mercredi 27 mars 2013

RESUME, BECKETT, " OH, LES BEAUX JOURS"


Personnages : Winnie (Wn) la cinquantaine et Willie (Wl) la soixantaine.




Premier acte
- Étendue d’herbe brûlée s’enflant au centre en petit mamelon. Maximum de simplicité et de symétrie. Lumière aveuglante.
-Trompe-l’œil très pompier (un trompe-l’œil, c’est un genre pictural : pour tromper l’œil ; les oiseaux ont l’air vivant. Cela fait référence à l’art pompier, par exemple, au XIXème siècle, un art très conventionnel : grandes scènes antiques, grandiloquence, etc… très décrié par les tenants de l’art moderne, Baudelaire, Zola, Manet… c’est aussi une référence picturale. Attention « pompier » est ici péjoratif, notamment renforcé par l’adverbe « très ».)
- Enterrée jusqu’au dessus de la taille dans le mamelon, au centre précis de celui-ci, Wn (Winnie).
- La cinquantaine, de beaux restes, blonde de préférence, grassouillette, bras et épaules nus, corsage très décolleté, poitrine plantureuse, collier de perles. Elle dort. A gauche, son sac ; à droite, une ombrelle au manche rentrant dont on ne voit que la poignée en bec-de-cane.
- Derrière elle, caché par le mamelon, Wl (Willie).
- Sonnerie, rien, nouvelle sonnerie plus stridente, Wn se réveille. Jeu très précis entrecoupé de temps longs : se redresse, pose les mains à plat, fixe le zénith.
- 1ères paroles : Encore une journée divine (tout un programme). Elle prie. Commence, Wn. (Un temps) Commence ta journée, WN. (Annonce le soliloque, elle ne cesse de se parler à elle-même).
- Elle fouille dans le sac : plus de paroles que de gestes. (Sont-ils les seuls à parler vrai ?) : Une brosse à dents, un tube de dentifrice, se brosse les dents : gestes du quotidien engoncée dans un mamelon (symbole de la mère : vivre dans le ventre de sa mère…).
- Elle appelle WL qui ne répond pas : « Pauvre WL – plus pour longtemps – sans remède – aucun remède ».
- Quant à elle, elle n’a aucune douleur, enfin presque et c’est merveilleux.
- Soliloque disloqué, entrecoupé de gestes, de pauses, asyntaxique : « ça qui est merveilleux »
- WL n’a aucun goût pour rien, aucun but dans la vie (et elle, quel est-il, prisonnière de son mamelon ?) « Bon qu’à dormir – don merveilleux. »
- Elle prend ses lunettes, elle est presque aveugle : « assez vu sans doute - malheur à moi qui vois ce que je vois. Sainte lumière – noire plongée – faire surface – fournaise d’infernale lumière (en essuyant ses lunettes) »
- Elle appelle à nouveau WL, sans réponse et reprend son soliloque : « douleur, ça qui est merveilleux… légers maux de tête parfois – garantie…véritable…pure…quoi ? (En examinant le manche de la brosse, elle lit l’inscription). »
- Ses migraines vont et viennent, peut-être grâce à ses prières, « matin et soir, tant de bontés – de grandes bontés. » Elle tente à nouveau de décrypter l’inscription, sans succès : « vieilles choses – vieux yeux – continue, Wn. »
- Elle prend une ombrelle dont le manche est d’une longueur inattendue. (Symbolique phallique ?)




- Elle appelle à nouveau WL, sans succès : « Don merveilleux. (Elle lui assène un coup avec le bec de l’ombrelle). Que ne l’eussé-je ? » Nouveau coup, l’ombrelle tombe, la main invisible de WL la lui rend. Elle le remercie, puis inspecte ses paumes, moites, « mais pas mieux, pas pis, pas de changement (comme ses gencives). Pas de douleur. Je t’en prie, mon chéri, sois gentil, ne te rendors pas, je pourrais avoir besoin de toi. » (Première phrase longue et non coupée : un appel à l’aide ?)
- Elle sort des objets de son sac dont un revolver qu’elle embrasse. (Le baiser de la mort ?)

