dimanche 3 février 2013

COMMENTAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE III




TEXTE: VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE III

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

COMMENTAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE III


Mouvements du texte: Le premier paragraphe: La guerre des soldats de plomb. Le deuxième paragraphe: La réalité horrible de la guerre.
Problématique: Quelles stratégies argumentatives Voltaire utilise-t-il pour dénoncer les horreurs de la guerre?

COMMENTAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE VI














TEXTE: VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE VI


Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n'avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l'université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d'avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l'un pour avoir parlé, et l'autre pour avoir écouté avec un air d'approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil ; huit jours après ils furent tous deux revêtus d'un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu'on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.


COMMENTAIRE: Chapitre VI: L’autodafé (Les deux premiers paragraphes)

L’autodafé marque la purification de l’Église (auto da fe = acte de foi) par des cérémonies voulues exemplaires. Il est constitué par la lecture solennelle des jugements de l’inquisition aux condamnés revêtus d’une casaque (san benito) et d’une mitre en carton sur laquelle sont peints des diables et des flammes. Le sens des flammes traduit le degré de culpabilité : les flammes droites annoncent la peine de mort et les flammes renversées la remise de cette peine. Puis vient l’exécution de la sentence : les impénitents et les relaps sont brûlés vifs, les repentants bénéficient d’un régime de faveur puisqu’ils sont étranglés avant d’être jetés au feu. Ceux qui échappent à la mort sont flagellés - comme Candide -, emprisonnés, exilés ou privés de leurs biens.
L’épisode de l’autodafé repose sur des circonstances historiques : le 20 juin 1756 eut lieu à Lisbonne un autodafé consécutif au tremblement de terre et Voltaire y fait référence dans son Précis du siècle de Louis XV : « Les Portugais crurent obtenir la clémence de Dieu en faisant brûler des Juifs et d’autres hommes dans ce qu’ils appellent un autodafé, acte de foi, que les autres nations regardent comme un acte de barbarie ».

COMMENTAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE XIX



















TEXTE: VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE XIX


En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ?
- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.
- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ?
- Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : " Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. " Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.

- Ô Pangloss ! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination ; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.
- Qu'est-ce qu'optimisme ? disait Cacambo.
- Hélas ! dit Candide, c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Et il versait des larmes en regardant son nègre, et en pleurant il entra dans Surinam.


Candide , Chapitre XIX « En approchant de la ville…plus horrible »

              Voltaire, au chapitre XIX de Candide, écrit en 1759, raconte la façon dont son héros éponyme rencontre un esclave.
               Nous allons voir par quels procédés stylistiques Voltaire dénonce l’esclavage.
           Pour répondre à cette question, nous allons montrer que le philosophe présente un dialogue argumentatif. Puis, nous verrons que ce texte est un réquisitoire contre l’esclavage. Enfin, nous analyserons la façon dont Voltaire cherche à toucher le lecteur pour mieux le faire réagir.

ETUDE LITTERAIRE et ANALYSE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRES XVIII, L'ELDORADO



















TEXTE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE XVIII


Vingt belles filles de la garde reçurent Candide et Cacambo à la descente du carrosse, les conduisirent aux bains, les vêtirent de robes d'un tissu de duvet de colibri ; après quoi les grands officiers et les grandes officières de la couronne les menèrent à l'appartement de Sa Majesté, au milieu de deux files chacune de mille musiciens, selon l'usage ordinaire. Quand ils approchèrent de la salle du trône, Cacambo demanda à un grand officier comment il fallait s'y prendre pour saluer Sa Majesté ; si on se jetait à genoux ou ventre à terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière ; si on léchait la poussière de la salle ; en un mot, quelle était la cérémonie. « L'usage, dit le grand officier, est d'embrasser le roi et de le baiser des deux côtés. » Candide et Cacambo sautèrent au cou de Sa Majesté, qui les reçut avec toute la grâce imaginable et qui les pria poliment à souper.
En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu'aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d'eau pure, les fontaines d'eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre, qui coulaient continuellement dans de grandes places, pavées d'une espèce de pierreries qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle et de la cannelle. Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu'il n'y en avait point, et qu'on ne plaidait jamais. Il s'informa s'il y avait des prisons, et on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui lui fit le plus de plaisir, ce fut le palais des sciences, dans lequel il vit une galerie de deux mille pas, toute pleine d'instruments de mathématique et de physique.

Après avoir parcouru, toute l'après-dînée, à peu près la millième partie de la ville, on les ramena chez le roi. Candide se mit à table entre Sa Majesté, son valet Cacambo et plusieurs dames. Jamais on ne fit meilleure chère, et jamais on n'eut plus d'esprit à souper qu'en eut Sa Majesté. Cacambo expliquait les bons mots du roi à Candide, et quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots. De tout ce qui étonnait Candide, ce n'était pas ce qui l'étonna le moins.


Candide, Voltaire, L’Eldorado, chapitre XVIII, de « Vingt belles » à « le moins ».
Dans ce chapitre de Candide, la visite d’Eldorado introduit une pause dans le récit jusque là rapide et trépident. Candide et Cacambo contemplent, émerveillés, ce monde qui apparaît comme le contraire du monde qu’ils connaissent. Nous allons voir comment, en faisant de l'eldorado un monde à la fois inversé et idéal, Voltaire donne un sens à son pays utopique.


ETUDE LITTERAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, CHAPITRE XXX




TEXTE, CHAPITRE XXX

Il y avait dans le voisinage un derviche très fameux, qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie ; ils allèrent le consulter ; Pangloss porta la parole, et lui dit : « Maître, nous venons vous prier de nous dire pourquoi un aussi étrange animal que l'homme a été formé.


- De quoi te mêles-tu ? dit le derviche, est-ce là ton affaire ?

- Que faut-il donc faire ? dit Pangloss.
- Te taire, dit le derviche.
- Je me flattais, dit Pangloss, de raisonner un peu avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l'origine du mal, de la nature de l'âme et de l'harmonie préétablie. » Le derviche, à ces mots, leur ferma la porte au nez.
« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? - Je n'ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice, et le besoin. »

- Mais, mon Révérend Père, dit Candide, il y a horriblement de mal sur la terre.
- Qu'importe, dit le derviche, qu'il y ait du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse envoie un vaisseau en Égypte, s'embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont à leur aise ou non ?

Pendant cette conversation, la nouvelle s'était répandue qu'on venait d'étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu'on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu'on venait d'étrangler. « Je n'en sais rien, répondit le bonhomme, et je n'ai jamais su le nom d'aucun muphti ni d'aucun vizir. J'ignore absolument l'aventure dont vous me parlez ; je présume qu'en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu'ils le méritent ; mais je ne m'informe jamais de ce qu'on fait à Constantinople ; je me contente d'y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. » Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu'ils faisaient eux-mêmes, du kaïmac piqué d'écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka qui n'était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.


Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper. - Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ; Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l’empereur Henri IV ? Vous savez... - Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. - Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. - Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
























 ETUDE LITTERAIRE, VOLTAIRE, CANDIDE, Chapitre 30 (sur l’ensemble du chapitre)



1) Quel sens donné aux paroles du derviche? En quoi est-ce une parabole (récit allégorique à valeur de morale)?
2) Expliquez les propos du vieillard: « Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice, et le besoin. »
3) Quelle leçon Candide tire-t’il de ces deux conversations?
4) Quelle est la portée argumentative et philosophique de cette fin sous forme d’apologue (petite fable visant essentiellement à illustrer une leçon morale)?

