samedi 19 janvier 2013

RESUME ZOLA "LA CUREE"



I: Renée avoue à son beau-fils qu’elle s’ennuie, malgré sa vie luxueuse, ses toilettes, ses diamants et ses multiples amants. Une certaine complicité semble lier les deux jeunes gens, Renée a trente ans, Maxime, une vingtaine. Ils sont en calèche, beaucoup d’autres voitures attendent que l’embouteillage se dissipe, le tout paris riche est là.
          Ils arrivent à leur somptueuse demeure, description de cet hôtel particulier très décoré et recouvert de dorures… Le soir, un repas richement servi, Renée se fait belle, en vert, elle fascine les convives avec ses diamants que son mari, Aristide Saccard vient de lui acheter et qui appartenait à son ancienne maîtresse, Laure d’Aurigny. Les convives sont la sœur de Renée, Christine, sa tante Élisabeth, veuve du notaire Aubertot, la sœur de son marie, Sidonie Rougon, Louise, un peu laide et bossue, qui est fiancée à Maxime, des marquises, des barons, des officiels, des entrepreneurs maçons…Toutin-Laroche, conseiller municipal… Le repas est très luxueux, la conversation va bon train sur les travaux de Paris qui percent les grands boulevards.       
       Puis les hommes vont au fumoir, les femmes vont dans un salon richement décoré, jaune bouton d’or, que Renée affectionne tout particulièrement. Mais la jeune femme est rêveuse, elle voit d’un mauvais œil Maxime prendre les mains de Louise, et elle les observe longuement de la serre, décrite en détails, en suçant une feuille d’une plante empoisonnée.

II: Aristide Rougon s’abat sur Paris au lendemain du 2 décembre 1852, avec sa femme Angèle et sa fille Clotilde. Il laissa son fils Maxime à ses grands-parents, Pierre et Félicité. Il se rend, dès le lendemain, chez son frère Eugène qui lui promet un emploi et lui conseille de patienter sans se faire remarquer. L’attente est longue, la misère le ronge, il change de nom et prend celui de Saccard. Enfin, un long mois après, Eugène lui donne une place de commissaire voyer adjoint à l’hôtel de ville. Une existence assez terne de modeste employé commence. Il devient commissaire voyer, et se rend vite compte des avantages de sa position qui lui permet de fureter partout, en ayant l’air de rien.
       Très vite, rusé et habile, il prend conscience des enjeux qui se trament avec la construction des boulevards de Paris. Il lui faut trouver de l’argent, il va voir sa sœur Sidonie, entremetteuse et dentellière à la fois, espèce de huissier officieuse, magouilleuse. Elle lui dit que s’il n’était pas marié, ce serait beaucoup plus simple. Une chance pour lui, sa femme tombe malade, elle n’est pas encore morte qu’il accepte de se marier avec une certaine Renée Béraud qui est enceinte, à la suite d’un viol, et dont la tante fait tout pour cacher la vérité à son père. Il déménage, envoie sa fille Clotilde à son frère Pascal, qui la réclamait et après des tractations sordides avec la tante Élisabeth, qui lui dit que sa nièce possède entre autres, une maison rue de la Pépinière, il épouse Renée. Celle-ci fait une fausse couche, Saccard achète la maison sous un prête-nom, Larsonneau, falsifie les comptes pour que l’estimation soit le double… Il a mis Toutin-Laroche et le baron Gourand dans sa poche, qui sont chargés, avec d’autres, de vérifier les estimations. C’est sa première réussite, 600 000 mille francs, alors que la maison en vaut le tiers.
            Ils se rendent parfois chez le père de Renée, qui habite une grande demeure froide et austère, avec sa sœur Élisabeth et sa fille Christine. La seule pièce gaie et ensoleillée de la demeure c’est le grenier aménagé pour les enfants, où Renée et Christine jouaient souvent, parmi la volière et un grand tapis recouvert de jouets. La vue sur Paris et la Seine est magnifique.

 III: A treize ans, Maxime vient vivre avec son père. Ce petit tondu coquin et déjà vicieux. « le vice parut même en lui avant l’éveil des désirs. » Renée l’adopte de suite, il l’aide même, lors de leur première entrevue, à parfaire sa toilette en lui conseillant de mettre une croix en pendentif.
            Maxime vit entouré de femmes, et ressemble à une fille. La complicité est totale, Renée l’emmène partout. Il va au collège, et devient un jeune dandy en tilbury. Il adore par dessus tout l’accompagner chez le fameux tailleur Worms.    Cependant, Aristide devient de plus en plus hardi dans ses spéculations, achetant, revendant et faisant le pari de construire sur des terrains alors que d’autres, comme les entrepreneurs maçons, se contentent de les revendre nus. Le crédit viticole qu’il a fondé avec Toutin-Laroche bat son plein. Il s’entend très bien avec son fils, ils s’échangent même parfois leurs conquêtes. Puis il fait construire le luxueux hôtel, en face du parc Monceau. Ils doublent leur train de vie. Renée rencontre Bonaparte et en garde un souvenir cuisant. Il dit d’elle que c’est un œillet et un général précisera qu’il faudrait la mettre à sa boutonnière.


IV: Renée insiste pour aller avec Maxime à un bal d’actrices, mais elle est déçue. Son cavalier l’emmène alors dans un restaurant où les attend un cabinet privé. Leur première nuit d’amour. Les rendez-vous se poursuivront dans la chambre même de Renée si faite pour l’amour, dans le salon jaune, dans le fumoir, et surtout dans la serre, lieu symbolique de leurs rapports incestueux. Saccard a de plus en plus de mal à honorer ses dettes, Larsonneau, son associé, possède toujours les registres truqués, il fait s’endetter Renée auprès de lui…

V: Renée et Maxime passent quelques mois à vivre pleinement leur passion. Saccard donne moins d’argent à sa femme, qui entretient son beau-fils.
            Saccard lui fait vendre la maison de Charonne, et redevient assidu auprès de sa femme. Tant et si bien qu’une nuit Maxime arrive à l’improviste et comprend qu’un homme est chez elle. Elle n’ose pas lui avouer que c’est son père et préfère lui mentir en lui disant que c’est M. de Saffré. Maxime, que cette liaison commençait à lasser, n’attendait qu’un prétexte pour rompre, ce qu’il fit.
            Parallèlement, Saccard réussit à convaincre Larsonneau d’acheter la maison de Charonne et reprend même les fameux registres.
            Enfin, le mariage entre maxime et Louise est arrêté. Celui-ci, après une discussion avec son père, apprend que c’était lui qui était avec Renée, il décide d’aller voir la jeune femme, pour essayer de comprendre pourquoi elle avait menti. Mais lâche devant l’insistance de sa maîtresse, il reste, après lui avoir dit qu’il préférait que c’eût été son père. Renée est très surprise. Maxime, trop indiscret, lui dit que son père l’a volée dans l’affaire de Charonne. Elle refuse donc de signer. Saccard lui en veut et met sa sœur sur la piste pour qu’elle sache qui est son amant. Sidonie lui promet de trouver.

