lundi 1 avril 2013

RESUME, FENELON, LES AVENTURES DE TELEMAQUE





Premier livre

Télémaque, conduit par Minerve, sous la figure de Mentor, est jeté par une tempête dans l’île de Calypso. Cette déesse, inconsolable du départ d’Ulysse, fait au fils de ce héros l’accueil le plus favorable, et, concevant aussitôt pour lui une violente passion, elle lui offre l’immortalité, s’il veut demeurer avec elle. Pressé par Calypso de faire le récit de ses aventures, il lui raconte son voyage à Pylos et à Lacédémone, son naufrage sur la côte de Sicile, le danger qu’il y courut d’être immolé aux mânes d’Anchise, le secours que Mentor et lui donnèrent à Aceste, roi de cette contrée, dans une incursion de Barbares, et la reconnaissance que ce prince leur en témoigna, en leur donnant un vaisseau phénicien pour retourner dans leur pays.

Evocation de l’île de Calypso= peinture d’une nature tout idéale pleine d’un charme raffiné, empreinte aussi d’étrangeté : la mer, les bois, le rivage déchiqueté y sont mystérieux.
Calypso ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse. Description de son désespoir.
Les aventures de Télémaque font suite au IVe livre de L’Odyssée : Parti à la recherche de son père, Tél rend visite à Nestor, puis à Ménélas. Il reviendra directement de Sparte en Ithaque, où nous le retrouvons au chant XV. Homère fait entre temps le récit des aventures d’Ulysse, Fénelon imagine celles de Tél,  ce qui chronologiquement est impossible, car il faut plus de temps pour vivre un périple que pour le raconter !

Homère : Il part pour Pylos et pour Lacédémone, où il va s’enquérir, auprès de Nestor et de Ménélas, si l’on n’a point entendu parler de son père. Télémaque jusque-là n’avait guère été qu’un enfant : il s’exerce désormais aux actions viriles; et Ulysse, à son retour, trouvera un fils digne de lui, et capable de lui prêter un utile secours, quand il fera sentir aux prétendants la pesanteur de son bras.

Chant III: Séjour à Pylos
Athéna, toujours sous les traits de Mentor, et Télémaque arrivent à Pylos où ils reçoivent cordial accueil. Télémaque répond à Nestor sur le but de son voyage et le prie de lui apprendre ce qu'il sait sur son père. Nestor lui conte les épreuves subies devant Troie et le retour des Achéens. Mais il ne sait rien d'Ulysse. Ils s'entretiennent sur les prétendants, les chances de vengeance et sur le retour d'Ulysse. A la demande de Télémaque, Nestor lui explique comment l'absence de Ménélas rendit possible le meurtre d'Agamemnon. Le lendemain matin, il rendit grâce à Athéna sans savoir qu'elle est toujours sous les traits de Mentor et, après le repas rituel, accompagné de Pisistrate, se dirige de par les chemins du pays vers Phèrès et Lacédémone.

Chant IV: Séjour à Lacédémone
A Lacédémone, Télémaque est accueilli chaleureusement par Ménélas. Quel magnifique palais il a! Télémaque en est tout admiratif. Ménélas lui raconte comment il l'a acquis, ce palais et les autres richesses qu'il a. Il déclare que de tous ses compagnons d'armes, c'est Ulysse qu'il regrette le plus. Télémaque est ému par ces déclarations: il pleure; Ménélas en fait pareil, puis ensuite également sa femme Hélène. Pisistrate expose le but du voyage; les regrets de Ménélas ont ému toute l'assistance mais l'exposant met fin aux larmes. Hélène et Ménélas rappellent les exploits d'Ulysse. Le lendemain, Ménélas expose tout ce qu'il sait sur l'absent. La ruse d'Idothée lui a permis d'interroger Prothée qui lui narra le naufrage d'Ajax, fils d'Oïlée et le meurtre d'Agamemnon par Egiste. Ulysse est vivant mais la nymphe Calypso le retient captif dans son île. Télémaque reçoit de Ménélas les présents de son hospitalité.

Pendant ce temps à Ithaque, les prétendants apprennent le départ de Télémaque et décident de lui tendre un piège à son retour. Pénélope surprend leur projet: elle en est angoissée. Athéna lui envoie un fantôme: l'ombre d'Iphthimé afin de la réconforter. Les prétendants partent pour l'embuscade où ils espèrent voir tomber Télémaque.



Calypso invite de suite Télémaque à demeurer auprès d’elle. Description très méliorative de la déesse et de la simplicité rustique de la grotte. Thème fréquent sous la plume de Fénelon. Peinture champêtre, grâces naïves de la nature simple et sans art. Ne suit pas la description assez luxuriante d’Homère.
Calypso, lui ayant montré toutes ces beautés naturelles, lui donne une belle tunique blanche à la laine fine et une robe de pourpre à la broderie d’or. Les nymphes avaient préparé une grotte voisine à celle de la déesse et un bon feu.
Mentor lui reproche son plaisir à considérer cette magnificence :
« Un jeune homme qui aime à se parer vainement, comme une femme, est indigne de la sagesse et de la gloire : la gloire n’est due qu’à un cœur qui sait souffrir la peine et fouler aux pieds les plaisirs. » Puis il l’enjoint de craindre ses trompeuses douceurs : « Le naufrage et la mort sont moins affreux que les plaisirs qui attaquent la vertu. » « Craignez le poisson caché ; défiez-vous de vous-même, et attendez toujours mes conseils. »
Puis repas simple, mais exquis par le goût et par la propreté. Puis chants des nymphes : le combat des Dieux contre les Géants, les amours de Jupiter et de Sémélé, la naissance de Bacchus, la course d’Atalante et d’Hippomène (les pommes d’or) et la guerre de Troie.
Ainsi, Le Télémaque est autant un poème héroïque qu’un recueil des principaux épisodes de la mythologie greco-latine.
Aux pleurs de Télémaque, la déesse demande à ses nymphes, et en particulier à la belle Leucothoé, de changer de sujet. Elle lui dit qu’Ulysse a bien séjourné chez elle, mais qu’il a refusé son immortalité et est parti. Elle lui ment en lui disant qu’il a été enseveli dans les ondes.
Elle résume ensuite les aventures de son père (Voir Homère), mais elle supprima son arrivée chez les Phéaciens. Cela renvoie donc aux avertissements de mentor, il avait bien raison de lui conseiller de se méfier d’elle. Ce que Télémaque comprend, il prend donc le prétexte de sa tristesse pour ne rien promettre.
Mais Calypso, pour mieux connaître les moyens de toucher son cœur, lui demanda de conter ses aventures.
Fénelon renoue avec le procédé épique du récit qu’à la demande de son hôte un héros fait de ses aventures. Ainsi Alkinoos, roi des Phéaciens, demande à Ulysse le récit de ses voyages, et Didon prie Enée, dans L’Enéide, de lui conter ses malheurs de Troie.
Télémaque fait donc le récit de ses aventures (et Fénelon d’inventer la suite après Ménélas) :

Contre l’avis de Mentor, il va en Sicile, malgré le risque des cyclopes et des Troyens menés par Enée.
« Ces paroles étaient salutaires ; mais je n’étais pas assez prudent pour les écouter. Je n’écoutai que ma passion. Le sage Mentor m’aima jusqu’à me suivre dans un voyage téméraire. » (Voir leçon : un roman d’éducation)
- Tempête, risque de naufrage, les vaisseaux d’Enée.
« Alors je compris, mais trop tard, ce que l’ardeur d’une jeunesse imprudente m’avait empêché de considérer attentivement.
Mais Mentor ferme et intrépide, encore plus gai qu’à l’ordinaire. « Je sentais qu’il m’inspirait une force invincible. » « O si jamais nous échappons de cette tempête, je me défierai de moi-même comme de mon plus dangereux ennemi : c’est vous, Mentor, que je croirai toujours. »
Mentor lui dit qu’il faut prévoir le péril et le craindre, mais quand on y est, il ne reste plus qu’à le mépriser : « Soyez donc le digne fils d’Ulysse ; montrez un cœur plus grand que tous les maux qui vous menacent. »
Par un stratagème habile (Mentor fait mettre à la poupe les mêmes fleurs que celui d’un des Troyens sur leur navire), ils parviennent à se glisser parmi les ennemis, puis à s’en éloigner, et arrivent en Sicile. Mais d’autres Troyens, ennemis des Grecs, peuple du vieux Aceste, sorti de Troie, les prirent, égorgèrent tout l’équipage, et amenèrent nos deux héros au roi : Une des premières touches funèbres de l’œuvre qui en contient tant, et l’une des plus susceptible de faire impression sur le duc de Bourgogne.
Aceste les prend pour des étrangers et les envoie dans une forêt voisine pour servir d’esclaves. Télémaque aurait préféré la mort à cette horrible condition. Alors il dit qu’il est Télémaque, fils du sage Ulysse. Aceste décide alors de les immoler sur le tom beau d’Anchise. Mais au moment du sacrifice, Mentor leur prédit l’attaque de peuples barbares et leur conjure de se préparer à l’assaut : si ma prédiction est juste, souvenez-vous qu’on ne doit pas ôter la vie à ceux de qui on la tient.
Aceste s’étonne de la sagesse du vieillard. Mentor et Télémaque participent même à la bataille. Mentor montre dans ses yeux une audace qui étonne les plus fiers combattants :
« Il déchire, il égorge, il nage dans le sang »
Télémaque terrasse le fils du roi, un géant, bien plus grand que lui, et l’armée d’Aceste triomphe.
Aceste leur donne un navire, mais pas des Troyens pour les convoyer (il craint les Grecs), mais des Phéniciens.