I) Il faut cultiver son jardin :
A .La philosophie du jardin
- La polémique contre l’optimisme ouvre sur la constitution d’une authentique philosophie (libéralisme économique et politique, individualisme, humanisme)
- Conséquences: Le rejet de toutes les formes d’autorité (religieuse, intellectuelle et politique)
Le mode de fonctionnement de la petite métairie (talents = compétences / spécialisation et rationalisation des taches) annonce l’organisation des entreprises futures

B. Le sens de la formule: « il faut cultiver notre jardin » En contextes (du conte / au XVIII ème siècle)
- Du futile (jardin de TTT) à l’utile: début du conte opposé à la fin. Mais la boucle est bouclée, le voyage terminé.
- Du faux « paradis terrestre » à un nouvel Eden
- Du paradis d’illusions au jardin de sagesse
- Conséquences :
Le jardin du chap. 30 marque la fin d’une évolution
Affirmation « en creux » (implicite) d’une morale épicurienne
Résume le travail critique du conte

II. Conclusion à valeur d’apologue
A. Une communauté sans hiérarchie visible ni conflit : le règne de la tolérance
- La petite société et la parabole des « talents »
- Les membres qui la composent : des êtres mutilés par l’existence
- L’apologie du travail dans sa dimension thérapeutique

B. Une morale de l’action
- Les connotations attachées au verbe « cultiver »
- Un message conforme aux idéaux des Lumières: Le sens du bonheur humain.
- Candide : un philosophe des Lumières
- Le philosophe authentique : un homme d’action et non un homme de discours
- Refus de la métaphysique : le « jardin » par opposition au ciel des métaphysiciens

C. Candide :
- Représentant de l’empirisme
- Bâtard déclassé devient propriétaire terrien (intégration sociale réussie du picaro)
- Devient le maître de lui-même (gagne en autonomie / « sapere aude » : ose penser par toi-même)
Conclusion:
- Une fin quelque peu décevante sur le plan de l’intrigue (mariage de Candide contre son gré…)
- La fin d’un conte : regroupement des personnages essentiels (expulsion du baron)
- Un conte philosophique : Voir le titre du chapitre 30 : fin plus conforme à un texte didactique qu’à un texte narratif
- C’est la philosophie qui l’emporte désormais, mâtinée de préoccupations économiques
- Une fin ambiguë, ouverte, problématique conforme au genre.

Nathalie LECLERCQ

COURS, ARGUMENTATION: CONVAINCRE, PERSUADER, DELIBERER




Démontrer et argumenter mettent l’accent sur l’action effectuée par celui qui parle. Mais ils se distinguent par le statut de la vérité qui est dans chaque cas visée et par la position qu’occupe dans son discours celui qui l’énonce.

Démontrer consiste à développer, à partir d’une affirmation initiale admise comme vraie, un raisonnement déductif qui tend à prouver, par des opérations logiques, la vérité de sa conclusion. La démonstration est donc formelle et soumise à des règles explicites. Elle peut être vérifiée par des preuves indiscutables et ainsi être déclarée correcte ou incorrecte. Elle se déroule hors de tout autre contexte que celui de son propre système: la logique est sa méthode, le calcul est son moyen, comme dans le cas de la démonstration mathématique. Dès lors, la latitude laissée aux partenaires de ce type d’échange est faible: c’est la cohérence du raisonnement qui impose, de manière impersonnelle, une vérité qui doit être admise par tous. Le résultat est en principe indépendant des personnes, de leurs croyances et de leurs convictions.



Argumenter relève de l’usage délicat du langage, tendu entre la sécurité rationnelle de la preuve et le risque de manipulation trompeuse. Argumenter concerne le monde des opinions, où s’expriment des thèses de toute espèce sur tout ce qui peut être objet de discussion: jugement de valeur, bien-fondé d’une décision, justesse d’une prise de position. Les arguments sont alors des raisons plus ou moins fortes autour d’une thèse proposée. Argumenter consiste souvent à justifier la préférence que l’on accorde à telle ou telle façon de voir, que l’on cherche à faire partager. Ce qui met donc en jeu les sujets parlants eux-mêmes et tend à modifier leurs relations. Et cela se fait de deux façons, en essayant de convaincre et de persuader.

