dimanche 3 février 2013

COMMENTAIRE, SAMUEL BECKETT, EN ATTENDANT GODOT, Acte I, du début à "1900"


Attention: ces commentaires sont à compléter par les procédés adéquats et l'analyse de leurs effets. 






















Texte 1: Acte I, p. 9 à 10, du début à « 1900.» 

Route à la campagne, avec arbre. 
Soir. 
Estragon, assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même jeu. 
Entre Vladimir. 
ESTRAGON (renonçant à nouveau). – Rien à faire. 
VLADIMIR (s’approchant à petits pas raides, les jambes écartées). – Je commence à le croire. (il s’immobilise.) J’ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant. Vladimir, sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat. (il se recueille, songeant au combat. A Estragon.) – Alors, te revoilà, toi. 
ESTRAGON. – Tu crois ? 
VLADIMIR. – Je suis content de te revoir. Je te croyais parti pour toujours. 
ESTRAGON. – Moi aussi. 
VLADIMIR. – Que faire pour fêter cette réunion ? (Il réfléchit.) Lève-toi que je t’embrasse. (il tend la main à Estragon.) 
ESTRAGON (avec irritation). – Tout à l’heure, tout à l’heure. Silence
VLADIMIR (froissé, froidement). – Peut-on savoir où monsieur a passé la nuit ? 
ESTRAGON. – Dans un fossé. 
VLADIMIR (épaté). – Un fossé Où ça ? 
ESTRAGON (sans geste). – Par là. 
VLADIMIR. – Et on ne t’a pas battu ?  
ESTRAGON. – Si… Pas trop.  
VLADIMIR. – Toujours les mêmes. 
ESTRAGON – Les mêmes ? Je ne sais pas. Silence
VLADIMIR. – Quand j’y pense… depuis le temps… je me demande ce que tu serais devenu… sans moi… (Avec décision.) Tu ne serais plus qu’un petit tas d’ossements à l’heure qu’il est, pas d’erreur. 
ESTRAGON (piqué au vif). – Et après ? 
 VLADIMIR (accablé). – C’est trop pour un seul homme. (Un temps. Avec vivacité.) D’un autre côté, à quoi bon se décourager à présent, voilà ce que je me dis. Il fallait y penser il y a une éternité, vers 1900.


  

PLAN POUR UN COMMENTAIRE: Acte I, p. 9 à 10, du début à « 1900

Problématique: En quoi ce début est une scène d’exposition assez révélatrice de l’ensemble de la pièce?



I) Une scène d’exposition peu traditionnelle et paradoxale
            A) Les lecteurs et les spectateurs en savent autant
- Interprétation du titre de la pièce
- Rôle des didascalies, petite supériorité du lecteur, mais usage peu traditionnel
            B) Où et quand ?
- Forme, fonction et valeur des didascalies : « Route à la campagne » = no man’s land, lieu indéterminé…
- Ce que nous apprenons grâce au dialogue : « Dans un fossé »
- Quand : temps indéterminé, le soir = aucune indication précise, Beckett ne suit pas du tout les règles classiques (Pas le matin, mais le soir) = pièce moderne, nouveau théâtre.
            C) Qui et comment ? Les personnages et l’intrigue
- Deux amis + âge (1900 et 1953) + condition sociale (Fossé, nuit à l’extérieur) = des SDF
- Ont un rôle (Sisyphe et lutte contre l’absence d’action) = voir cours sur Sisyphe.



II) Qui annonce pourtant bien des thèmes fondamentaux, repris et développés tout au long de la pièce
            A) Un comique dérisoire
- Une scène de retrouvailles
- « Moi aussi » + « Songeant au combat » : Décalage entre didascalies et répliques
- Des pantins
            B) Rôle des didascalies et de l’espace scénique
- « s’approchant à petits pas raides, les jambes écartées »
- Analyse des didascalies qui indiquent le ton et les gestes.
            C) Rôle du langage
- « Tu crois ? » + « Moi aussi » + embrassade + silences
- Deux personnalités qui s’opposent, une terre-à-terre, l’autre, philosophique
- Le langage remis en question
- Le langage est action



III) Et qui rendent compte des enjeux philosophiques de l’œuvre
A) Estragon et sa chaussure
- « Estragon, assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même jeu. » : La pierre renvoie au mythe de Sisyphe (Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu'en haut d'une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet) + la chaussure renvoie au titre (Godot rappelle « godillot ») + sens du verbe « ahaner » = Travailler avec peine et fatigue. Pousser des cris d'effort + champ lexical de la peine et de la souffrance + « même jeu » = répétition à l’infini de l’échec et de la souffrance. Analyse = le jeu d’Estragon renvoie à la condition sur terre, né pour travailler, peiner, souffrir, ad vitam aeternam… Cette chaussure est « la pierre » d’Estragon, métaphore de sa vie et de sa souffrance qu’il ne peut « ôter».
B) Rien à faire
- « Rien à faire » + champ lexical du combat : Métaphore de la vie et de son non sens. L’expression « rien à faire » peut avoir de multiples interprétations, pris au sens figuré : rien à faire contre la mort, mis aussi rien à faire dans la vie = ennui + combat = lutte existentielle…
- « Tu crois ? » : Doute existentiel = L’homme existe-t-il ? N’est-il pas en train de rêver ? Descartes avait répondu en disant : « Cogito ergo sum » : je pense donc je suis. Mais les personnages de Beckett ne pensent pas (Sauf Lucky, et on voit ce que cette action a comme conséquences !) + Toujours les mêmes : Le pronom indéfini et l’adverbe de temps mettent en valeur l’interchangeabilité des hommes et la répétition de leurs actions. Peu importe qui a frappé Estragon, ce sont des hommes au sens générique, « les mêmes », c’est-à-dire, ceux qui frappent, ceux qui font souffrir autrui. Mais aussi, ce sont les mêmes, car Estragon et Vladimir sont condamnés à revivre et revivre sans cesse les mêmes évènements, acte après acte, jour après jour = métaphore de la répétition de la vie = Estragon et Vladimir sont les représentants de l’espèce humaine qui ne cesse de se perpétuer et de recommencer le même cycle de la vie et de la mort. Mais aussi, la vie n’est faite que de réitérations, de répétitions…



C) La condition humaine
- « Depuis le temps… » : Interrogation qui pose la question des rapports humains à plusieurs niveaux. Celui des personnages = un couple ? Des amants ? L’un semble ne pouvoir survivre sans l’autre, sont inséparables, comme la même personne… Des doubles aussi interchangeables… Mais aussi, met en question les rapports humains, leurs relations d’amitié et d’amour, la solitude… Comment l’individu réagirait s’il était seul sur terre ? « Tas d’ossements » = métaphore euphémistique de la mort, l’homme ne peut survivre seul.
- Accablé… : Valeur générique de « homme » = Un seul homme = tous les hommes face à la souffrance de devoir dépendre des autres, de ne pas pouvoir se quitter… L’expression est ambigüe, c’est trop de savoir que l’homme ne peut vivre seul, ou est-ce trop de savoir que l’autre (Ici Estragon) ne peut se passer de lui (Vladimir) ? La dernière hypothèse met en exergue la responsabilité de chacun face à autrui. Rappelle l’idée de Sartre qui dit que « L’enfer c’est les autres ». Ces réflexions ont aussi une dimension métaphysique sur la condition humaine et la mort. La vie est une lutte pour la survie. L’adjectif « accablé », dans sa valeur métaphorique et hyperbolique rend compte du poids de la vie, et de l’inéluctabilité de la mort…

Nathalie LECLERCQ

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Bonjour , j'aimerais savoir si vous avez fait le commentaire de Beckett mais pour l'acte II préparant mon bac de francais j'aimerais voir plusieurs commentaires litteraires en plus de celui fait en classe
    Merci d'avance :)
    Sarah

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    1. Oui, il vous suffit de cliquer sur le libellé "BECKETT", à gauche, en haut de l'écran, et vous aurez accès aux dix articles que j'ai postés sur cet auteur, dont deux autres commentaires sur la pièce.
      Bonne lecture,
      Nathalie Leclercq

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