lundi 8 avril 2013

RIMBAUD, LE MAL, COMMENTAIRE





Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement ! ... —

— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !


 Commentaire de « Le Mal »
   Le sonnet “Le Mal” a été inspiré à Rimbaud par la guerre franco-prussienne (Nap. III déclare la guerre à la Prusse en juillet 1870. Capitulation de Sedan le 2 septembre 1870), l’enfant sage des premières années de collège a déjà commencé de lancer sur sa ville natale et sur l’univers de l’homme un regard critique. Il a déjà fait des fugues. Dès la déclaration de la guerre, il gagne Paris. Il méprise le nationalisme de ses contemporains, et la mort de jeunes hommes le révolte.


   Il s’agit d’un sonnet d’alexandrins. La rime n’est pas classique puisqu’il y a 4 rimes dans les quatrains et qu’elles sont croisées au lieu d’être embrassées. Dans les tercets les rimes ne correspondent pas non plus à la disposition classique.
 Le poème s’organise en une seule phrase complexe reposant sur une structure d’opposition: les deux quatrains constituent trois propositions circonstancielles d’opposition (ou temporelles?), introduites par la locution “tandis que” qui démarre le poème, reprise au vers 3 et au vers 5. Ces propositions circonstancielles montrent l’horreur de la guerre. La proposition principale avec ses dépendantes, se développe sur les deux tercets, et montre par opposition l’indifférence de Dieu. Les deux groupes de propositions sont séparés par deux vers (7 et 8) détachés entre tirets qui constituent, en incise, une invocation à la Nature.
   Nous montrerons comment Rimbaud dénonce différentes formes du “mal”.
  Pour répondre à cette question, nous verrons qu’il dresse un tableau épique qui dénonce la guerre, puis nous verrons qu’il dénonce un pouvoir qui exploite les plus faibles et qui est indifférent à leurs souffrances, pour enfin montrer que le poète fait également un réquisitoire contre la religion.




 I. Un tableau épique qui dénonce la guerre
A) Un tableau ou une hypotypose épique
- Pour nous faire sentir toute l’horreur du conflit l’auteur parle à nos sens et utilise la synesthésie. Il fait sentir la présence de la guerre par la vue : “crachats rouges” (remarquer l’enjambement sur la césure), “ciel bleu”, “écarlates ou verts” (les uniformes des soldats étaient rouges du côté des Français et verts chez les Prussiens), “le feu”, tas “fumant” …; par l’ouïe, voir les sonorités imitatives suggérant le bruit des machines de guerre“crachats” (remarquer aussi les connotations de mépris et de dégoût de ce mot qui fait métaphore: on se crache dessus, mais avec de la mitraille et du feu), “sifflent”, “mitraille” (décharge d’artillerie); par l’odorat:  “tas fumant”, “mitraille”;  par le toucher: “crachat”, “feu”, “broie”.
→ Rimbaud crée donc l’impression d’une énorme mêlée épique.
- La première strophe offre le tableau d’une scène de guerre. Les tirs sont figurés par la métaphore « les crachats rouges de la mitraille » qui signifie de manière dévalorisante le feu du fusil mais aussi le sang des victimes. La violence de la scène se traduit par les actions des quatre verbes des propositions subordonnées : « sifflent », « croulent », « broie » « fait ». La description s’effectue aussi  sur la plan sonore : les allitérations en [r] en [kr] et en [tr] imitent la rugosité de la mitraille tandis que les allitérations en [f] restituent le sifflement des combats.

B) L’ampleur du conflit :
- L’espace et le temps semblent illimités: Reprise de “tandis que” qui traduit une notion de durée aussi bien que d’opposition; “tout le jour”; rythme qui marque la durée, particulièrement dans les deux premiers vers qui enjambent et qu’il est impossible de couper: il n’y a pas d’arrêt dans cette bataille. L’“infini du ciel bleu” marque l’espace énorme.
- Grand nombre des soldats: “en masse” (v 4), “cent milliers d’hommes” (v 6); remarquer l’emploi inhabituel du mot “milliers” qui crée un effet d’insistance.
- Vers déconstruits qui rendent le vaste désordre (vers 1-2 ; 5-6)