Celui qui cherche à convaincre s’attache au cheminement des raisons qui conduiront au résultat espéré: l’adhésion réfléchie de son auditoire. Les démarches de la conviction relèvent de la raison, du dialogue et de l’échange; elles sollicitent le savoir.

Celui qui veut persuader cherche à obtenir une adhésion spontanée et affective de son destinataire. Elle sollicite les attentes, les rêves ou les émotions, elle se sert de la séduction, de la suggestion, de la tentation, elle sollicite moins le savoir que le désir ou la crainte. Alors qu’on accepte d’être convaincu par les raisons d’autrui, on est persuadé en fait par des raisons qu’on porte en soi.



La délibération correspond au cas le plus abouti, où la confrontation d’idées et de prises de position débouche sur un jugement (individuel et collectif). La délibération relève de la capacité à former son propre jugement après avoir pris en compte et examiné des points de vue divers, voire divergents ou opposés.

L’argumentation indirecte met en valeur une prise de position qui se manifeste moins dans un débat ouvert que par des voies visant à susciter une adhésion par l’agrément. Il s’agit donc de récits de fiction renfermant un enseignement (portée didactique)

L'argumentation directe s'effectue directement, du locuteur à son auditoire, sans passer par un récit, avec des arguments énoncés explicitement, dans un discours, une lettre ouverte, ou autre.



Les genres de l’argumentation indirecte:
Le conte philosophique : récit faisant place au merveilleux et s’accompagnant d’une réflexion notamment sur des questions scientifiques ou philosophiques.
La fable : récit bref mettant en scène animaux, objets ou hommes, narrant une anecdote fictive et renfermant un enseignement moral.
Plus largement, l’apologue, entendu comme récit de fiction ayant une visée argumentative, demeure une catégorie pertinente qu’il est tout à fait possible de mettre en œuvre, au même titre que les notions de récit allégorique, de parabole, d’utopie. A l’origine, dans les débats judiciaires, l’apologie désigne un discours ou un texte de défense produit en réponse à une accusation. Synonyme de fable (du latin fari: parler).



Les genres de l’argumentation directe:
L’essai désigne, au sens large, des textes qui se caractérisent par la présence d’un « je » qui s’adresse à ses contemporains dans un discours argumenté. Dans ces textes, les idées et l’expérience personnelle de l’auteur sont liées. L’essayiste se différencie de l’auteur de traité savant ou de philosophe en ce qu’il ne vise ni l’exhaustivité, ni la systématisation; il propose une réflexion fondée sur son point de vue particulier. La souplesse caractérise le genre informel de l’essai et peut se définir ainsi: texte de réflexion personnelle en prose, ne visant pas à l’exhaustivité, et donnant à saisir une pensée en tarin de s’élaborer (une délibération). Libre par essence, il peut prendre, par exemple, la forme du pamphlet, du dialogue, ou de la lettre ouverte.
La lettre ouverte: Il ne s’agit pas ici de l’épistolaire au sens large, mais d’une littérature d’idées fondée sur l’usage de la lettre (expédiée ou non, destinataire fictif ou réel) dans un débat d’idées; elle peut constituer alors une des formes que prend l’essai. Elle se caractérise par une double énonciation: l’épistolier et son destinataire au premier plan, la totalité de leur échange reçue par un public, au second plan.
Le dialogue d’idées: Transcription littéraire au style direct d’une conversation réelle ou fictive, le dialogue peut être aussi bien un genre littéraire autonome qu’une composante du genre romanesque et théâtral. Ici, il s’agit du dialogue d’idées, qui met en scène un débat et qui a vocation à être lu plutôt que représenté: dialogue, conversations, entretiens, colloque (comme chez Érasme). Il présente lui aussi un emploi caractéristique de la double énonciation.

Nathalie LECLERCQ

COMMENTAIRE, ZOLA, NANA, COMMENTAIRES CHAPITRE I





TEXTE 1: Chapitre I
A ce moment, les nuées, au fond, s'écartèrent, et Vénus parut. Nana, très grande, très forte pour ses dix-huit ans, dans sa tunique blanche de déesse, ses longs cheveux blonds simplement dénoués sur les épaules, descendit vers la rampe avec un aplomb tranquille, en riant au public. Et elle entama son grand air :
« Lorsque Vénus rôde le soir... »
Dès le second vers, on se regardait dans la salle. Était-ce une plaisanterie, quelque gageure de Bordenave? Jamais on n'avait entendu une voix aussi fausse, menée avec moins de méthode. Son directeur la jugeait bien, elle chantait comme une seringue. Et elle ne savait même pas se tenir en scène, elle jetait les mains en avant, dans un balancement de tout son corps, qu'on trouva peu convenable et disgracieux. Des oh ! oh! s'élevaient déjà du parterre et des petites places, on sifflotait, lorsqu'une voix de jeune coq en train de muer, aux fauteuils d'orchestre, lança avec conviction :
“ Très chic ! ”
Toute la salle regarda. C'était le chérubin, l'échappé de collège, ses beaux yeux écarquillés, sa face blonde enflammée par la vue de Nana. Quand il vit le monde se tourner vers lui, il devint très rouge d'avoir ainsi parlé haut, sans le vouloir. Daguenet, son voisin, l'examinait avec un sourire, le public riait, comme désarmé et ne songeant plus à siffler; tandis que les jeunes messieurs en gants blancs, empoignés eux aussi par le galbe de Nana, se pâmaient, applaudissaient.
“ C'est ça, très bien ! bravo ! ”
Nana, cependant, en voyant rire la salle, s'était mise à rire. La gaieté redoubla. Elle était drôle tout de même, cette belle fille. Son rire lui creusait un amour de petit trou dans le menton. Elle attendait, pas gênée, familière, entrant tout de suite de plain-pied avec le public, ayant l'air de dire elle-même d'un clignement d'yeux qu'elle n'avait pas de talent pour deux liards; mais que ça ne faisait rien, qu'elle avait autre chose. Et, après avoir adressé au chef d'orchestre un geste qui signifiait :
“ Allons-y, mon bonhomme ! ”, elle commença le second couplet : « A minuit, c'est Vénus qui passe...»
C'était toujours la même voix vinaigrée, mais à présent elle grattait si bien le public au bon endroit, qu'elle lui tirait par moments un léger frisson. Nana avait gardé son rire, qui éclairait sa petite bouche rouge et luisait dans ses grands yeux, d'un bleu très clair. A certains vers un peu vifs, une friandise retroussait son nez dont les ailes roses battaient, pendant qu'une flamme passait sur ses joues. Elle continuait à se balancer, ne sachant faire que ça. Et on ne trouvait plus ça vilain du tout, au contraire ; les hommes braquaient leurs jumelles. Comme elle terminait le couplet, la voix lui manqua complètement, elle comprit qu'elle n'irait jamais au bout. Alors, sans s'inquiéter, elle donna un coup de hanche qui dessina une rondeur sous la mince tunique, tandis que, la taille pliée, la gorge renversée, elle tendait les bras. Des applaudissements éclatèrent. Tout de suite, elle s'était tournée, remontant, faisant voir sa nuque ou des cheveux roux mettaient comme une toison de bête ; et les applaudissements devinrent furieux.



Chapitre I,  de « A ce moment, les nuées au fond » (p35) à « les applaudissements devinrent furieux. »
   Dans ce « poème des désirs du mâle » publié en 1880, Zola reprend la figure de la prostituée, déjà présent dans La Confession de Claude, son premier roman, publié en 1865. Zola décide d’étudier plus précisément, à travers le personnage éponyme de son roman, non une simple prostituée mais « une biche de haute volée », une « cocotte » entretenue.

ZOLA, NANA, RESUMÉ et ANALYSES.