Livre II

Suite du récit de Télémaque. Le vaisseau tyrien qu’il montait ayant été pris par une flotte de Sésostris, Mentor et lui sont faits prisonniers et conduits en Egypte. Richesses et merveilles de ce pays : sagesse de son gouvernement. Télémaque et Mentor sont traduits devant Sésostris, qui renvoie l’examen de leur affaire à un de ses officiers appelé Métophis. Par ordre de cet officier, Mentor est vendu à des Ethiopiens qui l’emmènent dans leur pays, et Télémaque est réduit à conduire un troupeau dans le désert d’Oasis. Là, Termosiris, prêtre d’Apollon, adoucit la rigueur de son exil en lui apprenant à imiter le dieu, qui, étant contraint de garder les troupeaux d’Admète, roi de Thessalie, se consolait de sa disgrâce en polissant les mœurs sauvages des bergers. Bientôt Sésostris, informé de tout ce que Télémaque faisait de merveilleux dans les déserts d’Oasis, le rappelle auprès de lui, reconnaît son innocence, et lui promet de le renvoyer à Ithaque. Mais la mort de ce prince replonge Télémaque dans de nouveaux malheurs : il est emprisonné dans une tour sur le bord de la mer, d’où il voit Bocchoris, nouveau roi d’Egypte, périr dans un combat contre ses sujets révoltés et secourus par les Phéniciens.

Episode pastoral : Télémaque raconte à la déesse comment dans le désert d’Oasis, il gardait les troupeaux et jouait de la flûte. Fénelon ignore les bergeries galantes : le bonheur champêtre est synonyme d’innocence, sans pour cela sombrer dans le réalisme rural.
Les bergers vivent dans cet état fortuné où leurs travaux s’accordent encore avec leurs loisirs : naturel bucolique.

Sur le navire des Phéniciens, ils rencontrent un navire égyptien, peuple qui a pour roi Sésotris, qui leur en veut car ils ne lui ont pas payé un tribut et ils avaient aidé son frère à le massacrer en lui envoyant des troupes. Bref, le destin s’acharne, puisqu’ils rencontrent les seuls ennemis des Phéniciens, habitants la ville de Tyr (appelés donc les Tyriens).
Ils sont pris et faits prisonniers.
Description de la fertile terre d’Egypte, ses moissons, ses troupeaux, ses laboureurs, ses bergers.
« Heureux – disait Mentor – le peuple qui est conduit par un sage roi ! Il est dans l’abondance ; il vit heureux, et aime celui à qui il doit tout son bonheur. C’est ainsi, ajoutait-il, ô Télémaque, que vous devez régner et faire la joie de vos peuples, si jamais les dieux vous font posséder le royaume de votre père. Aimez vos peuples comme vos enfants ; goûtez le plaisir d’être aimé d’eux. […] Les rois qui ne songent qu’à se faire craindre et qu’à abattre leurs sujets pour les rendre plus soumis sont les fléaux du genre humain. »
Ce discours de Mentor résume la doctrine politique de Fénelon : régner n’est qu’un aspect d’une éthique qui intéresse toute l’activité humaine, éthique faite de sagesse et de charité.
Il professe la doctrine de la monarchie chrétienne dont Bossuet fait l’éloge dans La Politique tirée de l’Ecriture Sainte.

Mais Télémaque est persuadé qu’ils ne reverront jamais plus Ithaque et qu’ils n’ont plus qu’à mourir. Mentor lui rétorque qu’il est indigne d’Ulysse et qu’il reverra son père, mais que celui-ci aurait honte de lui.
Puis Mentor lui fait remarquer la bonne police des 22 000 villes, la justice exercée en faveur du pauvre comme du riche, la bonne éducation des enfants (obéissance, travail, sobriété, amour des arts ou des lettres, religion, désintéressement, honneur, fidélité, crainte des dieux :
- «  Heureux le peuple qu’un sage roi conduit ainsi ! Mais encore plus heureux le roi qui fait le bonheur de tant de peuples et qui trouve le sien dans sa vertu ! »
Télémaque sent le courage renaître au fond de son cœur.
Memphis, puis Thèbes, police parfaite pour propreté et sûreté, architecture simple mais majestueuse. Sésotris est un roi juste, veut faire du bien à tous ses sujets, et reçoit toujours les étrangers car sait qu’il aura à apprendre d’eux.
Télémaque dévoile son identité, Sésotris charge un de ses officiers, Métophis, de vérifier ses dires. Mais il est corrompu et artificieux. Comme il voit que Mentor répond avec sagesse, il les sépare. Premier exemple des dangers de tels personnages dans l’entourage d’un roi : les flatteurs ! Il parvient à tromper Sésotris. Télémaque est envoyé dans les montagnes du désert d’Oasis avec les esclaves de Métophis. Plus tard, Mentor lui dit qu’il avait été envoyé en Ethiopie, vendu comme esclave, lui aussi.
Description des déserts affreux ; sables brûlants dans les plaines et neige éternelle dans montagnes, bergers sauvages, brutalité du chef des esclaves, lui-même esclave, Butis.
Se laisse tomber au sol, sur l’herbe, près d’une caverne, veut mourir, mais une voix mugissante sortit de la caverne et lui dit qu’il faut savoir surmonter ses malheurs. « Les princes qui ont toujours été heureux ne sont guère dignes de l’être. » « Tu reverras Ithaque et ta gloire montera jusqu’aux astres. Quand tu seras le maître des autres hommes, souviens-toi que tu as été faible, pauvre et souffrant comme eux ; prends plaisir à les soulager ; aime ton peuple, déteste la flatterie, et sache que tu ne seras grand qu’autant que tu seras modéré et courageux pour vaincre tes passions. »
Il reprend courage, sent que c’est Minerve : « En même temps, je me trouvai un nouvel homme : la sagesse éclaira mon esprit : je sentais une douce force pour modérer toutes mes passions et pour arrêter l’impétuosité de ma jeunesse. Je me fis aimer de tous les bergers du désert. »
Même Butis ! Il cherche des livres, se dégoûte des plaisirs violents et se contente des douceurs d’une vie innocente, il se divertit en s’instruisant. Termosiris, un vénérable vieillard, prêtre d’Apollon, le prend sous son aile. Il lui prête des livres, il charme les lions et les tigres de sa lyre, tel Orphée ou Linus. Il lui dit qu’il doit montrer, comme Apollon, à tous ces bergers les arts qui peuvent rendre leur vie agréable. Leur apprendre les charmes de la vie champêtre, quand on sait goûter ce que la simple nature a de merveilleux. Bientôt, les bergers furent plus heureux que des rois, tous les jours étaient jours de fête. « Mon fils, cette histoire doit vous instruire. »
Termosiris lui donne une flûte, sa voix avait une harmonie divine (ne pas oublier que Calypso écoute ce récit, imaginer son trouble, mais voir aussi la vanité de Télémaque). Ils passent leur temps à chanter, à sacrifier aux Dieux, festins champêtres. Mais ce qui acheva de le rendre fameux parmi les bergers : son combat à la houlette avec un lion qu’il parvint  à terrasser. Enfin, il l’étouffa, et les bergers voulurent qu’il se revêtît de sa peau. (Yvain ?)
Cet exploit se répandit dans toute l’Egypte. Sésotris le fait venir, comprend que Métophis l’a trompé, il le condamne à la prison perpétuelle et lui ôte toutes ses richesses.
Puis il déplore le malheur des rois environnés de trompeurs. Mais il aide Télémaque à revenir en Ithaque ; il lui donne navire et hommes.
Télémaque admire les coups de la fortune, qui relève tout à coup ceux qu’elle a le plus abaissés. Il espère qu’il en fut de même pour son père et pour Mentor.
Mais Sésotris est vieux, il meurt. Désespoir de son peuple. D’autant que son fils Bocchoris n’avait ni humanité pour les étrangers, ni curiosité pour les sciences, ni estime pour les hommes vertueux, ni amour de la gloire. Il fut nourri dans la mollesse et dans une fierté brutale. Ne compte pour rien les hommes et ne cherche qu’à contenter ses passions et à tourmenter les peuples. Il ne veut que suivre les flatteurs. C’était un monstre, et non pas un roi. Télémaque est enfermé dans une tour, Métophis est libéré.
Mais les Phéniciens et les Chypriens attaquent, et c’est la guerre civile en Egypte.
Du haut de sa tour, Télémaque voit les combats, la fureur sanguinaire de Bocchoris : il était comme un beau cheval qui n’a point de bouche (de mors ??) ; son courage le poussait au hasard, et la sagesse ne modérait point sa valeur. Il résiste longtemps, puis fut percé à la poitrine par le dard d’un Phénicien. Un soldat chyprien lui coupa la tête.
« Je me souviendrai toute ma vie d’avoir vu cette tête qui nageait dans le sang. […] Toute ma vie il sera peint devant mes yeux, et, si jamais les dieux me faisaient régner, je n’oublierais point, après un si funeste exemple, qu’un roi n’est digne de commander et n’est heureux dans sa puissance qu’autant qu’il la soumet à la raison. »

Un apologue, un conte philosophique
Peu de détails, mais force didactique.



Livre III

Suite du récit de Télémaque. Le successeur de Bocchoris rendant tous les prisonniers phéniciens, Télémaque est emmené avec eux sur le vaisseau de Narbal, qui commandait la flotte tyrienne. Pendant le trajet, Narbal lui dépeint la puissance des Phéniciens et le triste esclavage auquel ils sont réduits par le soupçonneux et cruel Pygmalion. Télémaque, retenu quelque temps à Tyr, observe attentivement l’opulence et la prospérité de cette grande ville. Narbal lui apprend par quels moyens elle est parvenue à un état si florissant. Cependant, Télémaque étant sur le point de s’embarquer pour l’île de Chypre, Pygmalion découvre qu’il est étranger et veut le faire prendre : mais Astarbé, maîtresse du tyran, le sauve, pour faire mourir à sa place un jeune homme dont le mépris l’avait irritée. Télémaque s’embarque enfin sur un vaisseau chyprien, pour retourner à Ithaque par l’île de Chypre.

