samedi 22 juin 2013

COURS, REGISTRES


Le terme « registre » est emprunté au vocabulaire de la musique pour lequel il désigne la palette des sons d'un instrument ou d'une voix (des graves aux aigus). En littérature, il désigne l'impression particulière que provoque un texte sur le lecteur : de la tristesse à la peur en passant par la joie, toutes les émotions peuvent être engendrées par un texte et l'étude des différents registres a pour objectif d'analyser par quels procédés rhétoriques ces émotions sont suscitées.




DEFINITION : Manifestation textuelle d’émotions humaines.

COMIQUE : Qui provoque le rire.

DIDACTIQUE : Qualifie une œuvre dont la finalité est d’enseigner, de délivrer un savoir.

EPIDICTIQUE : L’épidictique ou démonstratif = registre qui contient tous les discours d’éloge et de blâme.

EPIQUE : Le héros épique est un héros « agissant » et son action a une incidence sur l’œuvre dont il modifie l’univers et dont les futurs ne sont as fixés d’avance par le destin : « l’épique est un mouvement, et mouvement réalisateur » (Souriau)
- exalte l’homme « individualisé » en surhomme qui peut contrebalancer des forces énormes. « L’épique met du surhumain dans l’humain » (Souriau)
- caractère de l’expansion grandiose (≠ au tragique qui se caractérise par la concentration vers un centre. L’épique s’étend du centre vers l’extérieur.
- certitude intérieure du héros qui agit en conformité avec l’idéal de grandeur qui l’anime. Et le caractérise (pas de déchirements intérieurs) (à caractère exemplaire Cf. la tragédie héroïque de Corneille)
- L’épique se développe ensuite dans le roman, puis dans quelques grands poème, comme La Légende des Siècles (1859-1883), puis les valeurs héroïques traversent la frontière des genres avec Brecht et son théâtre épique, la poésie avec Aragon.


FANTASTIQUE : Contraste entre le monde représenté et le monde normal ; manifeste une altérité anormale ; extraordinaire, surnaturel. Le fantastique se place sur deux plans : le naturel et le surnaturel (qui obéit à des lois qui ne sont pas celles qui régissent le monde naturel) articulés entre eux.
Pour Jean Pierre Bertrand, (Dictionnaire du Littéraire), le fantastique est le registre correspondant aux émotions de peur et d’angoisse ; il est caractérisé par l’introduction du doute dans un univers rationnel.

IRONIE : L’ironie tient un discours dont les mots doivent être pris ds leur sens  littéral, mais c’est la pensée qui ne doit pas être prise  pour ce qu’elle paraît (alors que l’antiphrase fait prendre les mots pour ce qu’ils ne sont pas = figure de mots). L’ironie  réside ds le contraste entre le sens du discours et la pensée. Elle est un « pari sur l’intelligence du lecteur »
C’est surtout les objets sur lesquels elle porte qui différencie l’ironie :
- se moque d’un objet
-  de ceux dont elle affecte le style, les manières, les idées (ex/ Montesquieu affectant le discours des esclavagistes) à un des procédés de  la satire (à polémique)
Sans être toujours satirique :
- l’ironiste peut se moquer de lui-même (dérision)
- dissimuler une forme de pudeur ou refus d’étaler des sentiments intimes (à fausses dépréciations masquant une vraie admiration. L’ironie peut donc arriver à se moquer de ceux dont elle refuse d’adopter le style en affectant le contre-pied (posture lyrique de Rimbaud)


LYRIQUE : Étymologiquement, une œuvre lyrique est une œuvre pour chant et instrument ; liée à la lyre, instrument de musique de chambre (usage privé) Puis s’est étendu à toute poésie chantée, dont Orphée est l’emblème
- En distinguant la poésie épique (ou un narrateur prend la parole) et la poésie lyrique (où le poète parle en son nom), Aristote lie le lyrisme à l’expression personnelle.
- Au Moyen Age, la lyrique (chanson musicale) des trouvères lie la musique à l’expression d’un ethos amoureux
- Une expression lyrique prend forme à partir d’un style caractérisé par  des tours expressifs : invocation, grands élans passionnés. Le registre lyrique traverse les frontières des genres et s’étends aux genres narratifs, et dramatiques.
Parce qu’il reste au-delà du temps lié à l’expression des passions et des émotions, le lyrisme est, selon Valéry : « le développement d’une exclamation ».


PAMPHLET : Écrit souvent bref, qui relève du registre polémique. S’inscrit dans des formes argumentatives très variées. Met en scène la défense agressive d’une position par les moyens de la satire, de la charge, de l’ironie et ou de la violence verbale.

