dimanche 31 mars 2013

COMMENTAIRE, CAMUS, L'ETRANGER, I, 6





TEXTE :


        J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

COMMENTAIRE :

Problématique: Comment Camus relate-il le récit clef du meurtre?




I) Des circonstances indépendantes qui font de Meursault une victime.
A) Le soleil
- Le soleil est longuement décrit dans le passage précédent: « C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman. » L’astre de lumière joue un rôle décisif dans cette scène, comme le jour de l’enterrement. La chaleur annihile toute forme de pensée, Meursault la subit et perd toute notion de la réalité.
- Rôle des métaphores: « le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu », on a quelque chose des Enfers, de l'Apocalypse, de fin du monde et une espèce de démesure. Le mélange du feu, qui symbolise les Enfers, et de l'eau, qui connote au déluge, appuie cette notion d'Apocalypse. L'expression hyperbolique « océan de métal bouillant » montre que l'eau aussi est touchée par cette chaleur infernale. L'espace perd ses points de repère : avec ce mélange chaleur-eau, on a l'impression que la mer et le ciel se confondent avec la chaleur alors qu'auparavant, avant de déjeuner, la mer le rafraîchissait.

B) Les éléments annihilent le personnage:
- Rôles des métaphores: « La lumière a giclé sur l’acier », « mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel », « cette épée brûlante (le couteau et son reflet) rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. » Le personnage perd le sens de la vue. Les éléments naturels écrasent le personnage. Tout est centralisé sur le visage (Champ lexical: Yeux, larmes, front, cils), cela met en exergue la croissance de la souffrance de Meursault, et l'hostilité du monde. Les hyperboles (rideau de larmes, épée brûlante, fouillait les yeux) et les personnifications (« la lumière a giclé », « l’épée rongeait et fouillait ») mettent en valeur le caractère actif du soleil et du couteau qui le réverbère, ces éléments deviennent presque les uniques actants (celui qui agit) de la scène. Ils prennent possession de Meursault, qui perd toutes ses capacités, d’où les adjectifs révélateurs « aveuglés », « douloureux »: Restriction des perceptions du monde et une insistance sur l'attaque du regard («ronger » ... « sel »). L'image de l'épée marque la confusion de Meursault entre l'agression des éléments naturels et celle du couteau. La métaphore « la lumière a giclé » met en évidence un mélange eau et lumière que ressent le personnage : Le soleil prend le relais du couteau qui n'est pas encore agressif : l'Arabe n'a fait que de le sortir de sa poche. Finalement, cette confusion entre le couteau et le soleil marque que pour Meursault le soleil a pris la responsabilité du danger du couteau.

C) Le soleil est l’attaquant et Meursault est la victime
- « C’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. » La subordonnée comparative (« C’était comme ») mise en valeur par le présentatif « C’était » montre que Meursault subit littéralement une attaque. Le verbe à l’imparfait « m‘atteindre » (ce temps renforce d’ailleurs, par son aspect duratif, l’intensité du moment et sa longueur, elle-même reprise par l’adjectif qualificatif «longue») met en exergue, par son sémantisme, que Meursault se sent violenté. Le complément du verbe « au front » implique une idée de blessure physique.
- « Je ne sentais plus que »: la tournure négative et restrictive (ne…plus que), l’adverbe «indistinctement» et le fait que dans la métaphore « cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. », Meursault est objet et non pas sujet (le sujet étant l’épée) montrent que le héros subit, qu’il perd toute perception et qu’il endosse le rôle de la victime.