VI: Un bal travesti suivi d’un spectacle en trois tableaux a lieu chez Saccard, organisé par le préfet. Renée joue Écho, Maxime, Narcisse. La nymphe demande à Vénus d’ouvrir le cœur du jeune homme, sans succès, l’étalage de richesses n’y feront rien non plus, Écho devient l’écho et Narcisse une fleur…
            Tous les nobles sont là et assistent au spectacle, mais Renée est anxieuse. Elle se ballade à demi nue, un peu folle, et apprend par hasard le mariage de Maxime qu’elle ignorait. Elle le cherche, le trouve enfin avec Louise, et l’emmène dans sa chambre où elle lui fait une scène qu’elle termine par la décision de s’enfuir avec lui en Angleterre. Maxime n’ose pas refuser, mais Saccard les interrompt.
            Sidonie avait suivi Renée et était allé l’avertir. Mais il ne dit rien, prend le papier de Charonne que Renée avait signé pour montrer à Maxime qu’elle avait de l’argent et repart au bras de son fils. Renée est anéantie par ce brusque silence. Seule, au milieu de son cabinet de toilette qui fleure la débauche, elle se rend compte que ce sont ces deux hommes qui l’ont conduite au vice et l’ont mise à nu. Dans un dernier sursaut, elle se couvre de fourrure et part à la conquête de Maxime. Mais Louise lui dit que tout est arrangé et qu’ils vont partir pour l’Italie. La fête bat son plein, le cotillon est déchaîné, et Renée frissonne de honte terrifiée.
VII: Saccard gagne trois millions avec les anciens terrains de Mme Aubertot, rue Charonne. Renée s’ennuie et devient vieille. Son dernier soutien, sa femme de chambre Céleste, la quitte, ayant mis de côté les 5000 francs qu’elle voulait pour s’installer à la campagne. Elle l’accompagne à la gare, et au retour, elle va se promener dans sa calèche au Bois, comme au début du roman.
            Alors elle se souvient, tout en observant le monde, les mêmes femmes riches, leurs hommes. Elle voit aussi Saccard et Maxime, le père conseillant de placer de l’argent dans une affaire au fils. Maxime fut veuf au bout de six mois et hérita de toute la fortune de sa femme. L’empereur lui-même paraît, semblant consacrer et légitimer tout cet étalage de richesses. Elle se dit qu’ils ont raison, et qu’elle n’a pas été assez forte pour supporter tout ce vice et cette débauche, cette curée des nouveaux riches sur la jouissance et le luxe. Alors elle va chez son père, monte jusqu’au grenier où elle jouait avec sa sœur et regarde, nostalgique, la vue de Paris et de la seine. Les mains jointes, elle sanglote dans la nuit tombante. L’hiver suivant, elle meurt d’une méningite aiguë. Son père paye ses dettes, celle de Worms s’élevait à 257 000 francs. (Dernière phrase du livre)

Nathalie LECLERCQ


ZOLA, LE VENTRE DE PARIS, RESUMÉ.



I: Une maraîchère se rendant aux halles pour vendre ses légumes, emmène avec elle sur sa charrette un gars maigre et efflanqué, pris lors de la révolte du 2 décembre et envoyé en prison en Guyane. Il se nomme Florent, rencontre le peintre Claude, fait un bout de chemin avec lui, puis trouve l’ancienne charcuterie de son oncle, qui est vide et retrouve par hasard grâce à Gavard, son frère Quenu, marié à Lisa, ils ont une fille, Pauline.


II: Florent dut élever son frère, car sa mère est morte assez tôt. Il abandonne ses études de droit et nourrit son petit frère tout aussi gros, joufflu et gai, que son frère était maigre et triste. Les deux frères s’entendent très bien. Mais Florent est arrêté pendant les émeutes, il trébuche sur une femme morte qui lui couvre les mains de sang, lorsqu’il fut arrêté par hasard, cela suffit à le faire envoyer en prison, alors qu’il n’avait rien fait. Quenu le cherche partout, va vivre avec l’oncle Gradelle, un charcutier qui lui apprend le métier. L’oncle prend Lisa, la fille aînée d’Antoine Macquart, à son service, tant la fraîcheur et l’embonpoint de la jeune fille sied bien à un tel commerce. Quenu l’épouse. A la mort de l’oncle, ils découvrent quarante mille francs dans un coffre de la cave, ils vendent la charcuterie et en achètent une plus grande et plus jolie, qu’ils aménagent entièrement, près des Halles. Le couple accueille Florent chez eux et Gavard lui trouve un emploi d’inspecteur à la marée, que Florent voulut refuser, ne voulant rien devoir à l’empire. Mais Lisa fait tant et si bien qu’il accepte, au milieu de la fabrication du boudin et des pâtés qui imprègnent toute la charcuterie de graisse. Le ventre de Paris, c’est les Halles, grandement décrites dans le premier chapitre et tout particulièrement cette charcuterie qui en est le symbole.

