mardi 30 avril 2013

ROBERT DE BORON, LA SUITE DU ROMAN DE MERLIN, GAUVAIN, GIFFLET, RESUME PERSONNAGES





Gauvain

            Fils du roi Loth d’Orcanie, frère d’Agravain, Gaheriet, et Guerrehet, demi-frère de Mordret et neveu du roi.

dimanche 28 avril 2013

ROBERT DE BORON, LA SUITE DU ROMAN DE MERLIN, ARTHUR, ACCALON, AGRAVAIN, GAHERIET, RESUME PERSONNAGES





ARTHUR

            Un mois après son couronnement, Arthur tient sa cour à Carduel. Il s’éprend de sa sœur, la femme du roi Loth d’Orcanie, la mère de Gauvain, Gaheriet, Agravain et Guerrehès. Naîtra de cette union Mordret, qui conduira le royaume à sa perte. Arthur rêve du dragon-sepent, qui détruit le royaume de Logres. Blessé à mort par Arthur qui succombera de ses blessures. Puis, il va à la chasse, voit le cerf qui a des chiens qui aboient dans ses entrailles. Rencontre Merlin, sous l’apparence d’un enfant puis d’un vieillard, qui lui révèle qu’il est le fils d’Uterpandragon et d’Ygerne et qu’il a engendré Mordret. C’est la signification de son songe. Quant à la signification de la bête étrange, elle relève des mystères du Graal. La vérité sur la naissance d’Arthur est révélée grâce à Merlin.

samedi 27 avril 2013

MENANDRE, LE BOURRU, RESUME





Acte premier

Point du jour, décor campagnard, des fermes et une grotte.

Prologue: Pan explique que c’est en Attique qu’il faut situer l’action de ce drame, un domaine habité par Cnémon qui déteste la compagnie des hommes, bourru avec tout le monde, n’aimant pas la foule. Il est le voisin de Pan. Il a épousé une veuve, guerre conjugale de jour comme de nuit, elle avait un fils et ils eurent une fille. Vie de malheur, la femme va donc vivre avec son fils, dans un petit champ à côté et Cnémon reste avec une vieille servante et sa fille, qui garde entière son ignorance du mal. Elle rend souvent hommages aux compagnes de Pan, les nymphes, qui décidèrent de l’aider à trouver un bon mari, riche et prospère, c’est pourquoi ils s’arrangent pour faire venir Sostrate, qui aidé de Pan, en tombe aussitôt amoureux. Mais le voici, avec son compagnon de chasse.

jeudi 25 avril 2013

BECKETT, EN ATTENDANT GODOT, Fin de la pièce, COMMENTAIRE







Acte II, p 132 « Silence. Vladimir fait un soudain bond en avant » à fin de la pièce

