dimanche 3 février 2013

COURS, ARGUMENTATION: CONVAINCRE, PERSUADER, DELIBERER




Démontrer et argumenter mettent l’accent sur l’action effectuée par celui qui parle. Mais ils se distinguent par le statut de la vérité qui est dans chaque cas visée et par la position qu’occupe dans son discours celui qui l’énonce.

Démontrer consiste à développer, à partir d’une affirmation initiale admise comme vraie, un raisonnement déductif qui tend à prouver, par des opérations logiques, la vérité de sa conclusion. La démonstration est donc formelle et soumise à des règles explicites. Elle peut être vérifiée par des preuves indiscutables et ainsi être déclarée correcte ou incorrecte. Elle se déroule hors de tout autre contexte que celui de son propre système: la logique est sa méthode, le calcul est son moyen, comme dans le cas de la démonstration mathématique. Dès lors, la latitude laissée aux partenaires de ce type d’échange est faible: c’est la cohérence du raisonnement qui impose, de manière impersonnelle, une vérité qui doit être admise par tous. Le résultat est en principe indépendant des personnes, de leurs croyances et de leurs convictions.



Argumenter relève de l’usage délicat du langage, tendu entre la sécurité rationnelle de la preuve et le risque de manipulation trompeuse. Argumenter concerne le monde des opinions, où s’expriment des thèses de toute espèce sur tout ce qui peut être objet de discussion: jugement de valeur, bien-fondé d’une décision, justesse d’une prise de position. Les arguments sont alors des raisons plus ou moins fortes autour d’une thèse proposée. Argumenter consiste souvent à justifier la préférence que l’on accorde à telle ou telle façon de voir, que l’on cherche à faire partager. Ce qui met donc en jeu les sujets parlants eux-mêmes et tend à modifier leurs relations. Et cela se fait de deux façons, en essayant de convaincre et de persuader.

Celui qui cherche à convaincre s’attache au cheminement des raisons qui conduiront au résultat espéré: l’adhésion réfléchie de son auditoire. Les démarches de la conviction relèvent de la raison, du dialogue et de l’échange; elles sollicitent le savoir.

Celui qui veut persuader cherche à obtenir une adhésion spontanée et affective de son destinataire. Elle sollicite les attentes, les rêves ou les émotions, elle se sert de la séduction, de la suggestion, de la tentation, elle sollicite moins le savoir que le désir ou la crainte. Alors qu’on accepte d’être convaincu par les raisons d’autrui, on est persuadé en fait par des raisons qu’on porte en soi.



La délibération correspond au cas le plus abouti, où la confrontation d’idées et de prises de position débouche sur un jugement (individuel et collectif). La délibération relève de la capacité à former son propre jugement après avoir pris en compte et examiné des points de vue divers, voire divergents ou opposés.

L’argumentation indirecte met en valeur une prise de position qui se manifeste moins dans un débat ouvert que par des voies visant à susciter une adhésion par l’agrément. Il s’agit donc de récits de fiction renfermant un enseignement (portée didactique)

L'argumentation directe s'effectue directement, du locuteur à son auditoire, sans passer par un récit, avec des arguments énoncés explicitement, dans un discours, une lettre ouverte, ou autre.



Les genres de l’argumentation indirecte:
Le conte philosophique : récit faisant place au merveilleux et s’accompagnant d’une réflexion notamment sur des questions scientifiques ou philosophiques.
La fable : récit bref mettant en scène animaux, objets ou hommes, narrant une anecdote fictive et renfermant un enseignement moral.
Plus largement, l’apologue, entendu comme récit de fiction ayant une visée argumentative, demeure une catégorie pertinente qu’il est tout à fait possible de mettre en œuvre, au même titre que les notions de récit allégorique, de parabole, d’utopie. A l’origine, dans les débats judiciaires, l’apologie désigne un discours ou un texte de défense produit en réponse à une accusation. Synonyme de fable (du latin fari: parler).



Les genres de l’argumentation directe:
L’essai désigne, au sens large, des textes qui se caractérisent par la présence d’un « je » qui s’adresse à ses contemporains dans un discours argumenté. Dans ces textes, les idées et l’expérience personnelle de l’auteur sont liées. L’essayiste se différencie de l’auteur de traité savant ou de philosophe en ce qu’il ne vise ni l’exhaustivité, ni la systématisation; il propose une réflexion fondée sur son point de vue particulier. La souplesse caractérise le genre informel de l’essai et peut se définir ainsi: texte de réflexion personnelle en prose, ne visant pas à l’exhaustivité, et donnant à saisir une pensée en tarin de s’élaborer (une délibération). Libre par essence, il peut prendre, par exemple, la forme du pamphlet, du dialogue, ou de la lettre ouverte.
La lettre ouverte: Il ne s’agit pas ici de l’épistolaire au sens large, mais d’une littérature d’idées fondée sur l’usage de la lettre (expédiée ou non, destinataire fictif ou réel) dans un débat d’idées; elle peut constituer alors une des formes que prend l’essai. Elle se caractérise par une double énonciation: l’épistolier et son destinataire au premier plan, la totalité de leur échange reçue par un public, au second plan.
Le dialogue d’idées: Transcription littéraire au style direct d’une conversation réelle ou fictive, le dialogue peut être aussi bien un genre littéraire autonome qu’une composante du genre romanesque et théâtral. Ici, il s’agit du dialogue d’idées, qui met en scène un débat et qui a vocation à être lu plutôt que représenté: dialogue, conversations, entretiens, colloque (comme chez Érasme). Il présente lui aussi un emploi caractéristique de la double énonciation.

Nathalie LECLERCQ

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire