jeudi 18 avril 2013

HUGO, RUY BLAS, RESUME




1830: Bataille, puis triomphe d’Hernani. Hugo a 28 ans et vit désormais dans l’aisance.
1838: Hugo inaugure le théâtre de la Renaissance avec Ruy Blas qui obtient un franc succès.

Hugo cherche à faire de son théâtre une tribune morale pour le peuple. Dans Le Roi s’amuse,  en 1832, il avait voulu montrer « la paternité sanctifiant la difformité physique », dans Lucrèce Borgia, en 1833, « la maternité purifiant la difformité morale », dans Ruy Blas, il essaie de faire de son drame une synthèse, où pourraient communier les éléments d’un public que Hugo voulait divers. Le public populaire s’intéresse à l’action, les penseurs, bourgeois cultivés, cherchent une philosophie, une morale, des caractères; quant aux femmes, être de sentiment et d’instinct, elles veulent avant tout de la passion, de l’amour, du romanesque.

Préface de Hugo

Trois espèces de spectateurs: la foule veut de l’action (des sensations, le plaisir des yeux, désir d‘être amusé) , les femmes de la passion (des émotions, le plaisir du cœur, désir d‘être ému) et les penseurs, des caractères (des méditations, le plaisir de l‘esprit, désir d‘être enseigné).
Trois espèces d’œuvres: le mélodrame pour la foule, la tragédie pour les femmes et la comédie qui peint l’humanité pour les penseurs.

Le drame tient de la tragédie par la peinture des passions, et de la comédie par la peinture des caractères.

Sens historique de l’œuvre: Au moment où une monarchie va s’écrouler (en Espagne en 1698), la noblesse tend à se dissoudre et se divise. Comme la maladie de l’État est dans la tête, la noblesse, qui y touche, en est la première atteinte. Les moins honnêtes se dépêchent d’être heureux et puissants, ceux qui ont de l’esprit se dépravent, et quand le jour de la disgrâce arrive, quelque chose de monstrueux se développe dans le courtisan tombé, et l’homme se change en démon: Don Salluste
L’autre moitié de la noblesse, la meilleure et la mieux née s’étourdit, boit, jouit, se ruine, et disparaît dans la foule, devient philosophe et compare le courtisan aux voleurs, devient un mélange du poète, du gueux et du prince: Don César

Croquis de la noblesse castillane vers 1695

Dans l’ombre, quelque chose de grand, de sombre, d’inconnu remue: le peuple, qui a l’avenir et pas le présent, placé très bas et aspirant très haut, ayant sur le dos les marques de la servitude et dans le cœur les préméditations du génie. Amoureux de la seule figure qui, au milieu de cette société écroulée, représente pour lui, dans un divin rayonnement, l’autorité, la charité et la fécondité: Ruy Blas

Et au dessus de ces trois hommes, une pure et lumineuse créature, une femme, une reine, malheureuse comme femme car pas de mari et malheureuse comme reine, car comme si elle n’avait pas de roi, se penche vers le bas, par pitié royale et par instinct de femme, pendant que Ruy Blas, le peuple, regarde en haut.

A ces quatre têtes, on pourrait ajouter celle de Charles II (dernier de la maison de Charles Quint, qui régna sans grandeur de 1665 à 1700), mais dans l’histoire comme dans le drame, Charles II d’Espagne n’est pas une figure, c’est une ombre.

Ruy Blas: composition symbolique d’un nom roturier (Blas: Blaise) et d’un nom noble (Ruy, abréviation de Rodrigo)
Bazan, nom espagnol, mais pas César et Salluste

Dates de l’action: Acte I 28 mai 1698, acte II, 29 juin, acte III, 29 décembre, acte IV, 30 décembre au matin et acte V, au soir.




Acte I: Don Salluste

Présentation du décor, précision dans les détails, exactitude historique, mais aussi effets d’ordre esthétiques. Ameublement magnifique, dans le palais du roi, à Madrid.
Don Salluste en noir, la Toison d’or au coup (ordre de la chevalerie, destiné à la propagation de la foi catholique et aux gentilshommes sans reproches): ironique, valeur d’oxymore, le diable en tenue de dévot, un tartuffe? Mais un riche manteau de velours clair, brodé d’or et doublé de satin noir. Avec épée et chapeau emplumé.
Il entre en premier, suivi de Gudiel, en noir et de Ruy Bals, en livrée, tête nue et sans épée: contraste, tout est dit dès le début.

Scène première
Don Salluste ouvre le dialogue par des ordres brefs destinés à Ruy Blas, le jour va naître (symboliques). Colère et indignation, son règne est passé, il est renvoyé, disgracié, chassé. A cause d’une amourette avec la suivante de la reine, et un enfant, mais c’est encore un secret. Va devenir la risée de tous: Éléments d’exposition, impression de naturel, grâce au vocabulaire et au rythme (exclamations et versification: alexandrins, rimes plates, alternance de rimes féminines et masculines), en quelques images, Hugo condense son passé et son présent.

Nous apprenons qu’il est le président des juges du tribunal royal qui jugeaient en appel les procès criminels.

Mais il va construire, et sans en avoir l’air, une sape profonde, obscure et souterraine. Il se vengera de la reine, Gudiel lui sert de confident, il a confiance en lui, car il est son élève depuis 20 ans, il l’a aidé, servi, il le connaît bien.
Jusqu’à ce soir, il est encore le maître: valeur prophétique. Il veut dire deux mots à Ruy Blas, il peut peut-être lui servir, mais ne sait pas encore comment: Je veux que ce soit effrayant!

Beaucoup de digressions, et de rappels interrompent le développement, accès de haine, désir de vengeance immédiat.

Puis il appelle Ruy Blas, il lui ordonne de tout clore et d’être là au passage de la reine, dans la galerie, dans deux heures. Puis il ordonne de faire signe à l’homme en bas et de veiller à ce que les alguazils soient encore endormis, pour qu’il ne soit pas dérangé.

Révélation de son caractère, mais on comprend qu’il n’a pas encore de plan précis. Hugo a voulu nous montrer Ruy Blas dans ses fonctions de valet: important pour comprendre son caractère, ses aspirations et la suite.
Scène d’exposition classique, présente la situation et engage l’action, mais climat moins pesant que dans les tragédies, et exposition incomplète: la reine et don César.

Scène deuxième
Don César de Bazan entre, tenue de noble, mais déguenillée et épée de spadassin (homme de main, tueur à gages).
Ils sont cousins, Don Salluste l’appelle bandit, gueux… Il sait qu’il a volé le manteau et l’épée de don Charles de Mira. (personnage imaginaire)
Don César avoue qu’il y était, de même pendant l’attaque des argousins (terme péjoratif, les agents de police, déformation humoristique du mot espagnol alguazil)
Don César: « Je marchais en faisant des vers sous les arcades. »: Personnage haut en couleurs, un brigand, mais aussi un poète, un railleur, un libertin qui se moque des représentants de la noblesse et de la justice.
Don Salluste dit qu’il a également volé les impôts de France, l’argent du clergé en Flandre, Don César ne nie pas.

D. Salluste: « Don César, la sueur de la honte, /Lorsque je pense à vous, à la face me monte.
Réplique humoristique et irrévérencieuse de D. César: « Bon. Laissez-la monter.

NB: Effet visuel du contraste des costumes et du luxe du décor. Surprise du début, décalage entre l’insulte et le « cousin ». On peut dire que l’attaque chez don Salluste est un trait professionnel, surtout face à des accusés de cette envergure. Pourtant, les crimes commis par don César ne le rendent pas antipathiques, il s’attaque aux riches, donc participe à la lutte du peuple, d’une certaine façon, fait presque figure de Robin des bois (d’ailleurs cette facette de sa personnalité sera transmise à celui de Ruy Blas dans le film, la folie des grandeurs).
Don César, par son mélange d’orgueil et de misère semble tout droit sorti d’un roman picaresque.

D. Salluste plaint de sa conduite, il lui fait honte. Une grande dame en fait un portrait très vrai, on se fait cette idée du personnage. Il se fait appeler Zafari. Mais Salluste rougit d’une telle conduite, alors que César se réjouit de faire rire les femmes. (Son portrait est complété par cette réplique)
Nous comprenons, à présent, pourquoi César l’avait nommé cousin.
Changement d’attitude chez Salluste, ce n’est plus le juge qui accuse, mais le parent qui reproche l’opprobre qui rejaillit sur lui à cause d’une telle conduite.
Scène comique: comique de situation, entre l’antipathie de Salluste et la sympathie que provoque César, comique des contrastes.

Puis Salluste lui reproche les filles de mauvaise vie, ses mauvaises fréquentations, dont ce voleur Matalobos. « Tueur de loups », mais aussi un aconit en français (plante vénéneuse). Mais César se défend en disant que les belles écoutent ses sonnets et que Matalobos l’a tiré du besoin en lui donnant le pourpoint qu’il avait volé au comte d’Albe, qu’il porte d’ailleurs sous son vieux manteau. Les poches sont pleines de billets doux qu’il se plaît à lire, lorsqu’il a faim: Et trompant l’estomac et le cœur tour à tour, j’ai l’odeur du festin et l’ombre de l’amour: Vive sensibilité sous l’écorce de l’esprit, un romantique bandit?

Mais il fait cesser les reproches: Je m’appelle césar, comte de Garofa (nom imaginaire)/ Mais le sort de folie en naissant me coiffa. Il était riche, mais il a tout mangé et est ruiné à vingt ans et est poursuivi par ses créanciers, alors il s’enfuit et change de nom.

NB: Salluste joue l’indignation, cela sert son projet, il essaye de le déstabiliser et de le mettre en situation d’infériorité. De plus, si César culpabilisait, ce serait plus facile de lui faire accepter ce qu’il va lui demander, comme une réparation. D’ailleurs, il n’est guère en mesure de faire de tels reproches, étant donné ce que nous savons de lui. Mais César conserve malgré tout un air de supériorité, qui laisse d’ailleurs Salluste sans voix pour quelques instants.

Dans la suite de sa tirade, sorte d’autoportrait, on apprend que seul Salluste connaît son vrai nom (important pour la suite), qu’il vit cette vie vagabonde depuis neuf ans, qu’il dort à la belle étoile, tout le monde le croit en Inde (l’Inde occidentale, c’est-à-dire les possessions espagnoles d’Amérique), ou même mort, mais il est heureux, et demande à Salluste de lui prêter une modique somme (trois écus).Cette tirade est importante, elle s’intègre bien au mouvement de la scène, Salluste n’a eu de cesse de vitupérer César, cet autoportrait sert de justification, en tout cas il clôt la série des reproches et permet, en outre de compléter la scène d’exposition, le troisième personnage de la pièce étant peint à son tour. Ce portrait a une certaine vraisemblance historique (se rappeler les objectifs d’Hugo expliqués dans sa préface), la décadence économique de l’Espagne avait, dès le XVIIe siècle, provoqué la ruine des hidalgos, nobles de petite extraction, dont le don Quichotte de Cervantès est l’exemple, mais non le déclin des grandes familles), pourtant la destinée de César rappelle davantage celle de certains nobles français de l’Ancien régime. César fait figure d’un noble déchu, et quelques unes de ses qualités et quelques uns de ses goûts lui sont restés de sa condition première. Le cynisme du dernier vers (les trois écus) montre sa déchéance, et peut-être son mépris pour Salluste, le montant de la somme étant dérisoire, il pourrait paraître insultant.

Alors Salluste lui explique le motif de son appel: il veut le rendre à son ancien état: que Zafari s’éteigne et que César renaisse. (D’où ses reproches, pour lui donner la nostalgie du passé, fin calculateur et stratège). Il ouvre ses caisses pour lui à volonté, il faut s’entraider entre parents.
César a une expression de plus en plus étonnée, confiante, joyeuse et il éclate: « Vous avez toujours eu l’esprit comme un diable. »
Salluste lui donne une bourse pleine d’or, puis lui dit la condition face à un César prêt à tout accepter et met son épée à son service. Mais Salluste dit que ce n’est pas de son épée dont il a besoin, il veut qu’il soulève une émeute avec les gueux qu’il fréquente (c’est pour cela qu’il s’est tant renseigner au début)
Il y a un passage que je ne comprends pas (page 56)
Salluste baisse al voix de plus en plus.
Il a besoin de quelqu’un qui travaille dans l’ombre, pour un résultat sombre, pour dresser quelque filet et le venger.

Salluste ne met pas beaucoup de façons à tenter César, seulement de l’argent, ce n’est pas le pouvoir qui intéresse le jeune hidalgo. Il l’a aidé sans le savoir dans son autoportrait et en faisant de sa ruine la raison première à sa condition. Mais Salluste croit, à tort, que César regrette sa splendeur passée et qu’il est prêt à tout pour la recouvrer.

Des stichomythies révèlent à César qu’il s’agit de le venger d’une femme, et celui-ci refuse tout net, celui qui abuse d’une femme n’est qu’un maraud sinistre et ténébreux (cela convient bien au personnage de Salluste), qui mérite le gibet. C’est outrageant, il jette la bourse.
Des batailles entre hommes, des révoltes, oui, mais une femme! Il préfère « Qu’un chien rongeât son crâne au pied du pilori! »
Salluste tente de le convaincre d’un « César », d’un « cousin », mais César ajoute qu’il préfère sa liberté et il le laisse à ses pareils, il vit avec les loups, non avec les serpents.
Mais Salluste se ravise et dit que ce n’était que pour mettre sa vertu à l’épreuve et il va même chercher l’argent promis. Il fait signe à Ruy Blas de rentrer.
Mais César n’est pas dupe, il se retrouve face à face avec Ruy Blas, alors que César est sorti chercher l’argent.



Scène III
Ruy Blas et César se reconnaissent avec joie, cela fait quatre ans qu’ils ne se sont pas vus, avant, ont vécu au même endroit et RB regrette ce temps de liberté. Il le connaît sous le nom de Zafari, et ce dernier ignorait qu’à présent RB était un domestique. Ils se ressemblaient tant qu’on les prenait pour frères (important).
C’est une longue tirade de RB où il explique qu’il est orphelin, nourri dans un collège de science et d’orgueil, ils ont fait de lui, non un ouvrier, mais un rêveur. Il croyait tout réel, tout possible, il faisait des vers. Puis il a ramassé du pain où il en trouva, dans la fainéantise et dans l’ignominie (serviteur), mais à vingt ans, crédule, il méditait sur le sort des humains et avait bâti des plans sur tout, en plaignant le malheur d’Espagne. (important pour la suite)

Il est au service du marquis de Finlas.

César lui dit qu’il connaît Salluste, sans plus de détails. RB lui dit qu’il est sans cesse appelé à la cour, mais qu’il a aussi une maison discrète à cent pas du palais, où il ne va jamais en plein jour et où il habite lui-même. César en a la clef et complote, la nuit, avec des hommes masqués. Il y a deux noirs muets qui ignorent son nom.
César dit qu’il y reçoit comme chef des alcades, il y tend ses embuscades, il tient tout dans sa main.
RB précise que c’est depuis ce matin que son maître lui a fait mettre la livrée et qu’il l’a fait venir à la cour à l’aurore. Il explique combien il souffre de porter cet habit qui souille et déshonore, mais il souffre plus encore d’une hydre aux dents de flamme que lui sert le cœur dans ses replis ardents.