III: Florent a beaucoup de mal à se faire accepter dans son nouveau travail d’inspecteur des Halles, mais peu à peu, il se lie d’amitié avec Claire Méhudin, la sœur de Louise, dite La Belle Normande; Puis il s’attache et donne des cours au fils de Louise, Muche. Cette dernière, la rivale de Lisa finit par comprendre que Florent est un homme bien et s’entiche de lui, mais Florent, même s’il viendra chez elle souvent pour donner des leçons à Muche, gardera toujours ses distances; alors que tout le quartier pensera qu’ils sont amants.
            Il va chaque soir au bar de M. Lebigre, où ils complotent pour la république, lui Gavard, Roubine et d’autres, sous l’œil curieux d’une vielle commère, Melle Saget, qui fait tout pour savoir ce qu’ils trafiquent.
            Florent donne tout sa paye à celui qu’il remplace, car il est malade et ainsi cela lui donne l’impression de ne pas vivre à la solde de l’empire.
         Florent entraîne même son frère dans ses réunions. Mais Lisa, prévenue par Mlle Saget me remet très vite dans le droit chemin. Celle-ci, d’ailleurs, voit d’un très mauvais œil les agissements politiques de son beau-frère et décide de tout faire pour se débarrasser de lui.
IV: Histoire de Marjolain et de Cadine, deux enfants trouvés par la mère Chantemesse. Ils vivent dans les Halles. Mais Marjolain s’entiche de Lisa et essaye de l’embrasser dans un coin, un jour qu’ils étaient seuls. Lisa l’assomme d’un coup de poing et le jeune homme en deviendra complètement gogol. Claude Lantier les prendra en affection et ils lui serviront souvent de modèles.
            Claude et François passent la journée à la campagne avec Mme François, journée calme et paisible en complète opposition avec la vie parisienne. Mme François dit que Florent devrait rester avec elle, mais il refuse. Claude lui explique alors sa théorie sur la bataille des gras et des maigres.
V et VI: Lisa va demander conseil à un prêtre qui lui dit qu’elle a raison de vouloir protéger sa famille, du moment que toutes ses décisions sont prises en conformité avec la morale. Elle fouille la chambre de Florent et y découvre tous ses écrits sur ses projets d’émeute et de révolution.
            Mlle Saget apprend de Pauline, la fille de Lisa qui avait été entraînée par Muche très loin de chez elle, que Florent vient de Cayenne. Elle se souvient alors de qui il est et le raconte aux commères de tout le quartier. Florent ne voit rien arriver. Lisa décide de le dénoncer à la police, mais celle-ci lui montre les nombreuses dénonciations qu’il a déjà, et qui émanent de tout le quartier.
            La Police finira par venir l’arrêter, il sera envoyé à Cayenne. Lisa et la belle Normande se réconcilient, tout redevient prospère à la charcuterie et la belle normande épouse M. Lebigre. Claude est dégoûté et finit le livre en disant: « Quels gredins que les honnêtes gens! »

Nathalie LECLERCQ



RESUME BECKETT "EN ATTENDANT GODOT"


Acte I
Route à la campagne, avec arbre
Soir
Fonction des didascalies, style télégraphique, informations minimales, cadre épuré














- Estragon essaye d’enlever sa chaussure en ahanant.

E. veut que V. lui raconte la suite de l’histoire de l’Anglais qu’il a commencé, mais V. refuse et quitte la scène. E. le suit jusqu’aux coulisses, contorsions. V. revient, E. le supplie de lui pardonner, V. finit par céder, ils s’embrassent, mais V. pue l’ail ! C’est pour les reins.
Entrent Pozzo et Lucky, celui-ci en premier avec la corde au cou. Il porte une lourde valise, un siège pliant, un panier à provisions et un manteau (sur le bras) ; Pozzo un fouet.

Acte deuxième

V : Ce n’est pas tous les jours qu’on a besoin de nous. Non pas à vrai dire qu’on ait précisément besoin de nous. D’autres feraient aussi bien l’affaire, sinon mieux. L’appel que nous venons d’entendre, c’est plutôt à l’humanité tout entière qu’il s’adresse. Mais à cet endroit, en ce moment, l’humanité c’est nous, que ça nous plaise ou non. […] Que faisons-nous ici ? […] Oui, dans cette immense confusion, une seule chose est claire : nous attendons que Godot vienne.













- Vladimir entre en monologuant, « Tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat. »
Il se recueille, songeant au combat ( Note perso : Comment l’acteur doit-il s’y prendre ?)
V : Alors, te revoilà, toi.
E : Tu crois ? (Question clef, de quoi l’homme est-il vraiment sûr ? Quel sens donné à notre vie, perception du temps et de l’espace, sommes-nous en train de rêver ? Voyons-nous vraiment ce qui est réellement ?)
V : Je suis content de te voir. Je te croyais parti pour toujours.
E : Moi aussi
Cette scène sert de leitmotive à la pièce. Met en question les rapports humains et leurs relations. Ici, V et E font penser à un couple qui se déchire, se dispute, puis se réconcilie. Problème de la vie en société et de la notion de temps, et même de l’espace.
« Moi aussi » : jeu sur l’ambigüité de la fonction phatique du langage. A quoi dit-il moi aussi ?
V veut fêter cette réunion (terme employé en syllepse), il lui propose de l’embrasser, mais lui tend la main : comique de geste. Estragon le repousse. Silence, puis réplique froide de Vladimir.
- Estragon a passé la nuit dans un fossé, on ne l’a pas trop battu. Mais il ne sait pas s’il s’agit des mêmes.
Caractère allusif de cette conversation, à l’aune du reste de la pièce et remise en cause des poncifs conversationnels.
Mais V. se demande ce qu’il serait devenu sans lui :
« Quand j’y pense… depuis le temps… je me demande… ce que tu serais devenu… sans moi… (Avec décision.) Tu ne serais plus qu’un petit tas d’ossements à l’heure qu’il est, pas d’erreur. »
E (piqué au vif) : Et après ?
V.  (accablé) : C’est trop pour un seul homme. (Mais ça ne sert à rien de se décourager.) Il fallait y penser il y a une éternité, vers 1900.
- La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel, parmi les premiers… Maintenant il est trop tard. On ne nous laisserait même pas monter.
- Mais Estragon veut retirer sa chaussure
Vive discussion sur le mal.
V : Il n’y a jamais que toi qui souffres ! Moi je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m’en dirais des nouvelles.
Mais E  lui fait remarquer que ce n’est pas une raison pour ne pas se boutonner (Braguette).
E : Qu’est-ce que tu veux que je te dise, tu attends toujours le dernier moment.
V (rêveusement) : Le dernier moment… (Il médite) C’est long, mais ce sera bon. Qui disait ça ?
V : Des fois je me dis que ça vient quand même. Alors je me sens tout drôle. Jeu avec son chapeau : Qu’y cherche-t-il ?
Même jeu d’Estragon avec sa chaussure : Ils cherchent une réponse existentielle dans un accessoire !
V : Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable.
Mais il recommence derechef avec son chapeau. Il réagit donc de la même façon qu’Estragon.
- Vladimir lance le sujet des larrons, les voleurs autour du Christ, lors de la crucifixion, à rechercher.
V : Gogo…
E : Quoi ?
V : Si on se repentait ?
E : De quoi ?
V : Eh bien… (Il cherche). On n’aurait pas besoin d’entrer dans les détails.
E : D’être né ?  (On naît tous coupables : bible)
V. réprime son rire en portant sa main à son pubis.
V : On n’ose même plus rire.
E : Tu parles d’une privation.
Estragon évoque ses souvenirs, lorsqu’il observait les cartes de la Terre sainte. Il se disait que c’est là qu’ils iront passer leur lune de miel (image du couple marié). Ils seront heureux.
V. : Tu aurais dû être poète.
E. : Je l’ai été (Geste vers ses haillons). Ca ne se voit pas ? (Image du poète maudit)
V : Comment se fait-il que des quatre évangélistes un seul présente les faits de cette façon (un seul parle d’un larron sauvé, l’autre fut damné) A rechercher
Est-ce une image de ce couple, deux larrons en mal du Christ, l’un sera sauvé, l’autre damné ? Est-ce une mise en abyme ?
Mais il lui reproche de ne pas lui renvoyer la balle de temps en temps : règle de la bonne conversation. Et il faut bien passer le temps !
V. : Pourquoi le croire plutôt que les autres ?
E. : Les gens sont des cons.
Estragon va en boitillant d’une coulisse à l’autre et regarde au loin, V. ramasse sa chaussure, regarde dedans, la lâche précipitamment.
E. : Endroit délicieux. Aspects riants (Jeu avec le public). Allons-nous-en.
V. On ne peut pas.
E. : Pourquoi ?
V. : On attend Godot.
E. : C’est vrai.
(Leitmotive de la pièce, très souvent répéter, nombre de fois à rechercher)
Mais est-il sûr que c’est bien ici. Godot a dit devant l’arbre, et V. n’en voit pas d’autre. Ce serait un saule, sans feuille, sûrement mort.
E. : Finis les pleurs. (jeu sur le mot saule-pleureur, rechercher la symbolique de cet arbre)
Mais s’il ne vient pas ? V. dit qu’ils reviendront demain et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il vienne.
Mais étaient-ils là hier ? L’endroit leur dit quelque chose, l’arbre, la tourbière (le public). Et puis Godot a dit samedi, après le turbin. Mais sommes-nous samedi ? se demande E.
E. s’endort, V. le réveille.
E (rendu à toute l’horreur de sa situation) : Je dormais. (Avec reproche.) Pourquoi tu ne me laisse jamais dormir ?
V. : Je me sentais seul.
Mais V. refuse qu’il raconte son rêve. Il l’appelle Didi.
E. : (froidement) Il y a des moments où je me demande si on ne ferait pas mieux de se quitter. 3e leitmotive.













