dimanche 7 avril 2013

HUGO VON HOFMANNSTHAL, L'HOMME DIFFICILE, RESUME




Acte I

Dans un ancien palais viennois.

Scène I: Lukas Schätz, majordome de la maison Bülh, présente au nouveau serviteur Vinzenz, la maison, les tâches à remplir. Vinzenz pose beaucoup de questions à Lukas sur le travail du maître, mais celui-ci ne répond pas. Il est sûr de lui, et indiscret, il insinue même, quand Lukas lui dit qu’il devra annoncer sa sœur, la comtesse Crescence et son neveu, le comte Stani, que ceux-ci doivent attendre sa mort pour l’héritage. Lukas dit qu’il ne sait que penser de lui. Vinzenz dit qu’il veut prendre tout en main quand Lukas ne sera plus là, et il doit savoir si le comte a l’intention de se marier, car si c’est le cas, la place ne l’intéresse pas. Lukas lui fait remarquer que le comte entre souvent sans qu’on l’entende. Vinzenz rétorque que ce sont de mauvaises habitudes qu’il lui fera perdre au plus tôt.



Scène II: le comte Hans Karl est entré sans bruit, il dit à Lukas qu’il n’est là pour personne, sauf pour Neugebauer, son secrétaire, qui doit lui apporter des papiers importants.

Scène III: Lukas annonce sa sœur, la comtesse Freudenberg. Elle va se préparer pour la soirée chez les Altenwyl, et lui demande s’il viendra. Mais il lui dit: « Tu sais combien je m’engage à contrecœur.» Il veut considérer encore la question. Crescence s’impatiente: « Allons, finissons-en avec ce caractère insupportable, cette inconstance, cette indécision qui font que l’on doit se battre à couteaux tirés avec ses amis parce que l’on vous traite d’hypocondriaque, l’autre de rabat-joie, et que le troisième parle de vous comme d’un homme sur lequel on ne peut compter. » Elle lui reproche d’être de nouveau comme à vingt-deux ans, à l’époque où elle était presque amoureuse de son frère. Son fils Stani l’admire beaucoup, et aime sa façon de prendre ses distances avec les gens, mais aussi sa parfaite égalité d’âme et son affabilité vis-à-vis des plus humbles. « On dirait un second toi-même », mais il a vu ses faiblesses; il adore littéralement la décision, la force, ce qui est définitif, comme elle. Elle se dit qu’après toutes les épreuves qu’il a surmonté là-bas, il devrait être capable de surmonter sa mélancolie. Il lui dit qu’il n’y peut rien, une telle soirée l’épouvante, non à cause des gens, qu’il trouve tous aimables, mais à cause de l’horreur de ce sac de nœuds fait de malentendus inextricables, ces malentendus chroniques. De telles épreuves (là-bas) ne diminuent pas la sensibilité, elles l’augmentent. Il est trop sensible et cela lui provoque des états (des larmes, par exemple) qui ne permettent pas d’aller au milieu des gens. C’est pourquoi il s’est décommandé.
Crescence lui dit de se rassurer au sujet d’Hélène, elle sait qu’elle est amoureuse de lui depuis sa quinzième année et jusqu’à la guerre et elle pensait même à l’époque qu’ils allaient se marier. Heureusement, cela ne s’est pas fait, car deux personnes aussi compliquées, cela ne produit rien de bon. Karl cherche quelque chose dans le tiroir, on comprend donc qu’il est nerveux ou en colère (cf indications de Lukas dans la première scène). Mais elle sait qu’Hélène va épouser Neuhoff. Karl ferme le tiroir brutalement. (Les jeux scéniques donc mettent davantage en valeur les sentiments que les paroles : ces sacs de nœuds). Elle ne l’aime pas, il ne sera jamais quelqu’un. Elle lui propose de dire un mot à Hélène, pour qu’elle lui revienne, mais lui refuse, elle dit qu’elle tient donc pour acquis qu’il ne s’intéresse pas à elle. Karl comprend que beaucoup de personnes prennent intérêt à cette relation et cela lui fait regretter de s’être décommandé. Crescence donne l’ordre à Lukas de téléphoner au comte Altenwyl. Il lui dit qu’il avait rendez-vous avec Adolphe Hechingen, le mari d’Antoinette. Elle pense que c’est un imbécile, mais lui, depuis là-bas, a conçu un très grand respect pour lui. Ils ont partagé leur dernier morceau de pain, en 1915, sur les lignes dans la forêt des Carpathes. Et ils sont devenus amis. Crescence lui conseille de réconcilier les deux époux, pour faire taire les commérages qui disent qu’il épouserait Antoinette si elle était libre, et de détourner Stani d’elle, par la même occasion. « Tu as une mission, et toute la soirée a un sens pour toi. »

Scène IV: Vinzenz annonce l’arrivée de la femme de chambre d’Antoinette Hechingen.

Scène cinquième: Lukas vient lui demander si on lui a annoncé la femme de chambre, et à la demande de Karl, il lui dit qu’il n’a pas téléphoné aux Altenwyl, car il avait bien compris qu’il ne le désirait pas, mais qu’il n’avait pas voulu contredire sa sœur (Importance des non-dits). Karl lui demande ce qu’il pense du nouveau domestique, à la réponse hésitante de Lukas « on verra bien comment il s’adapte », Karl lui ordonne de le renvoyer, mais pas le soir même, le lendemain.

Scène sixième: Agathe vient chercher les lettres que la comtesse lui a écrites. Karl est surpris et embarrassé. Il dit qu’il a écrit le printemps dernier. Agathe commente cette lettre et l’interprète comme une rupture et une tentative de réconcilier la comtesse avec son mari. Elle dit « nous » (énallage), et raconte les réactions vives et désespérées de sa maîtresse qui craint que Karl veuille se marier avec Hélène. Karl lui dit: « si seulement je pouvais vous convaincre à quel point tout cela est loin de moi ». (Scène qui met en pratique ce qu'il déteste: ces malentendus inextricables, le pouvoir des mots).

Scène septième: Après avoir caché Agathe, qui ne veut pas être vue, Karl fait entrer son secrétaire Neugebauer, à qui il a demandé les lettres. Celui-ci va les chercher. Il lui apprend qu’il a rompu avec sa fiancée, car il se doit comme d’un devoir moral, d’épouser la femme veuve de son meilleur ami. Karl lui dit qu’il voyait plutôt le mariage comme le résultat d’une inclination, ce à quoi rétorque Neugebauer que le point de vue personnel, dans notre modeste univers, ne saurait être déterminant. Karl, une fois que son secrétaire est sorti, se demande ce qu’il a pour que tout le monde soit tenté de lui faire la morale et pourquoi il n’est pas du tout certain qu’ils n’en aient pas le droit.

Scène huitième: Stani entre, en s’excusant de faire ainsi irruption, sans avoir été annoncé. Mais Vinzenz lui a dit, sans qu’il ne lui ait rien demandé d’ailleurs, qu’Agathe était avec lui. Karl comprend le personnage. Stani évoque Antoinette, avec qui il flirte. Elle l’apprécie parce qu’il ressemble à Karl. Mais il ne doit rien en dire à sa mère. Antoinette lui a raconté en détails leur liaison, lors de la deuxième année de la guerre. Stani lui dit combien il l’admire et comprend tout à fait qu’il ne prenne jamais la parole à la Chambre des pairs. Il réfléchit sur tout, il aime Antoinette pour son esprit et sa conversation (elle lui a dit que Karl ne s’attache pas aux femmes parce qu’il n’a pas de cœur et a compris qu’ils n’ont pas couché ensemble), mais elle n’a pas de classe. Il range les femmes en deux catégories, celles qu'on peut prendre pour femme et les maîtresses, Antoinette appartient à la seconde. Il est prêt à se marier, mais la décision doit naître de l’instant. Tout de suite ou pas du tout, c’est sa devise. Karl s’étonne, rien ne l’intéresse tant au monde que la façon dont on passe d’une chose à une autre, sans différer une décision, sans faire attention aux complications, comme des engagements contradictoires qui se recoupent (Antoinette et Hélène?) et qui conduisent à se faire des reproches. Stani lui dit que c’est de l’hypocondrie, et que lui est en parfaite santé. Alors Karl parle de la nécessité supérieure et prend un exemple concret: Si Stani devait se marier, romprait-il sans hésitation avec Antoinette. Stani répond que oui, en plus, il a un prétexte, depuis sept semaines, Antoinette semble penser à un autre (Karl): Intérêt de cette scène à double sens…Karl dit que ces manigances rendent Antoinette encore plus charmante, Stani ne le comprend pas.

Scène neuvième: Neugebauer vient lui remettre les lettres.



Scène dixième: Karl reprend la conversation en disant qu’il tient Adolphe Hechingen pour le modèle des maris, dans son attachement à sa femme, il y a comme une nécessité supérieure. Il pense que cet homme a une grande distinction intérieure, alors que Stani dit qu'il est dépourvu d'instinct. Karl l'aime bien. Stani ne l’aime pas et appelle bizarrerie l’amitié qu’a son oncle pour cet homme, alors qu’il représente sans effort, ce qu’il est: un grand seigneur. Tout le contraire de ce Théophile Neuhoff qui ne fait que copier un genre qui n’est justement pas le sien.

Scène onzième: Lukas entre précipitamment pour annoncer que Vinzenz a fait entrer, malgré les ordres, Adolphe Neuhoff. Stani n’est pas étonné, il le suit partout, c’est sa guigne.

Scène douzième: Adolphe dit que c’est Hélène qui l’a envoyé chez lui. Elle a dit de lui que c’est un homme merveilleux, dans notre monde plein d’intentions cachées. Il se vante de ses yeux qu’un peintre tente de rendre dans son portrait. C’est un vantard et un mielleux. Il a connu Karl à la guerre, il ne cesse de le louer, lui, le fait qu'il parle si peu (il paye en monnaie d'or, et n'a jamais voulu s'habituer à la monnaie-papier qui circule de nos jours, il n'accorde ses paroles qu'à son intimité, et celle-ci est inestimable), sa dignité et son sourire d’enfant. Puis il loue Hélène, un être d’exception et ajoute: "Malheur à l'époux qui ne saurait pas respecter chez elle ces liaisons qu'on ne peut nommer, et qui aurait le cœur assez étroit pour vouloir réduire à soi toutes ces sympathies partagées". il se décrit comme un voyageur errant poussé par la curiosité.  Stani dit que Karl viendra à la soirée et qu’il doit donc se changer. Il raccompagne le visiteur, le téléphone sonne, Karl crie à Lukas de décrocher, il ne veut pas de cette machine indiscrète (symbole de la parole qu’il a tant de mal à prendre en société).

Scène treizième: Stani revient pour demander à Karl ce qu’il pense de ce personnage. Karl a un jugement tempéré, il dit qu’il doit manquer d’éducation, ou qu’il est naïf. Il a de l’esprit, mais il met mal à l’aise. Stani est hors de lui, s'étonne de la tolérance de son oncle (qui l'explique du fait qu'il est très vieux), il le déteste et est ulcéré à l’idée qu’il puisse penser épouser Hélène. Karl dit qu'il est peut-être plus à plaindre qu'autre chose. Pendant les remarques de Stani sur le comportement inadmissible du bougre, Agathe paraît à la porte et Karl lui fait signe de se cacher. Stani dit qu'il ne devrait pas être permis à un tel individu d'approcher d'Hélène, il a même dit à demis mots qu'ils allaient se marier et à sonder Karl sur ses sentiments! Stani est exaspéré, mais Karl, alors que Stani se demande dans quel état doit-être Hélène pour se lier avec un tel personnage, rétorque:" J'ai perdu l'habitude de tirer des conclusions sur l'état dans lequel se trouvent les femmes à partir de leurs actes, quels qu'ils soient. Stani va de suite en parler à sa mère et Karl dit en souriant: Mais oui, fais le, Stani.

Scène quatorzième: Lukas lui dit que le nouveau serviteur a passé la communication quand même. C’est Hechingen, qui demande si Karl va à la soirée. Karl dit à Lukas de mettre Vinzenz à la porte dès demain sept heures. Karl prend donc la conversation et demande à Lukas de téléphoner à Altenwyl pour lui dire qu’il viendra. Puis il lui demande de faire entrer Agathe, qui a passé la tête plusieurs fois, lors de la conversation précédente. Mais Stani ne l’a pas vue.

Scène quinzième: Il rend les lettres à Agathe et lui dit qu’il ira à la soirée. Agathe lui demande si elles peuvent compter sur lui, il dit qu’il est son meilleur ami avec son mari. Agathe ne veut pas en entendre parler, mais elle lui conseille d’essayer personnellement auprès d’Antoinette de la réconcilier avec son mari en faisant appel à sa conscience. Elle sort, le téléphone sonne, c’est Hechingen. Karl lui dit qu’il viendra à la soirée et qu’il essayera de parler à sa femme. (Conversation hachée, il est obligé de répéter plusieurs de ses phrases et finit par dire: Il y a des gens avec lesquels tout se complique. Et avec cela, c'est un garçon si excellent!)

Scène seizième: Stani a décidé d’épouser Hélène, comme ça, tout d’un coup, en montant l’escalier pour aller chez sa mère. Sa mère est ravie, maintenant qu’elle sait que Karl ne veut pas d’elle. Karl admire son courage, Stani dit qu'il aime ce qui est raisonnable et définitif, alors qu'il dit que Karl est un idéaliste, ses pensées vont toujours vers l'absolu, vers la perfection, mais c'est irréaliste, et il est comme sa mère, qui pense que rien n'est assez bon pour son fils. Mais ils énumèrent ensemble toutes les qualités de la jeune fille, on comprend que Karl l’aime. Stani dit que grâce aux liens profonds du mariage, qui résulte ici d'une décision correcte, Hélène finira par l'aimer. Pour lui-même et involontairement, Karl dit que c'est possible. On le sent songeur.

Scène dix-septième: Crescence est aux anges, Karl la félicite d’un air absent, Stani sort.

Scène dix-huitième: Elle lui demande de tout faire auprès du père d’Hélène, le comte Altenwyl, et d’Hélène elle-même, pour que ce mariage se fasse. Elle a hâte de voir des enfants courir dans le château. Ils se rappellent leur enfance, quand Karl a failli se noyer dans l‘étang. Karl pense qu’il n’arrive jamais rien de nouveau dans le monde, que tout se trouve tout entier depuis longtemps quelque part, pour devenir visible seulement d’un coup, comme ces tritons de pierre dans l’étang, apparus quand il fut vidé. Il fait un effort sur lui-même et la remercie, elle et son fils, pour la bonne cadence qu’ils lui donnent avec leur vivacité et leur esprit de décision. Il va donc parler à Antoinette, à Hélène, mais il ira au cirque auparavant, pour aller voir un clown, une sorte d’Auguste impayable, Furlani, qui le divertit bien plus que la plus intelligente conversation avec Dieu sait qui.

Scène dix-neuvième: Il dit à Lukas qu’il mettra le frac.

Scène vingtième: Vinzenz dit à Lukas que ce sont des gens simples,, qu'ils font ce qu'il veulent de Karl, et que dans un mois, il mènera Karl par le bout du nez. Il est tout à fait satisfait (de voir qu’il marie son neveu, qu’il restitue des lettres d’amour et qu’il veut vivre en célibataire) et crie à Lukas, qui est sorti, qu’il reste.



Acte II

Chez les Altenwyl

Scène première: Altenwyl s’excuse auprès de Kari de la simplicité de sa soirée. Crescence lui dit qu’ils raffolent tous deux de conversations ordinaires avec des gens ordinaires et elle pense que le neuf dixième de ce que l’on range sous l’étiquette d’esprit ne sont rien que des bavardages. Hélène ajoute que ce qui lui fait horreur, c’est la conversation; « des paroles qui aplatissent tout ce qui est réel et qui l’engourdissent par le bavardage. » Altenwyl ajoute que de son temps, on cherchait à donner la réplique aux autres, et non à pérorer sur soi-même. Il fallait mener la conversation avec le visiteur de telle façon que, lorsqu’il repartirait, il se sente intelligent en franchissant la porte, et pensera que son hôte l’était également, en descendant l’escalier. Mais aujourd’hui, plus personne n’a l’intelligence de mener une conversation, ou de se taire. Ils parlent d’Edine, Neuhoff se joint à eux. Edine veut être cultivée et en tirer quelque chose pour ses œuvres de bienfaisances. Celle-ci arrive, elle veut absolument rencontrer le savant, Brücke, vice président de l’académie des sciences, dont elle a lu De l’origine de toutes les religions, mais il était signé Brückner. Karl, lui, est tout à Furlani, une vraie récréation. Il dit à Hélène qu’il ne fait pas de « tours ». Ce n’est qu’un Auguste, un clown idiot. Il ne caricature pas, il joue son rôle: celui de l’homme qui voudrait comprendre tout le monde, aider tout le monde, mais qui, ce faisant, sème partout la grande confusion. Il met tout sens dessus dessous, il mélange tout; où qu’il aille, tout va de travers, et pourtant on voudrait crier: « Il a raison! ».
Edine dit à Altenwyl qu’elle veut être transportée ailleurs, lors d’une conversation, que cela mène quelque part et sortir de la banalité.
Karl dit à Hélène que les tours de cirque demandent beaucoup d’esprit. Plus que les conversations. Les artistes ont une intention, un but, or Furlani, n’a qu’une intention, celle des autres. Il a une beauté sublime. Puis il lui dit qu’il voudrait lui parler plus tard, elle s’inquiète, l’esquive et lui dit que ce n’est pas de la courtoisie, ses bonnes manières n’étant que des réactions nerveuses pour maintenir les gens loin de moi.

Scène deuxième: l’homme célèbre demande à Neuhoff qu’il parle de lui à l’ambassadrice d’Espagne, pour qu’ensuite le comte Altenwyl le présente à elle. Edine se précipite pour lui parler. Quiproquo, le livre qu’elle a lu a été écrit par un autre auteur que lui, qu’il déteste…son collègue à la faculté. Elle est désolée, d’autant qu’elle voulait lui poser la question si cruciale pour elle: Comment vous figurez-vous le nirvâna? L’homme célèbre lui conseille de le demander à Brückner; Elle s’en va, Neuhoff lui dit de ne pas lui en vouloir, l’homme célèbre dit que c’est habituel, se voir ainsi méconnu dans ce qu’on a de meilleur, c’est le destin. Neuhoff est tout à fait d’accord avec lui. Et puis il ajoute qu’il ne faut pas accorder d’importance à tout ce que disent ces gens sans esprit: « tous ceux qui viennent à vous ici n’ont plus aucune existence réelle. » des ombres telles le spectre de… Karl, qu’il lui montre de loin. Un néant absolu et prétentieux. L’homme célèbre lui fait remarquer qu’il occupe un rang exceptionnel à l’intérieur de la plus haute société et, malgré les réticences de Neuhoff, il tient absolument à faire sa connaissance, pour ajouter la faveur raffinée et incorruptible du grand nombre aux hommages des profanes. (fatuité et vanité)

Scène troisième: Antoinette est sur des charbons ardents, elle demande à Huberta, Nanni et Edine ce qu’elle doit faire au sujet de Kari qui parle avec Hélène. Crescence approche, elle l’a déteste, mais elle est prête à toutes les bassesses, parce qu’elle est sa sœur.

Scène quatrième: Crescence lui dit combien elle a mauvaise mine, et combien Hélène fera une belle fiancée.

Scène cinquième: Elle est persuadée qu’il s’agit du mariage de Karl et d’Hélène. Elle envoie Huberta et Nanni interrompre leur conversation.

Scène sixième: Edine lui reproche d’avoir été trop terre-à-terre avec Karl. Si elle lui avait demandé conseil, elle serait sa femme, aujourd’hui.

Scène septième: Huberta lui dit que Kari arrive, mais Nanni annonce l’arrivée d’hélène. Antoinette est hors d’elle, elle leur demande d’arrêter la jeune femme.

Scène huitième: Antoinette dit à Hélène que c’est un ange, mais lui demande de s’en aller…

Scène neuvième: Elle s‘essuie, dégoûtée du baiser d’Hélène, cette vipère, cette sournoise.

Scène dixième: karl entre, elle lui dit qu’elle a brûlé toutes les lettres et qu’elle ne pleure pas le passé. Karl lui dit qu’il y a deux ans, elle s’était détournée de son mari, et, la voyant en danger, il est intervenu. Il appelle cela une maladresse, Antoinette rétorque qu’elle ne laissera jamais ainsi déprécier les plus beaux moments de sa vie. Karl ajoute que c’était si beau. Elle se rassoit, mais dit que là-bas, il est devenu cynique. Lui dit que tout ce qui arrive est le fait du hasard, mais en cela il y a quelque chose de si épouvantable que l’être humain a dû trouver un moyen de s’extraire de ce marécage. Et c’est ainsi qu’il a découvert l’institution qui, à partir de ce qui est hasardeux, à partir de l’impur, produit le nécessaire, le permanent, ce qui vaut juridiquement: le mariage. Elle s’écrie: « pourquoi faut-il que le même homme puisse être aussi charmant et en même temps aussi monstrueusement vaniteux, égoïste et sans cœur! Il lui répond que son mari l’aime et qu’il l’aimera toujours. Elle dit que c’est parce qu’il veut épouser Hélène qu’il lui parle ainsi. Mais il lui dit qu’il va plutôt lui dire adieu. Il lui demande d’être bonne avec Ado, elle accepte, à condition qu’il l’aide et reste près d’elle.