C) L’horreur du conflit:
- C’est un conflit qui déshumanise. Les hommes sont assimilés à des choses : emploi du verbe “crouler” (v 4) qui s’emploie plutôt pour une chose. Identification des “hommes” à “un tas” (v 6), ces deux mots étant placés l’un à côté de l’autre, ce qui frappe davantage. La guerre est assimilée par métaphore à une machine qui “broie” (remarquer l’emploi absolu de ce verbe, son COD non exprimé étant les cent milliers d’hommes du vers suivant). Les hommes sont donc victimes d’une gigantesque absurdité, broyés comme du blé dans un moulin. Par contraste, les machines de guerre sont personnifiées ; elles crachent.
- Cet univers évoque une scène digne de l’Apocalypse. La guerre est représentée de manière hyperbolique par la métaphore d’ « une folie épouvantable ». La démesure de la scène est décrite avec les procédés du registre épique. Au lieu de vanter les exploits de la nation et de ses héros, ces moyens mettent en relief ce que Voltaire qualifie de « boucherie héroïque » dans son conte Candide.




II. La dénonciation d’un pouvoir qui exploite les plus faibles et qui est indifférent à leurs souffrances
A) Des pauvres et des faibles
- Les soldats qui constituent l’infanterie sont essentiellement originaires de familles défavorisées (cf 2e tercet, la pauvreté des mères qui n’ont pas même un porte-monnaie et se servent de mouchoir). Ce sont eux qui constituent la “chair à canons” car c’est vraiment un développement de cette expression populaire que Rimbaud donne ici : ils passent dans la moulinette, avec le verbe broyer.
- Les soldats, les victimes, sont présentés comme des enfants à travers le deuxième tercet : il est question de leurs “mères” plutôt que de leurs épouses.

B) Des êtres manipulés
- Les soldats n’ont aucun contrôle de leur destin. Ils sont manipulés par une énorme machine qu’ils ne comprennent pas “une folie épouvantable” qui renvoie à la folie des décideurs, de ceux qui déclarent les guerres et donc par métonymie, à Napoléon III.
- Dans le même vers, les hommes sont des objets (« De cent milliers d’hommes est COI).
- La métaphore « Croulent les bataillons » met en valeur leur passivité et la deshumanisation à l’œuvre.

C) Des êtres raillés
- Loin d’être reconnus, d’être admirés comme des héros, ils sont méprisés “le Roi […] les raille”. Il y a une sorte de sadisme cruel du pouvoir, pour qui ces hommes ne sont que des éléments déshumanisés de la machine de guerre. Rimbaud met sur le même plan dans sa critique les différents camps ennemis, les représentants du pouvoir, quel qu’il soit “écarlates ou verts”; “près du Roi qui les raille” (remarquer l’imprécision). Il n’y a donc pas de chauvinisme, il s’agit indifféremment des soldats de l’Empereur ou ceux du camp ennemi.  La solidarité de Rimbaud s’étend à tous les soldats opprimés, quel que soit leur camp. D’ailleurs, les mères du dernier tercet sont confondues dans la même couleur de bonnet “sous leur  vieux bonnet noir” et la même pauvreté.
- Le poète ne peut que plaindre ces pauvres victimes. L’exclamation « Pauvres morts ! », soulignée par un tiret, en plein milieu du poème, marque son émotion.
- Aucune ironie ne surgit ici, nous assistons juste à détournement d’armes poétiques qui met en accusation le responsable : le  roi.
Le chef d’état et des armées est montré par la proposition subordonnée relative comme un personnage irresponsable. La parole royale se moque  cruellement des soldats qui meurent au feu comme Marie-Antoinette se moquait des femmes venues réclamer du pain à Versailles. Cette dénonciation est soulignée par le jeu de la rime entre « mitraille » et « raille ». L’ignorance volontaire est ainsi métaphorisée en tirs, en attaques traîtresses qui tuent les soldats aussi sûrement que des balles. Comme dans les poèmes de la même période, Le dormeur du val et L’éclatante victoire de Sarrebrück, les valeurs héroïques de la guerre sont dégradées puisque le discours du chef méprise ses propres troupes. Nous assistons à une satire grinçante de la figure du Roi se révélant indigne de l’engagement capital de ses hommes. Sous le masque du « Roi qui les raille », le poète accuse l’empereur Napoléon III et dénonce une guerre devenue insensée. En employant un registre ironique, Rimbaud réalise son propre appel pathétique, sa propre voix émerge du dialogisme. La guerre est la réalisation du Mal, le roi en est sans doute le diable railleur.