Puis elle lit les effets secondaires de l’étiquette qui contient du liquide rouge : diminution d’entrain, manque d’appétit… Le vieux style ( ?) et la posologie. Amélioration – instantanée.












- Elle vide le flacon d’un trait et le jette du côté de WL. Bris de verre. « Ah ! Ça va mieux ! »
Elle se met du rouge à lèvres.
« Plus pour longtemps – dois pas me plaindre. Quel est ce vers admirable ? Oh fugitives joies – oh… ta-la lents malheurs ».
- Mais WL se met sur son séant. Crâne chauve, partie postérieure où coule un filet de sang. Il l’essuie avec un mouchoir, puis met coquettement un canotier garni d’un ruban tricolore.
Wn lui conseille de mettre son caleçon, sinon il va roussir. Il lui reste de son produit (toujours aucun mot de Wl, mais on comprend qu’il étale de la crème sur lui).
- Elle reprend son soliloque : « Oh le beau jour encore que ça va être ! »
Wl lit un journal, mains invisibles.
Wn inspecte ses lèvres : « Fraîche bouchette. Bouchette blêmie. » Elle va pour mettre une toque très bibi, mais est interrompue par WL qui se met à lire le journal à haute voix. (Rubrique nécrologique) Mort dans son tub du Père en Dieu Carolus Chassepot.


- Wn se souvient quand elle était assise sur ses genoux, sous le robinier. « Oh les beaux jours de bonheur ! »
- Puis Wl lit les petites annonces : recherche un jeune homme vif.
Alors WN se souvient de son premier bal, de son premier baiser. Elle ferme les yeux et revoit la scène. A chaque fois elle fait mine de mettre sa toque, à chaque fois la voix de Wl interrompt son geste.
- Wl lit les annonces immobilières. Wn réussit enfin à mettre sa toque.
- Wn sort une loupe de son sac et réussit à lire l’inscription : véritable pure soie de porc. (Lecture difficile) : « ça que je trouve si merveilleux, qu’il ne se passe pas de jour – (sourire) – le vieux style ! – (fin du sourire) – presque pas, sans quelque enrichissement je veux dire, pour peu qu’on s’en donne la peine » (Wl examine une carte postale, on ne voit que sa main). « Et si pour des raisons obscures nulle peine n’est plus possible, alors plus qu’à fermer les yeux – (elle le fait) – et attendre que vienne le jour – (elle ouvre les yeux) – le beau jour où la chair fond à tant de degrés et la nuit de la lune dure tant de centaines d’heures » (envolée poétique). « (Un temps) Ca que je trouve si réconfortant quand je perds courage et jalouse les bêtes qu’on égorge. » Elle espère qu’il ne perd rien de… mais elle voit la carte, et se récrie d’horreur (serait-ce une carte obscène ?). Wl a gardé la main tendue et ouverte, il veut la carte, elle la lui rend, et Wl s’en repaît.
- Mais elle ne sait plus ce qu’est un porc. Mais ça reviendra, ça revient toujours, mais pas tout, une partie.



- Wl enlève son canotier et son mouchoir, se mouche bruyamment, puis remet mouchoir et canotier.
Wn : « Que ne t’ai-je laissé dormir ! Ah oui, si seulement je pouvais supporter d’être seule, je veux dire d’y aller de mon babil sans âme qui vive qui entende. » Même si elle sait qu’il n’entend pas tout. Elle sait qu’elle est entendue parfois. C’est ce qui lui permet de continuer, de continuer à parler s’entend. Et s’il venait à mourir, ou s’il s’en allait en l’abandonnant, que pourrait-elle bien faire toute la journée, depuis le moment où ça sonne pour le réveil, jusqu’au moment où ça sonne, pour le sommeil ? (Comme dans En attendant Godot, Estragon et Vladimir attendent que le soleil se couche pour partir : rythme de la pièce et de la vie au quotidien, le jour et la nuit). « Plus un mot jusqu’au dernier soupir, plus rien qui rompe le silence de ces lieux. »
- Mais s’est-elle coiffée ? « Je l’ai fait peut-être. »
« On fait tout. (Un temps). Tout ce qu’on peut. (Un temps). Ce n’est qu’humain. […] Que nature humaine. […] Que faiblesse humaine. » (Elle ne cesse d’inspecter le mamelon en disant cela) Elle cherche le peigne, se dit qu’elle n’a pas pu le ranger, elle ne le fait jamais. Et puis à quoi bon, elle a le temps : « le temps est à Dieu et à moi. » Drôle de tournure. Est-ce que ça se dit ? Elle répète plusieurs fois la question à WL qui répond :
- « Dors. »
Wn est toute joyeuse, il va lui parler aujourd’hui : « oh le beau jour encore que ça va être ! » Puis elle disserte sur la nécessité quasi vitale de mettre la toque ou de ne pas la mettre. (On comprend qu’elle ne parvient pas à l’enlever à cause de ses cheveux). Elle se souvient quand il avait dit : d’or, tu as dit, ce jour-là, enfin seuls, cheveux d’or (quelle ironie avec l’homonyme précédent, et quelle connotation tragique sur le temps qui passe et la décrépitude corporelle). Elle lève la main dans le geste de porter un toast (réminiscences ?) : « à tes cheveux d’or … puissent-il ne jamais … (la voix se brise)… ne jamais… (Elle baisse la main. Elle baisse la tête. Un temps. Bas)… »
« Les mots vous lâchent, il est des moments où même eux vous lâchent. » Elle demande son avis à WL, mais il ne répond pas.
Et jusqu’à ce qu’ils reviennent, il n’y a plus qu’à se coiffer, se curer les ongles…
- Wl s’effondre derrière le mamelon. Elle le regarde et lui conseille de rentrer dans son trou. Il s’est assez exposé. Il y rampe, côté jardin. Mais il ne doit pas y rentrer la tête la première ! Mais à reculons. WL fait tout ce qu’elle dit. Elle le guide par des injonctions, puis l’implore de dire par un simple oui ou non s’il l’entend de là. Il lui répond maussadement par l’affirmative. Wn fait d’autres essais en parlant plus ou moins fort pour vérifier qu’il l’entend bien. Wl est de plus en plus agacé et ses « oui » sont de plus en plus violents.
- Puis s’ensuit une logorrhée verbale.



Entre autres : soulagement d’être entendue, savoir que cela ne durera pas car il partira, mais il lui restera son sac. Elle lui demande s’il la voit mais en bougeant et en se retournant pour voir Wl, elle a bougé la terre de son mamelon :
« La terre est juste aujourd’hui, pourvu que je ne me sois pas empâtée. »
« Toutes choses en train de se dilater. Les unes davantage. Le autres moins. (Tout en tapotant et caressant la terre) »
Mais soudain elle voit de la vie ! Une fourmi ! Une fourmi vivante ! Elle a comme une petite balle blanche dans les bras.
Wl : Œufs. Formication. (TLF : Vx, MÉD. Sensation analogue à celle produite par des fourmis sur la peau. Synon. usuel fourmillement.)
Ils rient ensemble, puis l’un après l’autre. Joie de Wn de l’entendre rire de nouveau. Alors qu’elle pensait qu’il ne rirait plus jamais.
- Puis elle lui demande s’il ne fut jamais un temps où elle pouvait séduire. Mais elle en convient, il y a de quoi sécher.
« Détends-toi à présent. […] simplement te savoir là à porter de voix et sait-on jamais sur le qui-vive, c’est pour moi… c’est mon coin d’azur. (Un temps) La journée est maintenant bien avancée. (Sourire) Le vieux style ! (Fin du sourire). »
- Mais il est encore un peu tôt, sans doute, pour ma chanson. Chanter trop tôt est une grave erreur, je trouve.



Heureusement qu’il y a le sac. Elle se dit qu’elle serait incapable d’en énumérer le contenu, si un passant le lui demandait.
Wn, sois prévoyante, pense au moment où les mots te lâcheront. Mais n’exagère pas avec ton sac.
Mais elle ne peut s’empêcher d’y faire encore un petit plongeon et trouve encore le revolver, qu’elle appelle « Vieux Brownie ! »
Elle demande à Wl s’il se souvient du temps où il la bassiner pour qu’elle l’enlève de sa vue, avant qu’il ne mette fin à ses souffrances.
Mais c’est une consolation, sans doute, te savoir là. Mais elle a l’impression d’être sucée par la terre.
Wl : Sucé ?
- Nouvelle logorrhée verbale. Elle hisse péniblement son ombrelle qu’elle fait pivoter distraitement de gauche à droite.
« Hé oui, si peu à dire, si peu à faire, et la crainte si forte, certains jours, de se trouver… à bout, des heures devant soi, avant que ça sonne, pour le sommeil […] et rien ou presque rien de dit, rien ou presque rien de fait. (Elle lève l’ombrelle.) Voilà le danger. (Elle revient de face.) Dont il faut se garer.»
- Avant elle transpirait, plus maintenant, alors qu’il fait plus chaud, elle s’émerveille devant le pouvoir d’adaptation de l’homme.
- Elle a mal au bras à force de tenir l’ombrelle, mais ne parvient pas à la poser. Etrange. Elle demande à Wl de lui ordonner de la poser. Son ombrelle prend feu (à la lampe, il y en a deux). Mais Wl ne répond toujours pas ! Serait-il dans le coma ? Non, il accepte de bouger un doigt, elle est toute joyeuse car en fait il en bouge cinq !



Mais c’est normal que les choses brûlent, comme elle, qui un jour sera réduite en cendres noires.
Elle évoque le temps où elle avait encore le libre usage de ses jambes. Mais ce sont des mots vides.
- Demain, il y aura le même temps et si elle casse sa glace (ce qu’elle fait), demain elle sera encore là, au même endroit (Que veut-elle dire ?), pour l’aider à tirer sa journée.
- Puis elle sort une boite à musique de son sac : valse « Heure exquise » de la « Veuve joyeuse » (Symbolique et proleptique).
Elle est heureuse, Wl entonne l’air sans paroles.
Wn : « Oh le beau jour encore que ça aura été ! »
Mais Wl ne veut pas récidiver. Elle le comprend, on ne peut pas chanter, comme ça, uniquement pour faire plaisir à l’autre. Mais elle se dit qu’elle doit se taire et faire quelque chose.
« Ne gaspille pas tous les mots de la journée. »
- Alors, elle se lime les ongles. En même temps, elle se souvient d’un Monsieur et peut-être d’une Madame Piper. Ou Cooker ? Elle demande à Wl si ça lui dit quelque chose. Mais WL va pour avaler son mouchoir ! Elle l’enjoint de le recracher.
- Mais elle reprend : Elle se souvient qu’ils l’ont vue fourrée jusqu’aux nénés, dans le pissenlit, l’homme se demandait à quoi elle jouait : A quoi ça rime ? C’est sensé signifié quoi ? Mais la femme lui rétorque que l’on pouvait se demander aussi à quoi il servait lui-même. Dispute et mépris (Qui peut être une mise en abîme du couple Wl/Wn). Il veut la déterrer, à mains nues, puis ils s’en allèrent. Ce sont les derniers humains à s’être fourvoyés ici.
- Elle est néanmoins reconnaissante de pouvoir baisser et lever la tête.
- Mais il est un peu trop tôt pour se préparer pour la nuit. Mais elle le fait quand même et range son sac. Elle pense que ça va bientôt sonner, mais il arrive qu’elle se trompe.
- Mais Wl essaie de sortir de son trou, très difficilement : « Quelle malédiction, la mobilité ! », dit-elle. Il se place à nouveau derrière elle, comme au début de l’acte. Elle a suivi tous ses mouvements et les a ponctués de remarques et d’ordres, comme d’habitude. Elle a eu un torticolis à force de l’admirer.
Parfois elle fait le rêve qu’il vient du côté où elle pourrait le voir : « J’en serais transformée. » Mais elle sait qu’il ne le peut pas.
- Ca va bientôt sonner. La main de WL met le mouchoir et le canotier sur son crâne comme au début (Épanadiplose), et elle, elle lit l’inscription sur la brosse. Mais qu’est-ce que c’est qu’un porc ? supplie-t-elle plusieurs fois Wl d’expliquer.
Wl : Cochon mal châtré. (Wn a une expression heureuse). Élevé aux fins d’abattage.
Il lit son journal.
Wn : « Oh le beau jour encore que ça aura été, encore un ! (Un temps) Malgré tout. (Fin de l’expression heureuse) Jusqu’ici. »
Wl : Prime rendement.
WL : Avantages sociaux.
Wn : Et maintenant ? (Un temps) Chante ta chanson, Winnie. Non ? Prie ta prière, Winnie. (Un temps long)
Rideau

Acte II

Scène comme au premier acte. Wl invisible. WN enterrée jusqu’au cou, toque sur la tête, tête rigoureusement immobile (ne peut pas la bouger) et de face. Seuls les yeux sont mobiles.
Sac et ombrelle à la même place. Revolver bien en évidence à droite de la tête.
Un temps long.
- Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt.




Wn : « Salut, sainte lumière. »
Elle ferle les yeux. Sonnerie stridente. Elle les ouvre. Sonnerie s’arrête.
« Quelqu’un me regarde encore. (Un temps) Se soucie de moi encore. (Un temps) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps) Des yeux sur mes yeux. (Un temps) Quel est ce verbe inoubliable ?
- Elle appelle Wl, mais elle pense qu’il doit être mort, ou qu’il l’a abandonné. Mais le sac est là, elle le voit. Celui qu’il lui donna ce jour là pour faire son marché.
- « Avoir toujours été celle que je suis – et être si différente de celle que j’étais. […] On dit tout. (Un temps). Tout ce qu’on peut. (Un temps). Et pas un mot de vrai nulle part. »
- «  Mes bras. (Un temps) Mes seins. (Un temps) Quels bras ? (Un temps) Quels seins ? Willie. (Un temps) Quel Willie ? »
- Dès qu’elle ferme les yeux, sonnerie stridente.
- « La terre, Willie, tu crois qu’elle a perdu son atmosphère ? »
- « Il reste toujours quelque chose. »
- Elle parvient à voir son nez et ses lèvres en louchant. Mais pas se joues, même en les gonflant. Et le sac bien sûr. Un peu flou. Et la terre bien sûr et le ciel. Et son ombrelle et Brownie. C’est tout.
- « Que ferais-je sans eux, quand les mots me lâchent ? »
- Quelquefois elle entend des bruits, qu’elle bénit, car ils l’aident à … tirer sa journée. (Sourire) Le vieux style !
-« Oui, ce sont de beaux jours, les jours où il y a des bruits. »



