ». Nous passons donc d’un registre plutôt burlesque (registre de la farce), dont l’effet est la dérision par l’humour d’une forme d’éducation condamnable, à un registre docte, voire savant (L’étude du ciel, par exemple), qui met en exergue les qualités de l’enseignement et de la méthode de Ponocrates.
            B) Une nouvelle organisation
- Nouvelle organisation plus méthodique et rationnelle du temps : « Gargantua se réveillait vers quatre heures du matin » contrairement aux sophistes (8-9h)
            - Organisation rigoureuse de la journée : nombreuses indications temporelles indiquant l’enchaînement des activités (« ensuite », « puis »…) ou la concomitance (« pendant que », « pendant ce temps »…)
            - Emploi du temps dynamique avec obsession de maîtrise du temps : « ne perdait pas un moment de la journée ».
- Principe d’alternance entre activités d’extérieur et d’intérieur :
            - Etude se fait à l’intérieur, puis « cela fait, ils sortaient ».
            - Alternance exercices physiques et intellectuels (« jeu de paume », « étudier les Lettres ») et leçons et travaux pratiques (« ils considéraient l’état du ciel ») => équilibre, diversité, variété (contrairement avec Sophistes).
- Nouvelles pratiques pédagogiques qui font appel à la réflexion et l’esprit critique :
- Ils comprennent ce qu’ils lisent : « ils récitaient clairement en y mettant le ton » -> L’adverbe mélioratif « clairement » met en valeur l’idée selon laquelle il n’apprend plus par cœur bêtement.
- Dialogue constant, communication entre maître et élève : « ils parlaient »
- Arrivée de l’expérience = observation puis interprétation : « ils considéraient l’état du ciel »
- Ambiance agréable, propice à l’épanouissement individuel, absence de rigidité, éducation doit être un plaisir.
            C) Une éducation humaniste
Dès lors pour Gargantua commence une nouvelle existence, basée sur une bonne hygiène de vie (il se lève tôt), sur le goût de l’instruction (il fréquente des savants) et l’émulation. Sa foi s’améliore, il lit la Bible et révère, adore, prie et supplie « le bon Dieu ». Son alimentation change, ses jeux lui exercent le corps et il ne cesse de réciter ou de commenter des textes issus de l’Antiquité qui développent en lui la vertu (force et morale). Enfin il s’exerce dans toutes les sciences. L’éducation de Gargantua correspond à l’idéal humaniste de la Renaissance : elle est aristocratique, physique, littéraire, scientifique et religieuse.
- De nouveaux savoirs :
Soin du corps -> un esprit sain dans un corps sain : Analyse des verbes d’action et des énumérations
- Hygiène : « habillé, peigné […] parfumé », « se changeaient »,    « se lavait les mains et le visage »…
- Nourriture saine : énumération (« pain […] légumes ») + explication de pourquoi manger ce qu’on leur sert (« ils parlaient des vertus […] de tout ce qu’on leur servait à table ») -> Rabelais était médecin.
- exercices physiques : « jeu de paume »…
- Religion encadre leur journée, une foi qui paraît sincère :
- Matin : « vénérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu » (énumération, gradation) ; soir : « ils rendaient grâce à Dieu »
- Une éducation intellectuelle valorisée :
- Nouvelle discipline : on étudie non plus des commentaires de textes mais des textes authentiques « en expliquant les points les plus obscurs et difficiles ».
- Diversité des domaines abordés : « Lettres », mathématiques      (« arithmétique » et géométrie), physique, astronomie (« ciel »),     « sciences » avec observation et donc compréhension du monde.
Cette accumulation d’actions à valeur d’habitude (valeur de l’imparfait) montre que l’homme de la Renaissance veut développer le corps, l’âme, l’esprit : volonté de l’épanouissement de l’individu, l’harmonie, l’équilibre, a une soif de savoir gargantuesque -> tout ceci doit passer par l’éducation. Rabelais veut une éducation humaniste centrée sur 3 pôles : état d’esprit (référence à l’Antiquité), formation complète (on pense l’homme dans sa globalité : âme, esprit, corps), un savoir-être (doit savoir se comporter en société -> vocabulaire nouveau : « excréments naturels »).


            Nous pouvons conclure en disant que Rabelais donne les clefs d’une bonne éducation en utilisant l’art de la symétrie et de l’opposition. La construction des deux récits se répond tout en s’opposant, le registre burlesque et ironique du premier récit tranche avec le ton docte et savant du second. Enfin, Gargantua caricaturé dans le premier, reprend presque forme humaine dans le second, et reçoit une éducation digne de ce nom. Si l’humour et l’exagération connotent une éducation désastreuse dans le premier, c’est pour mieux mettre en valeur les qualités de celle de Ponocrates, une éducation conforme en tout point aux préceptes humanistes.

Nathalie LECLERCQ

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire