dimanche 16 juin 2013

COURS, MOUVEMENTS LITTERAIRES, XIXe ET XXe SIECLES


XIXème siècle


LE ROMANTISME  (1820-1850)

Le mouvement se crée après l’héroïsme de Napoléon, pendant le Restauration, moment de l’histoire où le conservatisme moral et social se double d’une politique favorable aux affaires, si bien que les dirigeants étaient bien souvent  des nouveaux riches, volontiers arrogants.
Ce mouvement se crée donc en marge du système politique, l’écrivain se sent seul contre tous, puisqu’il n’adhère pas au pouvoir en place. Cela explique en partie pourquoi, dans ce courant, on retrouve souvent, en thème fondateur, la volonté de parler de soi, de se replier sur soi-même. Les Romantiques restent cependant des observateurs très curieux de l’histoire, mais ils se sont pour la plupart sentis mis à l’écart des événements essentiels que la France connaissait. C’est alors qu’apparaît «le mal du siècle », qui est fait d’une impuissance à imposer des valeurs authentiques, dans une société dominée par l’argent.



Le mouvement affirme la primauté de l’émotion sur l’intellectualité, et la profonde poésie de la vie. Il porte son attention sur l’individu, recherche le dépaysement spatial (goût pour l’exotisme), le temporel (goût pour l’histoire), le social (intérêt pour le peuple que les auteurs mythifiaient), le religieux (goût pour le mysticisme, pour le sacré qui offrent un refuge contre le médiocrité sociale).



La préface que Victor Hugo rédige, en 1827, pour son drame Cromwell formule les grands principes du drame romantique et constitue le manifeste de la nouvelle école. Il dira, à ce propos, dans la préface de Cromwell : Elle [la poésie] se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l’ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d’autres termes, le corps à l’âme, la bête à l’esprit ; car le point de départ de la religion est toujours le point de départ de la poésie. […]  nous venons d’indiquer le trait caractéristique, la différence fondamentale  qui sépare, à notre avis, l’art moderne de l’art antique, la forme actuelle de la forme morte, ou, pour nous servir de mots plus vagues, mais plus accrédités, la littérature romantique de la littérature classique.

Contexte historique : le XIXème siècle est le temps de l’alphabétisation généralisée des Français. Plusieurs lois scolaires sont mises en place : création des lycées par l’Empire, réglementations scolaires de 1833 et 1849, loi Ferry de 1883 qui institue l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire : goût pour une poésie rigoureuse et exaltation pour les sciences comme facteur de progrès. On reconnaît les droits d’auteur, il n’y a donc plus besoin de mécènes, les écrivains peuvent donc vivre de leur plume. Ils ne sont plus contraints de confondre leur pensée et les aspirations de la classe dominante.

            Alors que l'humanisme envisageait l'homme idéal, que le rationalisme poursuivait la connaissance objective du monde, le romantisme ouvre à la subjectivité, au lyrisme, à l'imagination et à l'exaltation des passions.
Ce mode de sentir, d'écrire, d'agir apparaît en Europe, d'abord en Angleterre et en Italie, plus tardivement en France où Rousseau l'a pourtant préparé.
C'est un courant difficile à cerner et à définir car riche et complexe, mais dont on peut situer l'apogée entre la Restauration et la Monarchie de Juillet.
Voici quelques traits de la littérature romantique :
- elle exprime les expansions de l'écrivain dans ce qu'elles comportent de plus individuel. Celui qui écrit a droit désormais de se prendre pour matière de son œuvre. C'est le règne de l'exaltation du moi et du lyrisme personnel.
- elle privilégie le sentiment par rapport au raisonnement et à l'analyse critique : elle préfère le personnel au général.
- le sentiment devient valeur authentique, critère à part entière du Bien et du Mal, de la vérité et de l'erreur.
- elle présente un monde de sensations et d'imagination, s'attache davantage au subjectif qu'à l'objectif.
- elle est sentimentale et pittoresque, férue de couleur locale.
- elle vise une libération de l'art; elle se révolte contre tout ce qui est code, contrainte, entrave à la liberté. ( Byron ira mourir aux côtés des Grecs insurgés, à son tour Hugo célèbrera leur lutte contre la domination turque dans Les Orientales ).
Tout ce qui bride le génie ou la créativité est rejeté. La littérature romantique abandonne les règles classiques et refuse d'imiter les Anciens.
Souvent affecté par la vague des passions – « le mal du siècle » -  l'homme romantique, pour se distraire de l'angoisse, recherche l'évasion par le rêve, l'exotisme ou le passé, exalte le goût du mystère et du fantastique.
C'est la grande époque d'une peinture violente et inspirée.
                       Géricault (1791 - 1824)    Le Radeau de la Méduse  1814
                       Delacroix (1799 - 1863)   La Liberté guidant le peuple