Le soleil se couche, la lune se lève. Vladimir reste immobile. Estragon se réveille, se déchausse, se lève, les chaussures à la main, les dépose devant la rampe, va vers Vladimir, le regarde.
ESTRAGON : Qu’est-ce que tu as ?
VLADIMIR : Je n’ai rien.
ESTRAGON : Moi je m’en vais.
VLADIMIR : Moi aussi.
Silence.
ESTRAGON : Il y avait longtemps que je dormais ?
VLADIMIR : Je ne sais pas.
Silence.
ESTRAGON : Où irons-nous ?
VLADIMIR : Pas loin.
ESTRAGON : Si si, allons-nous-en loin d’ici !
VLADIMIR : On ne peut pas.
ESTRAGON : Pourquoi ?
VLADIMIR : Il faut revenir demain.
ESTRAGON : Pour quoi faire ?
VLADIMIR : Attendre Godot.
ESTRAGON : C’est vrai. (Un temps.) Il n’est pas venu ?
VLADIMIR : Non.
ESTRAGON : Et maintenant il est trop tard.
VLADIMIR : Oui, c’est la nuit.
ESTRAGON : Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber?
VLADIMIR : Il nous punirait. (Silence. Il regarde l’arbre.) Seul l’arbre vit.
ESTRAGON  (regardant l’arbre.) : Qu’est-ce que c’est ?
VLADIMIR : C’est l’arbre.
ESTRAGON : Non mais quel genre ?
VLADIMIR : Je ne sais pas. Un saule.
ESTRAGON : Viens voir. (Il entraîne Vladimir vers l’arbre. Ils s’immobilisent devant. Silence.) Et si on se pendait ?
VLADIMIR : Avec quoi ?
ESTRAGON : Tu n’as pas un bout de corde ?
VLADIMIR : Non.
ESTRAGON : Alors on ne peut pas.
VLADIMIR : Allons-nous-en.
ESTRAGON : Attends, il y a ma ceinture.
VLADIMIR : C’est trop court.
ESTRAGON : Tu tireras sur mes jambes.
VLADIMIR : Et qui tirera sur les miennes ?
ESTRAGON : C’est vrai.
VLADIMIR : Fais voir quand même. (Estragon dénoue la corde qui maintient son pantalon. Celui-ci, beaucoup trop large, lui tombe autour des chevilles. Ils regardent la corde.) A la rigueur ça pourrait aller. Mais est-elle solide ?
ESTRAGON : On va voir. Tiens.
Ils prennent chacun un bout de la corde, et tirent. La corde se casse. Ils manquent de tomber.
VLADIMIR : Elle ne vaut rien.
Silence.
ESTRAGON : Tu dis qu’il faut revenir demain ?
VLADIMIR : Oui.
ESTRAGON : Alors on apportera une bonne corde.
VLADIMIR : C’est ça.
Silence.
ESTRAGON : Didi.
VLADIMIR. : Oui.
ESTRAGON : Je ne peux plus continuer comme ça.
VLADIMIR : On dit ça.
ESTRAGON : Si on se quittait ? Ça irait peut-être mieux.
VLADIMIR : On se pendra demain. (Un temps.) A moins que Godot ne vienne.
ESTRAGON : Et s’il vient ?
VLADIMIR : Nous serons sauvés.
Vladimir enlève son chapeau - celui de Lucky - regarde dedans, y passe la main, le secoue, le remet.
ESTRAGON : Alors, on y va ?
VLADIMIR : Relève ton pantalon.
ESTRAGON : Comment ?
VLADIMIR : Relève ton pantalon.
ESTRAGON : Que j’enlève mon pantalon ?
VLADIMIR : RE-lève ton pantalon.
ESTRAGON : C’est vrai.
Il relève son pantalon. Silence.
VLADIMIR : Alors, on y va ?
ESTRAGON : Allons-y.
Ils ne bougent pas.
Rideau

BECKETT, EN ATTENDANT GODOT, Acte I, de "Pozzo (désolé): vous vous ennuyez?" à "Lucky s'immobilise", COMMENTAIRE




