lundi 1 juillet 2013

ARISTOTE, ETHIQUE A NICOMAQUE, LIVRE V, DE LA JUSTICE, COMMENTAIRE



TEXTE Livre V, "De la justice"

Les actions justes et injustes ayant été ainsi décrites, on agit justement ou injustement quand on les commet volontairement. Mais quand c’est involontairement, l’action n’est ni juste ni injuste sinon par accident, car on accomplit alors des actes dont la qualité de justes ou d’injustes est purement accidentelle. La justice (ou l’injustice) d’une action est donc déterminée par son caractère volontaire ou involontaire : est-elle volontaire, elle est objet de blâme, et elle est alors aussi en même temps un acte injuste ; par conséquent, il est possible pour une chose d’être injuste, tout en n’étant pas encore un acte injuste si la qualification de volontaire ne vient pas s’y ajouter.
J’entends par volontaire, comme il a été dit précédemment tout ce qui, parmi les choses qui sont au pouvoir de l’agent, est accompli en connaissance de cause, c’est-à-dire sans ignorer ni la personne subissant l’action, ni l’instrument employé, ni le but à atteindre (par exemple, l’agent doit connaître qui il frappe, avec quelle arme et en vue de quelle fin), chacune de ces déterminations excluant au surplus toute idée d’accident ou de contrainte (si, par exemple, prenant la main d’une personne on s’en sert pour en frapper une autre, la personne à qui la main appartient n’agit pas volontairement, puisque l’action ne dépendait pas d’elle). Il peut se faire encore que la personne frappée soit par exemple le père de l’agent et que celui-ci, tout en sachant qu’il a affaire à un homme ou à l’une des personnes présentes, ignore que c’est son père ; et une distinction de ce genre peut également être faite en ce qui concerne la fin à atteindre, et pour toutes les modalités de l’action en général. Dès lors, l’acte fait dans l’ignorance, ou même fait en connaissance de cause mais ne dépendant pas de nous ou résultant d’une contrainte, un tel acte est involontaire (il y a, en effet, beaucoup de processus naturels que nous accomplissons ou subissons sciemment, dont aucun n’est ni volontaire, ni involontaire, comme par exemple vieillir ou mourir). Mais dans les actes justes ou injustes, la justice ou l’injustice peuvent pareillement être quelque chose d’accidentel : si un homme restitue un dépôt malgré lui et par crainte, on ne doit pas dire qu’il fait une action juste, ni qu’il agit justement, sinon par accident. De même encore celui qui, sous la contrainte et contre sa volonté, ne restitue pas le dépôt confié, on doit dire de lui que c’est par accident qu’il agit injustement et accomplit une action injuste.

Problématique : Par quels procédés stylistiques Aristote présente-t-il un discours juridique à valeur éthique ?

I) Un texte juridique
                  A) L’orateur = procureur
- « J’entends » : Pronom personnel « je » : Prise de position explicite du locuteur 
- Valeur omnitemporelle du présent dans le texte. Présent des textes de lois. Aristote = législateur