NB: Tous ses détails sont d’une extrême importance pour la suite de l’action, et les façons d’agir de Salluste ne sont guère invraisemblables, maintenant que nous connaissons mieux le personnage.

RB prépare son aveu, ne le dit pas tout de suite, cherche quelque chose d’étrange, d’insensé, d’horrible et d’inouï, une fatalité dont on soit ébloui, un abîme plus sourd que la folie et plus noir que le crime: je suis amoureux de la reine.

RB sent la fatalité de sa situation : l’impuissance devant le destin acharné à sa perte est un des traits du héros romantique. Cette fatalité qui l’accable s’étend à la passion, sans déterminer chez ses victimes les réactions clairvoyantes manifestées par les personnages de Corneille ou de Racine (« Est-ce que je sais, moi »)
- « Fuis-moi » : Comme Hernani, besoin de solitude par peur de faire du mal à ses proches.

Étonnement de césar qui le plaint.
RB continue en lui expliquant comment il attend la reine chaque jour à son passage, elle meurt d’ennui dans cette cour de haine et de mensonge, mariée à un roi qui passe son temps à chasser, un sot, un vieux à trente ans, à régner comme à vivre inhabile.

RB avoue que, sachant que la reine aime le myosotis (célébré comme le talisman de l’amour par la poésie sentimentale allemande), il fait chaque jour une lieue jusqu’à Caramanchel (comprendre Carabanchel, banlieue de Madrid, Hugo confond) pour en trouver.

Puis il pose la fleur sur son banc favori à minuit, au parc royal, et hier soir, il a même osé y mettre une lettre! César lui conseille la prudence, le comte d’Oñate l’aime aussi et est très jaloux, et il pourrait bien le tuer.

Tout cela prépare la suite des événements et complète encore la scène d’exposition. Thème de l’amour impossible, fortement romantique: Comment cette démence en mon cœur s’amassa, je l’ignore!

Il envie tant les jeunes seigneurs qui peuvent l’approcher et il avoue qu’il serait prêt à vendre son âme au diable (c’est bien ce qu’il faire), pour être à leur place.
« Oui, je me damnerais pour dépouiller ma chaîne,
Et pour pouvoir comme eux m’approcher de la reine. »
Et il s’énerve, dit que ça ne mène nulle part de chercher le pourquoi du comment de son amour, il tombe pâle sur un fauteuil, épuisé:
Va-t-en, frère. Abandonne
Ce misérable fou qui porte avec effroi
Sous l’habit d’un valet les passions d’un roi!
Mais César lui avoue qu’il l’envie tout autant qu’il le plaint, car lui n’a jamais souffert, n’ayant jamais aimé, son cœur s’étant éteint.

Puis ils se tiennent un moment en silence, se tenant les mains, tristes et amicalement confiants.
Entre Salluste, à pas lents, sans être vus, il les fixe, il apporte un chapeau, une épée et une bourse qu’il dépose sur la table.
Il dit: « Voici l’argent »
Sa voix réveille RB en sursaut, attitude de respect aussitôt. César dit à part que ce diable a tout entendu, mais se dit que ce n’est pas grave. Il compte l’argent, pendant ce temps Salluste le montre à trois alguazils, RB ne voit ni n’entend rien. Salluste demande aux alguazils de le suivre et de l’arrêter plus loin, puis de le vendre aux corsaires d’Afrique.
César propose la moitié de son argent à RB, mais celui-ci refuse, il préfère demeurer près de la reine.
Salluste les observe et se dit qu’ils ont le même air et le même visage.
César dit adieu à RB, sans voir Salluste qui se tient à l’écart.

Scène IV

Don Salluste s’assure que personne n’a vu RB venir (fin stratège, a déjà son plan en tête, RB ne voit rien venir). Il lui dicte alors ce fameux billet, adressé à sa reine (celle présumée de Salluste), dans lequel il lui demande de venir le rejoindre, car il court un grand danger, et le fait signer du nom de César, en lui disant que c’est son nom d’aventure. Naïvement, RB demande si la dame ne pourra pas reconnaître l’écriture… Mais Salluste réplique qu’il en use souvent ainsi.
Puis il lui explique qu’il veut son bonheur, mais qu’il doit lui obéir en tout. Il le lui fait d’ailleurs écrire, au nom de Ruy Blas, cette fois. Puis il lui donne une belle écharpe et une épée. Mais Don Basto arrive, il jette son propre manteau sur RB stupéfait, avant que le marquis del Basto ne rentre.

Don Salluste monte le mécanisme de son piège, sans que RB n’ait le temps de se rendre de quoi que ce soit. Il n’a aucun soupçon, et le tente en flattant les passions que RB vient d’avouer à César. RB reçoit l’ordre de quitter sa livrée avec joie, et écrit docilement les deux billets. La souris est prise au piège, sans qu’elle puisse s’en douter. Diabolique.

Scène V

De nombreux marquis entrent. Salluste présente RB au marquis del Basto comme étant son cousin don César, comte de Garofa. Des apartés indiquent l’extrême surprise de RB, mais Salluste lui intime l’ordre de se taire. Basto dit qu’il ne l’aurait pas reconnu (comique), mais Salluste explique cela par ses dix années d’absence.
Puis Salluste rappelle à Basto le grand train de vie de César, à l’époque, et sa ruine rapide (en trois ans)
« C’était un vrai lion. » (un jeune élégant, terme courant à l’époque romantique). Il continue en expliquant qu’il arrive de l’Inde, puis, devant RB très embarrassé, il retrace leur généalogie et leur lien du sang, ils sont des égaux.
RB se demande où il l’entraîne.
Le vieil marquis de Santa-Cruz croit même le reconnaître, il l’a vu naître et le croyait mort.
Salluste lui demande de lui trouver un emploi de cour, auprès de la reine ou du roi.
Le marquis de Santa-Cruz dit qu’il est charmant et qu’il accepte puisqu’il est de la famille.
Salluste mène RB à tous les seigneurs présents, et continue les présentations. RB demeure interdit et ne dit mot.
Le comte d’Albe est vêtu d’un superbe manteau dont Salluste lui fait compliment, mais celui-ci se plaint du vol par Matalobos, d’un autre, encore plus beau.

Mais la reine arrive, Salluste n’a que le temps de dire à RB de se remuer, il doit partir de Madrid, il lui laisse la maison, il en garde les clefs secrètes:
« Faites ma volonté, je fais votre fortune.
[…]
La cour est un pays où l’on va sans voir clair.
Marchez les yeux bandés. J’y vois pour vous, mon cher. »

A l’arrivée de la reine, RB est effaré, il la regarde comme absorbé par cette resplendissante vision. Salluste lui prend un chapeau et lui ordonne de se couvrir, car c’est un grand d’Espagne, à présent.

RB: Et que m’ordonnez-vous, seigneur, présentement?
Salluste: De plaire à cette femme et d’être son amant. (Dernière réplique de l’acte)



Acte II, La Reine d’Espagne

Le titre de cet acte était à l’origine La reine s’ennuie, antithèse de Le roi s’amuse (1832), ce titre est celui d’un drame de Latouche (1832) sur la première femme de Charles II.

Scène I

De nombreuses didascalies plantent le décor et le placement des personnages. A noter, une figure de sainte, dont on lit au bas: Santa Maria Esclava, tout un programme.
La reine doña Maria de Neubourg cause et brode, vêtue de blanc et d’argent (symbolique), dans le coin opposé, doña Juana de la Cueva, duchesse d’Albuquerque, camera mayor, au fond, Don Guritan, comte d’Oñate, majordome, vêtu avec une élégance exagérée (rubans), et Casilda, jeune et jolie, à côté de la reine. D’autres duègnes.
Recherche de la couleur locale dans les vêtements, le détail du mobilier, l’intensité de la lumière. Grande importance de l’attitude et de la position des personnages, en particulier la silhouette si expressive de don Guritan.


La reine dit qu’elle devrait être soulagée que le marquis de Finlas soit parti, elle l’a fait exiler, mais elle sait qu’il la hait (répété deux fois).
Elle raconte comment lors du baisemain, il la foudroya du regard tel un serpent, il est pour elle comme le mauvais ange.
La liaison avec l’acte I est faite grâce à ce rappel de la cérémonie du baisemain, cela situe le 2e acte dans le temps.

Casilda omet le « ne » de la négation: tournure familière héritée de la langue classique, déjà employée dans Hernani.

La reine continue en disant que l’enfer est dans cette âme, devant cet homme-là, je ne suis qu’une femme. Elle en fait des cauchemars la nuit, ce démon lui baise la main et elle sent son cœur se glacer.

Mais elle a d’autres soucis, à part elle précise qu’il les lui faut les cacher. Elle fait donner de l’argent aux pauvres par la fenêtre, Casilda l’implore de faire de même avec Guritan, un mot gentil suffirait. Mais il ennuie la reine. Pourtant elle lui dit bonjour, Guritan en est fou de joie. Casilda plaint ce pauvre héron, content d’un mot bien sec. Puis Casilda s’extasie sur une boite en calambour (bois d’aloès odorant d’Asie), la reine lui dit qu’elle renferme des reliques qu’elle veut envoyer à son père, à Neubourg. Mais elle est rêveuse et dit à part qu’elle ne veut pas penser et chasser de son esprit ce qui y est.
Elle demande à Casilda d’aller lui chercher un livre, non en allemand, mais en espagnol.
Jusqu’ici, quasi dialogue, la camera n’est pas encore intervenu.
Elle se plaint de l’absence réitérée du roi, de sa passion pour la chasse, elle s’ennuie. Elle veut sortir, mais la duchesse lui dit que les portes doit être ouvertes par des grands d’Espagne, qui sont absents à cette heure.

Elle n’a plus qu’à rêver, mais non, elle veut jouer au lansquenet: l’obsession de la reine se précise peu à peu, contraste avec la fantaisie légère de Casilda et la naïveté du vieil amoureux.
Mais la camera lui rappelle qu’elle ne peut jouer qu’avec des rois ou des parents du roi, mais le roi n’a aucun parents! Alors la reine demande à goûter avec Casilda, mais la reine, quand le roi n’est pas là, dîne seule.
Colère de la reine: « Vraiment, je meurs depuis un an que je suis reine.

La reine cherche une occupation pour éviter de penser, mécanisme comique de la camera: attitude et mouvements répétés. Elle est le symbole vivant de l’étiquette suivie à la cour. Parfaite réussite du mélange des genres: le grotesque des usages (comique) accroissant la solitude d’une âme (tragique).

Casilda la plaint et décrit son quotidien (images humoristiques de Guritan), elle lui propose de faire venir les ministres, mais ils ennuient la reine, elle demande alors qu’elle appelle un jeune écuyer, car on vieillit plus vite à voir toujours des vieux. La reine dit qu’elle aime surtout le parc où elle a le droit d’aller seule (détail important), Casilda lui propose de l’aider à faire le mur la nuit, la reine lui ordonne de se taire.

Beaucoup de renseignements sont destinés soit à relier cet acte au premier, soit à préparer la suite (influence de la reine au Conseil des ministres, le parc où elle trouve la lettre).
Les trois propositions de Casilda sont rejetées, tentation du pouvoir, du plaisir (le jeune écuyer) et de la liberté: la reine n’a plus de désirs, sauf de voir celui qu’elle aime déjà, très romantique.

Elle aimerait être en Allemagne, avec ses parents, elle y était très heureuse. Vie bucolique, elle raconte comment un homme vint et annonça qu’elle allait être reine d’Espagne.
Tous ces détails sont véridiques et racontés dans le livre de Mme d’Aulnoy.

« Aujourd’hui je suis reine. Autrefois j’étais libre. »

Ce rappel lyrique de sa jeunesse nous aide à mieux comprendre la reine, elle a reçu une éducation très permissive et ne peut guère s’accommoder de sa captivité dorée, c’est pourquoi, tel un leitmotiv, le mot ennui revient plusieurs fois, ou des mots de même racine. Image romantique d’une Allemagne idyllique et sentimentale, le poète joue sur les contrastes.

Des lavandières passent en chantant l’amour, ces chants font du bien et du mal en même temps à la reine, la camera ordonne qu’on les chasse puisqu’elles importunent la reine. Mais au contraire, la reine veut les voir. La duchesse lui rappelle qu’une reine d’Espagne ne regarde pas par la fenêtre.
La reine est désespérée, elle ne peut même pas voir la liberté des autres, et la duchesse fait sortir tout le monde, car c’est le 29 juin, la Saint Pierre et Paul, la reine doit faire ses dévotions.

Scène II

La reine seule
A ses dévotions? Dis donc à sa pensée!

Monologue élégiaque, elle se plaint d’être laissée seule, pauvre esprit sans flambeau dans un chemin obscur!
Puis elle pense à ce bel inconnu, qui s’est blessé pour elle, en franchissant les hautes murailles (romantique à souhait!).

Ce monologue permet au public de connaître ses hésitations et ses remords, lorsque chaque jour, malgré elle, malgré ses remords, elle se rend au banc, où un bouquet l’attend. Mais il n’est pas venu depuis trois jours!
Et elle a eu une lettre de lui, qu’elle garde en son sein.

Mais elle craint Don Salluste, un ange la protège, un spectre affreux la suit!
Et sans les voir, je sens s’agiter dans ma nuit,
Pour m’amener peut-être à quelque instant suprême,
Un homme qui me hait près d’un homme qui m’aime. (prémonitoire)
Que c’est faible, une reine, et que c’est peu de chose!
Elle prie la Vierge, mais la lettre la brûle, elle la pose, mais ne parvient pas à s’empêcher de la lire encore une fois…

Elle la lit à haute voix: un ver de terre aime une étoile, qui se meurt en bas, quand vous brillez en haut.
Quand l’âme a soif, il faut qu’elle se désaltère
Fût-ce dans du poison! (explication de ce qui pousse la reine à aimer cet inconnu).

Mais un huissier annonce une lettre du roi:

Du roi! Je suis sauvée!

Scène III
La reine, la duchesse d’Albuquerque, Casilda, Don Guritan, femmes de la reine, pages, Ruy Blas

Il reste au fond de la chambre, il est magnifiquement vêtu, il s’exclame devant la beauté de la reine, et se demande où il est et pour qui est-il là.

La reine est heureuse, elle dit que le roi a senti qu’elle avait besoin d’un mot d’amour. Elle veut la lire, mais la duchesse lui rappelle que l’usage veut qu’elle lise la lettre en premier:

Madame, il fait grand vent et j’ai tué six loups.
Signé: Carlos (reproduction presque littérale du texte cité dans les Mémoires de Mme d’Aulnoy)

Tout le monde y va de son petit commentaire, ironie de Casilda.

Effet pathétique produit par l’arrivée de cette lettre au moment où elle est le plus désirée, rôle des émotions fortes dans le drame romantique (à rapprocher de l’effet de surprise qui termine le premier acte).

La duchesse trouve la lettre suffisante et ajoute qu’elle a été dictée. La reine reconnaît l’écriture de son bel inconnu, on lui annonce que le messager est ici présent, un nouvel écuyer que sa majesté donne à la reine, sous le nom de César de Bazan, comte de Garofa. C’est le plus accompli gentilhomme qui soit, s’il faut croire ce qu’on raconte.

