jeudi 16 mai 2013

ROMAN DE RENART, RESUME








Paulin Paris dit que « c’est un genre littéraire qui est « la comédie de théâtre dont les chansons de geste auraient été « la tragédie ». »

Engin: habileté, adresse
Plaid: procès de justice
Perroz négligea (entroblia) de raconter l’histoire des procès de Noble, le lion. Renart est appelé celui « qui toz max ».

On raconte ainsi que Noble fit venir toutes les bêtes à sa cour pour juger Renart du viol qu’il avait commis sur Hersent, aux environs de l'Ascension. Pas un n’osa manquer à l’appel, si ce n’est Renart, le mauvais larron, le fourbe, « le soudoiant que tout le monde hue. »
Enhorter: séduire, tromper
Cop: cocu
Corz: cornes




SYNOPSIS SUCCINT :
Ysengrin l’accuse d’avoir commis l’adultère (avoutire) avec sa femme. Il raconte comment Renart dit que c’était faux et que de toute façon bien d’autres avant lui avaient eu des cornes et même des dieux. L’ours Brun demande au roi de juger cette affaire et lui assure que ses vassaux suivront son conseil, pourvu qu’il mette la paix en cette terre et la paix entre ses barons. Il lui propose d’aller chercher lui-même Renart et de l’amener à la cour. Bruyant, le taureau, dit qu'il aurait tué Renart s'il avait fait un tel outrage à sa commère. Sire Grimbert répond que toute la honte va à Hersent, et que Ysengrin aurait dû se taire. Hersent rétorque qu'elle préfèrerait la paix entre Ysengrin et Renart, elle assure qu'il ne s'est rien passé et qu'Ysengrin se trompe, l'âne Bernard s'en réjouit et dit que Renart ne sera jamais cru, tant sa réputation est mauvaise, et qu'il a raison de se taire. Grimbert, son cousin le blaireau, propose encore d'aller le chercher, mais Noble le lion demande à Ysengrin d'abandonner ses griefs. ysengrin refuse et dit qu'il veut se venger de cet outrage. Noble le lion lui rappelle que la paix a été déclarée sur tout le royaume et que s'il   rompt la paix jurée, il lui arrivera malheur.
Maldehait: malheur
Ses  nombreux méfaits,  dont  le  «viol»  de  Hersent,  la  louve,  constituent le premier  chef  d'accusation et entraînent la mise en accusation de Renart.
Soucieux de garder la paix entre ses sujets, le roi Noble, le lion, parvient difficilement à convaincre Ysengrin de renoncer à sa plainte, lorsque survient un triste cortège: le coq Chantecler et sa sœur Pinte «qui pond de gros oeufs» amènent une charrette portant le cadavre de leur sœur, étranglée par Renart.
Pinte la première, puis les autres, s'écrient à pleins poumons:
« Par Dieu, dit-elle, nobles bêtes, chiens, loups, vous tous qui êtes ici, assistez donc une malheureuse de vos conseils! Je hais l'heure de ma naissance. Mort, prends-moi donc, hâte-toi puisque Renart m'ôte la vie! J'avais cinq frères, tous fils de mon père: ce voleur de Renart les mangea tous. Quelle perte immense! Quelle cruelle douleur! Du côté de ma mère, j'avais cinq sœurs, de jeunes vierges, des amours de poulettes. Gombert de Fresne les nourrissait, les gavait pour la ponte. Le pauvre! À quoi bon les avoir engraissées puisque, sur les cinq, Renart ne lui en laissa jamais qu'une seule? Toutes prirent le chemin de son gosier. Et vous qui gisez dans ce cercueil, ma douce sœur, mon amie chère, comme vous étiez tendre et grassouillette! Comment votre sœur infortunée va-t-elle pouvoir vivre sans jamais plus vous voir? Renart, que le feu de l'enfer vous brûle! Combien de fois vous nous avez persécutées, pourchassées, secouées, combien de fois vous avez déchiré nos pelisses! Combien de fois vous nous avez traquées jusqu'aux palissades! Hier matin, devant la porte, il me jeta le cadavre de ma sœur avant de s'enfuir dans un vallon. Gombert ne possédait pas de cheval rapide et n'aurait pas pu le rattraper à pied. Je voulais engager des poursuites contre lui mais je ne trouve personne qui me rende justice, car Renart se soucie comme d'une guigne des menaces et de la colère d'autrui.»
À ces mots, la malheureuse Pinte tombe évanouie sur le pavé, aussitôt imitée par ses compagnes. Pour relever ces quatre dames, le chien, le loup et les autres bêtes se levèrent de leurs tabourets et leur aspergèrent la tête d'eau. Revenues à elles, comme nous dit l'histoire, quand elles voient le roi assis sur son trône, elles courent ensemble se jeter à ses pieds tandis que Chantecler s'agenouille et lui baigne les pieds de ses larmes.