Le romantisme pictural se manifeste par le choix des sujets (refus de l'Antiquité gréco romaine) et par l'emploi de la couleur.
            En musique : Schubert, Berlioz et Chopin.
            Écrivains romantiques :    Chateaubriand, Lamartine, Vigny, Hugo, Musset, Gautier, Nerval, Sand.
Le roman: René de Chateaubriand
            La confession d'un enfant du siècle d'Alfred de Musset
Le théâtre: Hernani de Victor Hugo
            Lorenzaccio d'Alfred de Musset
            Ruy Blas de Victor Hugo
La poésie : Les Contemplations de Hugo,  Méditations poétiques de Lamartine

LE PARNASSE

            Ce mouvement s'organise autour de Leconte de Lisle et part en guerre contre le lyrisme romantique dans ce qu'il comporte d'exagération. Ce mouvement refuse les épanchements sentimentaux et n'a que le souci exclusif de la forme. Les tenants de l'Art pour l'art préconisent une poésie d'où le poète est absent. Ils se détournent des luttes politiques de leur époque, et se tournent vers la Grèce et la Rome antiques, l'Orient, l'Espagne des Conquistadores... Le Parnasse vient du nom d'un mont de la Grèce qui, dans la mythologie grecque, était la montagne des Muses et d'Apollon, dieu de la beauté et de la poésie...


Les Parnassiens ont une authentique doctrine :
            - Le poète répudie le « moi ». Cessant de s'épancher sur sa vie privée, il met son érudition au service de son œuvre. Il cultive une certaine impersonnalité, qui n'est pas de l'impassibilité. Influencé par le positivisme, le parnassien recherche l'union de l'Art et de la Science, il a le culte de la forme.
            - Il considère que l'art est un luxe intellectuel réservé à une seule élite, et qu'il est indépendant de la vérité, de la morale et de l'utilité : pour le poète parnassien, l'art est tourné vers un seul culte : celui du Beau. La langue tentera d'approcher de la perfection par la précision du vocabulaire employé, l'éclat du style, la richesse des rimes.
- La poésie: Emaux et Camées de Théophile Gautier / Les Stalactites, Odes funambulesques de Théodore de Banville / Médailles antiques de Leconte de Lisle / Trophées de José Maria de Heredia.






LE REALISME

L’école réaliste commence dans les années 1850, c’est à ce moment que Champfleury (il dira en parlant du réalisme : reproduction exacte, complète, sincère du milieu où l’on vit, parce qu’une telle direction d’étude est justifiée par la raison) en amorce la théorie et en 1857, on voit apparaître Mme Bovary  de Flaubert qui constitue un véritable scandale. Flaubert devient donc le chef de file de cette nouvelle tendance, même s’il refuse cette étiquette de réaliste.
Ce mouvement consiste à  lier écriture et réalité pour montrer l’importance accordée aux forces matérielles. Il a pour objectif de décrire la société dans sa dimension historique et sociale. Les écrivains se documentent, vont sur les lieux où vont se passer leur action (cf. : pour écrire Salammbô, Flaubert se rend à Carthage, en Tunisie pour pouvoir mieux décrire les lieux par la suite).
Contexte historique : l’échec de la révolution de 1848, puis le coup d’état de Napoléon III en 1851 mettent fin au rêve romantique de créer une République plus égalitaire. Le pouvoir du 2d Empire (1852-1870) est autoritaire et la réussite économique épanouit la classe bourgeoise plus encore que sous la Monarchie. La classe bourgeoise se constitue une idéologie propre antiaristocratique et antipopulaire (le peuple est senti comme une masse dangereuse).
L’idéologie bourgeoise repose sur une confiance dans le progrès, une liberté de pensée et un anticléricalisme.  C’est elle qui va engendrer le réalisme.
Essentiellement littéraire et pictural (Courbet, Daumier et Millet furent les plus illustres peintres) le réalisme se développe dans la seconde moitié du 19ème  et fut particulièrement sensible dans les années 1850 – 1880.