- Elle n’a pas perdu la raison. Pas encore. Pas toute.
- Ces petits bruits viennent du sac et hors du sac : « Les choses ont une vie. »
- « Et quand ça sonne. Ça fait mal, comme une lame. Une gouge (Ciseau en forme de gouttière, à bout tranchant et courbe). On ne peut pas rester sourd.
- « il y a mon histoire, bien sûr, quand tout fait défaut » : Mildred se souvient, elle se souviendra, de la matrice avant de mourir, la matrice maternelle. Elle a déjà quatre ou cinq ans (Est-ce elle enfant ?). On lui a offert une grande poupée de cire toute habillée. Millie mit son petit peignoir, descendit l’escalier interdit, alla dans la nursery et se mit à déshabiller Fifille.
- Mais qu’est-il arrivé à Wl. Elle est inquiète, mais ne trouve plus cela étrange. Plus maintenant. Peut-être qu’il appelle et qu’elle ne l’entend pas. Bien sûr elle entend des cris, mais ils sont dans sa tête, non?
- La journée est bien avancée, mais il est trop tôt pour sa chanson. Des fois elle veut chanter, mais ça ne vient pas.
- Allusion sur la tristesse au sortir des rapports sexuels intimes et Aristote (Wl serait d’accord avec lui).
Mais la tristesse après le chant…
- Elle chante. Mais elle a perdu ses classiques. Oh pas tout. Une partie. Ça que je trouve si merveilleux […]. Ah oui, abondance de bontés.
- « Et maintenant, Willie ? (Un temps long) J’appelle devant l’œil de l’esprit… Monsieur Piper… ou Cooker. (Elle ferme les yeux. Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt.)
Elle se souvient de la conversation. Il a demandé à la femme de lui dire qu’elle avait des seins et des épaules pas mal. Et de lui demander si elle sentait ses jambes là-dedans et si elle était nue. Mais la felle lui a rétorqué de le faire lui-même : « Lâche-moi sacré nom de Dieu et croule ! Crève ! ». Puis elle les a regardés s’éloigner, main dans la main, sacoches. Derniers humains à s’être fourvoyés ici.
- Et la souris, et les cris perçant de Mildred. Elle pousse un cri perçant, puis crie encore deux fois. Tous accourent, papa maman, Bibbie et la vieille … Annie.
- « Enfin plus pour longtemps, Winnie, ça va sonner pour le sommeil. Alors tu pourras fermer les yeux, alors tu devras fermer les yeux, et ne plus les ouvrir.


- « Je ne peux plus rien faire. Plus rien dire. Mais je dois dire plus. Problème ici. Non, il faut que ça bouge, quelque chose, dans le monde, moi c’est fini.
- Suite de mots et de réflexions sans queue ni tête (enfin en apparence), délire verbal.
- Mais au bout d’un temps long, alors que Winnie allait chanter sa vielle chanson, Wl apparaît à quatre pattes, en tenue de cérémonie. Gestes décrits très précisément (se flatte la moustache, qu’il a très fournie, par exemple). Il arrive près du centre et dans le champ de vision de Wn. Ne pouvant plus soutenir l’effort de regarder en l’air (vers Winnie) il baisse la tête jusqu’à terre.
- Wn très mondaine : « Ça par exemple ! Voilà un plaisir auquel je ne m’attendais pas ! […] Qu’est-ce que tu faisais tout ce temps ? […] Tu es devenu sourd ? Muet ? […] Enfin quelle importance, ça aura été quand même un beau jour, après tout, encore un. Plus pour longtemps, Winnie. »
- Elle est heureuse car il a accepté de la regarder. Et voilà qu’il grimpe sur le mamelon, c’est fantastique. Mais elle ne peut lui donner un coup de main. Mais la vise-t-elle, ou autre chose ? Est-ce pour lui donner un baiser ? Mais il dégringole. « Ne me regarde pas comme ça ! »
Willie : (bas) « Win. »
Winnie : (Expression heureuse) « Win ! (Un temps) Oh le beau jour encore que ça aura été. (Un temps) Encore un. (Un temps) Après tout. (Fin de l’expression heureuse) Jusqu’ici.
Elle essaie de chantonner le début de l’air de la boite à musique, puis chante doucement une chanson d’amour.

Un temps. Elle ferme les yeux. Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt. Elle sourit yeux de face. Yeux à droite sur Willie, toujours à quatre pattes, le visage levé vers elle. Fin du sourire. Ils se regardent. Temps long.

Rideau

Nathalie LECLERCQ

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