Nanad’Émile Zola


Avec « Les Rougon-Macquart », Zola a voulu, tout en s’inspirant - et en se démarquant - de « La Comédie Humaine » de Balzac, retracer « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». Ainsi, le cycle relatant l’évolution de cinq générations de Rougon et de Macquart, de 1851 (coup d’état de Napoléon III - celui que Hugo appelait « Napoléon le Petit ») à 1870 (défaite de la France à Sedan), fut composé de 1871 à 1893, donc avec un décalage plus ou moins constant d’une vingtaine d’années, à titre d’un roman par an en moyenne.
Dès 1878, Zola prépara son roman par de minutieuses recherches faites dans des ouvrages spécialisés ou sur le terrain. Zola était très soucieux de précision et de fidélité à la réalité des êtres, des lieux, des choses. Cette préparation l’a conduit à visiter l’hôtel particulier d’une « cocotte », à assister à un dîner en compagnie de demi-mondaines, à visiter les coulisses du théâtre des Variétés…
Pour le Grand Prix de Paris au bois de Boulogne (chapitre XI), Zola a assisté en juin 1879 à la course du Grand Prix.
Zola a écrit : « Le sujet philosophique est celui-ci : toute une société se ruant sur le cul. Une meute derrière une chienne qui n'est pas en chaleur et qui se moque des chiens qui la suivent. Le poème des désirs du mâle, le grand levier qui remue le monde. Il n'y a que le cul et la religion. » Extrait de l'ébauche du roman
Nana est un roman naturaliste. Ce roman a été publié pour la première fois sous forme de feuilleton dans Le Voltaire à partir du 16 octobre 1879 et ce jusqu’au 5 février 1880 et fut disponible en volume à la fin de février 1880.

Nana est le neuvième épisode des Rougon- Macquart et raconte l’histoire d’Anna Coupeau, dit Nana, fille de Gervaise Lantier et de Coupeau.   