- Admiration de Calypso, surtout envers sa franchise et son honnêteté.
- Termutis proclamé roi d’Egypte. Les Phéniciens libérés, donc lui aussi.
- Le commandant du navire, Narbal lui demande qui il est. Télémaque reprend son leitmotive : « Je suis Télémaque, fils d’Ulysse… » (En étudier les variations)
« Narbal me regardait avec étonnement et il crut apercevoir en moi je ne sais quoi d’heureux qui vient des dons du ciel et qui n’est point dans le commun des hommes. »
Il va lui confier un secret, Tél lui assure qu’il sait garder les secrets. Et ce grâce aux conseils de son père à ses amis, à qui il demanda d’exercer son fils au secret.
- Narbal lui dépeint la puissance des Phéniciens : Innombrables vaisseaux qui les rend redoutables à leurs voisins, richesses grâce au commerce. Sésotris, roi d’Egypte (Livre II) leur imposa un lourd tribut, mais sa mort et son fils qu’il ne craignait point, leur ont permis de se libérer et même d’aider les Egyptiens à se débarrasser de Bocchoris.
- Mais Télémaque ne doit pas tomber entre les mains de leur mauvais roi, Pygmalion : A tué Sichée, son beau-frère (Mari de Didon, qui est la sœur de Pygmalion), persécute les riches, craint les pauvres et les vertueux, tout l’inquiète, vrai parano se renferme dans son palais de trente chambres, a fait de ses enfants ses plus dangereux ennemis s’il savit la véritable identité de Tel, le garderait en otage pour obtenir une rançon !
- Tél le voit de ses propres yeux : « Voilà un homme qui n’a cherché qu’à se rendre heureux : il a cru y parvenir par les richesses et par une autorité absolue ; il possède tout ce qu’il peut désirer ; et cependant il est misérable par ses richesses et par son autorité même. »
- Le compare au si bon Sésotris en sûreté au milieu de la foule comme un bon père dans sa maison.
- Tél confondu avec les Chypriens (alliance contre Bocchoris)
- En attendant le départ, admire la grande ville de Tyr et tout le pays : agriculture, terres fertiles, pâturages. Plus grande ville de marchands au monde, toute l’économie portée et tournée vers le commerce. Tous les hommes sont occupés, pas de oisifs. Peuple industrieux, patient, laborieux, propre, sobre et ménager. Narbal lui explique que ce peuple accueille tous les étrangers. Ne jamais gêner le commerce pour le tourner selon ses vues (conseil à Tél quand sera roi). Mais image obscurcie aujourd’hui par Pygmalion. Puis il lui explique que les Tyriens se sont rendus puissants sur la mer grâce à une bonne gestion des forêts du Liban, des hommes bien formés et reconnus pour leur savoir-faire…
- Mais le roi sait que Narbal a reçu un étranger, un officier vient le chercher. Il conseille à Tél de mentir et de se dires chyprien, mais Tél ne veut pas mentir et s’en remet à la pitié des dieux. Mais Astarbé, la maîtresse du roi, très belle, mais comme une sirène, cœur cruel et plein de malignité, elle n’éprouve que du dégoût pour le roi. Elle veut se venger de Malachon, un jeune Lydien efféminé qui a osé la repousser pour une autre femme.  Elle parvient à le faire passer pour le jeune étranger rechercher, simplement pour se venger. Il fut mis en prison, alors que tout le monde savait qu’il était Crétois. Puis elle demande le silence à Narbal, par l’entremise d’un de ses officiers, et de faire en sorte que tél s’en aille vite. Tél remercie les dieux et se réjouit de ne pas avoir décidé de mentir. Ils ont récompensé leur sincérité.
- Mais des vents favorables se lèvent. Tél peut partir avec les Chypriens. Narbal lui souhaite le plus précieux de tous les dons des dieux : la vertu pure et sans tache, jusqu’à la mort.
- Adieux pathétiques.



Livre IV

Calypso interrompt Télémaque pour le faire reposer. Mentor le blâme en secret d’avoir entrepris le récit de ses aventures, et cependant lui conseille de l’achever, puisqu’il l’a commencé. Télémaque, selon l’avis de Mentor, continue son récit. Pendant le trajet de Tyr à l’île de Chypre, il voit en songe Vénus et Cupidon l’inviter au plaisir. Minerve lui apparaît aussi, le protégeant de son égide, et Mentor, l’exhortant à fuir de l’île de Chypre. A son réveil, les Chypriens, noyés dans le vin, sont surpris dans une furieuse tempête, qui eût fait périr le navire, si Télémaque lui-même n’eût pris en main le gouvernail et commandé les manœuvres. Enfin on arrive dans l’île. Peintures des mœurs voluptueuses de ses habitants, du culte rendu à Vénus, et des impressions funestes que ce spectacle produit sur le cœur de Télémaque. Les sages conseils de Mentor, qu’il retrouve tout à coup en ce lieu, le délivrent d’un si grand danger. Le Syrien Hasaël, à qui Mentor avait été vendu, ayant été contraint par les vents de relâcher à l’île de Chypre, comme il allait en Crète pour y étudier les lois de Minos, rend à Télémaque son sage conducteur, et s’embarque avec eux pour l’île de Crète. Ils jouissent, dans ce trajet, du beau spectacle d’Amphitrite traînée dans son char par des chevaux marins.

Mais Calypso l’interrompt et l’enjoint de se reposer. Elle se livre à un éloge dythirambique et le compare aux plus grands héros mythologiques.
Mentor reproche à Tél de s’être laissé emporté dans son récit et d’avoir enflammé encore plus la déesse. Il lui reproche sa vanité.
« Je suis le seul qui vous connaît, et qui vous aime assez pour vous avertir de toutes vos fautes. Combien êtes-vous encore éloigné de la sagesse de votre père ! »
Il est obligé de continuer son récit, mais il doit le faire plus sobrement.
Puis il lui dit le lendemain matin de se méfier des douces paroles de Calypso et de craindre le poison flatteur de ses louanges.
Il reprend son récit, entouré de la déesse et des nymphes.
- Sur le vaisseau, rêve de Vénus qui l’enjoint à se laisser aller aux plaisirs de son culte sur l’île de Chypre, il voit aussi Cupidon, avec l’enjouement d’un enfant, mais quelque chose de perçant dans les yeux qui faisait peur. Il va pour le percer de sa flèche, mais Minerve apparaît et le protège de son égide : allégorie prémonitoire de ce qui va se passer sur l’île. Beauté simple, négligée, modeste, pas beauté molle et langueur passionnée de Vénus.
- Puis est dans un jardin délicieux, comme Champs-Elysées, Mentor l’enjoint de fuir l’île. Il sut, en se réveillant, que c’était avertissement divin. Mais croit que Mentor est mort.
- Mais Chypriens complètement ivres, ne voient pas la tempête arrivée. Ils pleurent au lieu d’agir. Il prend les choses en main et les délivre du péril.
- Sur l’île, air doux qui rendait les corps lâches et paresseux. Personne ne travaille, grâces affectées, pas noble simplicité et pudeur aimable.
- Il participe à un sacrifice en l’honneur de Vénus. S’accoutume peu à peu à cette mollesse et à cette ambiance délétère. En appelle à la mort pour le délivrer de la honteuse faiblesse où il se voyait.
- Mais il retrouve Mentor qui lui commande de fuir ce lieu de perdition. Il voit alors la pure lumière : joie de raison, qui a quelque chose de bienheureux et de céleste : ravissement mystique.
- Mentor doit le quitter, il appartient à Hasaël qui cherchait un grec pour l’instruire. L’enseignement de Mentor lui donne envie d’aller sur l’île de Crète pour étudier les sages lois de Minos, mais les vents les ont contraints de relâcher sur l’île de Chypre (Cythère). Tél supplie Hasaël de l’accepter comme esclave pour ne pas quitter Mentor, Hasaël libère Mentor. Puis, sur le vaisseau,  disserte avec Mentor des mœurs corrompues de cette île et sur "cette première puissance qui a formé le ciel et la terre ; de cette lumière simple, infinie et immuable, qui se donne à tous sans se partager, de cette vérité souveraine et universelle, qui éclaire tous les esprits, comme le soleil éclaire tous les corps. Celui qui ne l’a jamais vu est aveugle : il faut suivre cette raison éternelle."
- Ils assistent au beau spectacle d’Amphitrite traînée, dans son char, par des chevaux marins.
Ce triomphe d’Amphitrite : art essentiellement décoratif qui en pleine époque classique perpétue le goût de la renaissance pour la figuration mythologique. Caractéristique du style héroïque : aspect épique et fleuri. Ornement qui a sa place dans ce genre d’idylle héroïque.



Livre V

Suite du récit de Télémaque. Richesse et fertilité de l’île de Crète ; mœurs de ses habitants, et leur prospérité sous les sages lois de Minos. Télémaque, à son arrivée dans l’île, apprend qu’Idoménée, qui en était roi, vient de sacrifier son fils unique, pour accomplir un vœu indiscret ; que les Crétois, pour venger le sang du fils, ont réduit le père à quitter leur pays : qu’après de longues incertitudes, ils sont actuellement assemblés afin d’élire un autre roi. Télémaque, admis dans cette assemblée, y remporte les prix à divers jeux, et résout avec une rare sagesse plusieurs questions morales et politiques proposées aux concurrents par les vieillards, juges de l’île. Le premier de ces vieillards, frappé de la sagesse de ce jeune étranger, propose à l’assemblée de le couronner roi, et la proposition est accueillie de tout le peuple avec de vives acclamations. Cependant Télémaque refuse de régner sur les Crétois, préférant la pauvre Ithaque à la gloire et à l’opulence du royaume de Crète. Il propose d’élire Mentor, qui refuse aussi le diadème ; l’assemblée pressant Mentor de choisir pour toute la nation, il rapporte ce qu’il vient d’apprendre des vertus d’Arisiodème, et décide aussitôt l’assemblée à le proclamer roi. Bientôt après, Mentor et Télémaque s’embarquent sur un vaisseau crétois pour retourner à Ithaque. Alors Neptune, pour consoler Vénus irritée, suscite une horrible tempête, qui brise leur vaisseau. Ils échappent à ce danger en s’attachant aux débris du mât, qui, poussé par les flots, les fait aborder à l’île de Calypso.

Suite du récit : richesse et fertilité de l’île de Crète, mœurs des habitants conduits par les sages lois de Minos. Travail, agriculture prospère. Mentor leur explique ce qui fait sa richesse (il est déjà allé sur l’ile) : « L’ambition et l’avarice des hommes sont les seules sources de leur malheur : les hommes veulent tout avoir, et, ils se rendent malheureux par le désir du superflu ; s’ils voulaient vivre simplement et se contenter de satisfaire aux vrais besoins, on verrait partout l’abondance, la joie, la paix et l’union. »
Minos : éducation aux enfants : vie simple, frugale et laborieuse, vertu et gloire, fouler aux pieds les trop grandes richesses et les plaisirs honteux. Trois vices punis : l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Ni faste, ni mollesse.
L’autorité du roi : « Il peut tout sur les peuples ; mais les lois peuvent tout sur lui. » Il peut faire le bien, mais a les mains liées dès qu’il veut faire le mal. Il ne doit point avoir plus de richesse et de plaisirs, mais plus de sagesse, de vertu et de gloire. Il doit être l’homme des peuples c’est pour cela que les dieux l’ont fait roi.
- A leur arrivée, ils apprennent qu’Idoménée, de retour de Troie fit le vœu à Neptune d’immoler la première tête qu’il verra si les dieux l’aident à revoir sa patrie : devra sacrifier son propre fils. Proie de la fureur, il lui enfonce son épée dans le cœur. Les habitants lui demandent de partir, il ira chercher un nouveau royaume dans le pays des Salentins (prépare la suite).
- Mais le peuple doit élire un nouveau roi. Grande assemblée : on veut un roi dont le corps soit fort et adroit, et dont l’âme soit ornée de la sagesse et de la vertu. On appelle tous les étrangers. Tél participe aux jeux, il gagne. Lutte, le combat du ceste, course de chariots. Puis questions des plus sages de tous les crétois (éloge de la vieillesse qui détient sagesse, calme, vertu : vertu éclairée et tranquille. A partir du grand livre des lois de Minos : « C’est la loi, et non pas l’homme, qui doit régner ».
- Qui est le plus libre de tous les hommes : non un roi, ni un célibataire, un sauvage ou barbare, ni un nouvellement affranchi, un mourant, Tél : qui suit ce que lui a dit Mentor : Celui qui peut être libre dans l’esclavage lui-même, qui craint les dieux, soumis qu’aux dieux et à sa raison. C’était celle de Minos !
- Quel est le plus malheureux de tous les hommes : pas celui qui n’a ni biens, ni santé, ni honneur, ou qui n’a aucun ami, qui a des enfants ingrats et indignes de lui. Tél : toujours en se souvenant de Mentor: un roi qui croit être heureux en rendant les autres hommes misérables.
- Préférable ? Un roi guerrier ou pacificateur ? Les deux. (Très longue réponse)
On lui donne le trône, il le refuse, préférant la petite Ithaque. Mentor aussi : « Servitude déguisée, car on dépend de tous ceux dont on a besoin pour se faire obéir. ». Hasaël aussi !
- Mentor leur montre alors le sage Aristodème, mis à l’écart par Idoménée. Il accepte pour le peuple.
- Tél et Mentor se séparent de Hasaël (torrents de larmes) et montent dans le vaisseau crétois censé les amener à Ithaque.
- Mais colère de Vénus (ils l’ont offensée à Chypre). Neptune brise leur vaisseau. Tél se dit prêt à mourir, Mentor lui dit que c’est bien d’accepter la mort, mais qu’il faut aussi se battre jusqu’au bout. Et puis ce n’est pas la mer qu’il faut craindre, mais les dieux qui décident de tout. Mentor prend un mât flottant. Echouent sur l’île de Calypso. Tous les autres ont péri car ils avaient perdu courage.



Livre VI

Calypso, ravie d’admiration par le récit de Télémaque, conçoit pour lui une violente passion, et met tout en œuvre pour exciter en lui le même sentiment. Elle est puissamment secondée par Vénus, qui amène Cupidon dans l’île avec ordre de percer de ses flèches le cœur de Télémaque. Celui-ci, déjà blessé sans le savoir, souhaite, sous divers prétextes de demeurer dans l’île, malgré les sages remontrances de Mentor. Bientôt il sent pour la nymphe Eucharis une folle passion, qui excite la jalousie et la colère de Calypso. Elle jure par le Styx, que Télémaque sortira de son île, et presse Mentor de construire un vaisseau pour le reconduire à Ithaque. Tandis que Mentor entraîne Télémaque vers le rivage pour s’embarquer, Cupidon va consoler Calypso, et oblige les nymphes à brûler le vaisseau. A la vue des flammes, Télémaque ressent une joie secrète ; mais le sage Mentor, qui s’en aperçoit, le précipite dans la mer, et s’y jette avec lui, pour gagner à la nage un autre vaisseau alors arrêté auprès de l’île de Calypso.

Au point de vue psychologique, livre le plus pathétique : Télémaque fuit la double passion d’Eucharis et de Calypso, comme Enée qui échappe à Didon pour accomplir son devoir au livre IV.
« Sombre énergie » dit Ely Carcassonne, mélancolie tragique.
Les réminiscences de la poésie païenne enrichissent une conception chrétienne de la passion et enveloppent d’un voile les intentions pédagogiques.
L’invective de la déesse rappelle les plaintes d’Ariane abandonnée par Thésée dans Catulle et les imprécations de Didon, sur le point de se donner la mort. Fénelon a mis l’accent sur les éléments les plus réalistes de ces textes traditionnels.
Les contemporains virent dans la peinture de Tél et d’Eucharis un souvenir lointain des amours de Louis XIV et de Marie Mancini à qui le roi avait failli sacrifier son mariage avec l’Infante d’Espagne. Contexte et allusions contemporaines.

Calypso est folle amoureuse de Tél et fait tout pour le conquérir.
Les nymphes l’admirent et se demande qui est Mentor :
« Quand on le regarde de près, on trouve en lui je ne sais quoi au-dessus de l’homme. »
Clef : Minerve ne se découvre pas à lui car il est trop jeune pour un si lourd secret et veut l’éprouver par les plus grands dangers, s’il savait qui elle est, un tel secours l’aurait trop soutenu.
Calypso tente d’en savoir plus auprès de Mentor par des paroles flatteuses, sans succès.
Vénus, toujours irritée, convainc son fils Cupidon de l’aider. Celui-ci va dans les bras de Calypso qui sentit de suite la flamme de l’amour. Pour se soulager, elle le donne à Eucharis.
« L’enfant malin et trompeur ne caressait que pour trahir. » Mais il n’osait s’approcher de Mentor dont la sévérité l’épouvantait. Et il sentait que cet inconnu était invulnérable, perçable par aucune flèche.
Tél l’embrasse à son tour. Il fait remarquer à Mentor combien les nymphes sont différentes de celles de Chypre, Mentor se rend compte qu’il est pris au piège de l’amour.
Il cherche des excuses pour rester, se métamorphose physiquement, devient faible et abattu.
Alors Mentor décide d’exciter la jalousie de Calypso. Celle-ci laisse libre court à sa fureur (peinture de la jalousie) après une partie de chasse où elle comprend que Tél aime Eucharis.
Jupiter et les dieux de l’Olympe assistent au duel Amour contre Jalousie.
Puis elle se livre à un monologue tragique : dilemme : ne vaut-il pas mieux qu’il parte ?
Elle commande à Mentor de construire un vaisseau, Tél le voit et dit que si Mentor part, il ne lui restera que Eucharis ! Il se rend compte de son indiscrétion. Colère de Calypso qui le maudit : Il vivra d’autres tempêtes, il retrouvera son père, mais ne le reconnaîtra pas.
Cependant, Calypso s’éloigne, Eucharis la suit, Tél seul avec Mentor le supplie de l’aider, de le délivrer de tant de maux, lui n’y parvient pas seul.
Mentor : « Celui qui n’a point senti sa faiblesse et la violence de ses passions n’est point encore sage ; car il ne se connaît point encore et ne sait point se défier de soi. »
Mentor lui prend la main et l’invite à partir, mais Tél veut dire adieu à Eucharis.
Mentor : « On ne peut vaincre l’amour qu’en fuyant. »
Mais Cupidon est fou de rage, il va voir Calypso et lui redonne espoir, puis va voir les nymphes, qui convaincues, brûlent le vaisseau.
Tél allait retomber dans toutes ses faiblesses, et voyant un vaisseau arrêté au loin, il le précipite dans la mer.
Tél en s’éloignant de l’île redevient lui-même et dit :
« O mon père, que les dieux m’ont aimé en me donnant votre secours ! »
« L’amour est lui seul plus à craindre que tous les naufrages. »



Livre VII

Mentor et Télémaque s’avancent vers le vaisseau phénicien arrêté auprès de l’île de Calypso : ils sont accueillis favorablement par Adoam, frère de Narbal, commandant de ce vaisseau. Adoam, reconnaissant Télémaque, lui promet aussitôt de le conduire à Ithaque. Il lui raconte la mort tragique de Pygmalion, roi de Tyr, et d’Astarbé, son épouse ; puis l’élévation de Baléazar, que le tyran son père avait disgracié à la persuasion de cette femme. Télémaque, à son tour, fait le récit de ses aventures depuis son départ de Tyr. Pendant un repas qu’Adoam donne à Télémaque et à Mentor, Achitoas, par les doux accords de sa voix et de sa lyre, assemble autour du vaisseau les Tritons, les Néréides, toutes autres divinités de la mer, et les monstres marins eux-mêmes. Mentor, prenant une lyre, en joue avec tant d’art, qu’Achitoas, jaloux, laisse tomber la sienne de dépit. Adoam raconte ensuite les merveilles de la
 Il décrit la douce température de l’air et toutes les richesses de ce pays, dont les peuples mènent la vie la plus heureuse dans une parfaite simplicité de mœurs.

Au rythme passionné du Vie livre, succède une sérénité non dénuée de tout sentiment, mais équilibre des sensations. La Bétique, ébauche de Salente. Pays imaginaires.

Mentor et Télémaque s’avancent vers le vaisseau phénicien arrêté auprès de l’île de Calypso : ils sont accueillis favorablement par Adoam, frère de Narbal, commandant de ce vaisseau.
Tél laisse parler Mentor : « car les fautes qu’il avait faites dans l’île de Calypso augmentèrent beaucoup sa sagesse. Il se défiait de lui-même ; il sentait le besoin de suivre toujours les sages conseils de Mentor… »

Adoam, reconnaissant Télémaque, lui promet aussitôt de le conduire à Ithaque. Il lui raconte la mort tragique de Pygmalion, roi de Tyr, et d’Astarbé, son épouse :
Astarbé convainc Pygmalion que son fils Phadaël avait conspiré contre lui, car elle veut mettre sur le trône un jeune Tyrien, Joazar. Il le fait tuer, et exile son autre fils Baléazar à Samos, sous prétexte d’apprendre les mœurs et les sciences de la Grèce. Astarbé fait en sorte que ceux qui conduisaient le navire fassent naufrage et le jettent au fond de la mer. Pygmalion aveuglé par par son amour pour sa méchante femme ne se doute de rien ! Elle réussit à l’empoisonner, malgré toutes les précautions de son mari, qui prépare lui-même ses plats et la fait manger en premier, mais elle avait pris du contre-poison. Et elle feint une terrible douleur, puis le voyant sans forces, l’étouffa. Elle donne anneau royal et couronne à Joazar.
Narbal retrouve Baléazar, recueilli par des pêcheurs crétois. On l’aimait à cause de sa douceur et de sa modération. Ses malheurs lui donnaient un éclat qui rehaussait toutes ses qualités.
Proclamé roi. Astarbé est arrêtée alors qu’elle tentait de fuir déguisée en esclave. Tente de séduire Baléazar, accuse Narbal de trahison. Mais le roi la jette en prison. Condamnée à être brûlée à petit feu pour ses grands crimes, mais elle s’empoisonne. Descrition de la rage et de l’impiété qui se voyaient sur son visage.
Baléazar rend grâce aux dieux par d’innombrables sacrifices. Devient un bon roi : fait refleurir le commerce, prend Narbal pour les principales affaires, écoute tous les avis, aimé des peuples.

A son tour, Télémaque fait le récit de ses aventures depuis son départ de Tyr. Pendant un repas qu’Adoam donne à Télémaque et à Mentor, Achitoas, par les doux accords de sa voix et de sa lyre, assemble autour du vaisseau les Tritons, les Néréides, toutes autres divinités de la mer, et les monstres marins eux-mêmes.

Tél hésite à en profiter, mais Mentor : "Personne ne souhaitera plus que moi que vous goutiez des plaisirs mais des plaisirs qui ne vous passionnent ni ne vous amollissent point. […] Je vous souhaite des plaisirs doux et modérés. […] La sagesse n’a rien d’austère ni d’affecté ; c’est elle qui donne les vrais plaisirs."

Mentor, prenant une lyre, en joue avec tant d’art, qu’Achitoas, jaloux, laisse tomber la sienne de dépit. Adoam raconte ensuite les merveilles de la Bétique :
 Il décrit la douce température de l’air et toutes les richesses de ce pays, dont les peuples mènent la vie la plus heureuse dans une parfaite simplicité de mœurs.

- La douceur du climat est le symbole des vertus de ceux qui y habitent.
-« Ce pays semble avoir conservé les délices de l’âge d’or. »
Les peuples n’aiment pas l’or et l’argent en profusion dans le pays : « Ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme. »
- Sont presque tous bergers ou laboureurs, peu d’artisans, seuls les arts qui servent aux véritables nécessités des hommes. Les femmes filent et font le pain, les hommes cultivent les terres et élèvent les troupeaux. Aucun luxe comme d’autres peuples : inventions de la vanité et de la mollesse, ces peuples se corrompent eux-mêmes.
- Ils vivent tous ensemble sans partager les terres ; chaque famille est gouvernée par son chef, qui en est le véritable roi.
- Innocence des mœurs, horreur du vice, car leur propre conscience les juge.
- Cette apologie de la simplicité s’inspire de Fleury, Les Mœurs des Israélites, de L’odyssée et de la République.
- Fénelon fonde ici une cité toute mystique où les êtres connaissent un bonheur quasi évangélique. Rappelle L’Utopie de More, en Bétique, chacun se dépouille du superflu, mais de toute attache au nécessaire qui serait un obstacle à l’union de l’âme avec son principe. Exaltation de la restriction différente du mythe du bon sauvage.
- Pas de propriété : Pour Fénelon, la propriété découle de la loi civile et non du droit naturel : convention née de nos imperfections : République.
- Politesse non bannie, civilité raffinée des mœurs, mais la fonder sur la vérité des sentiments et simplicité du cœur.
- Pas d’esclavage ni de guerres, seulement pour défendre sa liberté.
- Ne boivent pas de vin, corrupteur.
- Monogamie, paix des ménages, grande fidélité et confiance.
- Pas de commerce, car se suffisent à eux-mêmes et se contentent de ce que leur donne la nature.
- Tél est convaincu.



Livre VIII
Vénus, toujours irritée contre Télémaque, demande sa perte à Jupiter ; mais les destins ne permettant pas qu’il périsse, la déesse va solliciter de Neptune les moyens de l’éloigner d’Ithaque, où le conduisait Adoam. Aussitôt Neptune envoie au pilote Acamas une divinité trompeuse qui lui enchante les sens et le fait entrer à pleines voiles dans le port de Salente, au moment où il croyait arriver à Ithaque. Idoménée, roi de Salente, fait à Télémaque et à Mentor l’accueil le plus affectueux : il se rend avec eux au temple de Jupiter, où il avait ordonné un sacrifice pour le succès d’une guerre contre les Manduriens. Le sacrificateur, consultant les entrailles des victimes, fait tout espérer à Idoménée, et l’assure qu’il devra son bonheur à ses deux nouveaux hôtes.

Livre VIII à XI : l’action s’ordonne autour de Salente : essai pratique de la politique félonienne.

- « Les immortels rient des affaires les plus sérieuses qui agitent les faibles mortels, et elles leur paraissent des jeux d’enfants. Ce que les hommes appellent grandeur, gloire, puissance, profonde politique, ne parait à ces suprêmes divinités que misère et faiblesse. » (Voltaire  dit de même ?)

- Mentor : « Jupiter vous éprouve ; mais il ne veut pas votre perte :au contraire, il ne vous éprouve que pour vous ouvrir le chemin de la gloire. »

- Les Salentins se disaient en voyant Mentor et Tél : « Quand les dieux sont descendus sur la terre pour se communiquer aux mortels, sans doute qu’ils ont pris de telles figures d’étrangers et de voyageurs. »

- Le prêtre Théophane, ami des dieux et prêtre du temple : « Je vois un jeune héros que la Sagesse mène par la main. »

Idoménée raconte comment il dépend de ses flatteurs. Tél veut attaquer ses ennemis.



Livre IX

Idoménée fait connaître à Mentor le sujet de la guerre contre les Manduriens et les mesures qu’il a prises contre leurs incursions. Mentor lui montre l’insuffisance de ces moyens et lui en propose de plus efficaces. Pendant cet entretien les Manduriens se présentent aux portes de Salente avec une nombreuse armée composée de plusieurs voisins, qu’ils avaient mis dans leurs intérêts. A cette vue, Mentor sort précipitamment de Salente et va seul proposer aux ennemis les moyens de terminer la guerre sans effusion de sang. Bientôt Télémaque le suit, impatient de connaître l’issue de cette négociation. Tous deux offrent de rester comme otages auprès des Manduriens, pour répondre de la fidélité d’Idoménée aux conditions de paix qu’il propose. Après quelque résistance, les Manduriens se rendent aux sages remontrances de Mentor, qui fait aussitôt venir Idoménée pour conclure la paix en personne. Ce prince accepte sans balancer toutes les conditions proposées par Mentor. On se donne réciproquement des otages, et l’on offre en commun des sacrifices pour la confirmation de l’alliance : après quoi Idoménée rentre dans la ville avec les rois et les principaux chefs alliés des Manduriens (Dont le grec Nestor)

- Autant que Minerve est au-dessus de Mars, autant une valeur discrète et prévoyante surpasse-t-elle un courage bouillant et farouche.
- Les deux gloires décrites par le vieillard mandurien : - Nous avons horreur de cette brutalité, qui, sous de beaux noms d’ambition et de gloire, va follement ravager les provinces et répand le sang des hommes, qui sont tous frères.
- Nous ferons gloire d’être toujours ignorants et barbares, mais justes, humains, fidèles, désintéressés, accoutumés à nous contenter de peu et à mépriser la vaine délicatesse qui fait qu’on a besoin d’avoir beaucoup.
- Mentor :       - Mais la hauteur et la fierté attirent les guerres les plus dangereuses.
                        - Le rempart le plus sûr d’un Etat est la justice, la modération, la bonne foi et l’assurance où sont vos voisins que vous êtes incapable d’usurper leurs terres.
                        - La guerre est le plus grand des maux dont les dieux affligent les hommes.
- Idoménée : O sage vieillard envoyé par les dieux pour réparer mes fautes ; j’avoue que je me serais irrité contre tout autre qui m’aurait parlé aussi librement que vous ; j’avoue qu’il n’y a que vous seul qui puissiez m’obliger à rechercher la paix. [ …] Toute la sagesse des dieux est en vous.
                        - [En tendant le rameau d’olivier] il parut avec une majesté et une autorité qui est au-dessus de tout ce qu’on voit dans les plus grands d’entre les mortels. [Il prononce] des paroles enchantées dont le charme enlevait le cœur. (Christ). En parlant, il se faisait aimer, il se faisait croire.
                        - Que cette paix, fondée sur la justice et sur la bonne foi, soit le modèle de toutes les paix qui se feront à l’avenir chez toutes les nations de la terre.
NB : Chapitre d’une épopée sans guerre.
NB : Les sacrifices finals : traditions païennes.
Troyes sert surtout de contre-exemple : la guerre est néfaste.
                        - Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels.
                        - La vraie gloire ne se trouve pas hors de l’humanité. […] Elle ne se trouve que dans la modération et la bonté. (Christ)
Mais annonce d’une guerre juste, car sert à délivrer d’un tyran : Adraste, roi des Dauniens : il veut des esclaves et des adorateurs. Il ne compte pour un bien solide et réel que l’avantage de posséder de grandes richesses, d’être craint et de fouler à ses pieds tout le genre humain.

Leçon de politique, utilité d’une diplomatie conforme à la morale et étrangère à tout machiavélisme.



Livre X

Les alliés proposent à Idoménée d’entrer dans leur ligue contre les Dauniens. Ce prince y consent et leur promet des troupes. Mentor le désapprouve de s’être engagé si légèrement dans une nouvelle guerre, au moment où il avait besoin d’une longue paix pour consolider, par de sages établissements, sa ville et son royaume à peine fondés. Idoménée reconnaît sa faute, et, aidé des conseils de Mentor, il amène les alliés à se contenter d’avoir dans leur armée Télémaque avec cent jeunes Crétois. Sur le point de partir, et faisant ses adieux à Mentor, Télémaque ne peut s’empêcher de témoigner quelque surprise de la conduite d’Idoménée. Mentor profite de cette occasion pour faire sentir à Télémaque combien il est dangereux d’être injuste en se laissant aller à une critique rigoureuse contre ceux qui gouvernent. Après le départ des alliés, Mentor examine en détail la ville et le royaume de Salente, l’état de son commerce et toutes les parties de l’administration. Il fait faire à Idoménée de sages règlements pour le commerce et pour la police, il lui fait partager le peuple en sept classes, dont il distingue les rangs par la diversité des habits. Il retranche le luxe et les arts inutiles, pour appliquer les artisans aux arts nécessaires, au commerce, et surtout à l’agriculture, qu’il remet en honneur ; enfin, il ramène tout à une noble et frugale simplicité. Heureux effets de cette réforme.

- Deux parties : Conduite que doit tenir Idoménée dans la confédération et engagement de Tél aux côtés des alliés. Puis quittant la diplomatie pour l’économie politique : programme d’administration de la Cité.

- Il pousse Idoménée à s’humilier (Double de Louis XIV : amour du faste et de la construction et habitude d’avoir été flatté). Voir la maxime dans Lettre à Louis XIV : « Ainsi Dieu saura bien […] vous humilier pour vous convertir. […] Il faut vous humilier sous la puissante main de Dieu, si vous ne voulez pas qu’il vous humilie. » : Mystique, penseur ascétique, il a toujours estimé que « l’œuvre de Dieu est une œuvre de mort » vue sous l’angle humain, et que seule l’humiliation (en d’autres termes l’échec) enracinent l’individu dans la vérité.

- Programme : Recensement de la population, examen du commerce intérieur et extérieur, lois contre le luxe (voir ses Plans de gouvernement). Austérité quasi spartiate qui s’inspire de Platon et des maximes évangéliques.
- Socialisme utopique et autoritaire :il veut contraindre l’individu à la vertu et au pur amour en le détournant des sollicitations vaines.
- Pas goût du rare et du précieux. Veut un art précis, incarné, ordonné à des fins utiles (à l’image de son livre et de son style). Lettre à l’Académie : » Ce n’est ni le difficile, ni le rare, ni le merveilleux que je cherche ; c’est le beau simple, aimable et commode que je goûte. »
- Agrarianisme : idéal moral et esthétique, Virgile et Horace. Humanisme
- Le mysticisme de Fénelon se pare d’un voile tout mythologique qui en efface au premier abord l’aspect implacable.

Idoménée :       - Non, je n’ai jamais trouvé personne qui m’ait assez aimé pour vouloir me déplaire en me disant la vérité toute entière.

Mentor à Tél: - Un roi quelque bon et sage qu’il soit est encore homme.
                        - Souvenez-vous que ceux qui craignent les dieux n’ont rien à craindre des hommes.

Tél faillit même reconnaître la déesse en Mentor.
- Mentor ramenait toutes choses à une noble et frugale simplicité.
- C’est la mollesse et l’oisiveté qui rendent les peuples insolents et rebelles.
- Veillez vous-même, vous qui n’êtes roi, c’est-à-dire pasteur du peuple, que pour veiller nuit et jour sur votre troupeau.



Livre XI
Idoménée raconte à Mentor la cause de tous ses malheurs, son aveugle confiance en Protésilas et les artifices de ce favori pour le dégoûter du sage et vertueux Philoclès ; comment, s’étant laissé prévenir contre celui-ci au point de le croire coupable d’une horrible conspiration, il envoya secrètement Timocrate pour le tuer, dans une expédition dont il était chargé. Timocrate, ayant manqué son coup, fut arrêté par Philoclès, auquel il dévoila toute la trahison de Protésilas. Philoclès se retira aussitôt dans l’île de Samos, après avoir remis le commandement de sa flotte à Polymène, conformément aux ordres d’Idoménée. Ce prince découvrit enfin les artifices de Protésilas ; mais il ne put se résoudre à le perdre, et continua même de se livrer aveuglément à lui, laissant le fidèle Philoclès pauvre et déshonoré dans sa retraite. Mentor fait ouvrir les yeux à Idoménée sur l’injustice de cette conduite ; il l’oblige à faire conduire Protésilas et Timocrate dans l’île de Samos et à rappeler Philoclès, pour le remettre en honneur. Hégésippe, chargé de cet ordre, l’exécute avec joie. Il arrive avec les deux traîtres à Samos, où il revoit son ami Philoclès content d’y mener une vie pauvre et solitaire. Celui-ci ne consent qu’avec beaucoup de peine à retourner parmi les siens ; mais, après avoir reconnu que les dieux le veulent, il s’embarque avec Hégésippe et arrive à Salente, où Idoménée, entièrement changé par les sages avis de Mentor, lui fait l’accueil le plus honorable et concerte avec lui les moyens d’affermir son gouvernement.

Les contemporains interprétèrent la rivalité de Protésilas et de Philoctète comme une image de l’opposition de Louvois et de Turenne. Voire même l’exil de Fouquet (1661).
Chronologiquement : retour en arrière, récit d’Idoménée : procédé habituel du roman du XVIIe siècle + tradition de l’épopée.

Quand Idoménée reçoit Protésilas et lui fait savoir qu’il regrette son attitude passée envers lui : « Cet aveu, bien loin de paraître une faiblesse dans un roi, fut regardé par tous les Salentins comme l’effort d’une grande âme, qui s’élève au-dessus de ses propres fautes en les avouant avec courage pour les réparer. »

Dernière phrase du chapitre : Minerve, sous la figure de Mentor, établissait ainsi dans Salente toutes les meilleures lois et les plus utiles maximes de gouvernement, moins pour faire fleurir le royaume d’Idoménée que pour montrer à Tél, quand il reviendrait, un exemple sensible de ce qu’un sage gouvernement peut faire pour rendre les peuples heureux et pour donner à un bon roi une gloire durable. (mise en abyme : Fénelon/duc)



Livre XII

Télémaque, pendant son séjour chez les alliés, gagne l’affection de leurs principaux chefs et celle même de Philoctète, d’abord indisposé contre lui à cause d’Ulysse, son père. Philoctète lui raconte ses aventures et l’origine de sa haine contre Ulysse : il lui montre les funestes effets de la passion de l’amour par l’histoire tragique de la mort d’Hercule. Il lui apprend comment il obtint de ce héros les flèches fatales sans lesquelles la ville de Troie ne pouvait être prise ; comment il fut puni d’avoir trahi le secret de la mort d’Hercule par tous les maux qu’il eut à souffrir dans l’île de Lemnos ; enfin, comment Ulysse se servit de Néoptolème pour l’engager à se rendre au siège de Troie, où il fut guéri de sa blessure par les fils d’Esculape.