À la vue de Chantecler, le roi est saisi de pitié pour le jeune homme. Il a poussé un grand soupir, rien au monde n'aurait pu l'en empêcher. De colère, il redresse la tête. Toutes les bêtes sans exception, même les plus courageuses - ours ou sangliers - sont remplies de peur lorsque leur suzerain se met à soupirer et à rugir. Le lièvre Couart eut si peur qu'il en eut la fièvre pendant deux jours. Toute la cour frémit à l'unisson. Le plus hardi tremble de peur. De colère, Noble redresse la queue et il s'en frappe, en proie à un tel désespoir que toute sa demeure en résonne. Puis il tint ce discours:"
«Dame Pinte, dit le roi, par la foi que je dois à l'âme de mon père pour lequel je n'ai pas encore fait l'aumône aujourd'hui, votre malheur me désole et je voudrais pouvoir le réparer. Mais je veux faire venir Renart si bien que vous verrez de vos propres yeux et entendrez de vos propres oreilles combien la vengeance sera terrible: je veux le châtier de façon exemplaire pour son crime et son orgueil.» Ysengrin s’en trouve très heureux, non à cause de ce que lui a fait Renart, mais parce qu’il le hait d’avoir tué la poule. Noble commande donc que Renart soit puni et que des funérailles en grandes pompes soient célébrées en l’honneur de la géline. Ce que tous firent. Son épitaphe: Dessous cet arbre, dans cette plaine, gît Coupée, la sœur de Pintain. Renart, qui empire chaque jour, l’a massacrée. Puis Noble donne trois jours à l’ours Brun pour lui amener Renart. »
La petite troupe va au pas, à travers les champs cultivés. Parallèlement, Pinte ne veut pas quitter la tombe de sa sœur. ysengrin se plaignant d’un mal à l’oreille, demeure sur cette tombe, sur les conseils de Raonnel, le matîn, et guérit. Cela n’arrange pas les affaires de Renart.
Il envoie donc l’ours le Brun pour aller le chercher. Mais Brun, appâté par du miel promis par Renart, se fait coincer dans un chêne qu’un forestier s’apprêtait à découper. Les paysans le voient et viennent pour le battre, l’ours s’arrache le museau et les oreilles pour se tirer de cette fâcheuse situation. Un prêtre l’empêchera de passer, l’ours s’enfuira après une grêle de coups.

SYNOPSIS PLUS DETAILLE :
Sa Majesté, très haut et très puissant seigneur Noble, le roi des animaux, tient aujourd’hui cour plénière. Selon la coutume, tous ses sujets, grands et petits, doivent s’y rendre, et c’est là que justice leur est faite. Au jour de l’Ascension, comme il se doit, toute la cour s’est réunie. Seul parmi ses compères, Renart manque à l’appel. Bonne occasion, se dit-on, de le faire condamner par le seigneur lion, pour toutes ses friponneries et ses méfaits ! Ysengrin, le bon apôtre, est des premiers à demander justice. Le malin Renart ne l’a-t-il pas bafoué plus que personne ? Il est si sot qu’il n’a jamais pu prendre sa revanche ! Mais voici venir à pas lents un funèbre cortège. Chantecler, le coq, et Pinte, la poule aux  oeufs savoureux, mènent le deuil. Leurs compagnes Noire, Blanche et Roussotte répandent des torrents de larmes sur le char mortuaire où gît Dame Copée leur tendre amie. Renart son meurtrier, non content de la mettre à mort, lui a brisé la cuisse et arraché une aile. Pinte et ses compagnes éplorées se prosternent devant l’assemblée :
« Pour Dieu, gentilles bêtes, chiens, loups, tous tant que vous êtes, aidez-nous dans notre malheur ! Que maudit soit le jour qui me vit naître, dit Pinte. Mort, délivre-moi, puisque Renart ne me laisse point vivre! Mon père m’avait donné cinq frères ; Renart les mangea tous. De par ma mère, j’avais cinq soeurs, tant poulettes que poules. Gombert du Frêne les engraissait que c’était merveille de les voir. Sur cinq, Renart ne lui en laissa qu’une ! Et vous qui gisez en cette bière, ma douce soeur, mon amie chère, comme vous étiez tendre et grasse ! Que deviendra votre malheureuse soeur ? Renart, que le feu d’enfer te brûle ! Tu nous as tant de fois effrayées et pourchassées ! Hier matin, il a mis à mort ma soeur, sous nos yeux, et puis il a pris la fuite. Je voudrais porter plainte contre lui : bons animaux, amis chers, qui ne craindra Renart, qui me fera rendre justice ? »
Chantecler, aux pieds du roi, soupire à fendre l’âme. Le lion le prend en pitié : il rugit de colère. Et il n’y a bête si hardie qu’elle ne tremble à cette voix. Couard le lièvre en eut telle frayeur qu’il eut la fièvre pendant deux jours.
« Foi que je dois à l’âme de mon père ! s’écrie Noble. Dame Pinte voilà un crime qui demande vengeance. Par le coeur et par les plaies, je ferai justice de l’homicide et du dommage. Renart n’a qu’à se bien tenir ! » Ysengrin, à ces mots, s’approche. Le sournois fait mille courbettes :
« Sire, quelles nobles paroles ! Quels concerts de louange célébreront une si parfaite équité ! Certes, mon coeur ne connaît pas la haine, mais bien plutôt la grande pitié de cette misérable victime de Renart!»
« Ami, répond le roi, j’en ai moi-même grand deuil. Mais songeons à lui rendre les derniers devoirs. » Brun l’ours, prenez votre étole, et recommandez à Dieu l’âme de la malheureuse. Bruyant le taureau creusera la sépulture. »