Scène onzième: L’homme célèbre approche, mais ils ne le voient pas. Karl dit à Antoinette qu’il n’est pas amoureux d’elle, mais qu’il a de l’affection pour elle et qu’elle n’a jamais été encore aussi proche de son cœur. Elle lui demande de venir la voir souvent, pour l’encourager, pour toute réponse, il l’embrasse sur le front, presque sans s’en rendre compte. Elle le remercie, sort en courant et lui dit, reprenant ses esprits: Pauvre petite Antoinette.

Scène douzième: Crescence le félicite, à voir Antoinette lui sauter au coup, elle comprend que Karl a réussi à la détourner de Stani et à la raccorder avec son mari. Karl lui dit que c’est à peu près ça, mais pas dans les détails, car « il n’a pas la manière d’aller droit au but. Il sort facilement de la ligne que je me suis fixée. » elle dit que cela importe peu, du moment qu’il réussisse, et elle l’enjoint à faire aussi bien auprès d’Hélène et de son père. Lui dit que la conversation précédente lui a permis de saisir les grandes lignes de celle avec Hélène: « Ma faiblesse, c’est de distinguer si rarement ce qui est définitif: mais cette fois-ci, je le vois clairement. » Crescence d’ajouter que quand on a un programme, toute l’histoire prend un sens cohérent.

Scène treizième: Neuhoff tente de convaincre Hélène de l’épouser, sans succès. Il lui reproche de lui préférer Karl, cet homme dur et sans dignité. Hélène dit qu’au contraire le bon sens ne l’avilit pas, alors qu’il rend la plupart des gens si communs. Il n’appartient qu’à lui-même, personne ne le connaît. Mais Neuhoff dit qu’il lui rendu visite et qu’Hélène n’existe pas à ses yeux. Elle lui dit qu’il est allé chez Hans Karl sans qu’il ne le voie, tout comme elle qui le cherche et qu’il ne voit pas. Mais elle le fait sans arrière-pensées, alors que lui, c’est pour s’en servir. Il finit en disant que tout est beau en elle et que quand elle traverse toute la largeur d’une pièce, c’est comme si elle allait au devant d’un verdict éternel. Elle ne répond pas et se dirige vers Hans Karl.

Scène quatorzième: Karl lui dit qu’il doit lui parler, mais il sait combien il est futile de croire que des propos bien tournés puisse faire quelque chose, alors que tout dépend de quelque chose d’ultime qui se tient au-delà des mots. (C’est d’ailleurs ainsi qu’il décidera de l’épouser.) Les discours se fondent sur une surestimation indécente de soi-même. Elle lui dit qu’elle a vu qu’il s’était raccommodé avec Antoinette. Il lui dit que tout en elle est beau, qu’elle est indestructible et qu’elle devrait épouser. Stani, par exemple. Il ajoute qu’en elle se trouve la nécessité, mais elle ne peut pas comprendre, puisque lui-même se comprend beaucoup plus mal lorsqu’il parle que lorsqu’il reste silencieux. Elle dit que cet instant est déjà du passé pour elle, comme chaque instant qu’elle vit. Lui rétorque que l’homme qui l’épousera sera indubitablement heureux, et il lui conseille d’épouser Stani, ou un autre, sauf Neuhoff, un homme, tout ce qu’il n’est pas. Il se lève. Elle se rend compte qu’il est en train de lui dire adieu. Il dit que quelque chose se cache derrière ce mot et qu’il y a des moments où l’on doit appartenir à quelqu’un, mais où il n’est pas permis de lui appartenir. Il lui avoue que là-bas, quand il été enseveli, les trente secondes furent une vie entière où elle fut sa femme. Mais il n’a pas su surmonter cette épreuve, car il n’a pas su reconnaître que tout son bonheur en dépendait. Maintenant, il est trop tard. Hélène est au bord de l’évanouissement. Il la prie de lui pardonner, il n’est pas à sa place au milieu des gens et il la prie d’oublier tout de ses bavardages confus, dans ce moment définitif. Mais on approche, il s’éloigne en lui criant adieu et elle lui dit adieu.
L’homme célèbre arrive, empêche Hans Karl de passer, Hans Karl veut sortir par l’autre porte, mais Crescence arrive. Il pousse l’homme célèbre, revient, hésite, puis sort, lorsqu’il voit Crescence rejoindre Hélène qui crie: il est revenu, pourtant. A-t-il dit quelque chose? Crescence lui répond que son émotion la rend si heureuse. Hélène sort en courant, Crescence lui crie: mais vous vous aimez bien plus que vous ne le croyez, Stani et toi! Elle s’essuie les yeux, et le rideau tombe.

Acte III

Le vestibule de la maison Altenwyl

Scène première: Le valet de chambre répond à l’homme célèbre que Hans Karl a renvoyé son automobile et vient juste de partir. L’homme célèbre se lance à sa poursuite.

Scène seconde: Stani envoie un serviteur chercher Hans Karl, il attend avec Hechingen qui lui dit que son sort va se décider. Il lui explique que son oncle devait parler à sa femme. Stani se demande s’il en aura eu le temps, et ajoute que Hans Karl ne sait pas dire non, quand on lui demande quelque chose. Le serviteur lui annonce que Hans est parti, il l’envoie chercher sa mère. Hechingen explique que son instinct lui permet de savoir où est Hans Karl. Stani se moque de lui. Il dit qu’il a décidé de traiter sa femme en grande dame du dix-huitième siècle, de la laisser libre d’avoir des amis. (il parle à son amant!!) Ils décident d’entrer ensemble.

Scène troisième: Hélène charge un serviteur d’une lettre pour son père qu’il ne doit lui remettre qu’après le départ du dernier invité. Elle ajoute qu’elle doit partir seule, à pied.

Scène quatrième: Neuhoff tente de séduire Antoinette, sans succès. Il voit Hechingen et change de visage. Antoinette se méprend et croit qu’il a vu Hélène. Elle lit en lui comme dans un livre, mais il lui fait peur, d’une peur prosaïque, non celle qui donne le vertige, et justement, il lui fait peur, mais pas assez. Il lui a appris que Hans Karl était sorti seul.

Scène cinquième: Hechingen est changé, Antoinette s’en rend compte, mais ça ne lui plaît pas. Il lui explique qu’il a tout vu, qu’il a confiance en elle et lui propose de tout recommencer à zéro. Mais elle a mal à la tête et lui demande de ne parler que sur son ton ordinaire. Hechingen est affligé, déçu, il se tait. Puis sur la demande d’Antoinette, il lui explique qu’il est prêt à tout pour elle et qu’elle doit vivre comme une grande dame du dix-huitième siècle, et que toutes ses actions sont nobles, au-delà de tout soupçon. Ce discours la gêne, trop lourd de sous-entendus que son mari ne peut comprendre. Elle prétexte sa migraine, il lui met son manteau, mais n’ose pas l’accompagner.

Scène sixième: Hechingen cherche Hans Karl, Stani cherche sa mère.

Scène septième: Crescence se plaint des domestiques qui n’ont pas su être clairs, Stani lui dit que c’est une soirée pleine de confusions à n’en plus finir. Puis elle lui raconte ce qu’elle a vu des discussions de Hans Karl. Stani savait que c’était trop compliqué de mener deux conversations comme celles-là dans une même soirée. Stani croit comprendre qu’Antoinette, désespérée de l’avoir perdu s’est précipitée chez Hélène et lui a raconté les pires calomnies à son sujet, et qu’Hélène, avec son orgueil et sa sensibilité pyramidale, a décidé de renoncer à lui. Crescence, malgré les avis de son fils, a décidé de parler à Hélène.

Scène huitième: Hélène attend qu’ils soient partis, en manteau, elle s’apprête à sortir, quand Hans Karl arrive. Stichomythies sur la gravité de ce qui s’est passé il y a une heure, puis Karl lui dit qu’il regrettait d’avoir évoqué le passé, et il est venu pour lui rendre sa liberté (lapsus) il voulait dire son impartialité (sur son choix d’époux, je présume). Mais Hélène comprend tout à coup les vrais raisons de son retour, et même si le lieu ne convient guère (un vestibule!), il faut que cela soit dit ici. Il avait peur de son propre moi, de sa véritable volonté, il est facile de dire adieu, mais beaucoup plus difficile de se retrouver seul avec soi-même, et c’est parce qu’elle comprend tout cela qu’elle allait le suivre. Alors ils se tutoient..; Ils pleurent. Elle lui dit que sa volonté l’a ramené à elle, qu’elle est amoureuse de lui (c’est donc elle qui le dit et elle est consciente que c’est une énormité de la laisser dire des choses pareilles) et elle veut de sa vie, de son âme, de tout. Lui se défend, il a un caractère impossible, qui n’a que des malentendus sur la conscience, c’est un danger sans nom pour elle, qui a fait de mal a tant de femmes, égoïste, inconstant. Mais Hélène lui dit qu’elles n’ont pas eu la force de le retenir en le contraignant à désirer toujours davantage, car c’est dans sa nature de désirer, tout, en même temps. Hans Karl s’étonne de voir comme elle le connaît et le comprend. Elle répand une telle paix intérieure chez autrui. Elle lui dit de revenir le lendemain pour tout dire à son père, Hans Karl lui avoue qu’il l’évite depuis longtemps car son père veut qu’il prenne la parole à la Chambre des pairs. Elle le rassure en lui disant qu’ils ne parleront que de l’affaire la plus importante. Des gens arrivent, elle lui dit adieu (en allemand).