 III. Un tableau dénonciateur de la religion
A) Une religion visée : le catholicisme
- Le Dieu de la religion catholique (car il est présenté dans un cadre qui suggère le catholicisme) est présenté par opposition avec le tableau de la guerre qui précède, et ceci constitue la proposition principale de la phrase.
- Il est caractérisé par sa richesse: Champ lexical “nappes damassées”, “encens”, “grands calices d’or” qui s’oppose à la misère du peuple suggérée dans le deuxième tercet (étudier les oppositions richesse/pauvreté).
- Portée ironique et blasphématoire : Ce Dieu chrétien de la religion catholique est minimisé par l’emploi d’un déterminant qui le relativise: “il est un Dieu” parmi d’autres dieux.
- La structure syntaxique du sonnet permet une dichotomie entre les tas d’hommes mourant (Les deux premiers quatrains) et la réaction divine (Les deux tercets suivants). L’antithèse est mise en valeur par la subordonnée temporelle « Tandis que… ». Les deux actions sont simultanées, ce qui rend ce rire d’autant plus choquant.

B) Un Dieu indifférent et corrompu
- Il est caractérisé par son indifférence: “il rit aux nappes damassées des autels” qu’il ne quitte pas car il semble étrangement absent de “l’infini du ciel bleu” qui domine la bataille. Ce rire satisfait et béat paraît particulièrement intolérable après la description des horreurs de la guerre (car il est ainsi « tandis que » ces horreurs se passent) et mis en opposition avec les mères “ramassées dans l’angoisse”  et “pleurant”. Il apparaît un peu comme une idole, un veau d’or.
- Le personnage divin est montré totalement en décalage avec la situation dramatique de premiers vers : il rit,  comme le Roi raillait ses bataillons.
- Cette indifférence se double de passivité: “dans le bercement des hosannah s’endort”. Les prières l’appelant à sauver son peuple (hosannah en Hébreu signifie “sauve-nous de grâce”) restent lettres mortes.
- Les verbes des subordonnées relatives déterminatives qui s’étendent amplement sur les deux tercets montrent sa pesante passive : «qui  rit » « qui dans le bercement des hosannah s’endort » «et  se réveille ». Leur forme pronominale traduit son repli sur lui. Son  réveil ne trouve de motivation que dans des circonstances particulières lors de l’aumône. C’est un dieu perverti, un Tartuffe que dénonce ici cruellement Rimbaud.
- C’est un dieu corrompu, que seul l’argent intéresse : il reste indifférent aux Hosannah, mais il “se réveille” au son du “gros sou” donné par les mères, précieusement “lié dans leur mouchoir”, faible économie dont les mères pleines d’espoir se démunissent, sans comprendre que ce don n’aura aucun effet.
- Les deux tercets sont reliés par ce que Michel Murat appelle « la plus belle rime que Rimbaud ait écrite en 1870 » : « damassées/ ramassées ». Ce riche paronyme donne la forme d’un quatrain  aux vers 9 à 12 et « oppose l’épithète descriptive à l’épithète métaphorique, la seconde réplique à la première comme pour la dénoncer avec une ironie poignante ». La rime résume l’antithèse du poème : l’ignorance confortable s’oppose à la misère morale du commun des mortels. La richesse indifférente de l’Eglise contraste violemment avec le geste de souffrance des mères. A partir du vers 12, la satire féroce fait place au déploiement du registre pathétique. Le lexique du deuil est développé, «  ramassées /dans l’angoisse, et pleurant », «  bonnet noir » « leur mouchoir » et souligné par le rythme des vers 12 et 13 qui imite les sanglots. La figuration des femmes pliées en deux est très forte. Ramasser signifie mettre en masse, elles sont représentées de manière globale et anonyme comme leurs fils soldats en l’étaient en « bataillons » puis en « tas fumant ». La forme participe adjectivale est mise en relief par le détachement  « des mères » par la virgule ainsi que par le complément de l’adjectif qui prolonge la description en rejet sur le vers 13 « dans l’angoisse ». Le sentiment de peur intense est figuré comme le lieu de vie de ces femmes. Elle pleurent « sous leur vieux bonnet », cachent « dans leur mouchoir ». Ces mères sont associées aux thèmes du repli et de la soumission que montre au grand jour le poète. Il signale aussi leur générosité dans le dernier grand vers qu’aucune ponctuation n’interrompt, seule la césure à l’hémistiche contraint la lecture pour éviter l’effet du soulier. Le sou offert est entouré comme un trésor caché, objet de tous les soins, produit de lourds sacrifices. La pauvreté généreuse s’oppose à l’avidité du Dieu.  Le monde religieux s’oppose à celui des hommes. Les vers indiquent que la religion ne relie pas les hommes pas plus que le père du peuple mais l’argent et l’amour des mères. La précision de la description participe de la fonction édifiante du poème, elle souligne les contrastes afin de montrer l’injustice  subie et d’émouvoir le lecteur.