Pozzo (désolé) : Vous vous ennuyez ? 
Estragon : Plutôt. Pozzo (à Vladimir) : Et vous, monsieur ? 
Vladimir : Ce n’est pas folichon. 
Silence. 
Pozzo se livre à une bataille intérieure. 
Pozzo : Messieurs, vous avez été…(il cherche)…convenables avec moi. 
Estragon : Mais non ! 
Vladimir : Quelle idée ! 
Pozzo : Mais si, mais si, vous avez été corrects. De sorte que je me demande… Que puis-je faire à mon tour pour ces braves gens qui sont en train de s’ennuyer ? 
Estragon : Même un louis serait le bienvenu. 
Vladimir : Nous ne sommes pas des mendiants. 
Pozzo : Que puis-je faire, voilà ce que je me dis pour que le temps leur semble moins long ? Je leur ai donné des os, je leur ai parlé de choses et d’autres, je leur ai expliqué le crépuscule, c’est une affaire entendue. Et j’en passe. Mais est-ce suffisant, voilà ce qui me torture, est-ce suffisant ? 
Estragon : Même cent sous. 
Vladimir : Tais-toi ! Estragon : J’en prends le chemin. 
Pozzo : Est-ce suffisant ? Sans doute. Mais je suis large. C’est ma nature. Aujourd’hui. Tant pis pour moi. ( Il tire sur la corde. Lucky le regarde.) Car je vais souffrir. Cela est certain. (Sans se lever, il se penche et reprend son fouet). Que préférez-vous ? Qu’il danse, qu’il chante, qu’il récite, qu’il pense, qu’il… 
Estragon : Qui ? 
Pozzo : Qui ! Vous savez penser, vous autre ? 
Vladimir : Il pense ? 
Pozzo : Parfaitement. A haute voix. Il pensait même très joliment autrefois, je pouvais l’écouter pendant des heures. Maintenant… (il frissonne). Enfin, tant pis. Alors, vous voulez qu’il nous pense quelque chose ? 
Estragon : J’aimerais mieux qu’il danse. Ce serait plus gai ? 
Pozzo : Pas forcément. 
Estragon : N’est-ce pas, Didi, que ce serait plus gai ? 
Vladimir : J’aimerais bien l’entendre penser. 
Estragon : Il pourrait peut-être penser d’abord et danser ensuite ? si ce n’est pas trop lui demander. 
Vladimir (à Pozzo) : Est-ce possible ? 
Pozzo : Mais certainement, rien de plus facile. C’est d’ailleurs l’ordre naturel.(Rire bref) 
Vladimir : Alors, qu’il danse. 
Silence 
Pozzo ( à Lucky) : Tu entends ? 
Estragon : Il ne refuse jamais ? 
Pozzo : Je vous expliquerai ça tout à l’heure. (A Lucky) Danse, pouacre ! 
Lucky dépose valise et panier, avance un peu vers la rampe, se tourne vers Pozzo. Estragon se lève pour mieux voir. Lucky danse. Il s’arrête. 
Estragon : C’est tout ? 
Pozzo : Encore ! Lucky répète les mêmes mouvements, s’arrête. 
Estragon : Eh ben, mon cochon ! ( Il imite les mouvements de Lucky. ) J’en ferais autant. ( Il imite, manque de tomber, se rassied ). Avec un peu d’entraînement. 
Vladimir : Il est fatigué. 
Pozzo : Autrefois, il dansait la farandole, l’almée, la gigue, le fandango et même le hornpipe. Il bondissait. Maintenant il ne fait plus que ça. Savez-vous comment il l’appelle ? 
Estragon : La mort du lampiste. 
Vladimir : Le cancer des vieillards. 
Pozzo : La danse du filet. Il croit être empêtré dans un filet. 
Vladimir (avec des tortillements d’esthète). Il y a quelque chose… 
Lucky s’apprête à retourner vers ses fardeaux. 
Pozzo (Comme un cheval ). Wooa ! 
Lucky s’immobilise.


RABELAIS, PANTAGRUEL, CHAPITRE 3, LA NAISSANCE DE PANTAGRUEL, COMMENTAIRE


TEXTE: François RABELAIS, Pantagruel (1532), chapitre 3.





Quand Pantagruel fut né, qui fut bien ébahi et perplexe? Ce fut Gargantua son père. Car, voyant d'un côté sa femme Badebec morte, et de l'autre son fils Pantagruel né, tant beau et tant grand, ne savait que dire ni que faire, et le doute qui troublait son entendement était à savoir s'il devait pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la joie de son fils. 
D'un côté et d'autre, il avait arguments sophistiques qui le suffoquaient car il les faisait très bien in modo et figura, mais il ne les pouvait souldre, et par ce moyen, demeurait empêtré comme la souris en un piège, ou un milan pris au lacet.
  
« Pleurerai-je ? disait-il. Oui, car pourquoi ? Ma tant bonne femme est morte, qui était la plus ceci, la plus cela qui fût au monde. Jamais je ne la verrai, jamais je n'en recouvrerai une telle : ce m'est une perte inestimable. O mon Dieu que t'avais-je fait pour ainsi me punir ? Que n'envoyas-tu la mort à moi premier qu'à elle ? car vivre sans elle ne m'est que languir. Ha ! Badebec, ma mignonne, m'amie — mon petit con (toutefois elle en avait bien trois arpents et deux sexterées), ma tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle, jamais je ne te verrai. Ha ! pauvre Pantagruel, tu as perdu ta bonne mère, ta douce nourrice, ta dame très aimée ! Ha, fausse mort, tant tu m'es malivole, tant tu m'es outrageuse, de me tollir celle à laquelle immortalité appartenait de droit ! »
  

Et, ce disant, pleurait comme une vache; mais tout soudain riait comme un veau, quand Pantagruel lui venait en mémoire.
  
« Ho, mon petit fils, disait-il, mon couillon, mon peton, que tu es joli et tant je suis tenu à Dieu de ce qu'il m'a donné un si beau fils, tant joyeux, tant riant tant joli. Ho, ho, ho, ho ! que je suis aise ! Buvons, ho ! laissons toute mélancolie ! Apporte du meilleur, rince les verres, boute la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume la chandelle, ferme cette porte, taille ces soupes, envoie ces pauvres, baille-leur ce qu'ils demandent ! Tiens ma robe, que je me mette en pourpoint pour mieux festoyer les commères. »
 

Ce disant, ouït la litanie et les Mementos des prêtres qui portaient sa femme en terre, dont laissa son bon propos, et tout soudain fut ravi ailleurs, disant :
  « Seigneur Dieu, faut-il que je me contriste encore ? Cela me fâche, je ne suis plus jeune, je deviens vieux, le temps est dangereux, je pourrai prendre quelque fièvre; me voilà affolé. Foi de gentilhomme, il vaut mieux pleurer moins et boire davantage ! Ma femme est morte, et bien, par Dieu ! (da jurandi), je ne la ressusciterai pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si mieux n'est; elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos misères et calamités. Autant nous en pend à l'œil. Dieu garde le demeurant !  Il me faut penser d'en trouver une autre.


ZOLA, NANA, CHAPITRE XIV, COMMENTAIRE

TEXTE: Chapitre XIV

Elles sortaient vivement, en jetant un regard sur le lit.
Mais, comme Lucy, Blanche et Caroline étaient encore là, Rose donna un dernier coup d'œil pour laisser la pièce en ordre. Elle tira un rideau devant la fenêtre ; puis, elle songea que cette lampe n'était pas convenable, il fallait un cierge; et, après avoir allumé l'un des flambeaux de cuivre de la cheminée, elle le posa sur la table de nuit, à côté du corps. Une lumière vive éclaira brusquement le visage de la morte. Ce fut une horreur. Toutes frémirent et se sauvèrent.
“ Ah ! elle est changée, elle est changée”; murmurait Rose Mignon, demeurée la dernière.
Elle partit, elle ferma la porte. Nana restait seule, la face en l'air, dans la clarté de la bougie. C'était un charnier, un tas d'humeur et de sang, une pelletée de chair corrompue, jetée là, sur un coussin. Les pustules avaient envahi la figure entière, un bouton touchant l'autre; et, flétries, affaissées, d'un aspect grisâtre de boue, elles semblaient déjà une moisissure de la terre, sur cette bouillie informe, où l'on ne retrouvait plus les traits. Un œil, celui de gauche, avait complètement sombré dans le bouillonnement de la purulence ; l'autre, à demi ouvert, s'enfonçait, comme un trou noir et gâté. Le nez suppurait encore.
Toute une croûte rougeâtre partait d'une joue, envahissait la bouche, qu'elle tirait dans un rire abominable. Et, sur ce masque horrible et grotesque du néant, les cheveux, les beaux cheveux, gardant leur flambée de soleil, coulaient en un ruissellement d'or. Vénus se décomposait. il semblait que le virus pris par elle dans les ruisseaux, sur les charognes tolérées, ce ferment dont elle avait empoisonné un peuple, venait de lui remonter au visage et l'avait pourri.
La chambre était vide. Un grand souffle désespéré monta du boulevard et gonfla le rideau.
“A Berlin! à Berlin! à Berlin!”


Chapitre XIV, explicit de Nana, page 474, « Elles sortaient vivement… » à la fin.

            Zola dans Nana, retrace l'ascension d'Anna Coupeau, fille de Gervaise Macquart et de Coupeau, dont le surnom donne son titre au livre. Ainsi le roman va dépendre de ce personnage éponyme, le suivre et l'accompagner, de son premier triomphe théâtral qui ouvre le premier chapitre, à sa conquête de la société par l'utilisation de ses amants, et à sa mort qui termine symboliquement l'ouvrage. Le passage étudié est un extrait du dernier chapitre, donc de l'explicit du roman, débuté sur la disparition provisoire de Nana, annonce nouvelle de sa disparition proche et définitive. La jeune femme, dont l'absence s'entoure de mystère, revient à Paris et assiste à  la mort de son enfant, avant d'être emportée à son tour par la même maladie dans une chambre d'hôtel, veillée par son ancienne rivale, Rose Mignon. Elle est annoncée morte au début de notre passage, alors que dehors la foule se mobilise et prépare la guerre contre les Prussiens. Dans ce chapitre se mêlent les cris des Parisiens et les remarques et conversations des personnes qui ont connu Nana, c'est-à-dire que l'histoire du personnage éponyme se mêle à l'Histoire représentée par la guerre franco-prussienne de 1870. Or, à la disparition de Nana va succéder aussitôt la disparition du Second Empire, le conflit se terminant par la défaite de Napoléon III, et l'instauration de la troisième république. Ainsi, le livre retrace et accompagne certes la vie de Nana, mais aussi celle du Second Empire, dont Nana devient alors le symbole puisque la mort de l'une entraîne celle de l'autre, c'est-à-dire que l'histoire de Nana entraîne l'Histoire du Second Empire.
         Il s'agira alors de voir comment la fin de Nana renferme celle d'une personne mais aussi celle d'une société, d'un monde entier, comment elle est programmatrice et symbolique, comment le naturalisme de Zola lie un personnage à la fois dans son hérédité génétique mais aussi dans une hérédité sociale.

I) Une hypotypose de l’horreur
A) La symbolique du cierge ou la mise en scène du portrait
- Rôle de Rose
- Ses paroles rapportées directement, répétées à maintes reprises, tout comme est répété leur contenu (« elle est changée, elle est changée ») soulignent à la fois l'émotion et l'étonnement (l'interjection « ah !, mais aussi le nouvel état du personnage et la rupture créée avec la personne d'avant l'ellipse temporelle (« la dernière fois que je l'ai vue, c'était à la Gaité dans la grotte » p.468). De même la forme passive (« est changée ») souligne le statut nouveau de Nana, victime de la maladie (« vérole »), dépossédée.