Brun revêt l’étole, et le roi avec tout son conseil prend part au service funèbre. L’enterrement eut lieu le lendemain. Sur le marbre on inscrivit le nom de la dame, et sa vie. Puis on grava cette épitaphe: Sous cet arbre, dans la prairie Gît dame Copée, notre amie. Renart, ce larron, ce vampire, Fut l’instrument de son martyre.
Qui eût vu Pinte se lamenter, maudire Renart, et Chantecler se raidir de désespoir, en eût éprouvé grande.
« Pitié ! Empereur, dirent les barons, vengez-nous de ce brigand, pour qui nulle trêve n’est sacrée. »
« De tout mon coeur, dit le roi. Brun, beau doux frère, allez trouver Renart, qu’il s’en vienne comparaître au pied de ma grandeur. »
Brun se met en campagne aussitôt ; il traverse toute la forêt, le voilà enfin à Maupertuis. Il est trop gros pour entrer au manoir. Donc, il interpelle de la porte notre Renart qui justement se délecte d’une belle cuisse de poulet.
« Renart, je suis Brun, le messager du roi. Or donc, sortez, et sachez ce que le roi vous mande! » Renart considère la carrure de l’ours, et puis la sienne : qu’adviendra-t-il de lui, s’il ne s’en tire par ruse ? Il prend sa voix la plus suave :
« Beau doux Ami, qui vous a envoyé jusqu’ici vous a mis à rude peine ! Imaginez que j’allais à la cour précisément, quand j’ai été retenu par un mets admirable : je viens de déguster sept mesures de miel nouveau en rayons tout frais. »
« Par le corps de saint Gilles ! s’écrie l’ours, Renart, d’où vous vient tout ce miel ? C’est la chose du monde la plus délectable à mon pauvre ventre. Menez-y-moi, beau très doux Sire, pour Dieu, mea culpa ! De l’avoir si tôt berné, Renart ne se sent plus de joie. »
« Brun, dit-il, si je savais trouver en vous amitié, alliance, foi que je dois à mon fils Rouvel, dès aujourd’hui je vous remplirais le ventre de ce bon miel frais et nouveau. Près d’ici, en entrant dans le bois de Lanfroi le forestier... Mais, qu’allais-je faire ? Si je vous y menais aujourd’hui, je serais bien mal payé de ma peine. »
« Que dites-vous là, sire Renart ? N’avez-vous pas confiance en moi ? Certes non, et pour cause ! »
« Auriez-vous - à Dieu ne plaise ! - des reproches à me faire ? - Tant de trahisons, de félonies... Renart, il faut que ce soit le diable qui vous ait fait pareils contes. »
« Eh bien, ami, oublions le passé. Je vous pardonne. - Croyez-moi, c’est justice, car jamais je ne voulus vous tromper ou vous nuire. »
« Je m’en remets à vous. Je n’en veux pas d’autre assurance. Voilà mes deux compères d’accord, en route vers le bois de Lanfroi le forestier. Renart avise un chêne : le bûcheron a commencé à le fendre, puis a enfoncé deux coins de bois dans la fente. »
« Brun, dit Renart, beau doux ami, voici ce que je t’ai promis : la ruche est dans ce chêne creux. Mangeons donc, puis nous irons boire. » L’ours, s’aidant de ses pattes de devant, met son museau dans la fente. Renart le soulève et le pousse, puis se retirant, il l’excite :
« Coquin, ouvre ta bouche ! C’est tout juste si ton museau n’y touche. Fils de vilain, ouvre ta gueule ! » Il le berne et le bafoue. Quant à Brun, il se donne à tous les diables, car il n’en saisit goutte. Renart arrache alors les coins de bois : voilà la tête et les pattes de l’ours coincés dans le chêne. Le malheureux est pris au piège ! Et Renart en s’éloignant de le railler encore:
« Je vous y prends, cette fois, à vous régaler tout seul au lieu de partager l’aubaine ! Sur la foi des traités, je vous laisse commencer, et maintenant il ne me restera ni miel ni rayon. Il faut que vous ayez le coeur bien mauvais ! » Mais voici Lanfroi, Renart s’esquive. Brun voudrait bien en faire autant ! Car le paysan l’a vu et court au village en criant :
« Haro ! Haro ! A l’ours ! Nous le tenons ! » Les vilains accourent, qui portant une hache, qui une perche, un fléau ou un bâton d’épine. Brun tremble pour son échine. Il songe, à cette approche, que mieux vaut encore perdre le museau que les attendre. Il tire, il pousse, il s’efforce, tend sa peau, rompt ses veines, si durement que sa tête éclate. Il a perdu beaucoup de sang, la peau de sa tête et de ses pattes. Nul ne vit jamais animal si immonde. Le sang lui jaillit du museau, il est écorché vif. Ainsi s’en va le fils de l’Ourse. Il s’en va fuyant à travers bois et il échappe à grand-peine aux vilains qui le huent. Renart s’est mis prudemment à l’abri à Maupertuis, sa forteresse. Au passage, il lui lance quelques quolibets :
« Brun, mon ami, vous a-t-il bien profité, ce miel de Lanfroi que vous avez dégusté sans moi? Votre mauvaise foi vous perdra. Mais, dites-moi, de quel ordre voulez-vous donc être que vous portez un chaperon rouge ? » L’ours reste coi, tant il est abasourdi ! Il reprend sa course. La terreur lui donne des ailes, car à midi il est de retour auprès du lion. Il tombe pâmé à ses pieds. Le sang lui couvre la face. Toute la cour en est frappée de stupeur. 
« Brun, dit le roi, qui t’a fait cela ? On t’a bien laidement arraché ton chapeau ! Et tes cuisses sont toutes déchirées ! » L’ours est si épuisé que d’abord la parole lui manque.
« Roi, dit-il enfin !, c’est Renart qui m’a mis en cet état. » Puis il perd connaissance. Il eût fallu entendre alors Noble rugir, arracher sa crinière, et jurer par le cœur et par la mort.
« Brun, dit-il, Renart t’a tué. Je ne crois pas que tu puisses guérir. Mais, par le cœur et par les plaies, je t’en ferai si grande vengeance qu’on le saura par toute la France . »


Revenu à la cour du roi, il lui raconte les nouveaux méfaits de Renart. Noble, fou de rage, envoie alors Tibère le chat, qui s’en serait bien passé. Renart lui fait croire qu’il y a plein à manger chez le prêtre Martin. Or, c’est un piège destiné à Renart lui-même qui avait dévoré toutes les poules, qui l’accueille.  Il est pris à la gorge par un lacet qu’il réussit à rompre avec ses dents. Mais avant il arrache une couille du prêtre et s’enfuit.
Revenu à la cour, il raconte les méfaits de Renart qui envoie Sire Grimbert. Le blaireau. Celui-ci est le cousin de Renart. Après avoir reçu le sceau du roi, il se rend chez Renart, y entre à reculons et son cousin, qui a confiance en lui, accepte de se confesser à lui, après avoir entendu le message du roi, grâce auquel il comprend qu’il va être pendu. Lors de ses confessions, il avoue au blaireau comment il a effectivement violé Hersent, qu’il a envoyé Ysengrin trois fois en prison, en le faisant tomber dans un lavoir, une autre en le faisant tant manger dans la tanière où il était entré, qu’il ne put plus en sortir, et enfin, en   faisant prendre sa queue par le gel, alors qu’ils péchaient sur un lac gelé. Il avoue également l’avoir fait pécher dans une fontaine en lui faisant croire que le reflet de la lune était un fromage. Il l’a trompé alors qu’il était moine puis chanoine. Puis il raconte comment il a trompé Tibert en lui faisant croire qu’il allait manger des souris et des rats. Il a mangé toute la famille de Pintein et ainsi de suite. Il s’en veut énormément. Grimbert le signe et l‘absout, et Renart décide de se rendre à la cour du roi pour être jugé. Avant de partir, il dit adieu à ses enfants à qui il recommande de bien garder leur château et de le défendre contre toute attaque. Il leur dit aussi de bien prendre garde à toujours garder un an de provisions en cas d’attaque. Puis il se recommande à Dieu .... En chemin, il a bien envie d’aller chasser quelques gélines, mais son cousin lui fait des remontrances, et lui fait remarquer qu’il vient de promettre de s’amender de toutes ses exactions et de promettre de ne plus en faire.