E. en attendant propose de se pendre. V. dit que ce serait un moyen de bander. (La mort= suprême jouissance ?)
Mais E. veut que V. se pende à une branche de l’arbre avant lui, parce qu’il est plus lourd, ainsi il vérifierait la solidité de la branche. Drôle de conversation, avec une didascalie (finalement) qui montre que cette pièce semble destinée à être lue et non à être jouée ! Paradoxe de ces didascalies qui ne donnent aucune indication scénique.
Il y a un risque que Didi se retrouve seul, si Gogo meurt, n’étant pas trop lourd pour la branche. Mais il y a une chance sur deux pour que E. soit plus léger.
E. : Ne faisons rien. C’est plus prudent.
V. : Attendons voir ce qu’il va nous dire (Godot).
E. : D’un autre côté, on ferait peut-être mieux de battre le fer avant qu’il soit glacé (jeu signifiant sur le proverbe : non chaud, mais glacé : isotopie de la mort ?)
V. : Je suis curieux de savoir ce qu’il va nous dire. Ca ne nous engage à rien.
E. : Qu’est-ce qu’on lui a demandé au juste ?
V. : Eh bien … Rien de bien précis.
E. : Une sorte de prière.
V. : Voilà.
E. : Une vague supplique.
E. : Et qu’a-t-il répondu ?
V. : Qu’il verrait
E. : Qu’il ne pouvait rien promettre.
V. : Qu’il lui fallait réfléchir.
E. : A tête reposée.
V. : Consulter sa famille.
E. : Ses amis.
V. : Ses agents.
E. : Ses correspondants.
Conversation très insolite, voir comment les répliques se complètent et sont interchangeables (Stichomythies). Elles montrent combien les deux protagonistes sont complémentaires, voire même une seule personne… Quelle étrange relation ils entretiennent. L’énumération se termine par la didascalie : « repos » : fonction humoristique, mais aussi burlesque, fait penser à un ordre militaire, les protagonistes sont des marionnettes commandées par des normes, des tics langagiers, sont gouvernés par une doxa, des règles de vie… L’humanité n’est pas libre.
D’ailleurs, E. inquiet demande à V. quel est leur rôle là-dedans, et V. de répondre : « celui du suppliant. » A rechercher
E. : Nous n’avons plus de droits ? Nous les avons perdus ?
V. : (avec netteté) Nous les avons bazardés.
Mais E. demande faiblement à V. s’ils ne sont pas liés. Le tissu social comme seule réponse, l’amour aussi…
Godot a un cheval.
Voir comment bien souvent ils s’agrippent l’un à l’autre, se tiennent, se maintiennent mutuellement. Symbolique.
V. dit que ça vaut la peine de l’attendre, car ce soir ils coucheront peut-être chez lui bien au chaud.
E. a faim, V lui donne une carotte. Il la trouve bonne et sucrée.
Puis il revient à sa question :
E. (mâche, avale) : Je demande si on est liés. /Pieds et poings. / A ton bonhomme.
V. : A Godot ? Liés à Godot ? Quelle idée ? Jamais de la vie ! (un temps) Pas encore. (Il ne fait pas la liaison : mimétisme de la non liaison sociale dénotée par la prononciation)
E. considère la carotte :
- C’est curieux, plus on va, moins c’est bon (Voir Oh ! Les beaux jours)
V. Pour moi, c’est le contraire.
E. : C’est-à-dire ?
V. : Je me fais au goût au fur et à mesure.
Echange de stichomythies : On a beau se démener. On reste ce qu’on est. On a beau se tortiller. Le fond ne change pas.
Un cri terrible retentit tout proche, panique, puis ils attendent.














Brutalité de Pozzo, il tire violemment sur la corde en criant « Arrière ! ». V. et E. le regardent, partagés entre l’envie d’aller à son secours et la peur de se mêler de ce qui ne les regarde pas. V. fait un pas vers Lucky, Estragon le retient par la manche. Force de la morale, mais aussi force de l’individu.
Pozzo leur dit de faire attention car Lucky est méchant avec les étrangers. E. lui demande s’il est Godot. Pozzo leur demande s’il le connaît. Jeu avec l’initial de son nom : Bozzo, Gozzo… Mais E. dit qu’ils ne sont pas d’ici. (De où alors ?)
P. : Vous êtes bien des êtres humains cependant. […] De la même espèce que moi. (Il éclate d’un rire énorme) De la même espèce que Pozzo ! D’origine divine !
Il demande qui est Godot. V. dit que c’est une connaissance, E. réfute, ils le connaissent à peine. Il ne le reconnaîtrait même pas !
Ils sont sur les terres de Pozzo.
Mais il repart, jeu avec Lucky qui s’est endormi. La route est longue quand on chemine tout seul depuis six heures. Sans rencontrer âme qui vive. Multiples ordres à Lucky, jeux de scènes, pantomime, Lucky agit comme un pantin désarticulé, il ne cesse de prendre et de poser ce qu’il a dans les mains pour obéir au nouvel ordre de Pozzo.
P. : Le fond de l’air est frais (Tout en continuant le jeu avec Lucky). Voyez-vous, mes amis, je ne peux me passer longtemps de la société de mes semblables (il regarde les deux semblables) même quand ils ne me ressemblent qu’imparfaitement. [C’est pourquoi il décide de rester un petit moment avec eux.]
Il mange du poulet, du pain et boit du vin au goulot. (Image christique ? Pourquoi du poulet, alors ?)
E. et V. se demandent pourquoi Lucky ne dépose pas ses bagages, il a l’air fatigué. Ils voient son cou meurtri par la corde, ils l’inspectent et font des observations tout haut, comme s’ils inspectaient un animal. Lucky bave et écume selon eux. C’est peut-être un idiot, un crétin, il halète, ses yeux sortent.
E. : Pour moi, il est en train de crever.
V. lui dit de lui poser une question, mais Pozzo leur dit de lui foutre la paix. Il sort sa pipe et ordonne à Lucky de tout ranger : il s’adresse à lui par de simples ordres nominaux : panier, manteau, arrière… Lucky manque souvent de tomber quand Pozzo tire sur la corde.
E. demande à Pozzo s’il peut finir les os, V. est outré. Mais Pozzo dit qu’ils sont en principe à Lucky. E. lui demande la permission, Lucky ne répond pas, qui ne dit mot consent, Pozzo les lui donne donc, E. est aux anges.
P : C’est pourtant bizarre, c’est la première fois qu’il me refuse un os. (Il regarde Estragon avec inquiétude). J’espère qu’il ne va pas me faire la blague de tomber malade.
Mais V. éclatant : C’est une honte !
De plus en plus gêné résolu et bafouillant : Traiter un homme (geste vers Lucky) de cette façon… je trouve ça… un être humain… non… c’est une honte !
E. ne voulant pas être en reste : Un scandale ! (il se remet à ronger)
Mais Pozzo dit qu’ils sont sévères, il demande son âge à V., il pense qu’il 60, 70 ans. Mais il n’attend pas la réponse, il dit qu’il va s’en aller, ou peut-être qu’il va fumer une autre pipe, mais n’en a pas l’habitude, deux pipes, c’est mauvais pour son cœur.
P. : Mais comment me rasseoir maintenant avec naturel, maintenant que je me suis mis debout ? Sans avoir l’air de – comment dire – de fléchir ?
Mais V. veut partir, Pozzo leur dit qu’ils ont le temps, E. flairant l’aumône veut rester. Voir la différence de caractère. C’est Vladimir qui réagit !
Pozzo allume une seconde pipe, mais elle est toujours moins bonne. Il dit que V. ne peut supporter sa présence. « Je suis sans doute peu humain, mais est-ce une raison ? »
Et puis il leur demande de réfléchir, s’ils s’en vont, que deviendra Godot ? Votre Godet… Godot… Godin, dont votre avenir dépend (silence) … enfin votre avenir immédiat.
Mais Estragon veut savoir pourquoi Lucky ne dépose pas ses bagages, Pozzo ne répond pas et dit qu’il aime rencontrer des gens, « avec la moindre créature on s’instruit, on s’enrichit, on goûte mieux son bonheur ». Il se dit que même Vladimir lui aura peut-être apporté quelque chose, mais ça l’étonnerait.
Mais Estragon insiste.
Pozzo : Tout à l’heure vous me disiez Monsieur, en tremblant. Maintenant vous me posez des questions? Ca va mal finir.
V insiste pour que E pose sa question à Pozzo, qui a envie qu’il la lui pose.
Jeu de scène, Pozzo se prépare à répondre à grand renfort de vaporisation de gorge : Tout le monde m’écoute ?
Mais il ne se souvient plus de la question. Mime de Vladimir.
« C’est pour m’impressionner, pour que je le garde. »
En vérité, il porte comme un porc, ce n’est pas son métier. Comme si j’étais à court d’hommes de peine!
Remarquez que j’aurais pu être à sa place et lui à la mienne. Si le hasard ne s’y était pas opposé. A chacun son dû (annonce de la suite)
Il l’emmène au marché de Saint-Sauveur, pour le vendre. Il ne peut le chasser : chasser de tels êtres, ce n’est pas possible. Pour bien faire, il faudrait les tuer.
Lucky pleure.
Pozzo dit à Estragon de le consoler, puisqu’il le plaint. Après hésitation, il le fait, mais Lucky lui décoche un violent coup de pied. Pozzo lui avait dit qu’il n’aimait pas les étrangers.
V : Il saigne !
P : C’est bon signe (jeu de mots)
V (tendrement) : Je te porterai. (Un temps) Le cas échéant.(Que signifie ce « Le cas échéant » ?)
P : Pour chacun qui se met à pleurer quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire.
P : Savez-vous qui m’a appris toutes ces choses ? Lui !
Sans lui je n’aurais jamais pensé, jamais senti, que de choses basses, ayant trait à mon métier de – peu importe. La beauté, la grâce, la vérité de première classe, je m’en savais incapable. Alors j’ai pris un knouk.
Il y aura bientôt soixante que ça dure.
« Chapeau » : Lucky enlève le chapeau et le lui donne, une abondante chevelure blanche lui tombe autour du visage. Alors que Pozzo est chauve.
V lui demande ce qu’est un knouk.
Autrefois on avait des bouffons, maintenant on a des knouks. Ceux qui peuvent se le permettre.
V. lui reproche de vouloir se séparer d’un si fidèle serviteur après tant d’années.
Je n’en peux plus…plus supporter…ce qu’il fait… pouvez pas savoir… c’est affreux… faut qu’il s’en aille…je deviens fou… (Il s’effondre, la tête dans les bras) je n’en peux plus…
