dimanche 31 mars 2013

COMMENTAIRE, CAMUS, L'ETRANGER, EXPLICIT




TEXTE :
                  Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en  moi comme une marée. A ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent.
                  Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un «fiancé», pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.

La clausule ou l’excipit: « Lui parti » jusqu’à la fin.
Problématique: Dans quelle mesure cette clausule ramène la paix et le retour au calme ?

COMMENTAIRE, CAMUS, L'ETRANGER, I, 6





TEXTE :


        J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait de toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

COMMENTAIRE :

Problématique: Comment Camus relate-il le récit clef du meurtre?

COMMENTAIRE, CAMUS, L'ETRANGER, I, 5.




TEXTE :



                 Peu après, le patron m'a fait appeler et sur le moment j'ai été ennuyé parce que j'ai pensé qu'il allait me dire de moins téléphoner et de mieux travailler. Ce n'était pas cela du tout. Il m'a déclaré qu'il allait me parler d'un projet encore très vague. Il voulait seulement avoir mon avis sur la question. Il avait l'intention d'installer un bureau à Paris qui traiterait ses affaires sur la place, et directement, avec les grandes compagnies et il voulait savoir si j'étais disposé à y aller. Cela me permettrait de vivre à Paris et aussi de voyager une partie de l'année. «Vous êtes jeune, et il me semble que c'est une vie qui doit vous plaire.» J'ai dit que oui mais que dans le fond cela m'était égal. Il m'a demandé alors si je n'étais pas intéressé par un changement de vie. J'ai répondu qu'on ne changeait jamais de vie, qu'en tout cas toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout. Il a eu l'air mécontent, m'a dit que je répondais toujours à côté, que je n'avais pas d'ambition et que cela était désastreux dans les affaires. Je suis retourné travailler alors. J'aurais préféré ne pas le mécontenter, mais je ne voyais pas de raison pour changer ma vie. En y réfléchissant bien, je n'étais pas malheureux. Quand j'étais étudiant, j'avais beaucoup d'ambitions de ce genre. Mais quand j'ai dû abandonner mes études, j'ai très vite compris que tout cela était sans importance réelle.

                  Le soir, Marie est venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. "Pourquoi m'épouser alors?" a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu : "Non." Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : "Naturellement."




Deux épisodes représentatifs de la vie de Meursault : « Peu après » à « naturellement. »

Problématique : Dans quelle mesure ces deux épisodes sont-ils représentatifs du mode de penser du personnage et d’une vision particulière de l’homme et du monde ?



I) Deux épisodes complémentaires
            A) Deux traitements identiques
- Voir le schéma de chaque micro-récit
            - Structure : proposition + réponse
            - Traitement stylistique : rôle des discours rapportés, discours indirect, indirect libre et discours direct à analyser. Ce qui frappe avant tout c'est la simplicité et le naturel du style. Roland Barthes (Le Degré zéro de l’écriture) évoque ainsi une "parole transparente" et un "style de l'absence qui est presque une absence idéale de style". On remarquera aussi l'extrême concision des phrases.

COMMENTAIRE, ALBERT CAMUS, L'ETRANGER, INCIPIT







TEXTE

          Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier. L'asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d'Alger. Je prendrai l'autobus à deux heures et j'arriverai dans l'après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J'ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n'avait pas l'air content. Je lui ai même dit : "Ce n'est pas de ma faute." II n'a pas répondu. J'ai pensé alors que je n'aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n'avais pas à m'excuser. C'était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c'est un peu comme si maman n'était pas morte. Après l'enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

L’incipit: Du début à « officielle. »

Problématique: En quoi ce début dévoile à la fois le titre de l’œuvre et l’œuvre elle-même ?

