jeudi 9 mai 2013

MOLIERE, DOM JUAN, RAPPORTS MAITRE ET VALET, DISSERTATION







            Interprété par Molière en 1665, le personnage de Sganarelle est presque constamment sur scène, aux côtés de son maître, et il a, en outre, le privilège d’ouvrir et de clore la pièce. Cette omniprésence ainsi que la complexité de sa relation avec son maître font de Sganarelle un valet à part dans la tradition théâtrale. Mais qu’en est-il exactement des relations qu’entretiennent Dom Juan et son valet? Sont-ils fondamentalement opposés ou demeure t-il, entre eux, une certaine forme de complicité et de dépendance qui les rend inséparables?
            Pour répondre à cette question, nous allons voir que Sganarelle et Dom Juan sont quelque peu différents, mais qu’ils entretiennent néanmoins des liens étroits qui font qu’ils semblent unis jusqu’à la mort.





I) Leurs différences
A) Leur rang social:
Habits (Aristocrate/habits de laquais), classe sociale (gentilhomme, seigneur/valet), valeurs (courage de Dom Juan, poltronnerie de Sganarelle).

B) Leurs points de vue
- Sur les femmes, aucune n’a de valeur pour Dom Juan, mais s’y intéresse beaucoup, alors que Sganarelle n’a pas de femme et s’en désintéresse complètement. Pourtant, quand Dom Juan se plaît à les tromper, Sganarelle prend leur défense.
- Sur la religion: Le valet a une morale austère, alors que Dom Juan a une éthique de l’inconstance. Dom Juan croit que « deux et deux font quatre » et Sganarelle est très superstitieux.

C) Leur attitude face au surnaturel
- Indifférence, rire, bravade/poltron.
- Sganarelle craint le châtiment céleste et redoute les conséquences de l’attitude de son maître. Il multiplie les avertissements.
- Différence d’attitude face à la statue.

Ces différences opposent les deux personnages, à telle enseigne que l’un semble être l’envers de l’autre...


II) Liens et complicité: Dom Juan a besoin de Sganarelle et réciproquement
A) Dom juan se sert de Sganarelle
Faire valoir, lui permet d’étancher son besoin de domination. Mais Sganarelle ne cesse d’imiter son maître (Ouverture avec Guzman), se sert d’autres comparses comme faire-valoir. En l’absence de Dom Juan, il joue à Dom Juan...

B) Dom Juan expose ses idées à Sganarelle et réciproquement (Même si les efforts de Sganarelle pour exposer ses arguments sont comiques, voire souvent burlesques).

C) Dom Juan lui fait faire certaines choses à sa place (actes ou paroles). 
Ici, Sganarelle remplace Dom Juan, sert de double. Mais Sganarelle ne peut vivre sans Dom Juan, a besoin de « ses gages », voir la fin.


III) Inséparables, sauf face à la mort
A) Ils sont ensemble dans 26 scènes sur 27
Dom Juan l’a choisi lui et pas un autre, il veut sans cesse qu’il soit à ses côtés. Et même si Sganarelle déplore les agissements de son maître, il lui obéit et le suit partout.

B) Sganarelle est fasciné par Dom Juan. 
Il dépend de lui financièrement et lui voue une obéissance inconditionnelle, il a même tendance à l’imiter parfois, d’où certaines parodies et mimétismes. Nous pouvons donc analyser ses reproches et ses conseils comme l’expression indirecte de son admiration. Sganarelle voit certes en son maître « le plus grand méchant homme », mais l’hyperbole contenue dans cette caractérisation et l’adjectif épithète quasi définitoire « grand » soulignent sa fascination. Il place ainsi Dom Juan au-dessus de tous les hommes en tant que parangon de la méchanceté.

C) Mais face à la mort, Dom Juan est puni et le valet est sauf. 
Ce dernier est disculpé car il agissait sur les ordres de son maître. Il a toujours conservé au fond de soi le respect pour le surnaturel. Son châtiment est d’un autre ordre, il est privé de son maître et se retrouve sans gages. Sganarelle peut être vu comme le double comique de son maître, parfois, mais surtout celui du spectateur qui, fasciné, mais terrifié aussi, assiste impuissant aux agissements hors-norme du séducteur impudent.

            Différents de par leur rang social et leur éthique, Dom Juan et Sganarelle n’en demeurent pas moins complices et inséparables. Leur relation complexe est dominée par une sorte de dépendance réciproque qui ne sera interrompue que par la mort.

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