V s’en prend alors à Lucky.
Autrefois… il m’aidait … il était gentil …me distrayait… il me rendait meilleur… maintenant… il m’assassine…
Mais il redevient maître de lui et s’excuse : Est-ce que j’ai l’air d’un homme qu’on fait souffrir, moi ? Voyons !
V : Charmante soirée.
E : Inoubliable.
V : Et ce n’est pas fini.
E : On dirait que non.
V : Ca ne fait que commencer.
E : C’est terrible.
V : On se croirait au spectacle.
E : Au cirque.
V : Au music-hall.
E : Au cirque.
V sort de la scène.
P : Vous auriez dû le retenir.
E : Il s’est retenu tout seul.
E dit à Pozzo de venir voir V qui est très agité.
P : Il s’apaise. (Regard circulaire) D’ailleurs, tout s’apaise, je le sens. Une grande paix descend. Ecoutez (Il lève la main) Pan dort.
V : La nuit ne viendra-t-elle jamais ?
Tous les trois regardent le ciel.
Mais Pozzo a envie de s’assoir, alors il leur dit de le lui demander, fausse politesse : insistez un peu (leur dit-il)
Mais il est tard, il va être en retard.
V : Le temps s’est arrêté.
P : Ne croyez pas ça, monsieur, ne croyez pas ça. (Il remet sa montre dans sa poche) Tout ce que vous voulez, mais pas ça.
Il demande son nom à E.
E : (du tic au tac) : Catulle.
Puis Pozzo disserte sur le ciel, aime qu’on l’écoute, tous. « Mais derrière ce voile de douceur et de calme (il lève les yeux au ciel, les autres l’imitent, sauf Lucky) la nuit galope (la voix se fait plus vibrante) et viendra se jeter sur nous (il fait claquer ses doigts) pfft ! comme ça – (l’inspiration le quitte) au moment où nous nous y attendrons le moins. (Silence. Voix morne) C’est comme ça que ça se passe sur cette putain de terre. »
Long silence
E : Du moment qu’on est prévenu.
V : On peut patienter.
E : On sait à quoi à s’en tenir.
V : Plus d’inquiétude à avoir.
E : Il n’y a qu’à attendre.
V : Nous an avons l’habitude.
V ramasse son chapeau et regarde dedans.
P : Comment m’avez-vous trouvé ? [ …] J’ai tant besoin d’encouragements. J’ai un peu faibli sur la fin.
E : En attendant, il ne se passe rien.
P : Vous vous ennuyez ?
E : Plutôt.
P veut faire quelque chose pour eux, pour tromper leur ennui. Il trouve que tout ce qu’il a fait à présent ne suffit pas. E veut de l’argent, mais V le fait taire, ils ne sont pas des mendiants.
Il sait qu’il va souffrir mais  il leur propose de faire chanter, danser ou penser Lucky. Stupéfaction des deux autres.
Autrefois, je pouvais l’écouter pendant des heures.
E veut qu’il danse, Lucky s’exécute.
Savez-vous comment il l’appelle ?
E : La mort du lampiste.
V : Le cancer des vieillards.
P : La danse du filet. Il se croit empêtré dans un filet.
Mais P ne se souvient pas de ce qu’il disait, il leur demande de l’aider. Tous les trois se découvrent simultanément, portant la main au front, se concentrent, crispés. Long silence.
E : Triomphant : Pourquoi ne dépose-t-il pas ses bagages ?
Les autres lui démontrent qu’ils l’ont déjà dit. Long silence
E : Rien ne se passe, personne ne vient, personne ne s’en va, c’est terrible.
V demande à P de faire penser Lucky, mais il lui faut son chapeau.
P : Pense, porc !
Lucky : Etant donné l’existence d’un Dieu personnel… qui nous aime bien à quelques exceptions près
Les trois souffrent de plus en plus. Mais c’est P qui souffre le plus, les autres restent à l’écoute. Puis souffrent à leur tour. Puis mêlée, il faut lui ôter son chapeau, Lucky hurle son texte, puis on lui enlève, donc se tait et tombe.
E : je suis vengé.
V contemple le chapeau, P se jette dessus et saute dessus : Comme ça il ne pensera plus !
V : Mais va-t-il pouvoir s’orienter ?
P : C’est moi qui l’orienterai. (Il donne des coups de pied à Lucky). Debout ! Porc !
Mais il ne tient plus debout, les autres l’aident. P va chercher valise et panier, Lucky reprend ses esprits et ses doigts finissent par se resserrer autour des poignées.
Mais il les quitte. Il a perdu sa savonnette ( ?), il a dû la laisser au château ( ?).
Adieu, merci : répétés de nombreuses fois.
P n’arrive pas à partir, il va dans l’autre sens car il lui faut de l’élan. Il crie ses ordres à Lucky, départ tonitruant.
V : Ca a fait passer le temps.
E : Il serait passé sans ça.
V : Oui, mais moins vite.
Un temps
E : Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
V : Je ne sais pas.
E : Allons-nous-en.
V : On ne peut pas.
E : Pourquoi ?
V : On attend Godot.
E : C’est vrai.
Un temps
V : Ils ont beaucoup changé.
E : Qui ?
V : Ces deux là.
E : C’est ça, faisons un peu de conversation.
V : Nous les connaissons, je te dis. Tu oublies tout. (Un temps) A moins que ce ne soient pas les mêmes.
Mais E a mal à l’autre pied.
Mais un garçon demande à parler à monsieur Albert. V dit que c’est lui.  Il avait peur d’approcher. A cause des deux autres, des cris et du fouet. E s’en prend à lui, V s’interpose et lui demande ce qu’il a.
E : Je suis malheureux.
Mais V a l’impression de connaître le garçon et de l’avoir vu hier. Godot ne viendra pas ce soir, mais sûrement demain.
Il garde les chèvres de Godot (Bible ?)
Il est gentil avec lui, mais il bat son frère (Allusion ?) qui garde les brebis.
Mais le garçon ne peut dire s’il est malheureux ou non.
V : C’est comme moi.
Il couche dans le foin, dans le grenier, avec son frère. Il doit dire à Godot qu’il les a vus.
La lumière se met brusquement à baisser. En un instant il fait nuit. La lune se lève, au fond.
E laisse ses chaussures, elles iront à un autre.
V : Mais tu ne peux pas aller pieds nus.
E : Jésus l’a fait.
V : Tu ne vas tout de même pas te comparer à lui ?
E : Toute ma vie je me suis comparé à lui.
V : Mais là-bas il faisait chaud ! Il faisait bon !
E : Oui. Et on crucifiait vite. Silence
V : Nous n’avons plus rien à faire ici.
E : Ni ailleurs.
V : Voyons, Gogo, ne sois pas comme ça. Demain tout ira mieux.
Mais ils doivent s’abriter. Ils regardent l’arbre.
E : Dommage qu’on n’ait pas un bout de corde.
Ils  sont ensemble depuis cinquante ans. E évoque le jour où il s’est jeté dans la Durance, ils faisaient des vendanges. V l’a repêché.
V : Tout ça est mort et enterré.
E : je me demande si on n’aurait pas mieux fait de rester seuls, chacun de son côté. (Un temps) On n’était pas fait pour le même chemin.
Mais ça ne vaut plus la peine de se quitter.
E : Alors, on y va ?
V : Allons-y.
Ils ne bougent pas
Rideau