Chapitre avant tout culturel : Rappeler au duc certains textes qu’il n’a pu lire dans le grec. Sophocle et Les Métamorphoses d’Ovide.
Hercule regrette son amour pour la reine de Lydie, Omphale. Mais il retombe amoureux : Déjanire, qu’il épousa, mais la trompa avec Iole. Elle lui donne la tunique du centaure Nessus, et il sentit un feu dévorant qui le fit hurler. En voulant la déchirer, il déchire sa propre chair. Il monte sur un bucher et Philoctète allume le brasier. Hercule lui donne ses flèches trempées dans le sang de l’hydre de Lerne, dont les blessures sont incurables, mais il lui fait promettre de ne jamais dévoiler sa mort et le lieu où se trouvent ses cendres.
Ulysse vient lui demander son aide pour la guerre de Troyes. Il ne dit rien de la mort d’hercule, mais frappe du pied à l’endroit des cendres. Pour le punir, il fera tomber une des flèches sur son pied, lors d’une chasse. Il pue tant que les Grecs l’abandonnent, même Ulysse. Vit seul, dans la souffrance, se sert des flèches pour se nourrir, pendant dix ans.
Mais le fils d’Achille, Néoptolème, vient le voir, lui avoue, après lui avoir conté son histoire, qu’il est là pour le ramener au siège de Troyes. Ulysse est là aussi. Un oracle a prédit la victoire grâce à celui qui porte les flèches d’Hercule, qui sera guéri par les fils d’Esculape. Hercule lui-même lui dit d’y aller. En effet, il tuera Parîs et sera guéri.




Livre XIII

Télémaque, pendant son séjour chez les alliés, trouve de grandes difficultés pour se ménager parmi tant de rois jaloux les uns des autres. Il entre en différend avec Phalante, chef des Lacédémoniens, pour quelques prisonniers faits sur les Dauniens, et que chacun prétendait lui appartenir. Pendant que la cause se discute dans l’assemblée des rois alliés, Hippias, frère de Phalante, va prendre les prisonniers pour les emmener à Tarente. Télémaque irrité attaque Hippias avec fureur et le terrasse dans un combat singulier. Mais bientôt, honteux de son emportement, il ne songe qu’au moyen de le réparer. Cependant Adraste, roi des Dauniens, informé du trouble et de la consternation occasionnés dans l’armée des alliés par le différend de Télémaque et d’Hippias, va les attaquer à l’improviste. Après avoir surpris cent de leurs vaisseaux pour transporter ses troupes dans leur camp, il y met d’abord le feu, commence l’attaque par le quartier de Phalante, tue son frère Hippias, et Phalante lui-même tombe percé de coups. A la première nouvelle de ce désordre, Télémaque, revêtu de ses armes divines, s’élance hors du camp, rassemble autour de lui l’armée des alliés et dirige les mouvements avec tant de sagesse qu’il repousse en peu de temps l’ennemi victorieux. Il eût même remporté une victoire complète, si une tempête survenue n’eût séparé les deux armées. Après le combat, Télémaque visite les blessés et leur procure tous les soulagements dont ils peuvent avoir besoin. Il prend un soin particulier de Phalante et des funérailles d’Hippias, dont il va lui-même porter les cendres à Phalante dans une urne d’or.

Ce livre montre le danger de la division entre les alliés s’achève sur une laçon plus haute : le pardon des injures. Mais comme toujours dans le roman, la morale évangélique se revêt de souvenirs antiques. Note sombre des funérailles annonce la descente aux Enfers.

Le combat d’Hippias et de Tél est librement inspiré de L’Iliade d’Homère et de L’Enéide de Virgile. De même, Vénus intervient en faveur de Pâris dans L’Iliade et Minerve en faveur de Ménélas sur le champ de bataille.

Tél semble désormais le centre naturel de toute l’action du livre. Son deploratio, lors des funérailles : accent pathétique. Lyrisme du grand tragique chez qui « tout est douleur ».

Vanité : « Il se regardait comme étant d’une autre nature que le reste des hommes.
Tél, plein d’une noble ardeur, ne pouvait être retenu que par le seul Mentor.
Lors de son altercation avec Hippias : « Ce n’était plus ce sage Tél instruit par Minerve sous la figure de Mentor ; c’était un frénétique ou un lion furieux. »

Les soldats, quand Tél vient visiter les blessés : « Ce n’est pas un homme, c’est sans doute quelque divinité bienfaisante sous une figure humaine. […] Il n’est sur la terre que pour faire du bien. »



Livre XIV

Télémaque, persuadé par divers songes que son père Ulysse n’est plus sur la terre, exécute le dessein, qu’il avait conçu depuis longtemps, de l’aller chercher dans les enfers. Il se dérobe du camp pendant la nuit, et se rend à la fameuse caverne d’Achérontia. Il s’y enfonce courageusement et arrive bientôt au bord du Styx, où Charon le reçoit dans sa barque. Il va se présenter devant Pluton, qui lui permet de chercher son père dans les enfers. Il traverse d’abord le Tartare, où il voit les tourments que souffrent les ingrats, les parjures, les impies, les hypocrites, et surtout les mauvais rois. Il entre ensuite dans les Champs Elysées, où il contemple avec délices la félicité dont jouissent les hommes justes, et surtout les bons rois, qui, pendant leur vie, ont sagement gouverné les hommes. Il est reconnu par Arcésius, son bisaïeul, qui l’assure qu’Ulysse est vivant et qu’il reprendra bientôt l’autorité dans Ithaque, où son fils doit régner après lui. Arcésius donne à Télémaque les plus sages instructions sur l’art de régner. Il lui fait remarquer combien la récompense des bons rois, qui ont principalement excellé par la justice et par la vertu, surpasse la gloire de ceux qui ont excellé par la valeur. Après cet entretien, Télémaque sort du ténébreux empire de Pluton et retourne promptement au camp des alliés.

Fénelon veut rendre sensible « l’inconcevable beauté des béatitudes et des contemplations de ces âmes fortunées », d’où l’accent tout intellectuel des Champs Elysées féneloniens où la doctrine du Pur Amour irradie naturellement un univers mythologique.
Nous y retrouvons le thème du Pur Amour et de la « désappropriation » qu’il implique : Ainsi dit Minos à l’homme qu’il est en train de juger avec deux autres juges : « Tu n’as manqué à aucun devoir envers les hommes […] ; tu as été vertueux : mais tu as rapporté toute ta vertu à toi-même : tu as été ta divinité.
[…] Sa conscience, dont le témoignage lui avait été si doux, s’élève contre lui et lui reproche amèrement l’égarement et l’illusion de toutes ses vertus, qui n’ont point eu le culte de la divinité pour principe et pour fin. […] Ma vertu n’était qu’un orgueil impie et aveugle : j’étais moi-même mon idole.»
Ainsi, même vertueux, le « moi » qui ne tendrait pas à la seule glorification de Dieu est un obstacle à la vision béatifique, et est source ontologique de toute douleur.

Phase d’enseignement particulièrement importante : [Les paroles d’Arcésius] : « Ces paroles entraient jusqu’au fond du cœur de Tél : elles s’y gravaient comme un habile ouvrier, avec son burin, grave sur l’airain les figures ineffaçables qu’il veut montrer aux yeux de la plus reculée postérité. »
- Il se sentit ému et embrasé ; je ne sais quoi de divin semblait fondre son cœur au-dedans de lui. 
Pour Fénelon, Dieu est lui-même notre béatitude, la sainteté est donc conformité à la volonté divine, le mal attachement à soi. Le Paradis et l’Enfer existent donc virtuellement au fond de notre cœur.
Dans Manuel de Piété : « Je le porte, je le glorifie en mon cœur, il vit en moi. Ce n’est pas moi qui vis ; c’est lui qui vit, triomphant dans sa créature de boue, et qui la fait vivre en lui seul. »
- [Les bons rois] ne font tous ensemble qu’une seule voix, une seule pensée, un seul cœur : une même félicité fait comme un flux et reflux dans ces âmes unies.
Fénelon peint ici la béatitude comme l’épanouissement de la contemplation infuse qui unit en Dieu toutes les âmes désappropriées.



Livre XV

Télémaque, dans une assemblée des chefs de l’armée, combat la fausse politique qui leur inspirait le dessein de surprendre Venuse, que les deux partis étaient convenus de laisser en dépôt entre les mains des Lucaniens. Il ne montre pas moins de sagesse à l’occasion de deux transfuges, dont l’un, nommé Acanthe, était chargé par Adraste de l’empoisonner ; l’autre, nommé Dioscore, offrait aux alliés la tête d’Adraste. Dans le combat qui s’engage ensuite, Télémaque excite l’admiration universelle par sa valeur et sa prudence : il porte de tous côtés la mort sur son passage, en cherchant Adraste dans la mêlée. Adraste, de son côté, le cherche avec empressement, environné de l’élite de ses troupes, qui fait un horrible carnage des alliés et de leurs plus vaillants capitaines. A cette vue, Télémaque, indigné, s’élance contre Adraste, qu’il terrasse bientôt et qu’il réduit à lui demander la vie. Télémaque l’épargne généreusement ; mais comme Adraste, à peine relevé, cherchait à le surprendre de nouveau, Télémaque le perce de son glaive. Alors les Dauniens tendent les mains aux alliés en signe de réconciliation et demandent, comme l’unique condition de paix, qu’on leur permette de choisir un roi de leur nation.

Forme une sorte de diptyque avec le livre seize, les deux s’ouvrent sur des entretiens diplomatiques, mais dans celui-ci : sagesse de Tél vis-à-vis des traitres, et dans l’autre : funérailles de Pisistrate, fils du sage Nestor.
Pour Fénelon, le domaine politique n’était pas distinct du domaine religieux. Approuve les critiques que Fleury avait faites du machiavélisme politique (Œuvres, Réflexion sur les œuvres de Machiavel). Hardiesse et modernisme en recommandant l’arbitrage et la médiation comme meilleurs moyens de résoudre les conflits internationaux : haine de la guerre et de la perfidie. Aucune fin ne justifie jamais des moyens indignes.
Tél : Faut-il repousser la fraude par la fraude ? Sera-t-il dit que tant de rois […] seront trompeurs comme [leur ennemi Adraste] ?