Mais la reine demande à lui parler, RB est très troublé, il est très pâle. Don Guritan est de suite jaloux de lui. La reine lui demande des précisions sur les circonstances d’écriture de cette lettre, RB prétend qu’elle a été écrite par un des assistants, le regard pénétrant de RB fait qu’elle n’ose pas lui demander le nom de cet assistant. Elle se demande pourquoi elle est si émue face à cet homme, elle poursuit son interrogatoire, elle lui demande qui était présent, mais RB avoue n’être là-bas que depuis trois jours. Là, elle commence à comprendre.
Ruy Blas, à part: C’est la femme d’un autre! Ô jalousie affreuse!
                       - Et de qui!- Dans mon cœur un abîme se creuse.

Mais Don Guritan lui rappelle qu’en tant qu’écuyer, il doit rester près de la chambre de la reine et ouvrir au roi s’il arrive (quelle ironie du sort pour ce pauvre Ruy Blas!).
La reine voit comme il pâlit, Guritan aussi. Beaucoup de jeux de scène dans cette scène, les gestes, les mimiques en disent bien plus que les paroles; grande attention portée aux apartés.

La reine conduit une véritable enquête; après avoir renvoyé Ruy Blas; elle se ravise; importance des trois jours. Tout l’amour de Ruy Blas se manifeste par ses gestes, ses mimiques, sa pâleur, c’est un aveu tacite.

Casilda voit aussi que RB va se trouver mal, un aparté nous apprend que c’est l’idée d’ouvrir au roi qui le fait défaillir, il tombe sur un fauteuil, son manteau se dérange et laisse voir sa main blessée, la reine s’approche pour lui faire respirer de l’essence qu’elle a dans un flacon sorti de son sein, elle voit que c’est la même dentelle à sa manche. Mais dans son trouble, elle tire la dentelle qu’elle tient en son sein en même temps que le flacon, Ruy Blas le voit. Leurs regards se rencontrent.

La jalousie tient une grande place dans l’amour de Ruy Blas et de Guritan, aspects très romantiques. C’est Guritan qui provoque l’évanouissement de Ruy Blas, en lui rappelant son rôle (ironie dramatique), et c’est cet évanouissement qui va relancer la scène et permettre la reconnaissance.
C’est lui! Dit à part la reine.
Sur son cœur! Faites, mon Dieu, qu’en ce moment je meure. Dit RB.

Mais personne ne se rend compte de rien, dans le désordre de la scène.
Casilda veut en savoir plus sur cette blessure, mais la reine l’interrompe sèchement, ainsi que la duchesse, qui pour la première fois, sans le savoir, sert les intérêts de la reine. Mais elle se trahit en disant que puisqu’il a écrit la lettre, il pouvait bien l’apporter. Casilda fait remarquer qu’il n’a jamais dit qu’il avait écrit la lettre. Puis elle congédie tout le monde, Casilda la regardant sortir, se dit qu’il se passe quelque chose en son esprit. Ruy Blas rêve, il ramasse le morceau de dentelle que la reine a laissé choir dans son trouble et le regarde avec amour, le couvre de baisers et le cache dans sa poitrine. Guritan le regarde partir, tire son épée, la mesure du regard avec celle de Ruy Blas, elles sont inégales, il la remet dans son fourreau, Ruy Blas le regarde avec étonnement.



Scène IV

Guritan explique à RB comment il a tué ses rivaux auparavant, lors de précédentes amours, RB n’y comprend rien ou feint de ne rien comprendre.
Guritan lui donne rendez-vous le lendemain à quatre heures, pour un duel, derrière la chapelle. RB accepte, Casilda a tout entendu et court avertir la reine.
Guritan précise qu’il n’a jamais aimé les godelureaux (jeunes galants), l’un d’eux est de trop, lui est écuyer, Guritan est majordome, ils ont donc les mêmes droits, mais il a le droit du plus ancien, mais RB celui du plus jeune, il lui fait donc peur. Et il sait que sur le terrain de l’amour, il a perdu d’avance, il a la goutte, et le voyant si beau et caressant, il doit le tuer.
Nous nous égorgerons galamment, RB lui sert la main et sort, le vieillard dit, seul, qu’il n’a pas senti trembler sa main: être sûr de mourir et faire de la sorte, c’est d’un brave jeune homme!
Mais la reine ouvre la porte et se précipite vers lui en tenant entre ses mains la petite cassette de la première scène.

Scène V

La reine minaude, elle dit en riant que Casilda lui a assuré qu’il ferait ce qu’elle voudrait. Bien sûr, il répond que c’est vrai. Elle le fait jurer de faire ce qu’elle va lui dire. Elle l’envoie donc porté la cassette à son père à Neubourg, à 550 lieues, Guritan dit à part: « je suis pris ».
Une série de stichomythies, force du comique, la reine a le dessus, il doit partir sur le champ et non demain, comme ultime argument, elle lui saute au cou et l’embrasse, Guritan charmé ne résiste plus: et dit à part:
Dieu s’est fait homme; soit! Le diable s’est fait femme!
Une voiture l’attend, il voit qu’elle avait tout prévu, il n’a que le temps d’écrire un mot à RB pour remettre à plus tard le duel, il sort, la reine seule tombe sur un fauteuil en disant: Il ne le tuera pas!



Acte III

Salle de gouvernement, dans le palais du roi à Madrid, décor luxueux de cette salle des ministres.

Scène 1
Président et conseillers

Ils parlent de la récente promotion si rapide d’un homme (on devine qu’il s’agit de RB): envie et médisances. En six mois (indication de temps importante)
Don Manuel Arias dit mystérieusement: la reine (il doit tout à la reine)
Le roi vit du souvenir de sa femme décédée (Marie-Louise d’Orléans) et la reine fait tout.

Don Manuel Arias: Elle règne sur nous, et don César sur elle!

Le comte de Camporeal trouve bizarre que RB et la reine se fuient et que RB habite cette étrange demeure fermée avec ces deux muets.
RB est de grande race, mais il veut faire son honnête homme. (au sens moral)

Le comte dit comment César est le cousin de Salluste et qu’en son temps, c’était un drôle (un coquin méprisable), qui changeait tous les jours de femme et de carrosses, et qui disparut un jour.
Les autres le pensent probe, mais il les traite de candides. Il pense que RB en veut aux richesses de la reine.

Le marquis de Priego survient et dit que son grand-père disait: Mordez le roi, baisez le favori! Occupons-nous des affaires publiques.

Et chacun, bas, de demander de l’argent, des nominations pour des cousins, ils se partagent les richesses du pays, les impôts. Ils se disputent, RB arrive sans être vu et entend tout. De noir vêtu, manteau écarlate et toison d’or au cou.

Scène 2

Les mêmes et RB

RB les invective et leur fait honte de piller la nation à l’heure où elle agonise. Puis il fait un résumé de l’histoire d’Espagne (à vérifier) et de toutes ses possessions perdues au profit de l’Angleterre, de la Hollande et la France attend son heure.
Le peuple misérable et qu’on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d’or!
Chacun guerroie pour son propre intérêt, tout se fait par intrigue et rien par loyauté. L’Espagne est un égout où vient l’impureté de toute nation. La moitié de Madrid pille l’autre moitié. Tous les juges vendus. Pas un soldat payé. Et une armée de pauvres gueux, et la nuit, le soldat se transforme en larron, Matalobos a plus de troupes qu’un baron. Un voleur fait chez lui la guerre au roi d’Espagne. Les paysans insultent le roi et lui reste pensif! L’Europe écrase l’Espagne, l’état s’est ruiné dans ce siècle funeste, et vous vous disputez à qui prendra le reste. Le peuple expire, au secours Charles Quint! Car l’Espagne se meurt, car l’Espagne s’éteint. Un tas de nains difformes se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi.