B) La description d’un cadavre en putréfaction : « Ce fut une horreur. »
- Isotopies de la mort (« charnier », « jetée », « flétries », « sombré »...) et de la pourriture (« moisissure », « purulence », « pustules », « pourri »...), qui concourent au réalisme du discours descriptif, appuyé en cela par le champ lexical scientifique de la médecine (« virus », « humeur », « sang », « purulences »...).
- « C’était un charnier… » : Métaphore, juxtaposition, valeur du présentatif

C) Nana est méconnaissable
- Cependant cette description est en même temps repoussée, rendue impossible (« on ne retrouvait plus les traits »), indéterminée et indéfinie (cf les déterminants indéfinis et le vocabulaire général : « un charnier », « un bouton », « cette bouillie », « un trou », « une croûte », « une pelletée », « un aspect »...), Nana disparaissant, comme on l'a vu avec l'utilisation du passif, sous la maladie.
- « Les pustules avaient envahi… »
- Rôle des synecdoques


II) L’excipit comme double inversé de l’incipit
A) Un portrait inversé
- Comparer avec le chapitre I, et voir que toutes les armes de séduction de Nana sont réduites à néant.

B) Ce qui reste de l’ancienne déesse
- La comparaison « comme un masque horrible et grotesque » souligne cet effacement définitif de la personne, en même temps qu'il rappelle et ouvre la thématique du théâtre, en écho à son rôle du début du livre dans la pièce de théâtre La Blonde Vénus. Ainsi, de la Nana connue, seuls demeurent, en opposition au changement, à la maladie, les symboles de sa vie passée : le rôle de Vénus, les cheveux de la séduction. Ils ressortent d'ailleurs d'autant plus nettement que les champs lexicaux du sombre, lié à la maladie, et de la lumière, lié à la vie passée, entrent en conflit : « boue », « grisâtre », « sombré », « noir » vs « flambée », « soleil », « or ».
- C'est d'ailleurs de nouveau symboliquement et en référence à ce monde du jeu que Lucy au moment de partir « tira un rideau », mettant un terme à la représentation. Nana disparaît dans le monde du théâtre qui l'a créée (chapitre 1) et qui maintenant l'efface, comme s'efface le désir des hommes auquel pourtant elle reste toujours liée.

C) « A Berlin ! » : Ironie et mort symbolique
- Analyse de la dernière phrase
Le roman de Zola dresse donc le portrait de la société finissante de Napoléon III dont Nana est une figure symbolique, et qui va symboliquement s'achever avec sa mort. En effet, la guerre de 1870 dont l'annonce termine le roman, va marquer la fin du Second Empire. Napoléon III, défait à Sedan, s'enfuit, laissant place à la naissance d'une nouvelle République, la Troisième.
Fin d'un personnage et fin d'un roman, mais aussi fin d'un monde et d'une société, l'explicit de Nana apparaît polysémique et symbolique, entrelaçant l'histoire, la destinée d'une femme, et l'Histoire d'une époque. A travers sa théorie naturaliste, Zola construit une œuvre expérimentale, dans laquelle l'observation des faits (la mort de Nana) offre un miroir à la société, responsable des maux et ici de sa propre faillite. Le passage qui faisait l'admiration de Flaubert n'est pas sans évoquer, jusque dans l'ellipse temporelle finale, un de ses propres livres, L'éducation sentimentale, qui relate de la même façon la trajectoire et les échecs de l'histoire du personnage principal et de l'Histoire.