C) Une nature protectrice
- Face à ce Dieu inutile, la puissance que Rimbaud invoque, en plein centre du poème (6 vers avant, 6 vers après), c’est la Nature, à laquelle il s’adresse au discours direct.
- Il adopte pour lui parler le ton que l’on adopte pour parler à la divinité: tutoiement, personnification par l’absence de déterminant “Nature”, “ô” (interjection servant à invoquer), ton et rythme d’un hymne dans l’énumération symbolisant vie et chaleur “dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,/ Nature!” On peut remarquer les connotations religieuses du mot “joie”, et enfin l’idée que la Nature est créatrice: “O toi qui fis ces hommes saintement”.
- La nature est aussi le seul élément paisible du tableau de bataille : « l’infini du ciel bleu ».
- Un tiret au vers 7 marque une interruption et l’irruption dans le tableau d’une voix compatissante qui prie. Cette voix anonyme et lyrique participe à l’hypotypose du champ de bataille. Le pont virgule montre que la parole complète la description sur le plan moral cette fois. Les soldats ont été représentés dans une scène inhumaine au départ, un témoignage  vient apporter une dimension émotive.
« -Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,»
- L’anaphore de la préposition « dans », le rythme croissant des groupes prépositionnels comme la mention de « dans ta joie » évoquent le discours du prêche catholique. La nature est transfigurée grâce à de plusieurs procédés : sa représentation allégorique au vers 8 magnifiée par la majuscule qui lui dresse un piédestal, le vocatif « Ô », l’évocation de La Genèse, l’adverbe de manière                          « saintement », les constructions emphatiques.
- Un glissement  sémantique s’opère  entre la nature et le dieu biblique. La nature bénéficie de la rhétorique chrétienne la plus simple, qui la sacralise. Le texte emprunte les voies du paganisme sanctifiant la Nature. Celui qui fit, qui créa, dans la religion chrétienne est le  Dieu de l’Ancien Testament alors que celle qui fit « saintement » est la Vierge Marie. Figure maternelle consolatrice par excellence, elle  accompagne traditionnellement la souffrance des hommes et recueille dans ses bras le Christ supplicié. Ce parallèle clair associe les soldats morts à des victimes christiques. La voix poétique lance un appel et imite les Litanies de la Vierge Marie : «  Seigneur, prends pitié ». Logiquement, le lecteur peut identifier ces voix comme celles des mères, des femmes ou des familles des soldats morts sur le champ de bataille, la parole peut ici être celle d’un chœur ou d’un coryphée. Le poète subvertit l’éloquence religieuse au service de l’humanité.
- Mais cette parole païenne se tait soudainement comme en témoignent les points de suspension et le tiret de ce vers. Le discours reste suspendu à la fin des quatrains, il n’est qu’un appel, une attente, l’espoir qu’une puissance suprême mette un terme au massacre. 
- Il y a en filigrane l’idée que l’homme s’est écarté de la nature en s’industrialisant, en inventant des machines de guerre meurtrières. La Nature est une mère, une divinité protectrice qu’il ne faut pas abandonner. Elle est consolatrice, le recours dans le désespoir. Ce rôle de la nature est caractéristique du romantisme (influence d’Hugo sur Rimbaud); mais il correspond aussi à un amour vrai de Rimbaud pour la nature (cf ses escapades). On retrouve le même rôle consolateur de la Nature dans “Le dormeur du val”.