Une fois devant la cour, il dit au Roi qu’il n’y est pour rien dans les mésaventures de Tibère et d’ysengrin, et il lui fait remarquer qu’aucune porte n’a été fracturée chez Hersent. Il ajoute qu’il a obéit aux ordres de son roi, qu’il fasse de lui ce qu’il veut, mais que s’il le condamne sans jugement, on en médira. Le roi veut le punir, Grimbert le défend et dit qu’il est venu ici tout seul.  
Alors tous ses ennemis se lèvent. Renart sait que sa cause est perdue et préfèrerait être à l’abri à Maupertuis. Mais Belin le mouton, qui n’a jamais aimé le loup, dit que celui-ci est mené par sa jalousie d’avoir été cocu, et puis il ajoute qu'Ysengrin devrait être content car, puisqu'il est cocu, il flottera sur l'eau, si un jour il se retrouve devant un guet sans pont (proverbe). Mais Bruyant, Brichemer le cerf et tous les barons réclament sa pendaison. Grimbert tente d'obtenir sa grâce, il dit que toute la lignée de Renart va être déshonorée. Il propose de lui faire prendre la croix, Noble accepte.
Renart se voit fort entrepris, de toutes parts lié et pris; mais il ne peut trouver de ruse pour en réchapper. Il n'est pas question qu'il s'échappe sans une très grande astuce. Quand il vit dresser la potence, il fut plein de tristesse et dit au Roi:
« Beau gentil sire, laissez-moi donc un peu parler. Vous m'avez fait lier et prendre, et maintenant vous voulez me pendre sans forfait. J'ai commis de grands péchés dont je suis fort accablé: maintenant je veux m'en repentir. Au nom de la Sainte-Pénitence, je veux prendre la croix pour aller, avec la grâce de Dieu, au-delà de la mer. Si je meurs là-bas, je serai sauvé. Si je suis pendu, ce sera mal fait: ce serait une bien mesquine vengeance. Je veux maintenant me repentir.» Alors, il se laisse tomber aux pieds du roi. Le roi est pris d'une grande pitié. Grimbert revient de son côté, et crie miséricorde pour Renart: « Sire, pour Dieu, écoutez-moi! Agissez sagement: songez combien Renart est pieux et courtois. Si Renart revient d'ici cinq mois, nous aurons encore grand besoin de lui, car vous n'avez plus hardi serviteur. - Cela, dit le roi, ne saurait être dit. Quand il reviendrait, il serait pire; car tous observent cette coutume: qui bon y va, mauvais en revient. Il fera tout comme les autres s'il échappe à ce péril [...]. Qu'il prenne la croix, à la condition qu'il reste là-bas.»
Quand Renart l'entend, il est rempli de joie. Il ne sait s'il fera le voyage, mais, quoi qu'il advienne, il met la croix sur son épaule droite. On lui apporte l'écharpe et le bourdon. Il s'éloigne de la cour, un peu avant la neuvième heure, sans saluer personne; au contraire, en son cœur il les défia, sauf le roi et son épouse, madame Fière, l'orgueilleuse, qui était très courtoise et belle. Elle s'adresse noblement à Renart: « Sire Renart, priez pour nous, et de notre côté nous prierons pour vous. »
 « Dame, fait-il, votre prière me sera infiniment chère; heureux celui pour qui vous daigneriez prier! Mais si j'avais cet anneau que vous portez, mon voyage en serait meilleur. Sachez, si vous me le donnez, que vous en serez bien récompensée: je vous donnerai, en retour, de mes joyaux pour la valeur de cent anneaux. » La reine lui tend l'anneau et Renart s'empresse de le prendre. Entre ses dents il dit à voix basse: « Certes, qui jamais ne le vit, cet anneau, paiera cher s'il veut le voir! Jamais nul ne le retrouvera.»