L'ère industrielle et ses valeurs, les comportements qu'imposent la bourgeoisie, les injustices, les malheurs qui pèsent sur les pauvres inspirent désormais l'artiste. A la suite de Balzac, les écrivains, les peintres représentent des personnages amenés dans la réalité de leur temps. Rien n'échappe à l’œil de l'artiste qui, en représentant tout le réel, expose les scènes de la vie quotidienne, les ridicules et les travers de la société bourgeoise.
Cette réaction contre certains débordements de l'imagination, certaines tendances idéalistes du romantisme, qui se donne pour but de reproduire la réalité avec le plus d'exactitude possible, et dans tous ses aspects. A ce titre, la laideur et la vulgarité auront leur place dans le roman puisqu'elles existent. Le dogme des écrivains réalistes est l'objectivité. Leur méthode consiste à s'inspirer de faits absolument authentiques, de situations vécues, de caractères réels : le romancier mène de véritables enquêtes sociologiques, en consigne les résultats et, quand il dispose d'une masse suffisante de documents, écrit son livre. Ainsi les frères Jules et Edmond de Goncourt relateront l'existence de leur servante dans Germinie Lacerteux (1865).
Le roman: Madame Bovary, L'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert. L'Assommoir d'Émile Zola. Bel Ami de Guy de Maupassant
La poésie: Les Châtiments de Victor Hugo.
Le théâtre: La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils.

LE NATURALISME (1850-1900)

Ce courant a été défini par Émile Zola dans son Roman expérimental (série d’articles de Zola regroupés), il dira à ce propos : le naturalisme est purement une formule, la méthode analytique et expérimentale. […]On vous demande de chercher et de classer votre part de documents humains, de découvrir votre coin de vérité, grâce à la méthode. Ici, l’écrivain n’est encore qu’un homme de science. Sa personnalité d’artiste s’affirme ensuite par le style.
 L’œuvre naturaliste s’appuie sur trois critères : la reproduction exacte de la vie, l’absence de héros (Il met en scène des gens ordinaires), la disparition du romancier (focalisation interne, ce sont les personnages qui parlent et non le narrateur omniscient). L'imagination doit être bannie : Tous les efforts du romancier tendent à cacher l’imaginaire sous le réel.
C'est un durcissement du réalisme qui applique à l'étude des réalités humaines la méthode des sciences expérimentales et peint avec prédilection les milieux défavorisés (ouvriers, paysans).
Le groupe naturaliste eut pour chef de file Zola. Il se réunissait chez Zola à Médan et publia en 1880 un ouvrage collectif : Les Soirées de Médan.
Le naturalisme repose donc sur des méthodes scientifiques, l’écrivain se sert de documents, utilise un carnet pour écrire ce qu’il voit (La vie dans les mines, le milieu ouvrier). Il cherche par ses œuvres à exprimer le mal social.
Écrivains représentatifs : Zola, Maupassant, Huysmans
Contexte historique : Vie sous le second Empire, dominé par la figure autoritaire de Napoléon III.

LE SYMBOLISME (à partir de 1886-1895) 

Il s’inscrit en réaction contre le matérialisme littéraire du naturalisme et du parnasse et il repose sur la théorie des correspondances, définie par Baudelaire : Ce n’est pas seulement en rêve, et dans le léger délire qui précède le sommeil, c'est encore éveillé, lorsque j’entends de la musique, que je trouve une analogie et une réunion intime entre les couleurs, les sons et les parfums…
Les symbolistes, tels que Verlaine, Mallarmé ou Rimbaud sont véritablement sensibles à la musique des mots et des vers. Wagner est une figure emblématique de cette pensée, puisqu’il est celui qui a reconstitué l’unité de tous les arts. Besoin de renouer avec cette alliance originelle de la musique et de la poésie.
Écrivains représentatifs : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé
Contexte historique : contestation du positivisme par les scientifiques eux-mêmes (ruine du scientisme avec la théorie de la relativité formulée par Einstein), ruine du rationalisme étroit (découverte de Freud et de Charcot, fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne, le précurseur de la psychopathologie et l'un des plus grands cliniciens français. Il est également connu comme chef de file de l'École de la Salpêtrière pour ses travaux sur l'hypnose et l'hystérie.). On assiste à un retour à l’irrationalisme : les symboles sont porteurs de vérités cachées.
En réaction contre le réalisme et le naturalisme, dès 1870, écrivains et artistes cherchent à retrouver le mystère et la rêverie, à découvrir des correspondances secrètes entre la nature et l'homme. Il s'agit de créer un art pur, exigeant, où le symbole permet le passage du monde matériel au monde des idées. Avec le symbolisme, le rêve, la suggestion, le fantastique l'emportent.

Ce courant privilégie l'individualisme, l'intuition, le mystère et le goût de la musicalité.
Cette école littéraire qui triomphe dans les années 1885 - 1900, eut un précurseur Baudelaire, un maître : Verlaine, un théoricien : Mallarmé.
Elle donnera quelques textes fondamentaux :
            - Le Traité du verbe de René Ghil précédé d'un Avant-dire de Mallarmé.
            - Un Manifeste littéraire de Jean Moréas dans le Figaro littéraire du 18 septembre 1886.
            Des tendances diverses se font jour. Elles vont tantôt :
                       - vers la révolte : Lautréamont et Les Chants de Maldoror.
                       - vers l'hermétisme : Mallarmé
                       - vers la voyance : Rimbaud.
            Le symbolisme subit des influences :
                       - La peinture impressionniste (Celle de Degas, Sisley, Renoir, Monet)
                       - La musique wagnérienne
            Une double idée-force anime les symbolistes : derrière les apparences, il existe une réalité essentielle que le poète, être intuitif, peut approcher, apprivoiser à l'aide de symboles. La valeur suprême est la beauté, l'esthétisme doit primer la morale.
            Le but des symbolistes en art est d'exprimer les réalités les plus profondes de l'âme grâce à des symboles fondés sur des correspondances entre le matériel et le spirituel  =  le symbolisme a le sens de la vie intérieure et du mystère - il suggère plus qu'il ne dit.
            Les symbolistes œuvrent pour une poésie affranchie de la plupart des règles classiques. La poésie sera fluide, musicale et incantatoire.
Le roman: Contes cruels d'Auguste de Villiers de l'Isle‑Adam.
Le théâtre : Pélléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck. Ubu Roi d'Alfred Jarry.
La poésie: Les Complaintes de Jules Laforgue. Poésies de Stéphane Mallarmé. Une Saison en enfer, les Illuminations d'Arthur Rimbaud

LE DECADENTISME

            Courant d'idées, qui naît à la fin du XIXe siècle, le mouvement décadent traduit une crise de confiance parfois désespérée. Il exprime surtout la volonté d'essayer d'autres voies que celle du réalisme, cherchant à stimuler la sensibilité et l'imagination. Le mot décadent, signifie le triomphe de l'art et de l'artifice contre les sollicitations de la vie quotidienne.
Le roman: Diaboliques de Barbey d'Aurevilly. A Rebours d’Huysmans
La poésie: Verlaine
Le théâtre: Salomé d'Oscar Wilde.