Nathalie LECLERCQ

ZOLA, NANA, CHAPITRE XI, COMMENTAIRE



TEXTE: Chapitre XI

On vit alors une chose superbe. Price, debout sur les étriers, la cravache haute, fouaillait Nana d'un bras de fer. Ce vieil enfant desséché, cette longue figure, dure et morte, jetait des flammes. Et, dans un élan de furieuse audace, de volonté triomphante, il donnait de son coeur à la pouliche, il la soutenait, il la portait, trempée d'écume, les yeux sanglants. Tout le train passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ; tandis que le juge, très froid, l'œil à la mire, attendait. Puis, une immense acclamation retentit. D'un effort suprême, Price venait de jeter Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de tête.
Ce fut comme la clameur montant d'une marée. Nana ! Nana ! Nana ! Le cri roulait, grandissait, avec une violence de tempête, emplissant peu à peu l'horizon, des profondeurs du Bois au mont Valérien, des prairies de Longchamp à la plaine de Boulogne. Sur la pelouse, un enthousiasme fou s'était déclaré. Vive Nana! Vive la France! A bas l'Angleterre! Les femmes brandissaient leurs ombrelles; des hommes sautaient, tournaient, en vociférant; d'autres, avec des rires nerveux, lançait des chapeaux. Et, de l'autre côté de la piste, l'enceinte du pesage répondait, une agitation remuait les tribunes, sans qu'on vît distinctement autre chose qu'un tremblement de l'air, comme la flamme invisible d'un brasier, au-dessus de ce tas vivant de petites figures détraquées, les bras tordus, avec les points noirs des yeux et de la bouche ouverte. Cela ne cessait plus, s'enflait, recommençait au fond des allées lointaines, parmi le peuple campant sous les arbres, pour s'épandre et s'élargir dans l'émotion de la tribune impériale, ou l'impératrice avait applaudi.
Nana ! Nana! Nana! Le cri montait dans la gloire du soleil, dont la pluie d'or battait le vertige de la foule.



ZOLA, NANA, CHAPITRE VII, COMMENTAIRE



Chapitre VII
Et, lâchant la chemise, attendant que Muffat eût fini sa lecture, elle resta nue. Muffat lisait lentement. La chronique de Fauchery, intitulée La Mouche d'or, était l'histoire d'une jeune fille, née de quatre ou cinq générations d'ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. Elle avait poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien ; et, grande, belle, de chair superbe ainsi qu'une plante de plein fumier, elle vengeait les gueux et les abandonnés dont elle était le produit. Avec elle, la pourriture qu'on laissait fermenter dans le peuple, remontait et pourrissait l'aristocratie.
Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font tourner le lait. Et c'était à la fin de l'article que se trouvait la comparaison de la mouche, une mouche couleur de soleil, envolée de l'ordure, une mouche qui prenait la mort sur les charognes tolérées le long des chemins, et qui, bourdonnante, dansante, jetant un éclat de pierreries, empoisonnaient les hommes rien qu'à se poser sur eux, dans les palais où elle entrait par les fenêtres.


HUGO, RUY BLAS et HERNANI : le théâtre, un sacerdoce, DISSERTATION




SUJET: Hugo a écrit:  « le théâtre est une chose qui enseigne et qui civilise. Dans nos temps de doute et de curiosité, le théâtre est devenu, pour les multitudes, ce qu’était l’Eglise au Moyen Âge, le lieu attrayant et central. Tant que ceci durera, la fonction du poète dramatique sera plus qu’une magistrature et presque un sacerdoce. » Pensez-vous que ces affirmations rendent compte de Ruy Blas et d'Hernani?

jeudi 18 avril 2013

HUGO, RUY BLAS, RESUME




1830: Bataille, puis triomphe d’Hernani. Hugo a 28 ans et vit désormais dans l’aisance.
1838: Hugo inaugure le théâtre de la Renaissance avec Ruy Blas qui obtient un franc succès.

Hugo cherche à faire de son théâtre une tribune morale pour le peuple. Dans Le Roi s’amuse,  en 1832, il avait voulu montrer « la paternité sanctifiant la difformité physique », dans Lucrèce Borgia, en 1833, « la maternité purifiant la difformité morale », dans Ruy Blas, il essaie de faire de son drame une synthèse, où pourraient communier les éléments d’un public que Hugo voulait divers. Le public populaire s’intéresse à l’action, les penseurs, bourgeois cultivés, cherchent une philosophie, une morale, des caractères; quant aux femmes, être de sentiment et d’instinct, elles veulent avant tout de la passion, de l’amour, du romanesque.

