samedi 19 janvier 2013

COMMENTAIRE de BAUDELAIRE, "PARFUM EXOTIQUE"


Les Fleurs du Mal ,"Parfum exotique", Charles Baudelaire

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Plan pour un commentaire de « Parfum exotique » de Charles Baudelaire

Problématique : Comment, à travers une évocation empreinte de sensualité, le poète parvient-il à créer une vison paradisiaque ?


I) Une évocation parfumée
                A) Rôle du parfum
- Titre et champ lexical de l’exotisme dans tout le poème = Invitation au voyage sensoriel
- « Je respire l’odeur » = métaphore sensorielle = le parfum est comparé à l’oxygène = vital
- Champ lexical de l’odorat + chaque évocation de « l’odeur » est couplée à une réaction immédiate : je respire = je vois = L’odorat provoque la vision

                B) Rôle de la synesthésie
- Tous les sens sont convoqués = L’odorat mène aux autres sens, et le parfum fait éclore la vie, dans tous les sens du terme.
- Fusion de ces sens : Odeur + toucher (Chaleureux) + « éblouissent » (vue) et ainsi de suite = symbiose, harmonie sensorielle, le parfum suscite l’accomplissement total de l’être.
- Apothéose du dernier tercet : « Pendant que » : conjonction de subordination qui marque la simultanéité = rôle extatique du parfum = dimension spirituelle (âme).

                C) Rôle des correspondances
- « Quand… je vois », « Pendant que … se mêle » : Construction hypotaxique qui met en valeur la symétrie = cause/conséquence, théorie des correspondances entre l’univers extérieur et l’intérieur d’une âme.
- Symbolisme de la synesthésie : Le parfum sensuel de la femme fait naître tout un univers extérieur (une île) et intérieur (lyrisme du poème, expression des sentiments heureux du poète)
- Chute : « Se mêle dans mon âme au chant des mariniers » métaphore hyperbolique quasi mystique. Symbiose de l’âme du poète avec les marins, dimension universelle.

II) Pour chanter La Femme
                A) Un chant sensuel
- Rôle du registre lyrique, vision toute personnelle et intime.
- « Soir chaud d’automne » = Hypallage = Création d’une atmosphère sensuelle et érotique
- « Vague marine » et tout le champ lexical de la mer = Voyage aux confins du monde et de la femme (Jeu homonymique mer/mère). La mer comme métaphore marine de la femme éternelle et universelle.
- Rôle de l’alexandrin qui semble amplifier l’alanguissement général du poème + enjambements des vers 3 + 5 + 10 = Le vers s’étire sur le suivant, comme pour mieux signifier le repos et la plénitude sensuelle que décrit le poème.

                B) Un chant en l’honneur de la femme
- Le « je » appelle un « tu » : jeu des pronoms personnels description d’un moment intime et privé comme si le poète transportait le lecteur au bord du « lit ».
- « Guidé par ton odeur » + « Yeux fermés » = Description du poète grâce aux participes passés, comme un aveugle qui suit son guide, d’où l’importance des sens.
- « Ton odeur » + « Ton sein » = Synecdoque amplificatrice= confère à cette femme anonyme un caractère universel = toutes les femmes ou La Femme.

                C) Un chant en l’honneur d’une nature alanguie et féminine
- « Rivages heureux » + « île paresseuse » + « voiles et mâts fatigués » = hypallages qui personnifient le paysage et le féminise. Symbiose femme/paysage, comme si l’un et l’autre ne faisaient qu’un.
- « Soleil monotone » = oxymore = l’astre est contaminé par cette langueur sous-jacente, cet alanguissement qui envahi tout le poème.
- Allusion érotique vocabulaire ambigu (Corps, sein…) qui contamine le reste du poème et connote érotiquement les termes « Fruits, voiles mâts… ». Tout le poème est ainsi connoté sexuellement.

III) Et créer un monde utopique
                A) Un monde rêvé
- Allitération en [m], rimes en [one] + allitération en [s] qui miment le sommeil et l’endormissement
- « Yeux fermés »  + « soir » : cadre spatio-temporel + position du poète = propice au rêve, laisse libre l’imagination et la quête spirituelle.
- « Je vois se dérouler » : métaphore onirique et mentale, le poème dit ce qui se passe dans la tête du poète.

                B) Une vision
- « Je vois » : anaphore = insistance et clef du poème qui passe paradoxalement par la vison alors que le poète a les yeux fermés.
- « Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone » : Verbe hyperbolique fortement connoté méliorativement = La vison semble divine, la métaphore des feux (Les rayons) déifient le soleil.
- « Un port rempli de voiles et de mâts » = Synecdoques = vison impressionniste (à rapprocher du registre lyrique), on voit par petites touches au fur et à mesure que le poète dévoile sa pensée et lui donne vie par les mots = poésie (Étymologie = à l’origine le mot signifie « faire, fabriquer »)

                C) Une utopie
- Rime chaleureux/heureux + savoureux/vigoureux + narine/marine = Vision euphorique, les sens apportent le bien être et le bonheur.
- « Charmants climats » = syllepse (Mot à pendre dans tous les sens du terme) = Les paysages envoutent le poète et le lecteur.
- Description méliorative des hommes et des femmes (2ème quatrain) = Perfection utopique.

- « La nature donne… » : Personnification = description idyllique, paradisiaque, un Éden.

Nathalie LECLERCQ

5 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour ce commentaire exhaustif et parfait, néanmoins je pense qu'il s'agit d'un monde quasi utopique puisqu'il critique les femmes "dont sa franchise étonne", et l'oxymore avec le soleil montre un idéal qui ne peut pas être parfait ou tout du moins est inacessible.

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