LE CUBISME

Le cubisme apparaît comme le mouvement artistique le plus radical du début du XXe siècle. Il s'exprime surtout à travers la peinture, puisque la toile de Picasso, Les Demoiselles d'Avignon, en 1907, fixe le commencement du mouvement. À travers la représentation simultanée des différentes facettes d'une même réalité, l'exaltation des rythmes fous de la technique moderne, la passion des voyages et des nouveaux moyens de communication, l'esprit de l'avant-garde cubiste influence toute l'histoire de l'art du XXe siècle.
Le roman: Les confessions de Dan Yack de Blaise Cendrars. L'hérésiarque et Cie de Guillaume Apollinaire.
La poésie : Alcools, Calligrammes de Guillaume Apollinaire.
Le théâtre : Parade de Jean Cocteau

L’EXPRESSIONNISME

Le mouvement expressionniste est latent à travers toute l'Europe, dès 1900, mais trouve surtout son épanouissement en Europe centrale et en Allemagne. L'expressionnisme, qui n'a jamais été un courant structuré, est avant tout un climat de révolte et de désespoir. Il traduit une atmosphère, une angoisse, celle essentiellement de la jeunesse allemande confrontée au premier conflit mondial, et touche la peinture comme tous les arts.
Le roman: Le Golem de Gustav Meyrink
La poésie: Poésies de Georg Trakl. Le tour éternel de Georg Heym.


LE FUTURISME

Le mouvement futuriste qui naît vers 1909 en Italie célèbre la vitesse, le danger, la guerre, le patriotisme. Dès ses premières années, la protestation futuriste reste limitée à quelques cercles artistiques. Numériquement très marginal, le mouvement futuriste est lié à l'évolution du nationalisme italien. Il rebondit toutefois en Union soviétique ; dès la Révolution de 1917, mené par Maïakowski et Malevitch, le constructivisme regroupe toute l'avant-garde russe.

LE SURREALISME (1916-1940)

Il est défini par André Breton dans Le manifeste du surréalisme (1924) : Je crois à la résolution future de ces 2 états, en apparence contradictoire, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité.
Le surréalisme est un mouvement de contestation contre la société de l’époque (la société bourgeoise notamment), les surréalistes sont attirés par la révolution bolchévique de 1917 et se trouvent au carrefour de l’anarchisme, des socialismes utopiques et du marxisme. Ils sont opposés à toutes les formes de fascisme et aux religions.
Le rêve, l’inconscient, le merveilleux, l’amour, le mysticisme sont des thèmes importants. Les surréalistes font du langage un moyen de libérer l’homme de la censure des institutions. La pression sociale est tellement forte que seul le rêve permet à l’homme de donner une forme à ses désirs secrets.
Écrivains importants : Aragon, Breton, Éluard, Desnos
Contexte historique : guerre mondiale de 14-18 qui crée un bouleversement des mœurs. Mais le Tout-Paris continue de se divertir dans les années –20 (« les années folles ») qui prolongent la « Belle Époque ». La littérature est de plus en plus un commerce qui utilise la publicité. Émergence d’une paralittérature : B.D, roman policier…
            Né après la Première Guerre mondiale (1920), ce mouvement enregistre la faillite de la civilisation européenne et affirme la puissance du rêve, de l'instinct et du désir. Il se réclame de la psychanalyse et voit dans Baudelaire, Rimbaud et même Apollinaire des précurseurs. Le mouvement surréaliste se dresse contre l'ordre logique ou moral. Il appelle les artistes à se libérer des exigences de la raison, à ouvrir le quotidien à la fulgurance poétique du rêve, des images qui découvrent une réalité plus intense, plus riche. S'exprimant aussi à travers ses prises de position politique, l'influence du mouvement surréaliste est immense.


Refusant d'être considéré comme une école littéraire, le surréalisme ne veut pas définir une nouvelle esthétique, mais il cherche à explorer des champs inconnus à l'investigation humaine. Il privilégie l'irrationnel, s'intéresse à l'exploitation du rêve, de la folie, de l'inconscient.
            Les surréalistes sont à la recherche d'une réalité plus vraie que celle que nous connaissons et, pour trouver les significations cachées du monde, ils disposent d'une méthode : « l'écriture automatique » qui consiste à transcrire tel quel, dans son incohérence, tout ce qui vient à l'esprit hors du contrôle de la raison.
            La doctrine du Surréalisme est particulièrement exprimée dans les Manifestes du Surréalisme d'André Breton.
            Ce mouvement a réuni des poètes (Éluard, Crevel, Desnos), des peintres (Ernst, Dali), des photographes comme Man Ray ou des cinéastes comme Bunuel. Maintenu en vie jusqu'à la disparition d'André Breton en 1966, le surréalisme tenta vainement de se rapprocher du communisme.

Le roman: Le Paysan de Paris de Louis Aragon, Nadja d'André Breton.
La poésie: Capitale de la douleur de Paul Éluard, Les Yeux d'Elsa d'Aragon, Corps et Biens de Robert Desnos.
Le théâtre : Le Théâtre et son double d'Antonin Artaud.


L'EXISTENTIALISME

L'existentialisme est d'abord un mouvement philosophique qui, à partir de Jean-Paul Sartre, dès 1938, prend pour point de départ l'existence de l'individu : l'homme est seul et doit forger ses valeurs dans l'expérience vécue. Il est confronté au sentiment de l'absurde, qu'il éprouve en prenant conscience de sa solitude, de la mort, particulièrement au moment de la montée du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale. Mais l'existentialisme, dans un sens plus large, est inséparable de la vie intellectuelle des années qui suivent la fin de la guerre : on rejette l'hypocrisie sociale et les valeurs bourgeoises à travers la vie nocturne de Saint-germain des Près.
Ce mode de pensée embrasse le roman et le théâtre.
Il a plusieurs inspirateurs :
-        Kierkegaard (1813 - 1855), philosophe danois, auteur d'une analyse du concept d'angoisse.
-        Des philosophes allemands comme Heidegger, Jaspers, Husserl. En France, il connaît un théoricien et un illustrateur brillant : Jean-Paul Sartre.

L'existentialisme sartrien s'ordonne autour de ces idées-forces :
-        L'existence de l'homme exclut celle de Dieu.
-        Il n'existe pas de nature humaine préexistante, il n'y a aucune définition préétablie de l'homme, par Dieu ou la nature. (Aucune essence ne vient donner un sens à l'existence).
-        Selon Sartre, « L'homme est l'avenir de l'homme, l'homme est ce qu'il se fait » (L’homme est conscience et pouvoirs, il échappe à tout déterminisme scientifique).
            Cependant, si « l'homme est condamné à être libre » (Sartre), le problème de sa liberté ne se pose jamais en termes abstraits. L'homme est toujours « en situation », plongé dans un contexte donné, et c'est le choix qu'il fait, compte tenu de sa situation, qui fonde sa liberté.

C'est par l'action et l'engagement que l'homme a prise sur le réel et affirme sa liberté.
            Représentants : Sartre, Simone de Beauvoir
            Proche de l'existentialisme : Camus.
   
        
Le roman: La Nausée, Le Mur, de Jean‑Paul Sartre. L'Etranger, La Peste d'Albert Camus.
La poésie: Textes et chansons de Boris Vian.
Le théâtre: Huit Clos, Les Mains sales de Jean‑Paul Sartre. Caligula d'Albert Camus. La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco.

L'HYPERREALISME

L'hyperréalisme, courant essentiellement pictural, naît à la fin des années soixante aux États Unis. Il se définit par la volonté de reproduire le monde aussi fidèlement que possible avec une objectivité maximale. En France, on retrouve dans le Nouveau Roman, ce regard détaché porté sur la réalité des choses ordinaires, à travers l'extrême minutie des descriptions, l'importance accordée aux objets qui acquièrent une présence nouvelle incontournable.
Le roman: Les Gommes d'Alain Robbe‑Grillet.
La poésie: Le Parti pris des choses de Francis Ponge

L'ABSURDE

            Son plus illustre représentant, Albert Camus, en donne une définition dans le Mythe de Sisyphe (1942) essai sur l'absurde, avant d'en fournir une illustration dans l'Étranger (1942), Caligula, Le Malentendu, œuvres dramatiques de 1944, La Peste (1947).
            L'absurde tel que Camus le définit est un courant de pensée ancien :
                       - Pascal (1623 - 1662) avait déjà ressenti l'injustice d'un monde qui condamne l'homme avec indifférence.
                       - Kierkegaard, philosophe et théologien danois (1813 - 1855) l'avait dénoncé à son tour.
                       - Kafka (1883 - 1924) l'a illustré dans Le Château, Le Procès.
            Le sentiment de l'absurde naît d'une prise de conscience  =  le monde est dépourvu de sens, l'existence humaine n'a pas de justification. Nous accomplissons sans cesse les mêmes gestes jusqu'à la mort, inéluctable.