Chapitre I : L’histoire débute en avril 1867, lors de la première représentation de la « Vénus Blonde ». Nana détient le rôle principal. Elle n’a aucun talent mais elle réussit à séduire le public par sa beauté et son audace.
Chapitre II : Le lendemain de cette première représentation, Nana est réveillée par Zoé dans son grand appartement : leur discussion est l’occasion d’apprendre que Nana a besoin d’argent pour son train de vie… mais aussi pour son fils Louis et que madame Lerat, la tante d’Anna, qu’elle considère comme une seconde mère, et qui vient d’arriver, élève à Rambouillet. Nana reçoit la visite de nombreuses personnes : son coiffeur Francis qui annonce à la jeune comédienne que le journaliste Fauchery, dans le Figaro, a écrit une excellente critique sur sa prestation de la veille ; madame Maloir, vieille confidente, durant le repas ; le « gros Steiner », qui arrive pendant que Nana est sortie pour récupérer une somme d’argent pour sa tante et son fils ; enfin, le marquis de Chouard et le comte Muffat.
Chapitre III : Tout le chapitre est concentré sur le couple Muffat : le comte et sa femme Sabine ; l’action se passe dans leur hôtel particulier, au cours d’une réception qui montre que le couple ne paraît plus si proche.
Chapitre IV : A son tour, Nana prépare un somptueux souper, dans son appartement, après la représentation. Zoé supervise les préparatifs : cette fête, presque orgiaque, est le rendez-vous de tous les comédiens et de tous les prétendants de Nana ; Steiner se rapproche de l’héroïne. La fête finit par dégénérer, la chaleur et les boissons aidant, les rivalités se font jour, les allusions graveleuses se multiplient.
Chapitre V : C’est déjà la 34° représentation de La Blonde Venus dont le succès ne se dément pas. Les artistes, dans les coulisses, se croisent et se toisent, se racontent les dernières rumeurs : on dit que Nana intéresse beaucoup le Prince et est désirée par de nombreux hommes : elle est devenue le « rêve de Paris ».
Chapitre VI : L’action se déplace à la campagne : aux Fondettes, les Muffat rendent visite à la famille Hugon tandis que Nana arrive à la Mignotte avec Steiner qui vient de lui offrir cette maison de campagne. C’est rapidement le point de convergence des prétendants de Nana : le petit Georges qu’elle s’amuse à déguiser en fille et qu’elle infantilise et Muffat, surtout, qui éprouve une grande jalousie et se montre pour la première fois pressant et violent à l’égard de Nana.
Chapitre VII : Quelques mois ont passé depuis le premier succès de Nana. Muffat et Nana entretiennent à présent une relation passionnelle. On apprend que Sabine trompe son mari.
Chapitre VIII : Nana part avec le comédien Fontan dont elle est tombée éperdument amoureuse : leur relation est difficile et violente, Nana se laisse totalement dominer par un homme qu’elle doit entretenir, qui la trompe et qui la bat. Après une dispute violente, Fontan finit par mettre Nana à la porte.
Chapitre IX : Un nouveau spectacle doit être monté sur les planches du théâtre des Variétés : il s’agit de l’opérette La Petite Duchesse. Nana veut revenir sur le devant de la scène et, cette fois-ci, exige un rôle plus sérieux qui montrerait ses vrais talents d’actrice, ce qui n’est pas du goût de Rose Mignon. Nous assistons aux répétitions de cette pièce. Nana retrouve Muffat, venu assister aux représentations pour… Rose !
Chapitre X : Nana reçoit dans son hôtel particulier du parc Monceau.Nana, qui n’est plus comédienne, s’ennuie dans son hôtel (« Oh que les hommes m’embêtent ! » p. 342). Elle part voir son fils aux Batignolles. Elle commence alors une relation amoureuse avec son amie Satin. Elle se montre de plus en plus violente et nerveuse avec ses domestiques et supporte mal la jalousie de Muffat, que des lettres anonymes, dévoilant les infidélités de la demi-mondaine, irritent. Le comte dépense sans compter pour assouvir tous les désirs de sa belle.
Chapitre XI : Le chapitre se déroule presque entièrement sur l’hippodrome de Longchamp, rendez-vous mondain, à l’occasion du Grand Prix. Toute la société est représentée, de l’Impératrice à… Nana ! L’héroïne s’entoure de tous ses prétendants, s’amuse et devient rapidement la reine du champ de courses, d’autant qu’un cheval de son amant Vandeuvres, outsider, s’appelle « Nana ». Les femmes jalousent la jeune femme.
Chapitre XII : Un premier drame pour Nana, enceinte.Chez les Muffat, Sabine donne une fête dans son hôtel entièrement restauré : elle est aussi dépensière que Nana, ruinant ainsi doublement le comte. Cette fête est l’occasion pour les hôtes de voir « la débâcle de cette maison ». Puis, c’est le mariage entre Estelle Muffat et Daguenet, manigancé par Nana. Le chapitre se clôt sur un accord entre les époux : se pardonner tout en gardant leur liberté. De son côté, le soir même du mariage, Nana reçoit chez elle sa récompense financière des mains mêmes du marié.
Chapitres XIII et XIV : La déchéance de Nana et de toute la société du Second Empire.Ne pouvant rembourser toutes ses dettes, Nana disparaît. Plusieurs mois après, elle revient à Paris voir son fils atteint de la variole, elle contracte la maladie et en meurt en juillet 1870.

REPERES TEMPORELS
- La première représentation de Nana au théâtre des Variétés a eu lieu le 12 avril 1867. Cette date correspond au début de l’histoire.
- En septembre 1867, Nana s’installe dans une demeure à la campagne appartenant à Steiner afin de se reposer.
- En décembre, Nana dit à Muffat que sa femme le trompe ; ce fut un drame pour lui.
- Entre janvier et octobre 1868 a lieu le premier plongeon de Nana, celle-ci décide d’habiter chez Fontan, qui au bout de quelques mois commence à la battre. Elle n’ose rien dire et elle refuse de le tromper. Fontan, qui lui a coupé tous les vivres oblige Nana à se prostituer avec Satin.
- En janvier 1869, Nana quitte Fontan et devient « chic ». Muffat lui offre un immense hôtel où elle vit avec Zoé. Elle continue d’accomplir ses escapades avec Satin, qui la pousse à devenir bisexuelle, Satin deviendra sa maîtresse.
- En mai 1869, a lieu la course du Grand Prix ; un cheval du nom de Nana y participe. Toutes les femmes sont jalouses de Nana, qui est en toilette impeccable. Elle pousse tous les hommes à parier sur le cheval portant son nom, le sachant malgré tout perdant. Le cheval gagne tout de même !
- Vers février 1870, Muffat découvre Nana et Georges couchant ensemble. Georges, qui entend son frère Philippe demander Nana en mariage fait une crise. Philippe va en prison, car il a volé de l’argent pour Nana. Georges se saisit de ciseaux et se les plante dans la poitrine. Elle couche avec tout le monde et ruine l’ensemble de ses amants, qui veulent, cependant, tous l’épouser. Zoé abandonne Nana. Satin est malade. Nana disparaît.
- Vers juillet 1870, Nana revient et trouve son fils mort et elle est atteinte de la variole. Rose, apprenant la nouvelle, se réconcilie avec elle et la soigne, cependant Nana meurt.
- Le roman dure donc trois ans et trois mois.


LES LIEUX

- Au début du roman, Nana vit au second étage d’une grande maison neuve boulevard Haussmann, dont le propriétaire louait à des femmes seules. « L’appartement, trop vaste pour elle, n’avait jamais été meublé complètement ; et un luxe criard, des consoles et des chaises dorées s’y heurtaient à du bric-à-brac de revendeuse, de guéridons d’acajou, des candélabres de zinc jouant le bronze florentin. Cela sentait la fille lâchée trop tôt pour son premier monsieur sérieux, retombée à des amants louches, tout un début difficile, un lançage manqué, entravé par des refus de crédit et des menaces d’expulsion. »
- En septembre 1867, Nana alla s’installer à la campagne afin de se reposer : « c’était un grand pavillon de style italien, flanqué d’une autre construction plus petite, qu’un riche anglais avait fait bâtir, après deux ans de séjour à Naples, et dont il s’était dégoûté tout de suite. […] D’abord le vestibule : un peu humide, mais ça ne faisait rien, on n’y couchait pas. Très chic le salon, avec ses fenêtres ouvertes sur une pelouse, seulement, le meuble rouge était affreux, elle changerait ça. […]. Une chambre qu’un tapissier d’Orléans avait tendue de cretonne Louis XVI, rose tendre ».
- Entre janvier et octobre 1868, Nana va habiter chez Fontan qu’elle considère comme l’homme de sa vie : « c’était rue Véron, à Montmartre, dans un petit logement, au quatrième étage, […] ce n’était pas immense, mais on avait refait les peintures, changé les papiers ; et le soleil entrait là gaiement ».
- Après avoir quitté Fontan, Nana s’installe dans un immense hôtel offert par le comte Muffat : « l’hôtel de Nana se trouvait avenue de Villiers, à l’encoignure de la rue Cardinet, dans ce quartier de luxe, en train de pousser au milieu des terrains vagues de l’ancienne plaine Monceau. Il était de style Renaissance, avec un air de palais, une fantaisie de distribution intérieure, des commodités modernes dans un cadre d’une originalité peu voulue. Le comte Muffat avait acheté l’hôtel tout meublé, empli d’un monde de bibelots, de fort belles tentures d’Orient, de vieilles crédences, de grands fauteuils Louis XIII ; et Nana était ainsi tombée sur un fonds de mobilier artistique, d’un choix très fin, dans le tohu-bohu des époques ».

Nathalie LECLERCQ