C’est V. qui est sur scène le premier (Acte I : Estragon)
Didascalies : Lendemain, même heure. Même endroit : comment signifier cela au public ?
L’arbre a des feuilles (pas de feuilles au 1er) donc ça ne peut être le lendemain !
V. inspecte tout : arbre chaussures, va et vient et chante à tue-tête.
Une chanson qui n’a pas de fin, qui recommence indéfiniment : comment s’appelle ce genre de chanson ? Symbole de la vie et de l’acte : éternel recommencement. Des chiens ensevelissent un autre chien mis en pièces par le chef parce qu’il avait volé une andouillette.
Puis même jeu de va et vient.
Estragon entre en scène.
V : Encore toi ! Viens que je t’embrasse.
E : Ne me touche pas ! Ne me dis rien ! Reste avec moi !
Ils se regardent longuement. Puis s’étreignent.
E lui reproche de chanter en son absence, il peut être heureux sans lui.
E s’est fait battre.
V a des choses qui ne lui échappent pas, au contraire de E.
Ils sont contents de s’être retrouvés. Et maintenant qu’ils sont contents ? Ils attendent Godot.
E : Tout suinte. On ne descend pas deux fois dans le même pus.
E ne se rappelle pas l’arbre. Il ne souvient pas vraiment d’hier et de Pozzo et de Lucky.
E soudain furieux : Reconnais ! Qu’est-ce qu’il y a à reconnaître ? J’ai tiré ma roulure de vie au milieu des sables ! Et tu veux que j’y voie des nuances ! (regard circulaire) regarde-moi cette saloperie ! Je n’en n’ai jamais bougé !
E : Mais non, je n’ai jamais été dans le Vaucluse ! J’ai coulé toute ma chaudepisse d’existence ici, je te dis ! Ici ! Dans la merdecluse !
Pourtant ils ont bien fait les vendanges là-bas.
E : On ferait mieux de se séparer.
V : Tu dis toujours ça. Et chaque fois tu reviens.
E : Pour bien faire, il faudrait me tuer comme l’autre. (sentencieux) A chacun sa petite croix.
Pendant le petit pendant et le bref après ( ?).
E : En attendant, essayons de converse sans nous exalter, puisque nous sommes incapables de nous taire.
V : C’est vrai, nous sommes intarissables.
E : C’est pour ne pas penser.
V : Nous avons des excuses.
E : C’est pour ne pas entendre.
Ces voix mortes qui parlent de la vie.
Conversation sur la conversation. Ils cherchent de quoi parler. Suite de stichomythies.
V résume tout ce qui vient de se passer, ils n’ont qu’à reprendre du début et recommencer.
V s’étonne que l’arbre ait pu faire des feuilles en une seule nuit. E doute que ce fut hier.
E tente de se souvenir, ils ont dû parler de bottes (Beckett dit qu’il a pris le mot « godot » sur godillot). Mais V lui prouve que c’était bien hier puisque sa plaie à sa jambe (suite du coup de Lucky) s’est infectée : tout un symbole ! Puis il lui montre ses chaussures, qu’il a laissées hier à ce même endroit. Mais elles sont jaunes, celles de E étaient noires. V dit que c’est un type qui a pris les autres et a mis celles-là.
Il veut manger une carotte, V lui donne un radis noir, mais il n’aime que les roses.
V : Il n’y a rien à faire.
V : Ceci devient vraiment insignifiant.
E : Pas encore assez. (Deux répliques fondamentales : sens de l’œuvre : il n’y en a peut-être pas, justement !)
V lui dit d’essayer les chaussures, ça passera le temps.
E : On ne se débrouille pas trop mal, hein, Didi, tous les deux ensemble ?
E : On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister ?
V : On est des magiciens.
Il met les chaussures, puis s’assied au même endroit qu’au premier acte et s’endort de même. V lui chante do do doucement. Se réveille en sursaut. Il tombait. V le rassure.
Mais ils ne peuvent s’en aller. Ils attendent Godot. C’est toujours à la tombée de la nuit.
V voit le chapeau de Lucky. E dit qu’il s’en va. Mais jeu des chapeaux : très longue didascalie.
Puis ils jouent à Pozzo (Estragon) et Lucky (Vladimir). Mais E n’y arrive pas. Il sort, effroi panique de V qui crie «Gogo ».
Mais E revient paniqué, on vient, ils sont sauvés, c’est Godot !
E dit qu’il est damné. Il est allé jusqu’au bord de la pente. Ils sont sur un plateau, ils sont servis sur un plateau. V dit à E de se cacher derrière l’arbre, ils sont cernés. Puis ils guettent.
Puis ils jouent à s’engeuler et à se réconcilier.
V : Comme le temps passe quand on s’amuse !
Puis ils font des exercices de gymnastique, ils font l’arbre.
Entrent Pozzo aveugle. Lucky chargé comme au premier acte.
P tombe sur eux, entraînant Lucky.
V est heureux, ils ne sont plus seuls à attendre.
E croit que c’est enfin Godot, ils ne vont donc plus attendre enfin ! Mais P le supplie de l’aider. Mais V lui dit que c’est Pozzo et lui rappelle les os.  Ils discutent longtemps pour savoir ce qui est le mieux à faire pour avoir les os. Ont peur de Lucky. Ils décident de relever P en tablant sur sa reconnaissance.