PATHETIQUE : Qui se rapporte au pathos, transcrit d’un mot grec qui signifie passion. D’après Aristote, le pathos est un état affectif et surtout émotionnel éprouvé par un orateur dont le discours subit les effets ; par un personnage ou un auteur et dont on retrouve les traces dans le discours ou l’action ; par un auditoire qui est gagné par contagion par ces états affectifs ;
- D’après Aristote, le style pathétique est caractérisé par une très forte émotion (mot forts, discours haché, sans transitions ni liaisons, tendance à hausser la voix, , formules vives et frappantes) - Puis le sens s’est restreint à l’expression d’une souffrance ou du risque d’un grand  malheur
- Par extension le personnage pathétique est celui sur lequel s’abat le malheur et qui le subit passivement.

POLEMIQUE >  gr. polemos = la guerre : Le registre polémique concerne l’expression des affrontements  pouvant porter sur tous domaines, mais essentiellement le religieux, le politique,  l’esthétique ou la science.
- Touche tous les genres, lettres ouvertes, pamphlets, épigramme, la satire, les dictionnaires. Les formes se multiplient selon l’inventivité des auteurs : « lettre à d’Alembert sur les spectacles » répondant à l’article « Genève » de l’Encyclopédie ; les « mazarinades » ; les querelles (des Bouffons en 1752 entre les partisans de la musique italienne (Rousseau, Diderot) et ceux de la musique française (Rameau, d’Alembert ; des Anciens et des Modernes).
- Relève du domaine judiciaire : il s’agit d’emporter l’adhésion, des témoins, juges  en disqualifiant la partie adverse. Relève de l’argumentation. Tous les moyens de dévaloriser sont bons : de  l’insinuation à la parodie. Dans que l’éloge ou le blâme deviennent violents (épidictique), on touche au polémique.
- Correspond à l’expression de la colère,  et des sentiments associés et passionnés.


REALISTE : Le mot fait son entrée au XIXe. Le mot est attesté pour la première fois dans le Mercure de France, en 1826 pour désigner « la littérature du vrai ». Dès 1830, Stendhal utilise la métaphore du «miroir promené  sur une grande route » pour désigner le contenu réaliste du roman.  Gustave Planche, le critique d’art qui l’emploie en 1833 pour désigner «  un art qui ne relevait ni de l’imagination, ni de l’intellect », qui se contente de « l’observation minutieuse de la réalité ». Champfleury, l’atteste dans la préface de son recueil d’articles Le Réalisme (1857). Souriau précise que le titre de « réaliste » a même été imposé à Courbet lors d’une exposition personnelle en 1855. Désigne ainsi un mouvement pictural et littéraire entre 1848 et 1890.

SATIRE : Critique en se moquant, en ridiculisant.

TRAGIQUE : Variété de la force affrontée :           
à force du monde (société, lois naturelle de l’hérédité) ou surnaturelle et transcendante au monde (un dieu, le destin...), Idée de fatum (fatalité) qui s'abat sur l'homme sans qu'il puisse rien faire.
à force personnelle (volonté) ou impersonnelle (âge)
à force intérieure ou extérieure (héros entier ou héros déchiré opposition à soi ou à un autre)
à force d’attaque ou force de résistance : le héros veut ou résiste à une volonté extérieure
-  Variété des valeurs mises en jeu : Amour, religion, politique, morale, famille
- Variété de l’aspect fondamental de l’essence humaine que la situation met en jeu :
à met en cause la relation de l’homme à la société, de l’homme à dieu, ...
Essentiellement lié au théâtre dont les conditions de représentation (espace délimité propice  à l’intensité, au conflit) en privilégie l’expression.
La poésie peut être tragique : D’Aubigné, Les Tragiques, (1616) Leconte de Lisle, « L’illusion suprême » (in Poèmes tragiques et « Qu’est-ce que tout cela qui n’est pas éternel ? »
Selon Jean Frédéric Chevalier (Le Dictionnaire du littéraire)
Quand l’homme est dans une phase d’affronter une crise insurmontable, où « l’impossible au nécessaire se joint » (Vladimir Jankélévitch, L’alternative, (1938). N’appartient pas qu’à la tragédie, c’est ce qui en fait un registre littéraire et artistique.


2 commentaires:

  1. Voici des définitions renouvelant l'approche des registres. Récapitulation savante et claire. Merci.

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    1. Merci à vous de donner vie à ce blog par vos commentaires et vos lectures...

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