I. Un incipit déroutant
A) Où? Quand ? Comment ?
- Traitement des lieux : Alger (l. 8). Paysage gommé, purement narratif. Le lieu est explicitement désigné « Marengo », mais c’est au lecteur de déduire que le personnage se situe à quelques heures d’autobus de cet endroit, à Alger. C’est la seule indication temporelle de ce passage.
- Traitement du temps : Pas de moments antérieurs à l'histoire, le passé est dans le flou. On n'a pas vraiment d'avant. Par exemple, on annonce l'enterrement de sa mère mais on ne sait pas de quoi elle est morte. L'avenir va jusqu'à demain voire après-demain, il est extrêmement limité. On a le sentiment d'une quasi-simultanéité de la narration et de son contenu. Meursault raconte les faits les uns après les autres comme dans un journal, le récit est chronologique.



mercredi 27 mars 2013

RESUME, BECKETT, " OH, LES BEAUX JOURS"


Personnages : Winnie (Wn) la cinquantaine et Willie (Wl) la soixantaine.




Premier acte
- Étendue d’herbe brûlée s’enflant au centre en petit mamelon. Maximum de simplicité et de symétrie. Lumière aveuglante.
-Trompe-l’œil très pompier (un trompe-l’œil, c’est un genre pictural : pour tromper l’œil ; les oiseaux ont l’air vivant. Cela fait référence à l’art pompier, par exemple, au XIXème siècle, un art très conventionnel : grandes scènes antiques, grandiloquence, etc… très décrié par les tenants de l’art moderne, Baudelaire, Zola, Manet… c’est aussi une référence picturale. Attention « pompier » est ici péjoratif, notamment renforcé par l’adverbe « très ».)

dimanche 24 mars 2013

RESUME, ADAM DE LA HALLE, LE JEU DE ROBIN ET MARION


Résumé du Jeu de Robin et Marion, d’Adam de la Halle, 1270-1280

Ne pas oublier que cette pièce (ce « jeu ») est accompagnée de musiques et que certains passages sont entièrement chantés!! Un espèce de comédie musicale, si j’ai bien compris?

Gautier le Testu (le vilain), paysan, cousin de Robin, est le personnage qui fait le lien entre le Jeu du pèlerin et Robin et Marion.
Guiot: frère de Péronnèle
Baudon (Le Roi), paysan, probablement le frère cadet de Gautier.

Scène 1 : Marion et le Chevalier, première rencontre (vv. 11-102)
Scène 2 : Robin danse pour Marion (vv. 103-229)
Scène 3 : Robin va chercher du renfort (vv. 230-273)
Scène 4 : Le chevalier enlève Marion (vv. 274-341)
Scène 5 : Couardise des bergers (vv. 342-360)
Scène 6 : Libération de Marion (vv. 361-422)
Scène 7 : Jeux des bergers (vv. 423-587)
Scène 8 : Fiançailles de Robin et Marion (vv. 588-681)
Scène 9 : Robin fait ses courses (vv. B1-B70)
Scène 10 : Noces de Robin et Marion (vv. 682-763)


Scène première (vv. 1-102)
Aux champs, près d’Ayette. Marion, qui garde, seule, ses brebis, chante un refrain où il est question de Robin : il aime Marion, lui offre des cadeaux, l’a demandée en mariage. Il l’aura donc...
Entrée d’un chevalier, qui chante une pastourelle. Il avise Marion et s’adresse à elle, lui demandant pourquoi elle chante ce refrain...

RESUME, ADAM DE LA HALLE, LE JEU DE LA FEUILLEE


Résumé du Jeu de la feuillée de Adam de la Halle, 1276



Adam fait part de sa décision d’aller à Paris.
Rikiers tente de l’en dissuader, jamais bon clerc n’est sorti d’Arras. Adam lui rappelle le clerc Rimier Amoion, mais Riquiers est très ironique à son sujet. Gilot dit qu’il ne peut abandonner sa femme et qu’elle le rejoindra. Mais Adam répond que pour la sevrer, il mettra de la moutarde sur sa verge (Ainsi elle le laissera tranquille car elle aura mal).