Ce n’est qu’après analyse que l’on peut comprendre l’ampleur du titre. Le Mal, c’est l’atrocité de la guerre, bien sûr. Mais c’est aussi l’exploitation des plus faibles par le pouvoir. C’est encore l’hypocrisie de l’Église associée à ce pouvoir et qui n’intervient pas pour demander la paix; qui profite de cette situation de désarroi profond. C’est enfin que l’homme se soit écarté de la Nature. C’est sur un ton déterminé, rigoureux, sans appel, donné par une structure grammaticale très organisée et par des images violentes ou provocantes, que Rimbaud dénonce tous ces maux, en pensant aux “Pauvres morts!” qu’il mentionne au centre du poème et pour lesquels il veut faire partager au lecteur sa compassion.
Depuis la période romantique, la poésie traverse le dix-neuvième siècle sur le mode de la résistance aux valeurs bourgeoises des pouvoirs politiques et religieux en ravivant sa mythique fonction visionnaire. La guerre a perdu ses valeurs d’héroïsme collectif, le paternalisme du Roi/ Empereur a vécu, la déroute a confronté l’homme à ses limites physiques et spirituelles tandis que Dieu dort.  Arthur Rimbaud en réalisant ce tableau représente de manière concrète le Mal, il met à mal les valeurs alors en vigueur une grande fresque allégorique manichéenne consacrée au Mal afin de dessiller ses lecteurs.  Le Mal réside dans le mépris de la condition humaine, dans la perversion du pacte moral établi entre les pouvoirs temporels et spirituels et dans la trahison des attentes populaires. Ces vers refusent de sublimer les misérables victimes qui paraissent très réalistes loin du mode de représentation parnassien, abstrait,  soupçonné d’artifice et de superficialité. En puisant dans l’actualité du conflit franco prussien, le poète nous amène à croire ce que l’homme, le soldat, le roi, la mère, ignorent ou veulent ignorer : la trahison des maîtres et la folie de l’existence humaine. Au risque d’être maudit dès ses premiers poèmes de 1870, Arthur Rimbaud dit le mal des instances fondamentales de cette époque, il les dénonce en les peignant dans des postures indignes et son acte le voue au malheur comme ses accusés. Dans son Esthétique, Hegel écrit : « le poète ose se poser en face de Dieu et lui résister, l’orgueil de cette créature finie qui se prend elle-même pour objet et pour but, devient le mal ».
L’on peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure ce poème d’un sou offre à la poésie de 1870 la possibilité d’une rédemption morale.

Nathalie LECLERCQ

5 commentaires:

  1. Bonjour,j'ai une petite question : qu'appelez-vous "vers déconstruits" au I-B

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  2. Un vers déconstruit est un vers dont le rythme, la scansion ne répondent pas à la "norme" traditionnelle. Au vers 1, le rythme est 7/4 (En comptant le nombre de syllabes et en regardant où tombent les coupes), alors qu'il serait plutôt attendu 6/6 pour un alexandrin. De même, au vers 5, nous avons 11/1 avec le contre-rejet du verbe qui accentue cette déconstruction. Rimbaud crée ainsi un rythme haché, perturbé qui mime la violence brutale décrite dans le poème.

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  3. merci beaucoup pour votre explication , j'ai maintenant comprit.

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  4. bonjour et merci est ce que vous pouvez m'indiquer le nom des tableaux ainsi que celui de leurs auteurs ?

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  5. Le troisième (I, C) est de Pieter Bruegel, il se nomme Le Triomphe de la mort (A écrire en italiques). Par contre, pour les autres, je ne sais pas.

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