II) De la victime au meurtrier
A) Le déclencheur, dramatisation de la scène
- Le drame en marche : Le drame est lié à la progression de Meursault. Il est revenu à la source parce qu'il avait trop chaud et la personnification de la chaleur montre bien à quel point elle était atroce (« son grand souffle chaud »). Il voit l'Arabe et dans un premier temps s'immobilise : « j'étais assez loin de lui, à une dizaine de mètres ». Puis il avance vers l'Arabe, sans que cela porte vraiment à conséquence : «J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin ». Enfin, une action, soulignée avec insistance et comme étirée dans le temps montre le drame qui peut en découler : « A cause de cette brûlure que je ne pouvais pas supporter, j'ai fait un mouvement en avant », « en me déplaçant d'un pas »; « Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant ».
- « Et cette fois, sans se soulever, l’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. » La locution adverbiale temporelle « cette fois », la valeur décisive et finale de la conjonction de coordination « et », montrent qu’il y a rupture avec ce qui précède. L’Arabe agit, il est le déclencheur, sujet des verbes d’action de cette phrase, complice du soleil, il est l’attaquant, Meursault ne fait que se défendre.
- La locution adverbiale temporelle « au même instant » met bien en évidence que toute la scène qui va suivre va découler du geste de l’Arabe.
- « C’est alors que tout a vacillé »: Le présentatif de survenue « c‘est », l’adverbe de temps « alors » et le sémantisme du verbe « vaciller » marquent également une rupture, un instant décisif qui a tout déclenché.

            B) Le rôle du hasard
-Le retour du personnage est présenté comme une banale promenade. Il se retrouve face à l'Arabe qui devient alors son adversaire, alors même qu'il est surpris de le voir à cet endroit. (« j'ai été surpris un temps »)
-L'Arabe se trouve dans une position d'abandon, dont semble rêver le narrateur : « il reposait sur le dos, les mains sous la nuque, le front dans les ombres du rocher, tout le corps au soleil ». Cette description met en scène un personnage e train de rêvasser et de se reposer (voir le sémantisme des verbes). Il est donc dans une position non agressive; c'est le hasard qui va conduire au dérapage final.
Le temps suspendu : Le drame est relié à l'altercation qui a précédé : « C'était le même soleil, la même lumière sur le même sable qui se prolongeait ici ». La répétition de l'adverbe « même » signale que l'affrontement va se réitérer. De plus, le rythme ternaire de la phrase ajoute une profondeur dramatique à la scène.
-« Il y avait deux heures que la journée n'avançait plus, deux heures qu'elle avait jeté l'ancre dans un océan de métal bouillant » Métaphore = Le temps semble de toute façon s'être même immobilisé.
- Meursault enfin lui-même rapproche cette scène d'une autre journée qui a eu lieu au début du roman : « C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman », comme si le temps n'avait pas avancé. L’adjectif « même » signale au lecteur qu’une autre scène clef va avoir lieu.

C) Le meurtre
- Il est à noter que L’arabe n’est nommé qu’une fois, comme déclencheur, mais qu’ensuite il n’en sera plus question, à part par métonymie périphrastique (corps inerte). Meursault n’a pas conscience de tirer sur lui, il semble plutôt tirer sur le soleil qui l’aveugle, soleil que reflète le couteau.
- « Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver »: le lecteur suit pas à pas les différentes péripéties de ce récit et vit en même temps que Meursault ce qu’il lui arrive. Les différentes étapes, données une à une, créent du suspense et une attente anxieuse. Nous avons l’impression de voir un duel de western. Les deux propositions indépendantes coordonnées sous entendent un rapport de cause à effet, c’est parce que Meursault s ‘est tendu qu’il a crispé sa main sur le revolver. Tout est fait pour montrer qu’il agira malgré lui, et que ce sont les circonstances et le hasard qui le mènent.
- « la gâchette a cédé »: Meursault n’est pas le sujet de la phrase, les éléments agissent pour lui, et le sémantisme du verbe « céder » met en exergue le fait qu’il n’a jamais voulu tirer.