Certains réagissent par le silence, d’autres avec fierté en relevant la tête, avec une certaine colère rend compte de personnages multiples.

Le comte de Camporeal et le marquis de Priego donnent leur démission, RB l’accepte, ils sortent fièrement. RB dit que quiconque ne veut pas marcher dans son chemin peut suivre ces messieurs.

Silence et échanges à voix basse. Ubilla et Covadenga disent qu’il sera grand, s’il a le temps de l’être, il sera Richelieu (à rechercher) ou Olivares (ministre de Philippe IV, voir note 2 page 65, antithèse avec Richelieu d’autant lieux réussie que leur politique anima la lutte entre la France et l’Espagne dans la guerre de Trente Ans.
Une lettre anonyme lui apprend qu’un grand d’Espagne va être enlevé (??)
Un huissier lui dit que l’ambassadeur de France est là, mais RB ne veut pas le voir, et le nonce impérial (ambassadeur extraordinaire de l’empereur: lequel??), puis Guritan, RB lui dit de lui indiquer sa maison, qu’il vienne le voir demain, si bon lui semble. Il congédie tout le monde, leur dit de revenir dans deux heures pour travailler ensemble. La reine vêtue de blanc, couronnée, elle sort de derrière la tapisserie, rayonnante de joie, admirative et pleine de respect. RB reste comme pétrifié devant cette apparition.

Scène 3

La reine et RB

Elle le remercie pour sa sincérité et sa loyauté. Lui, à part: la fuir depuis six mois et la voir tout à coup!

Il ne savait pas qu’elle était là, elle lui explique qu’elle était cachée dans ce réduit obscure, Charles II l’a souvent utilisé à écouter ses ministres qui le pillaient sans rien dire.

A apprécier: la façon dont le poète introduit ses personnages sur scène, à rapprocher de la premières scène, lorsque RB entre sans être vu des ministres.
Les moyens dramatiques de Hugo: la surprise, le rebondissement, effet qu’il tire de ces apparitions inattendues. Les didascalies précisent bien comment ce réduit était caché par la tapisserie, il a pensé au moindre détail.

La reine lui dit combien elle a aimé son discours et la façon dont il l’a dit, mais d’où vient que vous savez les effets et les causes?

Parce que je vous aime!
Je sens que ce qu’ils font crouler s’écroulera sur vous.
Parce que pour vous sauver je sauverais le monde!
Je suis un malheureux qui vous aime d’amour.
Et j’ai l’effroi dans le cœur (lui si petit et elle si haut!)

La reine: Oh! Parle! Ravis-moi!
Jamais on ne m’a dit ces choses-là. J’écoute!
Ton âme en me parlant me bouleverse toute.
J’ai besoin de tes yeux, j’ai besoin de ta voix.
Je suis bien malheureuse. Oh! Je me tais. J’ai peur!
RB: Oh! Madame achevez! Vous m’emplissez le cœur!

La reine: Tant pis, je dis tout:
Tu fuis la reine, la reine te cherchait.

Tous les jours elle est venue écouter les conseils des ministres

Tu me sembles bien le vrai roi, le vrai maître.
Je t’ai donc fait gravir les sommets.
Où Dieu t’aurait dû mettre une femme te met.
 Je suis si seule, j’ai tant souffert!

Duc, il faut, - dans ce but le ciel t’envoie ici, -
Sauver l’état qui tremble, et retirer du gouffre
Le peuple qui travaille, et m’aimer, moi qui souffre.
Je te dis tout cela sans suite, à ma façon,
Mais tu dois cependant voir que j’ai bien raison.

Gravement: (RB étant tombé à ses genoux)
Don César, je vous donne mon âme.
Reine pour tous, pour vous je ne suis qu’une femme.
Par l’amour, par le cœur, duc, je vous appartiens.
Quand vous m’appellerez, je viendrai, je suis prête.
Sois fier, car le génie est ta couronne, à toi.

Elle lui dit adieu et disparaît derrière la tapisserie.



Scène IV

Long monologue de RB seul sur scène.
Il est comme absorbé dans une contemplation angélique.

Devant les yeux c’est le ciel que je vois!
Je suis plus que le roi puisque la reine m’aime!
Elle me fait plus qu’un homme.
Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé!
Je me sens tout-puissant.
Vous pouvez vous confier, madame,
A mon bras comme reine, à mon cœur comme femme!

Mais un homme arrive par la porte du fond, sans être vu de RB (encore même procédé), et au moment où RB, ivre de bonheur, lève les yeux au ciel, il lui pose brusquement la main sur l’épaule. RB se retourne comme réveillé en sursaut: Salluste, en livrée pareille à celle du page de RB (retournement par rapport à la scène 1 de l’acte I)

Ce monologue, en plein milieu de la structure du drame, constitue le point culminant de l’action.
Effet dramatique de l’entrée de Salluste qui est en livrée pour ne pas être reconnu.

Scène V

RB est effaré: Oh! Mon malheur renaît,
J’étais tourné vers l’ange et le démon venait.

L’insolence de don Salluste se remarque dès le début, il ose entrer au palais, dissimulé dans sa tenue de valet!
Puis il lui dit qu’il sait ces derniers forfaits: il lui reproche l’exil de Don Priego, RB quelque peu rassuré, se justifie: l’héritier bavarois penche à mourir bientôt (désigné par Charles II comme son héritier, tous ces problèmes liés à la succession du trône sont conformes à l’histoire, mais Hugo prête à RB une clairvoyance qui lui permet de deviner l’évolution future de la situation).
Allusion à rechercher: si monsieur l’archiduc veut soutenir son droit la guerre éclatera (page 130)
Mais Salluste ne daigne pas répondre et lui ordonne de fermer la porte. RB, pâle de honte et de désespoir, obéit, puis reprend:
Le salut de l’Espagne est dans nos probités…
Salluste l’interrompt et lui ordonne de ramasser son mouchoir.
RB hésite, puis avec effort:
Sauvons ce peuple!
Salluste, nonchalamment: défend les nobles, amoindrit leurs dépenses, et lui dit: ayez donc des caprices plus neufs. Songez d’abord à vos intérêts: Le salut de l’Espagne est un mot creux que d’autres
Feront sonner, mon cher, tout aussi bien que vous.
Vertu? Foi? Probité? C’est du clinquant déteint.
Vous n’êtes pas un sot; faut-il qu’on vous guérisse
Du pathos?

Occupons-nous d’objet sérieux, maintenant.
Puis il lui ordonne de se tenir prêt dans sa maison, et un carrosse attelé.

RB lui promet de lui obéir en tout, mais il lui demande de lui assurer que la reine en toute cette affaire n’est pour rien.

Salluste s’arrête de jouer avec un couteau d’ivoire et dit: De quoi vous mêlez-vous?
RB: Oh! Vous êtes un homme effrayant. Vous m’entraînez vers un gouffre invisible.
Oh! Je sens que je suis dans une main terrible.
Il lui avoue son amour, Salluste dit qu’il le savait et que ça ne change rien. RB se rend compte qu’il n’est qu’un jouet.

Salluste: Vraiment! Vous vous prenez au sérieux, mon maître!
Obéissez, je ne veux que votre bonheur.
Un laquais, d’argile humble ou choisie,
N’est qu’un vase où je veux verser ma fantaisie.
Je vous ai  fait seigneur, mais n’oubliez pas que vous êtes mon valet.
Salluste passe de fallacieuses promesses à des menaces directes.

RB se laisse aller au désespoir et demande à Dieu ce qu’il a fait pour mériter un tel malheur.
Puis, à part, il se demande ce qu’il doit faire, se résoudre à tout avouer à la reine serait devenir un objet de dégoût pour elle.
Puis il décrit métaphoriquement la macabre entreprise de Salluste, et comment il s’est servi d’un homme (lui-même) pour parfaire sa vengeance. Il se jette à ses pieds et lui crie pitié.

Salluste: cet homme là ne comprendra jamais.
C’est impatientant!

Mais RB se reprend et dit qu’en tant que duc d’Olmedo, ministre tout-puissant, il va livrer Salluste. Celui-ci dit qu’il dira toute la vérité,  mais Salluste lui montre le billet écrit de sa main, lors du premier acte où il a écrit qu’il s’engageait à le servir comme un bon domestique.

RB: brisé et d’une voix éteinte: il suffit. Je ferai, monsieur, ce qu’il vous plaît.

Ironie tragique du dernier vers de Salluste (qui sort en voyant arriver les conseillers du conseil privé): Monsieur le duc, je suis votre valet.

Salluste tire son écrasante supériorité de la faiblesse de RB.
Composition et mouvement: Les différentes tentatives de RB pour convaincre, supplier, lutter et les ripostes, chaque fois triomphantes, de Salluste.
A comparer à la scène 4 de l’acte I: c’est là que se trouve l’explication de l’effondrement de RB. Mais s’il y a choc de caractère, il y a aussi deux forces en conflit sur le plan politique, social et moral.



Acte IV

De longues didascalies pour décrire le décor: une petite chambre somptueuse et sombre, luxueuse mais d’un temps passé (Philippe II, fils de Charles Quint et Philippe III, grand-père de Charles II).
RB en noir sans toison, vivement agité. Au fond, un page immobile, attendant les ordres.

Atmosphère inquiétante et mystérieuse de cette chambre qui appartient à un grand seigneur espagnol de la fin du XVIIe siècle.

Scène I

Se parlant à lui-même: Elle d’abord! Elle avant tout!
Dussé-je mourir, il faut que je la sauve.
Il faut deviner ce que cet homme a pu combiner.

Mais dans ma vie et dans moi, comme en cette maison, il est maître.

Je suis fou, je n’ai plus une idée en son lieu.

Empêchons-la de sortir du palais.

Puis une idée folle jaillit dans son esprit: appeler Guritan à l’aide, il aime la reine, il envoie donc le page lui dire de ne pas quitter la reine, qu’elle est en danger…

Lui ne sait que faire, il décide finalement d’aller prier dans une église. Ils demandent aux muets de laisser entrer ceux qui viendront et de recevoir celui qui ne va pas tarder comme leur maître (il croit que ce sera Salluste, mais ce sera César: comique de situation)

Pendant qu’il sort, César tombe de la cheminée: burlesque!

Scène II

Il raconte comment il a réussi à fuir et à s’extirper des corsaires, puis comment il a voyagé, et comment, de retour en Espagne, des alguazils l’ont obligé à fuir et à se réfugier dans cette maison.
Son manteau a beaucoup souffert de sa chute, il prend donc celui qu’il trouve dans un des tiroirs du coffre, celui que Salluste a donné à RB.
Il sait que c’est Salluste qui l’a donné aux corsaires et il veut se venger en disant toute la vérité à tous et en découvrant sa véritable identité.
Il examine la chambre: Maison mystérieuse et propre aux tragédies.

Puis il boit et mange, tout en se réjouissant et en se demandant à qui peut appartenir une si étrange maison, un bon garçon cachant une intrigue de femme (prépare la suite: l’arrivée de Guritan).
Et puis c’est convenu, si l’on vient, je me nomme. Puis il imagine un dialogue burlesque entre ces hommes qui viendraient et leur surprise d’apprendre sa véritable identité: est-il saoul?
Mais un maquais entre avec une grosse sacoche.

Scène III

Quelle surprise lorsque ce valet demande s’il est don César de Bazan et qu’il lui donne de l’argent!
Scène comique: le laquais dit: cet argent vous vient de qui vous savez pour ce que vous savez. (C’est l’agent promis par Salluste)
Voir note pour explications sur l’argent page 151.
César prend tout, est réjoui, il en remplit ses poches. Le laquais attend ses ordres. Pour ne rien retarder, mon maître à vous me donne afin de vous aider.

Il fait boire le laquais, se livre à des considérations sur la nature humaine? (bavardage burlesque, Hugo sait transcrire poétiquement l‘incohérence de l‘ivresse et la philosophie désabusée de l‘aventurier qui dialogue avec lui-même) Puis il lui demande de remettre l‘agrafe de son manteau, mais le laquais, déjà ivre, sonne les valets, en disant qu‘il n‘est pas valet de chambre. César se croit perdu, mais le nègre agrafe le manteau et sort, César est pétrifié.
Je suis chez Belzébuth, ma parole d’honneur! (il ne croit pas si bien dire, cette péripétie imprime un nouveau mouvement à la scène).
Ma foi, laissons-nous faire et prenons ce qui s’offre.

Le laquais est complètement ivre, César se demande ce qu’il va faire de son argent. Puis il remplit les poches du laquais d’or et l’envoie chez Lucinda, son amante, puis chez un drôle, puis dans un cabaret où il trouvera Goulatromba, et lui demande de donner de l’argent à tous ces faquins. Et qu’il garde le reste et se saoule et fasse la fête jusqu’au lendemain matin. Et si, sur son chemin, des gens ramassent ce qui tombe, sois indulgent, ce sont des hommes comme nous,
Et puis il faut vois-tu, c’est une loi pour tous,
Dans ce monde, rempli de sombres aventures,
Donner parfois un peu de joie aux créatures.
(Avec mélancolie)
Tous-ces gens là seront peut-être un jour pendus!
Ayons donc les égards pour eux qui leur sont dus!

Puis une fois seul:
J’ai de quoi vivre au moins huit jours! Je les vivrai. (Non, car il va mourir dans quelques instants)
Et s’il me reste un peu d’argent, je l’emploierai
A des fondations pieuses.

Mais entre une vieille duègne.

Il ne veut donc pas payer ses dettes, les thèmes familiers à l’auteur de Notre-Dame de Paris et des Misérables reparaissent ici, mais Hugo revêt les détails réalistes de couleur espagnole et de saveur picaresque.

Scène IV

Don César et la duègne

Elle l’appelle don César, il n’en revient pas:
Mais il faut que le diable ou don Salluste s’en mêle!

Elle lui demande s’il a donné un rendez-vous secret, il dit qu’il en est fort capable. Elle tire un billet de son sein, elle est envoyée par la soubrette, elle ne connaît pas la dame.
La femme craint un piège, il doit reconnaître le billet et faire écrire quelqu’un: venez. Il demande au noir, il est tout étonné que le noir soit muet. La duègne dit qu’à en juger par la basé de la servante Casilda?) la femme doit être vraiment très belle. Il la paie largement.
César, une fois seul, se dit surpris, mais accepte son sort, après avoir contenté sa faim, il va pouvoir contenter son cœur. Il dit: J’habite dans la lune (dans un monde de fantaisie).

Scène V : César et Don Guritan

César en s’entendant appeler dit qu’en fin l’aventure devient meilleure: un duel!

Chercher Lindamire, la ballerine d’Atalante.

Chacun raconte ce qu’il vient de vivre, César aux galères et Guritan dans le nord.
César: on m’a presque pendu
Guritan: on m’a joué, monsieur
Rythme alerte et comique de ces stichomythies.

Guritan dit qu’il aimerait tordre le coup à César, qui pour s’excuser lui envoie un valet (allusion à la scène où RB lui envoie son valet pour lui demander de ne pas quitter la reine). Il l’a mis en prison et veut voir César.
César lui dit que c’est lui, Guritan, bien sûr, ne veut pas le croire.