V : Ou que la nuit tombe.
V : Ce qui est sûr, c’est que le temps est long, dans ces conditions, et nous pousse à le meubler d’agissements qui, comment dire, qui peuvent à première vue paraître raisonnables, mais dont nous avons l’habitude. Tu me diras que c’est pour empêcher notre raison de sombrer.
E : Nous naissons tous fous. Quelques uns le demeurent.
P crie au secours. Il leur propose de l’argent.
V : Nous attendons. Nous nous ennuyons.
Alors il faut profiter de l’occasion, bientôt, ils seront à nouveau seuls.
Il tente de relever P mais tombe à son tour. Il promet à E de partir avec lui s’il le relève.
Qui a pété ?
P : C’est moi. Pitié !
Mais E dit qu’il s’en va. V décide de le laisser partir, il se relèvera bien tout seul. Alors E l’aide à se relever. Mais il tombe aussi.
P : Qui êtes-vous ?
V : Nous sommes des hommes.
E : Ce qu’on est bien, par terre.
V frappe P pour qu’il arrête de geindre. P s’éloigne en rampant. Ils l’appellent avec d’autres noms, pour passer le temps : Abel !
P : A moi !
E : Peut-être que l’autre s’appelle Caïn. (Il appelle)
E : C’est toute l’humanité.
Mais passent à autre chose, se lèvent. E veut partir. Ils ne peuvent pas…
Que faire ? Alors ils le secourent. P leur demande s’ils sont des amis ou des brigands. Il demande l’heure, il veut savoir avec angoisse si c’est le soir.
V : (qui a eu des doutes à cause de E) : Mais ce n’est pas pour rien que j’ai vécu cette longue journée et je peux vous assurer qu’elle est presque au bout de son répertoire.
P : Un beau jour je me suis réveillé, aveugle comme le destin. (Un temps) Je me demande parfois si je ne dors pas encore.
P : Ne me questionnez pas. Les aveugles n’ont pas la notion du temps. (Un temps) Les choses du temps, ils ne les voient pas non plus.
Il leur demande où est son domestique et envoie E voir ce qu’il a.
V : Regarde s’il est vivant d’abord. Pas la peine de lui taper dessus s’il est mort.
Comme il respire, E se déchaîne sur lui et le roue de coups de pied. Mais il se fait mal au pied et va se coucher en chien de fusil.
P ne se rappelle pas de ce qu’il a fait hier, tout comme demain il ne se souviendra pas de ce qu’il aura fait aujourd’hui. Il se lève. Ordre à Lucky qui lui donne le fouet et la corde lui-même ! Il y a du sable dans la valise.
V veut que Lucky chante ou pense avant de partir. Mais P lui apprend qu’il est muet.
V : quand ?
P : (soudain furieux) : Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps ? […] Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres il est de venu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas ?
Ils sortent, V. les suit jusqu’à la limite de la scène. Bruit de chute et mimique de V. nous indiquent qu’ils sont tombés à nouveau.
V. réveille Estragon qui dormait. Il se sentait seul. E rêvait qu’il était heureux. V. lui dit que ça a fait passer le temps. Ils ne savent plus vraiment qui était Pozzo. Etait-ce Godot ? Etait-il vraiment aveugle ?
V : Est-ce que j’ai dormi, pendant que les autres souffraient ? Est- ce que je dors en ce moment ? Demain, quand je croirai me réveiller, que dirai-je de cette journée ? [Résumé de la journée] Mais dans tout cela qu’y aura-t-il de vrai? [E s’est rendormi] Lui ne saura rien. Il parlera des coups qu’il a reçus et je lui donnerai une carotte. (Un temps) A cheval sur une tombe et une naissance difficile. Du fond du trou, rêveusement, le fossoyeur applique ses fers. On a le temps de vieillir. L’air est plein de nos cris. […] Moi aussi, un autre me regarde, en se disant, Il dort, il ne sait pas, qu’il dorme. (Un temps). Je ne peux pas continuer. (Un temps) Qu’est-ce que j’ai dit ?
Va et vient
Le garçon de la veille entre en scène et l’appelle Albert. Il ne reconnaît pas V. Godot ne viendra pas ce soir, mais demain. Le garçon n’a rencontré personne (pas deux autres … hommes (hésitation de V à prononcer ce mot)). Le garçon dit que Godot ne fait rien. Son frère est malade. Godot a une barbe blanche. V lui dit de lui dire qu’il l’a vu.
V : Dis, tu es bien sûr de m’avoir vu, tu ne vas pas me dire demain que tu ne m’as jamais vu ?
Le soleil se couche, la lune se lève. E se réveille et pose ses chaussures sur la rampe. Ils décident de s’en aller. Mais ne peuvent aller trop loin, car il faut revenir demain pour attendre Godot.
E : Et si on le laisser tomber ?
V : Il nous punirait. (Silence. Il regarde l’arbre.) Seul l’arbre vit.
V pense que c’est un saule.
E propose de se pendre, mais ils n’ont pas de corde et la ceinture est trop courte et elle se casse lorsque qu’ils vérifient sa solidité. E dit que demain ils rapporteront une bonne corde.
E ne peut plus continuer comme ça, il propose de se quitter, ça irait peut-être mieux.
V : On se pendra demain. (Un temps) A moins que Godot ne vienne.
E : Et s’il vient ?
V : Nous serons sauvés.
V dit à E de relever son pantalon (tombé après l’essai de sa ceinture en corde).
V : Alors, on y va ?
E : Allons-y.
Ils ne bougent pas
Rideau
 
A ANALYSER :
- Les procédés de caractérisation de chacun des personnages : nomination, aspect physique, costume, gestes, positions et déplacements sur le plateau, objets scéniques qui leur sont associés, relations avec les autres protagonistes.
- Les mouvements de l'action.
- L'espace scénique (c'est-à-dire le lieu où se déroule l'action).
- Les espaces dramaturgiques (c'est-à-dire les lieux non représentés, évoqués seulement dans le discours des personnages).
- Le temps, sa durée, sa répétition.
- Le rythme du dialogue, sans oublier la place des silences.
- Les similitudes et les différences entre l'acte I et l'acte II.

Nathalie LECLERCQ