III) Un évènement clef lié à la fatalité et à l’absurde
A) Après le meurtre
- « C’est là que tout a commencé »: Encore une rupture mise en valeur par le présentatif « c’est », la tournure met en évidence le caractère irrémédiable de ce qui va suivre (Rôle du pronom indéfini « tout» et du sémantisme du verbe « commencer »)
- « J’ai secoué la sueur et le soleil »: Cette métaphore a un double sens dû au sémantisme du verbe «secouer »: Meursault se réveille à cause de la déflagration (bruit sec et assourdissant: hyperbole révélatrice du choc sonore) et se secoue, mais ce verbe signifie également qu’il a secoué, il a dérangé l’ordre des choses, il a réveillé la nature: « J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux ». L’emploi du plus-que-parfait met en exergue que le héros fait référence à un temps qui n’est plus, un passé révolu (J’avais été) qui ne reviendra jamais. Le sémantisme du verbe « comprendre » montre que Meursault prend conscience de ce qu’il a fait, c’est la première fois que la réalité prend corps pour lui, mais c’est trop tard.
- « Alors, j’ai tiré encore quatre fois… »: L’adverbe de temps « alors » montre le rapport de cause à conséquence entre ce qui précède et ce qui suit. Meursault, comme dans tout ce récit, ne réfléchit pas et réagit en fonction de ce qui précède. Aucune préméditation, mais des réactions à chaud (Exacerbées par le soleil). L’adverbe de répétition « encore » met en valeur que la violence de Meursault atteint son paroxysme (amplifié par le déterminant numéral « quatre » et le complément du verbe « tirer »: « sur un corps inerte »). Ce geste met en évidence le désespoir du héros face à sa  prise de conscience: Il a rompu l’équilibre, tout est fini, irrémédiablement fini, et comme pour s’en convaincre, il accroît encore le bruit et l’absurdité de son geste en le réitérant. C’est un peu comme si Meursault tirait sur la fatalité et sur le non sens de tout ce qu’il vient de vivre.

B) La fatalité
- Omnipotence des éléments : un monde hostile : Le décor est immobile (plage), mais semble pourtant en mouvement, impression donnée par les nombreuses métaphores et personnification de la mer («océan de métal bouillant », « la mer haletait de toute la respiration  rapide et étouffée de ses petites vagues », « vibrante de soleil », « murmure de son eau ») = Le décor est ainsi un personnage à part entière
- La lumière joue un rôle important puisqu'elle trouble la vision de M. Ses yeux sont soumis aux incertitudes et à l'aveuglement : les verbes employés témoignent de l'imprécision de sa vision (« je devinais son regard », « son image dansait devant mes yeux », « mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel »). La luminosité, ici, loin de rendre plus claire la perception, est source de confusion : « Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire ». Ce qui conduit à la métamorphose du couteau en « épée » et en « glaive » et fait croire à M. qu'il est agressé. Les termes évoquant la lumière sont très nombreux dans ce passage et le mot « soleil » est répété huit fois, comme pour l'accuser.
-La chaleur également conduit au meurtre. Elle est personnifiée, ce qui en fait un élément vivant. Les verbes d'action insistent sur son influence néfaste sur M. « Toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi », « s'opposait », « s'appuyait ».
- L'évocation, à plusieurs reprises, d'une « brûlure » fait du personnage une victime. C'est cette brûlure qui le force à avancer vers l'Arabe : « A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant ». Le lien logique « à cause de » montre bien la relation de cause à effet entre la chaleur et le premier pas vers le drame. De plus, la chaleur ajoute au trouble de la vue : «La sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais ».
La confusion des perceptions chez M. est visible dans le mélange qu'il fait de l'eau et de la lumière : « la lumière a giclé » : le narrateur est dans l'incapacité de discerner ce qu'il voit et ressent, ce qui va le conduire à l'irréparable.
- Le châtiment divin : la fatalité est marquée par la présence d'une force transcendante qui pèse sur le personnage. Tout un champ lexical indique ce rapprochement : « glaive », « lame étincelante », « le ciel», ainsi que la personnification des éléments. L'insistance avec laquelle le texte souligne que c'est le front qui est touche prouve que l'agression se porte en un point vital du corps (« le front surtout me faisait mal », « lame...qui m'atteignait au front », « je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front » + L'apocalypse : le vocabulaire et les expressions concourent même à évoquer la fin du monde, l'Apocalypse (« océan de métal bouillant », « la mer a charrié un souffle épais et ardent »; « C'est alors que tout a vacillé »; « il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu »).