Dextérité avec laquelle César s’adapte aux situations les plus inattendues.
Le quiproquo dans le quiproquo: César croit avoir le mari de la femme qu’il est censé voir ce soir. L’effet comique naît de la conversation qui se poursuit sur un rythme de stichomythies, une solidarité des exilés et des trompés s’établit entre les deux interlocuteurs, et le spectateur y participe doublement, car il est le seul à tout savoir.
On apprend des faits nouveaux dans cette scène, mais l’action n’avance guère.

César lui reproche d’être jaloux et lui avoue qu’il va voir sa femme. Mais Guritan n’est pas marié! Alors César se moque de lui et de ses rubans à ses chaussures, il n’en faut pas plus à Guritan pour le provoquer en duel, derrière le mur, dans la rue déserte (donc en coulisse, pas de mort sur scène).
Comique, Guritan dit qu’après il tuera César de cette même épée qu’il a apportée (il en a apporté deux) et César rétorque:
Bah! L’un de nous deux mort, je vous défie après
De tuer don César: bon mot de théâtre qui établit une connivence entre l’auteur et le spectateur.

Scène VI

Salluste: en colère et inquiet car il ne voit aucun préparatif et entend le bruit du duel. Il sait que RB a demandé de l’aide à Guritan, il ne l’avait pas prévu!

Scène VIII
César entre, en le voyant, il dit qu’il en était sûr, Salluste est pétrifié.
César se moque de lui et dit qu’il voit bien qu’il tombe bien mal et qu’il vient déranger quelque histoire effroyable. Mais il a tout démoli, sans rien savoir, au hasard (je patauge à travers vos toiles d’araignée, résume bien les scènes précédentes).
Du coup, renversement des rôles, Salluste l’appelle démon.
César, très goguenard, lui dit qu’il a pris l’argent, et en parlant par allusions, il terrifie Salluste qui croit qu’il sait tout. Mais il lui dit qu’il a fait écrire venez sur le billet, Salluste se dit que tout n’est pas perdu, et il respire enfin quand César lui dit qu’il a tué Guritan.
Mais il doit se débarrasser de lui. Il s’assure avant qu’il n’a été vu de personne, et lui dit de garder l’argent et de partir. Mais César sait qu’il le ferait encore arrêter, et il sent que dans ce palais-prison, quelqu’un est la proie de sa trahison, et il veut rester pour l’en empêcher. Il va crier son nom sur les toits, il appelle les alguazils qui passent justement.

Scène VIII

Mais Salluste dit aux alguazils que c’est Matalobos (il gagne tout en gagnant 24 heures, dit-il, à part). Et quand César dit qu’il est César, Salluste dit aux alguazils de regarder le manteau qu’il porte (celui qu’il a mis dans la première scène, pour remplacer le sien: Hugo prépare tout dans les moindres détails). L’alcade dit que c’est vrai. Et le pourpoint, au comte d’Albe (il le sait, c’est césar lui-même qui le lui a dit à l’acte I) et un alguazil trouve le cadavre de Guritan, Salluste dit que c’est César qui l’a tué. César, emmené, dit: vous êtes un fier gueux (un coquin peu ordinaire)



Acte V

Le tigre et le lion

Même chambre, la nuit, RB est seul.

C’est fini. Rêve éteint! Visions disparues!
Je suis calme, j’ai marché dans les rues.
Guritan veille sur elle.
Dieu, vous lui avez fait parvenir mon pli!
N’est-ce pas
Qu’elle est sauvée, - et que je puis mourir?

Il sort une fiole de poison
Oui lâche,
Meurs comme on doit mourir quand on expie un crime.
Il écarte le manteau noir, on voit sa livrée du premier acte.

Il pleure
Je ne la verrai plus.

Au moment où il va pour boire, la reine entre, vêtue de blanc et une mante sombre.

Scène II

Il est rempli d’effroi à sa vue et ne comprend pas qu’elle soit là. Il sait alors que tout est perdu pour elle.
Elle lui montre le billet qu’il reconnaît, il l’avait oublié (voir acte I) il lui crie de partir, mais elle sent qu’il est en danger et qu’il veut l’en éloigner et décide de rester. Mais il s’inquiète de savoir qui l’a faite entrer: c’est un homme masqué: Salluste, qui justement arrive, ôte son masque et dit: C’est moi! (valeur tragique!)

Scène III

Il démontre à la reine qu’elle ne l’est plus puisqu’elle a été prise en flagrant délit d’adultère. Car cela annule le mariage. Mais si elle renonce d’elle même au trône en signant une lettre déjà préparée, ils peuvent fuir tous les deux, pour le Portugal, avec de l’or. Si elle ne signe pas, le scandale et le cloître. Il lui assure que César l’aime et qu’il est riche. Mais RB se réveille et dit:
Je m’appelle Ruy Blas et je suis un laquais!
Je dis qu’il est bien temps qu’enfin je me réveille!
J’ai l’habit d’un laquais, et vous en avez l’âme!

Déjà, il est plus à l’aise et retrouve son éloquence plébéienne.
César explose toute sa haine: Le vrai Salluste apparaît: Moi, je vous ai donné mon laquais pour amant.

Mais il ne voit pas venir RB qui s’est saisi de l’épée et a tiré le verrou: Je te tiens écumant sous mon talon de fer! Cet homme n’a point d’âme, c’est un monstre.
Vous osez l’outragez quand je suis là!
Pardieu! J’étais laquais! Quand je serais bourreau?

Salluste lui demande au moins une épée, mais RB se raille de lui et lui rappelle qu’il n’est qu’un valet et qu’il va le tuer
Comme un infâme! Comme un lâche! Comme un chien!

Mais la reine lui crie grâce, mais RB:
Le démon ne peut plus être sauvé par l’ange!

Le meurtre a lieu en coulisse, RB le pousse dans un cabinet: bienséance classique, comme dans Horace, de Corneille (à lire)

La reine tombe demi-morte sur le fauteuil.

Scène IV

Puis RB revient vers la reine immobile et glacée, il tombe à genoux, regarde à terre comme s’il n’osait pas la regarder:

Cet amour m’a perdu, je ne me défends pas, j’aurais dû trouver quelque moyen, la faute est consommée!
C’est égal, voyez-vous, je vous ai bien aimée.

Je n’ai pas l’âme vile (répétée deux fois)
En marchant dans les rues, j’ai senti une femme du peuple essuyer sans rien dire les gouttes de sueur qui tombaient de mon front: Rappelle le geste de Véronique, essuyant le visage de Jésus marchant au supplice, RB gravit aussi son calvaire.

La reine: Que voulez-vous?
Que vous me pardonniez.
Jamais!
Bien sûr?
Non, jamais!

Alors il boit la fiole d’un trait en disant: triste flamme, éteins-toi!
Que fait-il?
Rien. Vous me maudissez et moi je vous bénis.
Voilà tout.

Quel est ce filtre étrange?
Qu’avez-vous fait? Dis-moi! Réponds-moi! Parle-moi!
César! Je te pardonne et t’aime, et je te crois!
Je m’appelle Ruy Blas.
L’entourant de ses bras: Ruy Blas, je vous pardonne!
Mais ce n’est pas du poison?
Si! C’est du poison. Mais j’ai la joie au cœur.
Permettez Dieu que je bénisse cette reine,
Car elle a consolé mon cœur crucifié,
Vivant, par son amour, mourant par sa pitié!

Je l’ai tué, si j’avais pardonné?
J’aurais agi de même.
Je ne pouvais plus vivre. Adieu!
Je meurs.
La reine se jetant sur son corps: Ruy Blas!
RB qui allait mourir, se réveille à son nom prononcé par ma reine: Merci!

Nathalie LECLERCQ

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