            Que faire ? Camus condamne les « attitudes d'évasion » que sont le suicide (suppression de la conscience), la croyance religieuse qui trouve sa justification dans la vie éternelle, mais qui réduit la vie à une étape douloureuse et nécessaire. Courageusement il proclame : « je tire de l'absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. »

LE NOUVEAU ROMAN

            Il naît en 1953 avec Les Gommes d'Alain Robbe-Grillet et Martereau de Nathalie Sarraute. Michel Butor - La Modification - et Claude Simon – La Route des Flandres - se rattachent également à cette tendance qui a un ancêtre de marque : James Joyce, romancier irlandais, qui publie Ulysse en 1922.
La doctrine du Nouveau Roman est définie dans deux essais : L'Ere du Soupçon de Nathalie Sarraute / Pour un nouveau roman  d'Alain Robbe-Grillet
            Le Nouveau Roman refuse le roman traditionnel de type balzacien (cf. Le Père Goriot) et son lot de conventions et d'habitudes : il propose des modifications profondes par rapport au roman traditionnel et concernant :
            a) le romancier : Loin d'être omniprésent et omnipotent, le romancier doit s'effacer du récit et se borner à un rôle de narrateur plus ou moins anonyme.
            b) le personnage : Le héros de roman carré, immuable, défini une fois pour toutes par son caractère, sa profession, son milieu est sans intérêt. Le personnage, considéré comme personne, sera saisi dans toute sa complexité avec ses interrogations, ses doutes, ses revirements, ses projets, ses états de conscience de chaque instant.
            c) l'intrigue : Les aventures qui se succèdent ou s'enchaînent chronologiquement ne sont pas du domaine de la réalité telle que nous l'appréhendons. Le Nouveau Roman s'attachera à traduire l'expérience du temps et de l'espace telle que nous la faisons avec des retours en arrière, des projets, des descriptions de scènes aussi bien vécues que rêvées, des états de conscience.
            d) le lecteur : Il doit abandonner l'attitude de passivité du " liseur " de roman traditionnel pour participer au roman, devenir un lecteur actif. L'auteur demande au lecteur non plus de " recevoir tout fait un monde achevé, plein, clos sur lui-même ', mais au contraire de " participer à une création, d'inventer à son tour l’œuvre " (Robbe-Grillet).
            e) le message : Les nouveaux romanciers dénoncent la contradiction du roman traditionnel : il prétend être objectif alors qu'il véhicule toujours les idées personnelles du romancier. Ainsi les écrivains réalistes loin de décrire le monde et l'humanité avec objectivité les présentent de manière qu'ils soient conformes à leurs théories personnelles. Le Nouveau Roman ne contiendra pas de message. " Mes romans " dit encore Robbe-Grillet, "ont le sens que chaque lecteur leur prête".


Le Nouveau Roman est donc souvent déconcertant et se présente fréquemment comme une énigme que le lecteur doit résoudre. L'essentiel du texte se donne comme de longues descriptions si minutieuses que l'on a pu parler " d'école du regard " à son propos.
            Représentants : Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Marguerite Duras, Claude Simon, Michel Butor.
Contexte historique : les années qui suivent la 2de guerre mondiale sont marquées, sur le plan politique et social, par une série de désillusions qui viennent s’ajouter aux traumatismes de 39-45, atmosphère de guerre froide, menace atomique.

LE NOUVEAU THEATRE

Il correspond un peu dans le domaine scénique aux recherches du Nouveau Roman.
            Sous l'influence d'Artaud, l'Intrigue, la psychologie et le langage sont remis en cause afin de souligner l'absurdité de la condition humaine.
            Représentants : Beckett, Arthur Adamov, Jean Genet, Eugène Ionesco.

Nathalie LECLERCQ

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