On croyait voir reluire en lui la sagesse de Minerve, qui l’inspirait.
Il marchait ; et tous les rois, oubliant leur âge et leur dignité, se sentaient entraînés par une force supérieure qui leur faisait suivre ses pas.

Combat avec Périandre : épopée
Il voit les troupes fuir devant Adraste : « De loin, il pousse un cri qui se fait entendre aux deux armées.»
«  Ce cri de Tél porte le courage et l’audace dans le cœur des siens ; il glace d’épouvante les ennemis : Adraste même a honte de se sentir troublé. »

Force dramatique du combat Tél/Adraste.
Dans toute l’œuvre, Fénelon ne cesse de se servir des forces de la nature pour mettre en valeur les actions héroiques par des comparaisons signifiantes : « les deux combattants s’allongent, se replient, s’abaissent, se relèvent tout à coup, et enfin se saisissent. Le lierre, en naissant au pied d’un ormeau, n’enserre pas plus étroitement le tronc dur et noueux par ses rameaux entrelacés jusqu’aux plus hautes branches de l’arbre, que ces deux combattants se serrent l’un l’autre. »

« Dauniens, vous le voyez, la victoire est à nous : l’impie ne se sauve que par la trahison (Adraste fuit derrière un arbre). Celui qui ne craint point les dieux craint la mort ; au contraire, celui qui les craint ne craint rien qu’eux. »
Face à la tête de Métrodore (beau et naturel excellent mais corrompu par les mauvais exemples et les plaisirs) : « Hélas ! voilà ce que fait le poison de la prospérité pour un jeune prince : plus il a d’élévation et de vivacité, plus il s’égare et s’éloigne de tout sentiment de vertu. Et maintenant je serais peut-être de même, si les malheurs où je suis né, grâce aux dieux, et les instructions de Mentor ne m’avaient appris à me modérer. »
« La fraude et l’inhumanité sapent peu à peu tous les plus solides fondements de l’autorité légitime. »




Livre XVI

Les chefs de l’armée s’assemblent pour délibérer sur la demande des Dauniens. Télémaque, après avoir rendu les derniers devoirs à Pisistrate, fils de Nestor, se rend à l’assemblée, où la plupart sont d’avis de partager entre eux le pays des Dauniens, et offrent à Télémaque, pour sa part, la fertile contrée d’Arpine. Bien loin d’accepter cette offre, Télémaque fait voir que l’intérêt commun des alliés est de laisser aux Dauniens leurs terres et de leur donner pour roi Polydamas, fameux capitaine de leur nation, non moins estimé pour sa sagesse que pour sa valeur. Les alliés consentent à ce choix, qui comble de joie les Dauniens. Télémaque persuade ensuite à ceux-ci de donner la contrée d’Arpine à Diomède, roi d’Etolie, qui était alors poursuivi avec ses compagnons par la colère de Vénus, qu’il avait blessée au siège de Troie. Les troubles étant ainsi terminés, tous les princes ne songent plus qu’à se séparer pour s’en retourner chacun dans son pays.

Funérailles : thème du deploratio, dont Fénelon apprécie le pathétique : lyrisme de Sophocle. « Tout y est douleur. C’est plutôt un gémissement, ou un cri qu’un discours. » (Lettre à l’Académie)
« Il passait des heures entières sans prononcer aucune parole, mais gémissant et levant les mains et les yeux noyés de larmes vers le ciel. »
« Il est sage, il est vaillant – se disaient-ils en secret les uns aux autres- il est l’ami des dieux et le vrai héros de notre âge ; il est au-dessus de l’humanité. […] Il est humain. […] Il est les délices de ceux qui vivent avec lui ; il s’est défait de sa hauteur, de son indifférence et de sa fierté. »



Livre XVII

Télémaque, de retour à Salente, admire l’état florissant de la campagne ; mais il est choqué de ne plus retrouver dans la ville la magnificence qui éclatait partout avant son départ. Mentor lui donne les raisons de ce changement : il lui montre en quoi consistent les solides richesses d’un État et lui expose les maximes fondamentales de l’art de gouverner. Télémaque ouvre son cœur à Mentor sur son inclination pour Antiope, fille d’Idoménée. Mentor loue avec lui les bonnes qualités de cette princesse, l’assure que les dieux la lui destinent pour épouse, mais que maintenant il ne doit songer qu’à partir pour Ithaque. Idoménée, craignant le départ de ses hôtes, parle à Mentor de plusieurs affaires embarrassantes qu’il avait à terminer, et pour lesquelles il avait encore besoin de son secours. Mentor lui trace la conduite qu’il doit suivre et persiste à vouloir s’embarquer au plus tôt avec Télémaque. Idoménée essaie encore de les retenir en excitant la passion de ce dernier pour Antiope. Il les engage dans une partie de chasse dont il veut donner le plaisir à sa fille. Elle y eût été déchirée par un sanglier, sans l’adresse et la promptitude de Télémaque, qui perça de son dard l’animal. Idoménée, ne pouvant plus retenir ses hôtes, tombe dans une tristesse mortelle. Mentor le console, et obtient enfin son consentement pour partir. Aussitôt on se quitte avec les plus vives démonstrations d’estime et d’amitié.

Des maximes politiques de plus en plus désenchantées entourent souplement deux admirables tableaux : la partie de chasse et la marine où l’on voit le vaisseau paré pour emporté Tél et Mentor en Ithaque.

Mentor à Tél : « Souvent on tire plus de fruit de ses fautes que de ses belles actions. »
- Souvenez-vous ô Tél qu’il y a deux choses pernicieuses, dans le gouvernement des peuples, auxquelles on n’apporte presque jamais aucun remède : la première est une autorité injuste et trop violente dans les rois ; la seconde est le luxe, sui corrompt les mœurs. […] Comme la trop grande autorité empoisonne les rois, le luxe empoisonne toute une nation.
- [Pour remédier à ces maux] : Qui le pourra entreprendre, si ce n’est un roi philosophe, qui sache, par l’exemple de sa propre modération, faire honte à tous ceux qui aiment une dépense fastueuse et encourager les sages, qui seront bien aises d’être autorisés dans une honnête frugalité ?: L’ascétisme de cette conception politique est platonicienne autant que chrétienne : voir La République et le rôle dévolu au roi philosophe (à rechercher).
- Tél : « Ici, tout est l’ouvrage d’une sagesse céleste. »

Attention : non un idéal, car Idoménée est encore faible, et il veut tout faire lui-même, ne veut pas déléguer, grosse erreur selon Mentor : « Un roi doit gouverner en choisissant et en conduisant ceux qui gouvernent sous lui. »
S’ensuit une longue comparaison entre les devoirs d’un roi, qui doit avoir une vue d’ensemble et ne pas se soucier des détails et un chef d’orchestre ou un architecte, qui peut se lire comme une métaphore de l’œuvre elle-même.

- Les dieux vous aiment et vous préparent un règne plein de sagesse. Tout ce que vous voyez ici est fait moins pour la gloire d’Idoménée que pour votre instruction.

- La religion vient des dieux, elle est au-dessus des rois.
- Mentor qui réglait tous les moments de la vie de Tél pour l’élever à la plus haute gloire, ne l’arrêtait en chaque lieu qu’autant qu’il le fallait pour exercer sa vertu et pour lui faire acquérir de l’expérience.

Mentor reproche à Tél sa faiblesse, il n’ose pas dire à Idoménée qu’il doit s’en aller, parce qu’il n’aime pas voir la peine des autres.
Tél s’y emploie, puis Mentor vient à sa rescousse. Il lui assure qu’il reviendra et dit : "Je ne cherche ni biens ni autorité sur la terre ; je ne veux qu’aider ceux qui cherchent la justice et la vertu." (Figure christique).



Livre XVIII

Pendant la navigation, Télémaque s’entretient avec Mentor sur les principes d’un sage gouvernement, et en particulier sur les moyens de connaître les hommes, pour les chercher et les employer selon leurs talents. Pendant cet entretien, le calme de la mer les oblige à relâcher dans une île où Ulysse venait d’aborder : Télémaque le rencontre et lui parle sans le reconnaître ; mais après l’avoir vu s’embarquer, il ressent un trouble secret dont il ne peut concevoir la cause. Mentor la lui explique, et l’assure qu’il rejoindra bientôt son père ; puis il éprouve encore sa patience en retardant son départ, pour faire un sacrifice à Minerve. Enfin la déesse elle-même, cachée sous la figure de Mentor, reprend sa forme et se fait connaître. Elle donne à Télémaque ses dernières instructions et disparaît. Alors Télémaque se hâte de partir, et arrive à Ithaque, où il retrouve son père chez le fidèle Eumée.

Avec le 14: Le plus marqué par la mystique de son auteur et parallèlement celui où les merveilleux se déploie le plus librement.
Deux scènes principales : Rencontre avec son père et la transfiguration de Mentor. Donne une signification surnaturelle aux navigations du fils d’Ulysse : L’homme – Télémaque – en cette vie ne fait guère que pressentir le Bien désiré – Ulysse – et c’est déjà une faveur que le sentiment de joie qui accompagne l’intuition de sa présence voilée – la Révélation totale impliquant la mort de notre moi, la prosternation anéantie de toutes nos puissances.

Sur le plan de l’action : terme de la quête. Tél retrouve son père.
Pour exprimer l’émotion confuse de Tél, Fénelon glisse dans un développement tout mythologique des emprunts à la prière du Christ lors de la Cène (Jean, XIV, 17)

Le caractère abrupt des dernières lignes n’est pas sans mélancolie.

Nathalie LECLERCQ




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