Préface de Hugo

Trois espèces de spectateurs: la foule veut de l’action (des sensations, le plaisir des yeux, désir d‘être amusé) , les femmes de la passion (des émotions, le plaisir du cœur, désir d‘être ému) et les penseurs, des caractères (des méditations, le plaisir de l‘esprit, désir d‘être enseigné).
Trois espèces d’œuvres: le mélodrame pour la foule, la tragédie pour les femmes et la comédie qui peint l’humanité pour les penseurs.

Le drame tient de la tragédie par la peinture des passions, et de la comédie par la peinture des caractères.

Sens historique de l’œuvre: Au moment où une monarchie va s’écrouler (en Espagne en 1698), la noblesse tend à se dissoudre et se divise. Comme la maladie de l’État est dans la tête, la noblesse, qui y touche, en est la première atteinte. Les moins honnêtes se dépêchent d’être heureux et puissants, ceux qui ont de l’esprit se dépravent, et quand le jour de la disgrâce arrive, quelque chose de monstrueux se développe dans le courtisan tombé, et l’homme se change en démon: Don Salluste
L’autre moitié de la noblesse, la meilleure et la mieux née s’étourdit, boit, jouit, se ruine, et disparaît dans la foule, devient philosophe et compare le courtisan aux voleurs, devient un mélange du poète, du gueux et du prince: Don César

Croquis de la noblesse castillane vers 1695

Dans l’ombre, quelque chose de grand, de sombre, d’inconnu remue: le peuple, qui a l’avenir et pas le présent, placé très bas et aspirant très haut, ayant sur le dos les marques de la servitude et dans le cœur les préméditations du génie. Amoureux de la seule figure qui, au milieu de cette société écroulée, représente pour lui, dans un divin rayonnement, l’autorité, la charité et la fécondité: Ruy Blas

Et au dessus de ces trois hommes, une pure et lumineuse créature, une femme, une reine, malheureuse comme femme car pas de mari et malheureuse comme reine, car comme si elle n’avait pas de roi, se penche vers le bas, par pitié royale et par instinct de femme, pendant que Ruy Blas, le peuple, regarde en haut.

A ces quatre têtes, on pourrait ajouter celle de Charles II (dernier de la maison de Charles Quint, qui régna sans grandeur de 1665 à 1700), mais dans l’histoire comme dans le drame, Charles II d’Espagne n’est pas une figure, c’est une ombre.

Ruy Blas: composition symbolique d’un nom roturier (Blas: Blaise) et d’un nom noble (Ruy, abréviation de Rodrigo)
Bazan, nom espagnol, mais pas César et Salluste

Dates de l’action: Acte I 28 mai 1698, acte II, 29 juin, acte III, 29 décembre, acte IV, 30 décembre au matin et acte V, au soir.

mardi 16 avril 2013

HUGO, HERNANI, RESUME




Préface

Écrite en 1829

La mort et la publication posthume d’un jeune poète pâle donnèrent l’occasion à Hugo de parler de la nouvelle poésie en faisant appel aux ardeurs de la jeunesse. Référence significative, quoique discrète, au public comme « peuple » et surtout à l’insistance sur l’idée de « liberté » (leitmotiv du texte) qui est au centre de la thèse générale: « La liberté littéraire est  fille de la liberté politique. » Exposée à ce moment là, elle situait fermement Hernani dans le mouvement historique de la fin de la Restauration.

« Le Romantisme n’est que le libéralisme en littérature. »

« Or, après tant de grandes choses que nos pères ont faites et que nous avons vues, nous voilà sortis de la vieille forme sociale; comment ne sortirions-nous pas de la vieille forme poétique? A peuple nouveau, art nouveau. »

« Cette voix haute et puissante du peuple, qui ressemble à celle de Dieu, veut désormais que la poésie ait la même devise que la politique: TOLERANCE ET LIBERTE. »

Acte I

Titre: Le roi

A Sarragosse, une chambre à coucher, la nuit, une lampe sur une table
Décor très succinct, en comparaison à la multitude de détails de RB
Symbolique de la chambre, lieu de l’amour.