Scène neuvième: Crescence tente de savoir ce qui s’est passé, mais son frère lui dit: « Il m’est arrivé quelque chose, mais je ne me sens aucune envie de l’analyser. »

Scène dixième: Hechingen, puis Stani, ils veulent tous lui parler, il va de l’un à l’autre. Il dit à Crescence qu’il va épouser Hélène (dans son impatience, elle croit d’abord que ce sera Stani), elle est aux anges. Mais il lui fait promettre de ne rien dire à personne pour lui épargner des malentendus, ces confusions odieuses auxquelles s’expose un homme qui se mêle aux gens.

Scène onzième: Puis, décidé à en finir, il va à Hechingen et le prie de ne plus parler de femmes pour ce soir, car on ne peut pas faire d’analyses sans tomber dans les malentendus les plus odieux. Hechingen lui dit qu’il comprend donc qu’il considère que sa situation auprès de sa femme est sans espoir.

Scène douzième: Vinzenz vient avec la voiture, il explique à Crescence, qui ne comprend plus rein, que Hans Karl a donné l’ordre de préparer la voiture, car il devait partir en voyage. Lukas dormait, c’est Vinzenz qui a pris tout en main. Karl le congédie sur le champ.

Scène treizième: Karl lui explique comment il avait décidé de partir, puis comment il était revenu voir Hélène…Puis il se reprend et fait ses excuses à Hechingen pour toutes ses erreurs et le prie de garder un bon souvenir de lui. Hechingen lui dit: « Mais tu es bel et bien en train de me dire adieu, mon cher! » et il lui dit qu’eux ne sont pas capables de s’arracher à leur destin auprès des femmes, mais que lui s’est élevé une fois pour toutes au-dessus de toute cette atmosphère… Hans Karl lui répond: « Et voilà de nouveau un formidable malentendu! », mais il refuse de s’expliquer davantage. Puis il voit arriver Poldo Altenwyl, il ne se sent pas la force de l’affronter. Il sait qu’il croit que cet ultime instant de sa soirée est le moment idéal pour lui courir sus dans une horrible intention! _ car enfin, pourquoi va-t-on à une soirée si ce n’est pour que tout un chacun vous assaille de la manière la plus impitoyable à propos de ce qui lui paraît important! Or il ne veut pas faire un discours sur la réconciliation des peuples et sur la coexistence des nations, alors qu’il est convaincu qu’il est impossible d’ouvrir la bouche sans provoquer les plus incurables confusions! Plutôt me cacher toute ma vie durant, comme un hibou dans sa tanière. Tout ce qu’on exprime est indécent, le seul fait d’exprimer quelque chose est indécent.
Crescence lui demande de tout expliquer à Stani, il accepte, mais ce sera la dernière soirée à laquelle il se rendra. Il dit à Stani que c’était une erreur de faire confiance à son éloquence. Crescence lui demande de l’embrasser, mais Hans Karl regarde devant lui, absent. Alors elle dit qu’elle l’embrassera, mais Hans Karl lui demande d’attendre son départ et il sort.

Scène quatorzième: Mais Crescence dit qu’elle doit embrasser quelqu’un. Stani, voyant Poldo Altenwyl s’approcher, et puisque les deux fiancés sont trop bizarres pour s’en tenir à de telles formes, lui propose de l’embrasser. Ce qu’elle fait, à la grande surprise de tous.

Nathalie LECLERCQ (Merci de citer la source de ce document en cas d'utilisation partielle ou totale)

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