C) Une conception absurde de l’existence
- La rupture de l'équilibre : Le temps suspendu et la structure en boucle de la première partie du roman qui se clôt sur l'évocation de la scène qui l'a commencé montre un équilibre défaillant, où le temps se referme sur lui-même. Ceci confère au passage le rôle d'une fermeture en boucle de la première partie, comme si tout ce qui s'était passé entre ces deux moments n'avait pas eu d'importance. Tout revient à la même chose.
- « détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux ».La métaphore et le rappel du xouvenir met en exergue le fait que l'acte de tuer s'inscrit comme une rupture de l'ordre de la nature :
- Le bruit du revolver installe un avant et un après de la faute « J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux ». Le plus que parfait d'aspect accompli signale cette rupture et montre qu'on ne pourra pas revenir en arrière. L'expression « alors tout a vacillé » indique qu'avant, tout était bien, que M. avait une vie tranquille et qu'il n'avait pas conscience de son caractère absurde.
- L'expression « quatre coups brefs sur la porte du malheur » peut faire penser au théâtre : le théâtre de la comédie humaine se met en scène.
- Un personnage responsable : D'abord, le narrateur semble manquer de volonté propre : « J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et tout serait fini », mais il ne le fait pas! « Je savais que c'était stupide » et pourtant il continue. Grâce à ce discours intérieur qui permet la focalisation interne, Camus montre que le crime n'est pas motivé, ni prémédité (« Rester ici ou partir, cela revenait au même »), même s'il porte sur lui, cependant, l'arme de Raymond. Par ailleurs, il est victime des éléments (lumière et chaleur) et est déresponsabilisé par leur influence négative. Et si la chaleur gêne les sensations de M. et engendre chez lui la douleur, comme l'indique la phrase: « le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau », les déterminants employés (« les paupières », « le front », « la peau » suggèrent que le corps de M. ne lui appartient plus. Or, comment pourrait-il être responsable de ce qu'un corps qui n'est pas lui a fait? Enfin, le pistolet semble avoir agi seul : « La gâchette a cédé». Cet acte lui a échappé complètement, la responsabilité ne lui appartient pas. L'enchaînement des actes se déroule sur un mode passif : il ne s'agit pas de la volonté d'une conscience libre. La possession d'une arme, d'ailleurs, le place dans un état de toute-puissance, état qu'il n'a pas choisi puisque le pistolet ne lui appartient pas : « J'ai touché le ventre poli de la crosse »,  ventre non plus maternel, mais engendrant la mort.
- Le personnage est coupable, certes, car c'est lui qui a tiré, mais il n'apparaît pas responsable : tout lui échappe et agit sans lui, hors de lui, ses actes autant que son corps, et semble soumis à la loi de l'absurde.
- Absence de prise de conscience : Meursault tue quelqu'un qui n'était pas son ennemi (absence de motivation) et ne ressent aucun sentiment envers lui, ni avant, ni pendant, ni après le crime. Après le meurtre, il n'éprouve aucun remords et ne pense qu'à l'équilibre du jour et à son bonheur maintenant en péril, comme un enfant égoïste. Il commet alors un acte horrible, où une légitime défense éventuelle est réduite à néant : « Alors j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte ». Cet acte d'acharnement, accompli avec un sang-froid inquiétant, est introduit par l'adverbe « alors », qui souligne qu'il s'agit d'une conséquence du meurtre : il y a là une logique chez le narrateur à se venger de ce qui a détruit son petit bonheur. Mais il ne prend pas conscience de l'horreur de son acte; au contraire, cela suscite sa curiosité, ce qui est mis en valeur par la métaphore : « où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût ». La sincérité du personnage dans ce passage, qui ne cherche pas à cacher ou diminuer l'horreur de ce qu'il a fait, révèle l'absurde de la situation et de la vie. Le monde et les comportements n'ont pas de sens, c'est pour cela qu'il se permet de tirer sur un cadavre, juste pour voir.
- Ce récit est donc un passage clef de l’ouvre, car c’est à partir d’ici que toute la vie du héros a basculé. Camus insiste bien sur le rôle déterminant du soleil, sur l’impassibilité et la souffrance de meursault, pour bien montrer que son acte n’est que la résultante de circonstances particulières et de hasards malencontreux. Ce texte souligne à travers Meursault que le monde et les comportements n'ont pas de sens, c'est une illustration de l'absurde. Meursault va le révéler par son souci de sincérité. Camus dit à propos de Meursault qu' « il y a quelque chose en lui de positif et c'est son refus jusqu'à la mort de mentir ».

Nathalie LECLERCQ

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