Renart a mis l'anneau à son doigt; puis il a pris congé du roi. Il pique son cheval et s'enfuit au grand trot. Mais à peine parti, il a grand faim et attrape Couard le lapin, qui se cachait derrière un buisson. Il ne peut s’empêcher de narguer le roi et sa cour et tandis que son ravisseur se moquait, le lapin en profite pour s’échapper et se jeter aux pieds du roi pour demander vengeance. Le roi se rend compte que Renart ne le craint pas et s’est moqué de lui, il donne l’ordre à toute la cour de se mettre à sa poursuite. Ils y courent tous, Renart et sur le point d’être pris, mais il atteint Maupertuis, où sa femme, dame Richeut l’attend, avec ses trois fils, Percehaie, Malebranche et Renardiaus. Elle le soigne de ses blessures et lui donne à manger.
Mais l’empereur Noble (nommé aussi le roi) fait le siège devant le beau château de Renart qui est bien fortifié. Celui-ci monte sur une tour et se moque de ses victimes chacune leur tour: dame hersent, à qui il a volé ses vendanges, l’ours Brun et le miel, Tibère le chat pris dans les lacets, Chantecler qui ne s’est pas méfié et a chanté, malgré son rêve prémonitoire, Brichemer le cerf, sénéchal, qui a ôté trois courroies qui lui faisaient mal, Pelez le rat, à qui il fit manger de l'orge, Tiécelin le corbeau et le fromage, Belin le mouton, Rousiaus l’écureuil, à qui il a dit que c’était la paix et qu'il a failli manger, et il ajoute qu’il n’y en a aucun qu’il n’ait pas trompé et que personne ne verra l’anneau que la reine lui a donné. Il ajoute aussi qu’il les trompera encore et encore pendant cent ans.
Le roi jure de parvenir à le prendre dans son château pour le faire pendre. Mais Renart lui dit qu’il a des provisions pour un an et que son château est imprenable. Ils attaquent donc le château pendant plusieurs jours, mais sans parvenir à en faire bouger une pierre. La reine en veut à son mari. Renart, pendant la nuit, sort en cachette et les attache tous au pied de l'arbre où ils dorment. Il en profite aussi pour violer la reine. A ses cris, tout le monde s’éveille, mais ils ne peuvent porter secours à la reine, puisqu’ils sont liés. Mais Renart a omis d’attacher Tardis, le limaçon. Celui-ci délivre tous ses camarades. Il parvient à attraper Renart par la queue, alors que celui-ci tente de s’enfuir. Tous se jettent sur lui, et le roi commande qu’on le pende. Auparavant, Ysengrin, Brun, Rounel le chien, Tibère le frappent chacun leur tour. Il n’a aucun ami à la cour, tous le haïssent, hormis Grimbert, le blaireau. Le proverbe dit d'ailleurs que c'est lorsqu'on est pris que l'on voit qui nous aime. Renart attrape le rat, qui passait devant lui, et le tue. La reine veut récupérer son anneau, elle en veut à Renart de l'affront qu'elle a subi, elle envoie Grimbert lui dire qu’elle aimerait bien qu’il parvienne à s’échapper de ce grand péril. Elle lui donne une lettre (bref) à lui remettre. Grimbert  dit à Renart de faire son testament, l'accusé distribue ses biens à ses fils et dit que si sa femme se remarie, ce dont il ne doute pas, tous les biens qu'elle a reçus de lui iront à Grimbert. Puis il promet de se faire moine au roi, s’il le délivre, car il n'a plus envie de vivre dans ce monde. Mais Ysengrin dit qu’on ne peut pas lui faire confiance; Le roi veut sa mort. Sur ses entrefaites, la femme de Renart vient demander la clémence du roi, à grand renfort de cris et de larmes, accompagnée par ses trois enfants qui font grand bruit.   Elle lui offre un trésor en échange de la liberté de son mari. Le roi, avide, accepte, mais il promet qu’au prochain méfait, Renart sera pendu. Mais arrive une bière menée par compère rat et dame souris, ils viennent réclamer justice pour la mort de leur parent que Renart a étranglé. Renart se réfugie dans un chêne. Ses ennemis coupent l'arbre. Il lance une pierre sur Ysengrin, elle atteint le roi à l’oreille. Pendant la stupeur que cet affront suscite, il en profite pour s’enfuir. Les barons ramènent le roi chez lui, il sera soigné. Il proclamera que Renart doit être pris, et ainsi, Renart ne vivra jamais plus tranquille, toujours sur le qui-vive. Il prie dieu de continuer à le protéger, lui qui l’a laissé faire tant de mal, et de faire en sorte de n’être reconnu de personne, s’il venait à rencontrer quelqu’un.
Mais il a faim. Il arrive à un village et tombe malencontreusement dans la cuve d’un teinturier en sautant par la fenêtre. Celui-ci va pour le rouer de coup, mais Renart détourne son attention en lui disant qu’il sait qu’en mélangeant des cendres à sa teinture, celle-ci en sera d’autant meilleure. Il parvient encore à s’enfuir. Le voilà tout jaune et il en est bien content car ainsi, personne ne pourra plus le reconnaître. Il décide aussi de changer sa voix. Il rencontre Ysengrin qui le prend pour un étranger. Renart lui dit qu’il vient de Bretagne et qu’il se nomme Galopin. Il lui dit qu’il est jongleur et qu’il connaît les récits d’Arthur, de Tristan, d’Iseult, de Charpel et Saint-bredan.

Nathalie LECLERCQ




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